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et même, au moment où allait s'accomplir la conversion du rui, ce dernier obtenait des seigneurs catholiques qui r-uivaient son parti, la promesse que, dans les conférences deSuresne, lien ne se réglerait au préjudice de ses coreligionnaires (l). Dans l'un et l'autre cas, il est vrai, on avait soin de mentionner que tout cela n'était que provisoire, c'est-àdire en attendant la pacification générale (2).
Aussitôt après son abjuration à Saint- Denis, le roi écrivait à plusieurs gentilshommes en parliculier pour les m prier de .( ne recevoir celte nouvelle avec une appréhension que ce <( changement... en apporte aucun en ce qui est porté et per- « mis par les édits précédents pour le fait de » leur « reli- « gion »; et il ajoutait : « Ce que je ne vous prie pas seule- '< ment de croire en votre particulier, mais de veiller et d^ « vous employer à ce ({ue les autres n'en prennent aucune (i opinion, comme il leurr.era justifié par tons mes déporte- «ments qu'ils n'en auront occasion d'en douter (3). » C'était une promesse sans restriction.
(ï) Cliiùiiol. noren., liv. V, \). /|67 : « Nous princes, uUiciers de la < couronne et autres sfenrs du conseil du Hoy sons-nonimez. voulans « ester à ceux de la religion dite reformtîu toute ucca>ion de doubler i« qu'au traité qui se fait de présent à Surcsne... soit aceordé aucune « chose au préjudice île ladit«! religion dite rélormée et île ce qui leur '< auroit esté accordé par les édie's des défunts roys, attendant la '< i-ésoluiion qui pourra estn- prise pour le res:al)lissoment et enlrc- M teucment du repos de ce royaume... promettons tous, par la permis- ■< mm de sadite Majesté, qu'en attendant ladite n^olution, il De sera ■« rien fait et passt^ en ladite assi'mblée. . . >
l'i) Ibiil.. verl)a citais
(.■'•) filtres missives, tom. Ilf. p. H'io, 82Z|.
L lÎDJT DE NANTES 413
Peu de temps ensuite, il renouvelait verbalement la même promesse tlaus l'audience qu'il accordait, à Mantes, aux députés calvinistes. « Je vous ai mandés pour trois raisons, (1 leur disail-il : la première, pour vous ftiire entendre de ma « propre bouche que ma conversion n'a apporté aucun chance gement à mon affection envers vous, comme étant votre roi...; « la troisième, qu'ayant été averti des plaintes ordinaires de (. vos églises en plusieurs provinces de mon royaume, je les <( ai voulu entendre pour y pourvoir. » Et il terminait par ces mots : « J'ai ce contentement en mon àme qu'en tout le « temps que j'ai vécu j'ai fait preuve de ma foi à tout le '«monde... Je reçois donc vos cahiers, et vous ordonne de V députer quatre d'entre vous pour en traiter avec ceux '( que je choisirai de mon conseil auxquels je baillerai cette « charge (1).
Des articles furent ébauchés dans ces conférences. Ils venaient confirmer la parole royale, et même concéder davantage en ce sens que le roi ne pourrait, même par serment, s'engager à faire la guerre aux huguenots (2), qu'il pourvoierait à l'entretien de leurs ministres et leur permettait la fondation de collèges particuliers (^3). Les calvinistes, il est vrai,
'1) Chnmol. noven., liv. V, p blU.
('>) Alemoins de M"" du l'Iessis-.Moriiay, tom. I, p. '272, '.73 :« Ce qui « lut dit à l'occasion des sermens qui s'approciioicnt du sr.cre et du « Sainct-tspiit i ortant clauze d'cxtoi miner l'hén''sif'. »
Çô) llii'l., p. '-73 : « Qu'il scroit faict fontlz en rrsp;;rgnG d'une « soni'iip pour l'eiitrctencment des ministres, dont le roole seroit
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voulaient davantage. Si le roi dut opposer un refus, ce ne fui pas sans affirmer de nouveau que rien n'était changé dans ses sentiments et sa volonté à leur égard (1).
