‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 42 sur 54 · l'édit di: nantes · texte numérisé non relu

l'édit di: nantes

tiv, le faire agréer. Mais l'esprit de secte fit taire le patriotisme. Les députés insistèrent ; et le roi dut répondre qu'ils n'obtiendraient pas d'autres concessions, que les anciennes leur devaient largement suffire (1). On ne se tint pas pour battu dans le parti protestant. Loin de là : on résolut de forcer la main du roi.

En avril 1596, il y eut à Loudun une nouvelle assemblée calviniste. Elle adopta les résolutions de l'assemblée de Saumur et les fit immédiatement présenter en son nom au roi, en lui notifiant qu'elle ne se sépararerait pas avant d'avoir reçu une réponse. C'était notifier que la lutte était engagée et qu'on était décidé à la poursuivre jusqu'à ses dernières conséquences. La guerre, cependant, continuait toujours dans le nord; et le roi lui même faisait le siège de la Fère. M lis rien n'avait arrêté. On paraissait même vouloir tirer profit des embarras du présent. C'est la réflexion de l'historien de Thou luimême (2). L'autorité rojale, à peine d'abdiquer, ne pouvait fléchir devant une pareille sommation. Ordre fut donc transmis à l'assemblée d'avoir à se dissoudre. Mais elle passa outre, en répondant à l'ordre royal par le serment suivant : « Nous, soussignés, promettons et jurons garder iiuiolable- « ment l'union des Eglises de France faite à Mantes le 9 dé- « cembre 159.*^, et, en conséquence d'icelle, nous soumettre à

(«) ne Thon, Ihhl.

CJ, Ifisiiit ., lih. CXVII, cap. m : « Kx co protestantes, capta occa- « sione, partes ipsi in regno facere videl)antur. >

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« toutes les résolutions des assemblées générales et notain- (( ment de celle tenus à Loudun en la présente année..., nous <i protestons de maintenir de tout notre pouvoir ce que nous " avons délibéré de conscience, ne permettant pas que l'exer- (i cice delà religion soit ôté d'aucuns lieux où il est maintenant, (( ni la messe reçue es lieux où elle n'est point de présent, de «I garder nos sûretés, ne relâcher aucune des places que nous « tenons, saisir les deniers ^lour les payements des garnisons u selon qu'il a été déjà ordonné par ladite assemblée, em- (i ployer vies et biens pour la défense de celui ou ceux qui (( seront recherchés pour cet effet, garder fidèlement les plau ces pour la manutention des Eglises, n'en transporter au- « cune, pour quelque cause que ce soit, es mains d'un autre, « sans la consentement et expresse permission du consjil de la « province; bref, exécuter fidèlement et de point en point tout (( ce qui est et sera ordonné tant pour l'entretènement du miu nistère, récusation des parlements, qu'autres choses con- (( cernant le bien général ou particulier de toutes les Eglises K réf jrmées de France, le tout jusqu'à ce que par lesdites « Eglises en ait été autrement avisé (1). » L'assemblée continua de siéger. Le 19 juin, du Plessis-.Mornay écrivait an duc de Bouillon qu'on se trouvait « avoir passé le Rubicon fort gaiement, » et au roi qu'3 « les résolutions s'y roidissaient de jour en j >ur, » puis ajoutait: « Je suis obligé de dire à

(1) cité par M. Anquez, dans son Bùtoire 'les asuemblées politiques de réformés de France, Paris 1859, Appendice, p. Û56.

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« Voue Majesté qu'il est de tout nécessairt: qu'elle leur envole « quelque personne de poids telle que je lui ai expliquée « par mes précédentes..., et sans faillir au terme, sinon je « vois ce malheur certain et inévitable que je sais bien qui ne « sera moins sensible au cœur de V' otre Majesté (jue domma- « geable à vos atfaires (1). » La résistance armée ou la révolte des huguenots paraissait imminente. Henri IV estima devoir suivre l'avis de du Plessis, Il nomnja pour se rendre à Loudun lo conseiller d'Etat, de Vie, et le chancelier de Navarre, Calignon, dont il recommanda l'importante mission à du Pleslui-mème, en lui écrivant : « Ils ont charge de vous voir et prendre advis de vous (2). »

Le roi se croyait donc contraint cie traiter, pour ainsi dire, avec les calvinistes de puissance à puissance. Les négociations n'amenèrent aucun résultat. Elles se continuèrent, sans plus aboutir, à Vendôme et à Saumur. Deux autres commissaires, Schomberg et le président de Thon, nw-iicnt n-nninnt éfé adjoints aux premiers (.3).

