‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 43 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jamais la corruption de son cœur ne passa jusqu'à son esprit. 11 (îtait souvent faible, mais toujours fidèle ; et contre ce qui arrive d'ordinaire, on ne s'aperçut jamais que ses passions eussent affaibli sa religion.

Afin que dans l'oubli sa mémoire ne tombe, La gloire en lettres d'or met ces mots sur sa tombe; Ce prince incomparable en clémence et valeur^ De bon, de grand, de sage acquit le juste titre. Fut des Français l'amour et des princes l'arbitre ; Heureux le fit au ciel le moment d'un malheur.

J. Le sentiment religieux dans Henri IV.

IL La France sous le coup de la mort de son roi.

Nous avons montré que la conversion de Henri IV, sincère sous le rapport de la foi, laissait énormément à désirer sous le rapport des mœurs. Non-seulement la passion était obéie, mais le scandale se montrait aux yeux de tous, et l'adultère semblait ne plus être un double crime. Sully dut même plusieurs fois intervenir pour calmer les justes ressentiments ou les violentes colères de l'épouse outragée. Disons-le encore, les années ne paraissaient guère avoir apporté de changement dans le cœur du monarque : tel a\^ait été le roi de Navarre, tel se montrait le roi de France jusqu'à la fin de son règne ; et, à l'âge de cinquante-six ans, il s'était pris d'une ardente

\\2 in:i \ DERNIKHKS HÉFLKXIONS

passion i)our une princesse de seize ans qu'il avait mariée luimême au prince de Condé (1).

Est-ce à dire, cependant, que sous l'empire des passions Henri ne connut jamais le sentiment religieux, et même la vraie piété ?

Nous ne parlons pas de sa foi ; elle se maintint toujours pure et ferme depuis son retour à l'Eglise. Nous voyons, en «iiïet, dans la Vie du P. Coton qui avait pénétré si intimement la conscience du grand roi, que u jamais la corruption de son « cœurne passa jusqu'à son esprit. Il était souvent faible, mais

< toujours iidèle ; et contre ce qui arrive d'ordinaire, on ne '< s'aperçut jamais que ses passions eussent affaibli sa reli- <« gion (2). » Un trait remarquable vient à l'appui de cette affîrmation. Il nous a été conservé par un des anciens historiens de Henri IV, Péréfixe, et se lit au milieu de tant d'autres que cet écrivain a eu soin de recueillir. Le roi rencontra un jour, près du Louvre, un prêtre (jui portait le Saint-Sacrement. Se

(1) Ce nY?tait pas qu'il ne sentit parfois la gravité de ses fautes, réréfixe nous rapporte ce fait : « Dans une hostellerie ù Milly on Gas- <i tinois, ayant mis quelques uens sur le propos de sa vie, il y en eut

< un qui en dit mille biens, mais finit |)ar là : Il aime trop les femmes, « Dieu punit les adultères, il est ù craindre qu'enfin il ne se lasse afirès en <i nvoir liiiit soii/ferf. Ces p:iroI<'s luy entrèrent si avant dans l'unie " qu'il Uisoit que jamais Prédicatt'iir ne l'avoit si vivement touché. >• {Histoire du Boit Henri/ te Grand, Paris 1662, p. 508.) Suivant nn autre historien, Pierre Matthieu, au\deux grâces iju'il demandait i Uieu, le pardon de ses ennemis et le bon usage de l'autorité, Henri IV en ajoutait une troisième, /« victoire sur ses passions. (Histoire de Eentif IV,

(2) La Vie du P. Coton, par le P. d'Orléans, Paris 1688, p. Ii3.

mettant aussitôt à genoux, il adora avec le plus profond respect le Dieu de l'Eucharistie. Sully l'accompagnait. « Sire, '« lui dit ce dernier, est-il possible que vous croyiez en cela, !( après les choses que j'ai vues ? — Oui, repartit vivement le (1 roi : vive Dieu, j'y crois et il faut être fou pour n'y pas croire, f je voudrais qu'il m'eut coûté un doigt de la main et que (I vous y crussiez comme moi (1). »

Nous entendons seulement ici ce qu'éprouve et sait prati- (juer le véritable disciple de l'Evangile, le sentiment si doux, si suave et en quelque sorte divin de la religion, les actes et les paroles qui y correspondent, qui en sont la traduction et l'attestation.

Cœur sensible et généreux, il était difficile qu'il n'en fût pas ainsi pour Henri IV aux heures de calme et de réflexion, sous une influence salutaire, sous le coup de quelque spectacle grandiose. Tel était son aveu, il tremblait de crainte et il devenait plus petit qu'un atome ^ quand il se voyait en la présence de cette majesté qui a tiré toutes les choses du néant et qui les y peut réduire en retirant le concours de sa main toute puissa?îte; tnois il se sentait transporté d'mie joie iîidicible, quand II contemplait que cette souveraine bonté tenait tous les hommes sous ses ailes comme ses enfants et principalement les rois n qui elle communique son autorité pour faire du bien

(l) Histoire du liot/ Ih-nry le Grand, Paris 1662, p, /|96 : Recueil de quelques belles acliom et paroles mémorables du Roi/ Jlenri/ le Grand,..