Tout cela, le renouvellement des édits de pacification avec les articles de Mantes, lut compris dans la Déclaration de Saint-Germain, portée en novembre d50/i, enregistrée au ommencement de l'année suivante par le parlement de Paris et ensuite, sur les instances du roi, par les autres parlements royaume (2).
Nous savons que, pendant les négociations qui ont précédé immédiatement l'absolution de Piome, les procureurs français, au nom du roi, ont refusé la révocation de ces édits. Sa Majesté, en effet, — telles étaient les instructions royales, — '< serait accusée d'imprudence et d'ingratitude » , à l'égard de ses anciens coreligionnaires, « si, après avoir tiré tant de
« baillé, dcuemcnt certifié par les Provinces .. I-our les colléircs, « qu'ils en pourroient bastîr où ils verroient à propos pour l'institui( tioii de leur jeunesse, et n'en seroiont point recherchez. »
(1) Mcnioti.'s de M"" du l'Iessis-Moniay, p. 'IIU : » Or ne furent con- 1 tens les Députez de la religion de ces articles, lesquel:^ espéroicni (( meilleures conditions soubs un lîoy qui avoit esté leur protecteur, <c que soubs leurs persécuteurs, niesmes apW's tant de services faict/ • à Sa Majesté, tant de tesraoignages renduz de leur fidélité à l'Estai, « et en firent plusieurs vertueuses rcmon^trances tant ili la compaignie u qui traictoit avec eux que particniii-rcinenl à Sa Majesté... Toutef- «< fois il/ n'obtinrent sinon de l)onne.s et favorables paroles de ^a " Majesté les priaut de se contenter de cela, avec proteslatiou.s qu'il •« ne changeroit jamais de volonté envers eux, ce qui fut leur dernier " acte au cabinet de Sa Majesté... »
(2) Ih!'f., p. 286, 237 ;'d.; Thou, Ihslor., lib CXIF, cap. i.
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services , » elle prononçait une pareille révocation (l). Il suit de là que Henri IV pouvait estimer et paraissait en effet estimer que son honneur était engagé par sa parole, sa liberté par la reconnaissance, sa conscience par l'une et par l'autre à la ibis. Et, d'ailleurs, n'en eût-il pas été de la sorte, l'état du royaume lui eût fait une loi, pour éviter une nouvelle guerre civile, de maintenir dans ses clauses principales la législation qui régissait les réformés de France.
Nous le disions àPinstant, les députés calvinistes ne furent pas satisfaits des articles de Mantes. Tout résolus qu'ils étaient d'en user selon qu'ils le jugeraient à propos, ils remirent au roi leur cahier de remontrances; et avant de se séparer, ils renouvelèrent le serment de vivre et de mourir dans leur religion (2).
L'année suivante, au mois de mai, il y eut, à Saintc-Foy, une assemblée générale dont le moindre tort fut l'illégalité et que, pour cette raison, d'Aubigné appelle « une nou-
(1) Ambassades un cardinal du Perron, p. l/iG : Inslruclionau sieur iln Perron... ullmit à Rome...
(2) Mémuircs de M"" du Plessis-Mornay, i'n'L,p. 27(i, '275 :« Co qui est '« plus remarquable, renouvellèrent lesditz députez à Mantes, eu hi face « do la court, l'union ancienne entre ceux do la, religion, ratifiée en M diverses solounclles assemblées..., de vivre et mourir uniz eu leur « confession de fo}'... »
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«voauté (I). » Dans cette assemblée, on n'hé^la pas à organiser un véritable gouvernement pour les réformés.