On arriva ainsi jusqu'au mois de juin 1597, époque où l'assemblée se transféra à Châtcllerault sans se montrer plus pacifique que par le passé. Amipns venait d'être surpris parles Espagnols qui y avaient trouvé un parc d'artillerie considé-

(1) Mémoira cl rorrr^j„,„n'.„t.'- de du l'Iossis-Moniay, 18'2'i-l8i2'.. tojn. Vf. p. 50/1, .•02, 503.

('2, Ilml.,p. 507.

(.'5) \oir, dans du Plcssis-Mornay. le loin. VII do l'uiivrase pr(';ci(t'' pour toute cotte négociation.

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rable et une grande quantité de munitions. Ça avait été un coup terrible pour le roi. Pour recouvrer la capitale de la Picardie, il avait fallu entreprendre un siège en règle et se mettre en mesure de repousser les troupes ennemies qui ne manqueraient pas de venir au secours de la place. Henri IV avait eu les plus grandes diflicultés pour réunir une armée sufliàante. Il se chargeait de conduire lui-même les opérations. Hé bien ! l'assemblée de Châtellerault, lidèle aux traditions du passé, laissant de côté et le patriotisme et la loyauté, s'opposa au départ des troupes qui, au nom du roi et pour le siège d'Amiens, avaient été levées par Bouillon et la Trémouille, et ordonna à ces derniers de se tenir à sa disposition, ordre qui ne fut que trop fidèlement suivi. Elle sollicitait même l'appui de l'Angleterre et de la Hollande (1.

La capitulation d'Amiens, il est vrai , arrêta ces tentatives d'alliance avec l'étranger. Mais, à l'intérieur, les exigences des calvinistes demeurant toujours les mêmes, et l'attitude de l'assemblée toujours aussi menaçante, on pouvait se trouver à la veille d'une nouvelle guerre civile ('2) Malheur affreux

(1) Voir ['oirson, ouvrage cité, lequel, dans une note des pages 510 et 511, a recueilli les principaux texte des historiens du temps.

Voir aussi la manière curieuse dont l'auteur de YHistoire de l'édit de Nantes raconte les choses pour expliquer, sinon justifier, la conduite des protestants (toiu. 1, p. 189 et suiv.).

(2) L'assemblée, en eflet, ne prononça sa dissolution qu'après la signature de l'édit qu'elle réclamait au nom des calvinistes de France. L'édit de Nantes fut signé en avril 1598 et elle se sépara au mois de juin suivant. Et môme dans le cours des négociations qui ont précédé

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dont le roi de France avait également chargé d'abord ses procureurs (1) et plus tard le cardinal d'Ossat (2) de faire en-

l'ôdit, elle n'hésitait pas encore à invoquer l'intervention de l'étranger. « C'est pourquoi — disait-elle dans une lettre du 6 février de cette même année, pendant que la l-Yance, avide de paix, discutait les clauses du traité de Vervins, — « c'est pourquoi nous sommes « d'advis que vous voyés de nos parts MO. les ambassadeurs de la « Hoyiie d'Angleterre et de Moss eurs des Provinces Unies, et leur « fassi'^s entendre où nous en sommes, et les tergiversations par « lesquelles on nous mène, quelquefois en reculant au lieu d'advancer; « leur ren)onstriés mesmes, oultre nostre considération, de quelle « importance il leur est que nostre traicté soit conclu premier qu'ils H entrent plus avant à celui pour lequel ils viennent; leur faisant tr considérer que le Roy nepeult frapper bon coup contre l'Espaignol, M tandis que les bras de ceux de la relligion sont comme liés par " l'incertitude de leur condition .. Les roqueriés conséquemment de " presser selon leurs prudences et par les plus propres moyens « qu'ils sçauront bien choisir, qu'il y suit mis au plus tost une fin : « aes effects desquels, nous ne laisserons pas de recognnistre leur avoir - de l'oIWigation, parce que nous les sçaurons bien remarquer, •' encore que les causes et ressorts en demeurent occultes... .■ (Li'llrt de M'ssievrs de r.is'^emfjlée de ChastellcrnnU à MM.de Courtnwne: et t/c Caict, fa rie par M. Dit/tlrs^ii, dans Mémoires et curre^pundnnce île du l'Iessis Mornay, tcm. VIH, p. 17. 18.)

(1) Inttrucl on au sieur du Perron... nlldy.t à Rome... Parlant des dispositions des calvinistes après sa conversion, Henri IV disait que s'il « n'y eût apporté le rem/»de, pratiqué par ses prédéce-seurs..., ils n se fussent sousle.vez, de façon • qu'il « eust eu a coml)aitre avec " plusieurs grands et pu'ssauts ennemis estrangcrs .. et plusieurs et » dlviTses factions en .<?on noy.iume... » (Amlxntiti'f. du enrdrnal du • Ptrron, p. l/i6.)