-Ut nELX DERNIÈRES REFLEXIONS

aux autres hommes (1). Cette Providence, il se prenait parfois à avoir une admirable confiance en elle, une confiance de saint, car, on le lui a souvent entendu dire, il s en remettait avec une entière soumission à elle, confessant qu'il n'aurait jamais ni j^eur ni regret^ quand il plairait à Dieu de l'appeler (2). S'il tenait à la vie, c'était particulièrement pour la France : Seigneur, disait-il encore, je suis prêt à partir, quand il te plaira ; mais que deviendra ce pauvre peuple (3) ?

Nous avons aussi nommé la piété. Le mot n'est pas exagéré, ni l'assertion trop hardie. La vraie piété, son âme ardente et expansive devait la connaître, quand les passions se taisaient, quand la sainteté du lieu inspirait, que les cérémonies du culte parlaient et surtout que la grâce divine agissait.

Sa prière était fervente : « Lorsqu'il priait Dieu — lisonsnous toujours dans l'historien Péréfixe, — il le priait à ({ deux genoux les mains jointes et les yeux au ciel [h). » Son assistance à la messe était édifiante : « Quant à moi, — disait le célèbre Bertaut, évêque de Séez — je l'ai vu quel- « ques fois après la messe achevée et lorsque tout le monde « était déjà levé, continuer à genoux sa prière avec tant de » signes de vraie et naïve piété que j'en avais quasi honte « pour nous autres qui devions en cela servir d'exemple

(1) Péréfix, Histoire du Roy Henry h Grand, p. û95.

(2) Ih?d., p. ^93.

(3) JbuL , p. 50i.

(li) Ibid., p. Û96.

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« à celui qui nous en servait lui-même (1). » Le tribunal de la pénitence l'émotionnait profondément : « Henri, — lisons-nous maintenant dans la Vie de son confesseur, — a avait... des retours à Dieu qui en eussent fait un saint, « s'ils eussent été plus constants.... Il fondait en larmes '( aux pieds de son confesseur, et cette grande âme qui « ne savait point feindre, paraissait si touchée de Dieu (( qu'elle ne laissait aucun lieu de douter de la sincérité de sa « pénitence (2). » L'Eucharistie n'agissait pas moins sensiblement sur lui : <( il avait, — écrit un autre historien déjà cité, Pierre Matthieu, — les yeux et le cœur fort ten- ■(( dres aux exhortations qu'on lui faisait le jour de la commu- « nion (3). » Enfin, affirme-t-on en général, il avait « des u moments de dévotion admirables (A). » Ces dispositions chrétiennes s'accusèrent davantage encore à la fin de son existence, car, continue le même historien sur le rapport du P. Coton lui-même, f( jamais il n'avait fait paraître de si u grands sentiments de piété et un plus grand désir de (I se sauver que les dernières années de sa vie (5). v C'est ce

(1) Discours funèbre sur la mort du feu Roy, Paris 1610, p. 22. Bertau ajoute : « Et de dire que c'eetoit hypocrisie ou faintise, l'humeur dg « de ce Prince trop éloignée de la dissini ulation, tant par la nature « que par accoustumance, rendroit du tout ceste calomnie in- « croyable. »

(2) La Vie du P. Coton, p. lu 2, 1/|3.

(3) Histoire ik Ecn ry IV, p. 8o7.

{h) La Vie du P. Coton, ibid.

(5) JbuL, p. lZi3.

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qui faisait dire aux protestants qu'il tournait au bigotisme (1).

La raison, assurément, désirerait moins d'inconséquence dans la conduite, et l'Evangile impose l'obligation d'établir l'harmonie entre tous les instants de la vie morale, comme entre l'esprit et le cœur, et il réprouve tout démenti donné par les actes aux croyances ou par les rechutes au repentir. Mais, en définitive, ce sont là de ces mystères intérieurs qui surprennent d'autant moins qu'on connaît davantage les âmes. L'on a dit : L'esprit est souvent la dupe du cœur. Il faut dire encore : Le cœur est parfois la contiadition du cœur luimême. Et tout cela constitue la nature humaine ! Et tout cela creuse ces abîmes insondables à tout autre qu'à Dieul

Il est un jour en particulier qui, aux yeux de l'histoire, a dévoilé complètement Henri IV sous le rapport religieux. C'est le jour du sacre de la reine, la veille de la mort du roi, de cette mort dont il avait lui-même depuis quelque temps déjà une sorte de pressentiment (2).