La France était partagée en neuf cercles ou provinces (2). Chaque province (3) était administrée par un conseil qui devait compter de cinq à sept membres. Outre cela, il y avait les assemblées provinciales formées des représentants de chaque coUo- <iue et aux'juelles revenait la nomination du conseil provincial
(1) Hïiiou'!, tom. ]II, liv. W , ch. x, p. 366 : « Les Reflformez sous « permii^sion du roi en termes généraux et non exprès assigat'rent « une assemblée générale pour leurs afiF.iires à Sainte Foy, à la ml- « mai \ 59Û, aians trouvé par les plaintes de tous costez occasions sufn fisantes pour oser cette uouviaut<': »
(2) \" cercle : Bretagne et Normandie;
2' — Picardie. Champagne, Sedan, pays Messin;
3' — Ile de France, pays cliartrain, Dimois, Orléanais,
Berri ; lx° cercle : Tourainc, Anjou, Maine, Perche, Vandimois et Loudunois.Suintonge, Aunis, La Rochelle, Angoumois et* Bas- Poitou ; 5 cercle: Haut-Poiiou;
6* — Bourgogne, Lyonnais, Dauphiné, Provence; 7' — Bas-Langiied(tc, Vivarais, Basse-Auvergne; S' — Ilaut-Languedoc, Haute-Auvergne, Haute-duyenne, Qucrcy, Rouergue, Armagnac, Comminges, Bigorre; 9' cercle : Basse-Guyi-nne, Gascogne, Bordelais, Agenois, Péri gord , Limousin. (Poirson, Hi^toin; du rigne de J/nri JV, 2' édit., tom. II. p. û98,not. 2). La Division avait été d'abord en dix cercles, mais presque aussitôt, le 30 juin de la même année, elle fit place à celle en neuf C'-rcles, la Suintnng'*, l'Aunis, La Roch -lie, PAngoumois. le Bisj-Pi)itou aymt été réunis à la Tourainr», Anjou. Maine, Perche, Vauilom liset Loudnnois, (d'Aubigné, Hiytoiif, tom. ill, liv. IV, chap. XI, p. 373. Voir aussi p. 367 et 368).
(3) Voir d'Aubiifné, Hi<tore, tom. III, liv. IV, chap. xi, où l'on peut lire les articles de cette organisation.
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et l'élection des députés à l'assemblée générale. Celle-ci, comprenant un député par province, se réunissaitune ou deux lois par an, selon que l'exigeaient les circonstances, et, armée d'un pouvoir vraiment souverain, elle statuait sur tout ce ([ui était d'intérêt commun (1), administrait le trésor que formait un véritable impôt annuel (2) et devait, au besoin, opposer une résistance utile (3). Dans le passé, même au fort
(1) d'Aubigné, Ibi<l., p. 367 :« ... Une assemblée générale des Eglises « Refformées... s'assemblera une ou deux fois Tan, selon les nécessitez « des affiires..., avec autli;M*ité d'ordomier pour le général tuut ce « que le temps requerra. »
(2) Ibil , p. 371 : « Pour Caire fonds à fin de pourvoir aux plus « urgentes nécessitez, les gouverneurs et capitaines tenant des places « pour la seureté des Eglises Refformées..., seront exhortez et sommez i< dévouera la cause la dixiesrae parie de renlr-tenL'ment qu'ils " reçoiven* de Sa Majesté, et les capitain 's d'y appliqui.'i- de quinze « paies de soldats une, connne aussi les gentilshommes et autres qui M possèd'-^nt des bénéfices, d'y employer le sixiesme ou septiesme « denier desdiis revenus des bénéfices...
« guani à la distrilwtioa des finances, les conseils particuliers des M provinces p'uurvoieront à ce qui concernera les deniers recueillis « en leur pruvinc ', et l'assemblée générale aura esgard sur tout à ce « qui aura esté despensé par les provinces pour les affaires nécessaires « d'icelles, en fera rendre compte et disposera du fonds qui en restera « au bien général des Kglises... «
(3) Ihil., p. '61 >> : • Sera pourveu à ce que les gouvernements mis Il entre les mains des gentilshommes et autres de la Religion liefformée « ne leur soient ostez... et ce par très humbles remonstrances ii Sa « Majesté, et en s'opposant aux desseins de ceux qui voudroient « violer...