('2) Lettres it'é'!Hp< de Henri IV, publiées par Aug. r.nlitzin, lettre du roi à d'Ossat. du 7 mars 1597, p. 217 : « Le purfy de ceux de « ladicte religion est eu mon royaume aussi puissant que j imais, tant « par les \ill<'.s et plaocs (|u'ils occupent en toutes les provinces " d'iceluy, qui sont à grand nombre et des mieux fortiliées, que par « l'appui et support qu'ils tirent enoorf de mes voisins. » Moins de deux mois après, il écrivait encore au duc de PIney, son ambassadeur à Home : « Mes subjects de la nouvelle religion font plus les fascheux

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tendre la menace à Rome, et qu'il voulait conjurer même au prix de nouvelles concessio'ns (l).

Kii deux mots, les engagements contractés, d'un côté, et, de l'autre, la crainte de la guerre civile, voilà l'origine et l'explication du célèbre édit de Nantes que nous n'avons pas autrement ici à apprécier.

« que devant, s' estant saisys de mes deniers aux lieux de receptes où « ils sont les maîtr' s... » [Lettres inùsives de Henri IV, tom. IV, p. 7. 1, lettre du 25 avril 1597.)

(1) Pur ce grave sujet dont nous venons de présenter deux faces seulement, on lira avec fruit, pour s'en faire une idée générale, dans VEistoire du rèi/ne de Henri IV, par M Poirson, le chapitre intitulé : Etatdci Cahiimte^ de 1589 à 1597. E'Iit de Nantes, 1598, tom. II, p, ù73 de la 2* édition. C'est le meilleur travail qui ait été fait avant cet historien M. Poirson a donc bien raison d'écrire : « Après avoir lu avec « une scrupuleuse attention tant ce qui a été écrit sur la réforme « et les réformés en France, depuis les hi?toires et traités du com- M raencement du dix-septième siècle jusqu'aux ouvrages les plus « récemment publiés, nous avons reconnu avec étonnement que les « autours de ces écrits avaient négligé les documents propres à (( éclairer le sujet et s'étaient privés des moyens de le traiter avec « vérité et impartialité. . Ils s'en sont tenus au témoignage unique « d'un auteur qui, sans donner aucune garantie de sa véracité et sans « oser se nommer, publia, en 1597, les Plaintes des Eylises réformées a de Fronce. Ils no .«e sont pas bornés à adopter de confiance toutes les « allégations de ce pamplet anonyme parti d'une main réformée et « destiné probablement i\ jeter les calvinistes dans une révolte « ouverte : ils o'it étendu et généralisé les assertions qu'il contient, '( cliamré par erreur la date des faits qu'on y trouvai, de manière « à donner la plus fausse idée de l'état des calvinistes et de leurs a rapports avec la société du temps et avec le gouvernement de « Henri IV. . {Ibid., p. filli, Ixlb.)

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Cependant, quelque restreint que soit notre cadre nous ne pouvons ne pas faire remarquer* avec les écrivains les plus autorisés et les plus impartiaux, que si, pour la raison tout à l'heure rappelée, la craiute de la guerre civile, on jugeait opportun d'élargir les concessions sous le rapport religieux (I), il devenait extrêmement dangereux d'en faire autant sous le rapport politique et militaire ; on eût même dû révoquer les concessions de ce genre que nos troubles avaient fait naître ; car c'était constituer ou reconnaître un Etat dans et contre l'Etat. Voilà la grande faute de Henri IV. Les calvinistes avaient, avec la liberté religieuse, l'égalité devant la loi et l'admissibilité aux charges et dignités. Pourquoi des places de sûreté entre leurs mains? Pourquoi surtout, sans même tenir compte de celles du Dauphiné où commandait Lesdiguièie, leur en reconnaître 200, lorsque les traités ne leur en avaient jamais accordé que 9 {'2) ? Ce n'est pas tout. Le tiésor royal s'obligeait môme, en ce qui concernait ces places, à supporter l'entretien desfortilicaiions et à payer la solde des garnisons, ce qui lui imposait une charge de 5â0,000 livres du temps, 2,000,000 d'aujourd'hui f3). Disons, cependant, à la décharge

(I) L'édit do Nantes autorisait le culte calviuistc rn tit-ux iMidroius, au lieu d'un, par bailliap? ou s(''n(''chaus.s('ic, dans les villes et villages où il avait été introduit jusqu'au mois d'août 1597.