« Et pour le regard des villes et places où il n'y a tablier, élection Il ou recepte, lesdits gouverneurs ou capitaines commaniians en (I chefs pourront et arresteront les tailles, taillon et autres deniers « qu'on lève sur lesdits lieux, pour empiischer le déplacement...
u .Si à l'occasion de l'arrest et rétention dcsJits deniers, quelqu'un « desdits gouverneurs .. estoient recherchez, les Eglises desdites
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de la guerre civile, on ne rencontre pas une organisation aussi complète dans ses rouages, aussi calculée dans leur fonctionnement. Ce n'était pas tout encore. Parmi les articles secrets de l'assemblée, les calvinistes avaient placé la résolution de se faire appuyer dans leurs requêtes auprès du roi par la. reine d'Angleterre et les Provinces-Unies (1). Ils ne craignaient pas d'appeler l'étranger à intervenir dans le gouvernement de la France. Il ne manquait plus à leur indépendance dans le royaume que la concession d'un protecteur qui aurait mission de défendre leurs intérêts à la cour et, t\ ce litre, de se poser presque l'égal du roi. Si nous ne voyons pas figurer un pareil vœu dans leur cahier de suppliques ou doléances, il est certain qu'il se trouvait dans le cœur des membres de l'assemblée, et que, quelques mois plus tard, en novembre de la même année, quand on présenta au roi le suidit cahier, on lui en dit quelque chose, car, nous apprencV le Registre- Journal, il aurait à ce sujet -. rabroué rudement n les députés calvinistes, en déclarant énergiquement « qu'il n'y avait « autre protecteur en France que lui, des uns et des autres ;
« plac&s ot autrc':^ voisinos se joindront ausdits gouverneurs... pour « emposchor qu'il ne leur en aviennc aucun inconvénient. »
(1) d'Anbiirm^, Ibd., p. 372 : « Attendu i'extrômc affliction des « Eglises r.enurmécs de ce royaunio, a esté avisé qu'on suppliera par «' devers la Majesté de la lîoine d'Angleterre et Messieurs des Est;its du « P.iÏs-IUls de vouloir favoriser par leur intercession envers le Roy '« uosire Sire Us trôs-luuublcs requostes et supplications que nous luy « présentons. « •
L"i':niT Di: nantes 41*.)
(( et quele premier qui serait si osé d'en prendre le titre, il '( lui ferait courir fortune de la vie {!]. »
Cependant, les calvinistes, déboutés sur ce point, croyaient pouvoir se montrer de plus en plus exigeants sur les autres. I/assemblée de Saunnir, en février 1595, demanda en leur faveur un nouvel édit qui octroyât la liberté absolue du culte, le parlago égal des offices dans la magistrature entre les deux religions et, par mesure de sûreté, les places actuellement occupées par eux (2). Celles-ci étaient au nombre de deux cents. Tout cela se passait pendant que les Espagnols continuaient avec succès la campagne dans le nord de la France, que le Catelet tombait en leur pouvoir, que Dourlens était pris d'assaut et que Cambrai se défendait héroïquement. Ce fut à Lyon, en septembre, que les députés de l' Assemblée vinrent trouver le roi pour présenter la requête. Celui-ci voulait ajourner la réponse. Si la gravité de la situation commandait l'ajournement, d'une part, elle devait pour le moins, de l'au-
'i) R'Yj'^trrj-Jouniril <U: Henri IV, p. 251.
D'Anbiçné semble l)ion vouloir noyer le fait cl:ins le vaj^uo do ces expressions : >i Nous ajoutons seulement que, le pas de cette première « assombli'e estant franclii, le roi, voyant qu'il n'y avoit plus d'apa- « rence ù sa protection et que mcsme le titre, bien que ruineux aux «< r.efTormez, en off^Misoit les Catholiques, voulut que ci-après les « asseml)I('os obtinssent un brevet et cus53nt pour principale occa- « sion rélection de quelques députez en Cour. (Ibid., p. 373, 37Zi.) «
(2) D3TI10U, Flistoi:, lil). CXIII, cap. v : l'ctebant... ipsis libe-
(I rum esset ubique ac toto regno doctrinam, quam sequuntur, publiée « profitcri; jus in singulis regni curiis u judicibus pari cum cathoi< licis numéro ex suo ordine constitutis diceretur...;loca ipsis securi- « tatis causa attributa relinquoreiitur... »