('2) M. l'oirson, dans le chapitre pr('^citt% p. 516, s'exprime ainti : « Cent de ces places pouvaient attendre une armée : quelques-unes, « telles que La llochf'llo, Montpellier, Montnuban, résistèrent jjIus tard « aux forces de la monarchie entière. »

(3JM. Poirson, JOvI., p. 517.

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du roi que tout cela devait être temporaire : huit années fixées d'abord, quatre ajoutées ensuite, telles étaient les limites assignées à la possession des places de sûreté.

Mais revenons à notre sujet pour le présenter sous une autre face.

L'étude des faits, en général, nous a permis d'écrire cette page d'histoire qui vient de passer sous les yeux du lecteur. L'étude particulière des actes de Henri IV nous permettra- t-elle de la ratifier? En d'autres termes, les deux causes que nous avons assignées àl'édit de Nantes, sont-elles, même par rapport aux concessions regrettables, non-seulement les vraies, mais les seules, de sorte qu'il n'y ait point place pour l'hidiiTérence religieuse? (1) .

L'édit de Nantes rencontra de l'opposition dans les parlements, suiicita des plaintes de la part du clergé et causa une

(1) Henri IV tenait un jour ce langage à Sully :« Vous sçavez mieux « que uul autre si j'ay esté contraint de patienter beaucoup de choses « qui nie déplaisoient, de m'accommoder aux diverses factions et « passions de mes sujets...; mon royaume, ainsi que nous le dit tou- « jours La Hivière, ressemblant ù ces boutiques de droguistes qui ne M sont pas seulement remplies de chos'-s douces et odorantes, mais (( aussi de poisons et mauvaises senteurs; et moy à ces excellents « médecins qui sçavent si bien corriger et approprier les choses, que « ce qui de sa nature seroit poison, est rendu propre ù conserver la M santé; tellement qu'en usant des bons et mauvais en cette manière, « et les discernant comme il appartient, je ne laisse rien d'inutile. » {Mémoires de Sully, tom. I, ch. cxiv, p. 427.)

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assez pénible impression à Rome. Recueillons les explications du roi et rendons-nous compte de ses procédés dans ces trois circonstances.

Le parlement de Paris envoya une députation pour faire des remontrances au roi qui commença par dire (1) ; « Ce « que j'en ai fait est pour le bien de la paix; je l'ai faite au «dehors, je veux la faire au dedans (2). » Mais qu'on ne pense pas pour cela que le catholicisme ait perdu dans l'esprit et le cœur du roi. Non. « Ne m'alléguez point la religion ca- « tholique, continua-t-il : je Taime plus que vous, je suis plus « catholique que vous; je suis fils aîné de l'Eglise, nul de « vous ne l'est ni le peut être... Je suis protecteur de la reli- « gion (3). » Non-seulement il y aurait imprudence à faire de l'opposition ; mais ce serait môme mal entendre et mal servir les intérêts du catholicisme ; et moi, roi de France, je ne permettrai rien de semblable, car, « si les autres parlements, « pour ne m' avoir assisté à ma volonté, ont été cause que f< ceux de la religion ont demandé choses nouvelles, je ne « veux pas que vous soyez cause d'autres nouveautés par un « refus [li) » Vous n'avez donc qu'une chose à faire, c'est d'enregistrer purement et simplement l'édit; et, en l'enregis-

(1) Lettres missives, tom. V, p. 89 : Les paroles que le Roy n tenues à Mfssieurs de la Cour de Pnrlemmt le VU* février 1599.

(2) Jbid., p. 90.

(3) Jbid., p 91.

(i) Ilnd., p. 92.

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trant, vous n'aurez pas seulement agi o pour moi, mais pour « vous et pour le bien de la paix (1). »

Le clergé avait déjà fait entendre sa voix. C'était quelques cinq mois auparavant, après l'assemblée générale de 1598. Comme l'édit, bien que porté, n'avait pas encore été rendu public, la députation du clergé, par l'organe de l'archevêque de Tours, François de la Guesle, se borna à exprimer, en termes généraux, l'état malheureux de l'Eglise de France. «Je sais, ré- « pondit le roi, que la religion et la justice sont les colonnes et « fondement de ce royaume qui se conserve de justice et de « piété; et, quand elles ne seraient, je les y voudrais étant blir... Je ferai en sorte, Dieu aidant, que l'Eglise sera aussi u bien qu'elle était il y a cent ans. J'espère en décharger ma « conscience et vous donner contenLemeot... Mes prédéces- « seurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat, u et moi, avec jaquette grise, je vous donnerai les effets (2). »

S'il était résolu à faire usage de son autorité pour réprimer les paroles séditieuses comme les agissements perturbateurs, îl se montrait disposé à accorder dans l'édit les modificaions qui seraient jugées nécessaires et possibles. C'est ainsi que sur les instances du parlement, les plaintes du clergé et de l'université, il retira la concession absolue pour les réformés

(1) L<;ttres missives^ tom. V, p. 9/i. — L'édit fut vérifié le 25 du même mois de février.

(2) Ibid., p. 33 : Réponse de Henri IV aux députés du tlergé, 38 septembre 1598.

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de se réunir, sans autorisation préalable, où et quand ils voudraient, d'admettre les étrangers dans leurs assemblées et de se rendre eux-mêmes aux synodes dans les autres Etats (1). Les compensations justes, mais toujours en tant qu'estimées possibles, en faveur des catholiques, n^étaient pas, non plus, refusées. C'est ainsi encore que, grâce à l'agent du clergé, l'abbé Berthier qui devint évêque de Rieux, on introduisit la clause formelle du rétablissement du culte catholique partout où il avait cessé sous l'interdiction protestante (2). Et c'est probablement pour les mêmes raisons qu'on ne s'en est pas tenu à cette clause générale par rapport au Béarn où les difficultés étaient si nombreuses, mais que le roi signa, comme nous l'avons vu, en avril 1599, l'édit particulier de Fontainebleau (3).

(1) Le parlement de Paris, découvrant le danger, « en vint faire de '< grandes plaintes au lloy remonstrant qu'en cela son authorit^ «I royale cstoit grandement lézée.les magistrats méprisez, le royaume '( privé de ses anciens droits, et la liberté donnée ù ses subjets d'aller ♦• faire telles menées et pratiques hors de France qu'il leur plairoit « et aux estrangers de faire le semblable en France. » {Mémoires de Sully, tom. I, ch. xc, p. 308.)

Le clergé et l'université, de leur côté, représentaient avec ^a^50u que <( ce seroit donner d(.' plus amples et favorables privilèges aux prédicans <f qu'à toute l'ancienne Egli-e catholique, apostolique et romaine », puisque pour les assemblées du clergé de France on exigeait l'autorisation royale et qu'on en excluait les étrangers {Ibid., p. 309).

Sully lui-môme trouvait l'article « très-mauvais, » y remarquait <i les mêmes inconvénients, » et contribua à en faire admettre la modification parles protestants. (Ibid., p. ,'509, olO.)

{T) Mémoires de Sully, loc. cit.; Matthieu, Histoire de Henry IV, p. 295; Registre^Jourml de Heixri IV, p. 296.

(3) Fonds Dupuy, ms. 153, fol. 115.

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Lorsque Clément VIII eut appris la publication de l'édit de Nantes, il manda aussitôt les cardinaux de Joyeuse et d'Ossat (1). C'était pour leur « communiquer une grande affliction qu'il avait, » leur dire :( qu'il était le plus marri et désolé homme du monde » au sujet de l'édit qui avait été i)orlé « en faveur des hérétiques >» et « au préjudice de la religion catholique. » Car Sa Sainteté ne s'était pas attendue à pareille chose : il n'y avait pas dans le royaume de ces troubles qui imposassent des concessions de cette sorte; et, quand on se montrait si libéral envers les huguenots, on refusait aux catholiques la publication du concile de Trente ; enfin le Pape ajoutait « qu'il ne savait plus qu'espérer ni que juger » du roi de France, qu'il lui avait donné l'absolution fl contre l'avis des plus grands et des plus puissants princes chrétiens qui alors lui prédisaient qu'il serait troQipé. » Les cardinaux essayèrent d'adoucir l'amertume du Souverain-Pontife par des réponses sages, des explications diplomatiques, si l'on veut, dans la forme, mais généralement vraies au fond en ce qui regardait le roi et le mobile de ses actes ("2). Cette paix dont parlait le Souverain-Pontife se trou- Ci) Le cardinal d'Ossat ne désigne personne en particulier, se bornant à parler au pluriel : « Il (le pape) nous envoya dire hier matin que nous le vinsions trouver sur le soir ù vingt et deux heures. » Lrttrcs d'Oss'dt, lettre CLXXIX, au roi, du 28 mars 1599.) Mais une lettre du roi au cardinal de Joyeuse, du 8 mai de la même année, nomme les deux cardinaux. {Lettres jniisiues, tom. V, p. 113.)

(2) Il ne faut pas perdre de vue que nous n'apprécions pas ici les actes du roi, ce que nous avons fait précédemment. Nous cherchons

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Tait sérieusement menacée, si on n'avait pas accordé aux huguenots ce qu'ils demandaient avec tant d'instances. Il ne fallait pas établir de comparaison entre le concile de Trente et l'édit de Nantes, insister sur le regrettable contraste entre le refus de publication pour l'un et la concession de l'autre, parce que, dans le premier cas, « il n'y avait pour cela aucun danger de guerre civile. » Non, ce n'était pas là acte de mauvais catholique, ce n'était même pas indifférence religieuse, car le roi de France « non-seulement n'entendait « gâter les affaires de Sa Sainteté et* du Saint-Siège, mais les « voulait aider et promouvoir de tout son pouvoir. » Enfin, ce qui résumait tout, en portant l'édit, « il ne s'était proposé (t autre chose que de bien affermir et assurer la paix et tran- « quillité de son royaume, et par ce moyen restaurer la relia gion catholique la première, et remettre les autres bonnes « choses en leur ancien ordre, vigueur et splendeur (1)... » Le Pape engagea les cardinaux à écrire au roi. Il avait luimôme l'intention d'en faire autant (2). 11 y eut un second entretien à ce sujet entre Clément VIII et le cardinal de Joyeuse. Le roi approuva les réponses des cardinaux et les fit siennes dans une lettre au protecteur des affaires de France, car nous y lisons : a J'ai bien considéré le langage que vous a

seulement à pénétrer ce qui, à tort ou à raison, le faisait agir, afin de savoir s'il se rencontrait dans tout cela de rindifférentismc religieux.

(1) iMtren d'Ossat, ibid.

(2) Ihid.

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« tenu Sa Sainteté... sur l'édit que j'ai fait pour maintenir « mon royaume en repos, et j'espère que le temps lui fera a connaître que les assurances que vous lui avez données de « mon intention... sont plus véritables que les rapports qui « lui en ont été faits à mon désavantage, louant grandement « la réponse que vous lui avez faite en mon particulier, « comme j'ai fait celle que vous et le cardinal d'Ossat lui « avez faite ensemble (1)... » Une lettre du roi au Pape, venant confirmer le dire des cardinaux français, l'accentuait encore davantage : « J'aurai tel soin aussi, disait Henri IV, à ti ménager l'édit que j'ai fait pour la tranquillité de mon . « royaume, que la religion catholique en reçoive le principal « et le plus assuré fruit, comme elle a bien commencé, ainsi a qu'aura réprésenté à votre Sainteté mon... ambassadeur, « la suppliant de ne s'arrêter aux avis qui lui pourraient être « donnés au contraire, car, en vérité, ils procèdent de per- « sonnes poussées de faction plutôt que de religion, comme f( Votre Sainteté connaîtra tous les jours davantage par ce « qui s'ensuivra (2)... n Ce langage, du reste, n'était que la répétition de celui qu'il tenait au cardinal d'Ossat au commencement de l'année précédente, 7 mars 1598, lorsqu'il lui écrivait : a Si j'étais contraint d'accorder plus aux huguenots « qu'en l'édit de 1577, que Sa Sainteté croie que je le ferai

(1) Lettres missives, tora. V, p. 113, lettre au cardinal de Joyeuse, du 8 mai 1599.

(2) Ibid., p. I8i, lettre du 6 novembre 1599.

h'.i'i l'ÉDIT de NANTES

« pour éviter un plus grand mal et pour favoriser et fortifier (. la religion catholique d'autant (1). »

iMais ne pourrait-on pas voir dans toutes ces paroles un langage de circonstances, dans toutes ces assurances des promesses officielles dont on fait soi-même bon marché et auxquelles, du reste, les autres ne croient point (2) ?

(1) Lethes missives, tom. W, p. 921.

{•}) Ces quelques lignes que nous allons écrire vont achever de faire justice de cette étrange assertion que nous rencontrons dans la Correspondance inédile de Henri IV avec le Landgrave de Hcsse, Mauricele-Savant;car,si tout concourt à montrer dans Henri IV une véritable foi au catholicisme, un sincère amour du catholicisme, comment y aurait-il place en lui pour une attache secrète à la religion de Calvin? Comment aurait-il pu prononcer ces paroles que lui attribue le Landgrave, à savoir « qu'il était encore dévoué à la religion (réformée), " et que même il avait dessein d'en faire de nouveau, avant sa fin, « une confession publique (p. 79)?» (Quelle valeur peut avoir en présence du témoignage de toute une vie, une parole dite dans le secret du cabinet et entendue seulement par un témoin intéressé qui la rapporte? Sans vouloir porter atteinte à la véracité du Landgrave, sa mémoire ou ses oreilles Tont-elles l)ien servi? N'a-t-il pas pris ses désirs pour la réalité? C'était ce même Landgrave, en efifet, qui n'avait pu croire que Sa Majesté se fût c tournée vers la religion

panale, se co'irl)ant ainsi de nouveau sous un Joug pesant auquel .< auparavant elle sétiit déjà soustraite » : et qui, en sectaire zélé, pensait x qu'un tel ciiangement de reli^'ion devait aussi inspirer la « juste crainte que le Tout - f'uissant, après avoir soutenu le roi « miraculeusement contre ses ennemis, ne retirât de lui sa main et •• ne le châtiât sévèrement. » {Ihid., p. 9 : extraits de la rorrc^pon- 'Innce du Lmid<iror e, ynWoX 159."?). No pourrait-on même pas voir là, de la part du Landgrave, un moyen de rassurer les protestants d'Allemagne sur*le compte du roi de France? Qui ne sait que, dans ces sortes de choses, les politiques ne sont pas toujours d'un scrupule modèle? Quoi qu'il en soit, il nous seml)lc que c'est le cas ici, ou jamais, d'appliquer l'axiome du droit : TrsU'i unus, tesli* tiullm.

î.'kDIT de NANTES -435

Quel est le grand critérium, nous allions dire le critérium infaillible, de la sincérité du langage, de la vérité de la promesse? Les actions. Quand les actions se maintiennent dans un rapport constant avec le langage, quand elles se révèlent commel'accomplissementpour ainsi direlittéral de la promesse, personne n'est autorisé à mettre en suspicion soit le langage, soit la promesse, car il faudrait croire à une double hypocrisie : celle de la parole et celle des œuvres ; double hypocrisie dillicile en soi, impossible à une âme loyale, et qui, d'ailleurs, ne pourrait subsister longtemps sans se trahir par quelque endroit. Hé bien ! en ce qui concerne notre sujet, cet accord entre rànie qui parle et l'âme qui agit, n'est-ce pas ce que nous présente la vie de Henri IV?

Ne le voyons-nous pas constamment se montrer plein de respect pour le Saint-Siège, professer franchement la religion catholique, s'en déclarer le protecteur, en désirer le triomphe, en favoriser le maintien et le développement? N'est-ce pas le lidèle résumé de ce que nous avons établi précédemment et, en particulier, dans le dernier chapitre?

Si maintenant nous nous renfermons dans les limites du royaurne, que remarquons-nous encore de la part du roi ?

lin sérieux concours pour remettre, après tant d'années de troubles, l'Eglise de France en son état normal, lui rendre

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son administration régulière et effective : il ne se contente pas d'engager les évoques, à diverses fois, de se consacrer généralement à cette grande œuvre, il veut les seconder et il enjoint à tous juges et officiers de prêter main forte A C exécution des jugements donnés par les juges ecclésiastiques (1) ;

De bons choix pour les bénéfices ecclésiastiques et en particulier pour les évêchés : d'Ossat est en droit de dire au Pape que Sa Majesté ne nomme « aux évêchés que personnes dignes et de grand mérite » et qu'elle veut « continuer toujours ciaprès de bien en mieux (2) ; » et le roi peut se rendre lui-même ce témoignage devant le clergé : « Quant aux élections vous « voyez comme j'y procède. Je suis glorieux de voir ceux que 0 j'ai établis, être bien différents de ceux dupasse; le récit a que vous en avez fait, me redouble encore le courage de « mieux faire à l'avenir (3) ; »

Une bienveillante protection pour les ordres religieux en

(1) Mercure franrois, 3* cont. p. 115.

(2) L'dlres d'Ossat, let. CCLXX, au roi, du 2G avril 1601.

(3) Lettres missives, tom. VI,p. 565 : Réponse du Roy HenrilV... sur les Remonstrances à luy faicirs au nom du clergé... le 5 décembre 1G05. Dès l'année 159i!i, il disait : « Je ue donneray point des bénéfices, « quels qu'ils soient, i\ iniçnons, baladins et autres tels quels gens Il de qui la cour de mon feu frère éiait bitie, et jamais cela me sera u reproché, ains à gens qui en seront dignes, et mettray telle n'-for- « mation que soit évoque ou quelque prélat que ce soit fera la charge '< de sa vocation et résidence actuelle pour vous Instruire en l'amour « et crainte de Dieu... n (Discours de Henri IV aux députés de Beauvais, discours publié pour la première fois dans le Monde, du 18 septembre 187/1, d'après la Collection Moreau, ms. 260, fol. 89 et suiv.)

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général et en particulier le rappel des jésuites malgré l'opposition du parlement : « Je les tiens nécessaires à mon Etat, « dit-il à ce dernier, et s'ils y ont été par tolérance, je veux « qu'ils y soient par arrêt.... Laissez-moi conduire cette (( affaire. J'en ai manié d'autres bien plus difficiles, et ne « pensez plus qu'à faire ce que je vous dis (1). « Rappel qui, quelques années plus tard, est suivi d'une Déclaration les autorisant, malgré les remontrances des autorités locales, à exercer les cérémonies du culte catholique dans le pays souverain deBéarn (2);

Une sorte de zèle pour la rentrée des huguenots dans le giron de l'Eglise : « Suivant ces erres, — écrit-il le lendemain de la célèbre conférence de Fontainebleau dans laquelle l'évêque d'Evreux avait remporté un si éclatant succès — « suivant ces « erres, nous ramènerons plus de séparés de l'Eglise en un an « que par une autre voie en cinquante (3) ; » il désire vivement la conversion de sa sœur, y travaille par ses conseils et y fait travailler les autres : on sait que dans ce but, à l'exemple de ce qu'on avait vu à Mantes, une conférence devait avoir lieu entre du Perron et plusieurs ministres et que, si rien ne s'est fait, ce fut par la retraite de ces derniers (û) ; il presse Sully au nom

(1) Lettrei missives, toni. VI, p. ISi, 185 : Rcponse de Henri IV aux remonstrances du Parlement sur le rétablissement des Jésuites.

(2) M. Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises : la Déclaration est du 19 février 1608.

(3) Lettres missives, tom. V, p. 231, lettre au duc d'Epernon.

{Ul Diverses œuvres du cardiual du Perron, p. 307-358 : Articles des

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de l'intérêt et de l'amitié d'avoir le courage d'imiter son roi : (i Pourquoi, dit-il, ne me lierais-je pas ? car vous ne feriez « rien que je n'aie fait, et que, lorsque je vous le proposai, H vous ne m'avez pas donné conseil au contraire. Partant, je <i vous prie me contenter en cela; pensez-y bien : je vous K donne un mois pour y aviser; et n'ayez appréhension que H je ne vous tienne tout ce que je vous promets (1) ; » si ses vœux sont trompés et ses efforts inutiles à l'égard de son célèbre ami, il fut largement dédommagé par d'autres succès au sein du calvinisme : l'historien Péréfixe affirme « qu'il fut cause de la conversion de plus de soixante mille âmes (2). »

Henri IV était donc bien fondé à faire rappeler au Pape par le cardinal de Givry qui se rendait à Rome, « le dévouement « du roi au Saint-Siège, ses efforts pour ramener les héréti- « ques, pour remplir les évêchés de sujets pieux et capables c( et rendre tous les bénéfices aux catholi(iues; le rétablisse- (I ment des jésuites dont les villes demandent d'avoir des «1 collèges, le chagrin que ce retour cause aux ennemis de la « religion (3j. n

Enlin, au témoignage général de Paul V que nous avons

Miniitres el autres ap/iele:, pur Madame pour la Conférence proposée entre viix et M. l'Evâque d'Evreux...

(1) Mémoires de Sully, tom. II. ch. clxxvu, p. 225.

(2) Histoire du ro// Henri/ le Grand, l'aris 1662, p. Û96.

(<) Lettres missives, tom. VI, p. (583, parmi les lettres qui n'out pas él« publiées dans ce volume : c'est un rt'sumi'i do la lettre qui est du 1" mai 160Û.

l'kDIT de NANTES MV.)

consigné dans le chapitre précédent, joignons celui d'un autre Pape en ce ({ui regarde particulièrement la France, le témoignage de Pie VII : « La profession solennelle que Henri IV, <( chef de la dynastie déchue des derniers rois de France, lit (I du catholicisme qu^il soutint toujours comme religion doc( minante, sans pour cela laisser de garantir, ainsi que l'exi- (( geaient les circonstances, le libre exercice et les piérogati- (( ves de la secte calviniste, non-seulement n'ôta rien, mais (' encore ajouta à l'éclat de la renommée et aux transports de « la nation pour lui. Il fit les délices de la France, il en fut « nommé le Titus et obtint le nom de Grand (i). »

(t) Mémoire présenté par Pie VII à Napoléon, Mémoire inédit cité par M. Mercier de Lacombe. {Ouvrage mentionné, p. 26.)

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