Henri assistait au sacre dans une tribune vitrée qu'il s'était luit di csser pour voir la cérémonie tout en dissimulant sa prt-sence. Consiclérant la pompe du culte catholique, il se prit à

(1) La Vie du P. Coton, p. 142 : t Les hugueuoti> disoient quelquefois que, si leroi n'y pronoit garde, le P. Colon le rcndroit bigot. •>

(2) Mf moires de Sully, tom. II, cli. cciii, p. 379 : « lié! mon amy. u (lisait le roi à Sully, que ce sacro niC(lo^|ilaist; Je nescay que c\^-»i. « mais le cœur me dit qu'il m'arrivera quelque malheur... Par Dieu, u je mourray en cette ville et n'en sortiray Jamais : ils me tueront.

« car je vois bien qu'il n'ont autre remî-de en leurs danir"!'; ri ni

• mort. Ahl maudit sacre, tu seras cause de ma mort. »

DKU.V HKRNIKHES KÉFLEXIONS 447

(lire (( que c'était une grande marque de la dignité de l'Eglise « de ce qu'elle avait des formes et des cérémonies propres et « particulières pour honorer la royauté; que les autres reli- « gions n'avaient rien de semblable pour sacrer les rois, ni des « ministres ordonnés pour cela (l). «Après cette profession de foi sur l'Eglise, l'ambassadeur d'Espagne lui fournit l'occasion d'en faire une autre sur l'Eucharistie. Celui-ci demeurait couvert au grand étonnement du roi ; 'et, entendant dire que c'était pour imiter le roi d'Espagne qui « ne faisait que tirer son « chapeau à l'élévation et le remettait incontinent comme s'il « eût salué un gentilhomme de cinq cents livres. » le roi de France reprit aussitôt : « Si nous avions le ressentiment de la u religion tel que nous devrions avoir, nous apporterions bien « plus de révérence à ces mystères que nous ne faisons ; car « il faut croire que, depuis les paroles de la consécration pro- «' noncées jusqu'à la communion, Jésus-Christ est toujours « présent sur l'autel (2). » Sa piété se manifesta, à son tour, par des actes. C'était une ancienne coutume des rois de Francede chanter avec les fidèles et même avec le célébrant. Henri, pendant la Préface, unit sa voix à celle du cardinal de Joyeuse qui célébrait la messe. Puis, « il apporta tant de révérence et « de sentiment aux saints mystères que ses yeux firent con- « naître l'embrasement de son cœur (3) ; » et le nonce, remar-

(1) Matthieu, Histoire dr Henry IV, p. 808.

i2) Ibid.

(3) Ibid., p. 809.

quant « cette ferveur et ces élancements d'esprit si purs et si M francs, s'en éjouit avec les prélats... (1). » Cette grande cérémonie inspira même au roi la pensée des redoutables assises de l'éternité. « Vous ne savez pas, dit-il au P. Coton, à (i quoi je pensais tout à l'heure en voyant cette grande assem- « blée? Je pensais au jugement dernier et au compte que nous :( devons rendre à Dieu (2). »

Pour lui, le jugement de Dieu était proche. Le lendemain, Ih mai 1610, un crime allait lui ouvrir les portes de l'éternité en plongeant la France dans le deuil. La prière plus ardente que jamais et souvent répétée, l'audition de la messe comme de coutume (3) avaient marqué, chez le monarque de plus en plus agité par de sinistres pressentiments, le commencement et diverses heures de cette journée fatale; et, avant de rendre le dernier soupir, on le vit, à la parole du duc d'Epernon qui lui recommandait de penser à D'ieu^ joindre les mains et lever les yeux devers le ciel [h) , et aux exhortations de l'archevêque d'Embrun qui l'assistait, témoigner par signes des yeux et des niains le recours quil avait à Dieu pour lui faire pardon et le recevoir au nombre des élus (5) .

(1) Matthieu, Histoire de Henri IV, p. 801).

(2) Lu Vie du P. Culon, p. iliU.

(3) D'Aubignô écrit lui-même que le roi, avant de monter en carossc avait « prié Dieu extraordinairemenL » {Appcndix ou corollaire des Iliiloirca du sieur dWubiijnr, dans son Histoire \mivcrs., tcm. III, p. r.Z|5.)

(Il) Matthieu, /////., p. 82G.

(5) Mnnoires dc l'ontohartrain, Collcct. Michaud, p. 298. — L'historien Matthieu consigne un autre fait semblable : a Petit, son premier me-

DEUX BEHNIBBES RÉFLEXIOKS 449

Bossuet exprimait la vérité sans exagération lorsqu'il disait à Louis XIV au sujet de Henri IV : « dans le temps de sa (i mort, on vit par tout le royaume et dans toutes les familles « je ne dis pas l'étonnement, l'horreur et l'indignation que « devait inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais (( une désolation pareille à celle que'cause la perte d'un bon (1 père à ses enfants. Il n'y a personne de nous qui ne se « souvienne d'avoir ouï souvent raconter ce gémissement « universel à son père ou à son grand-père, et qui n'ait « encore le cœur attendri de ce qu'il a ouï réciter des bontés « de ce grand roi envers son peuple et de l'amour extrême a de son peuple envers lui (1) !»

Mais, au milieu de ses larmes, la France n'oublia pas plus que le chef si attristé de l'Eglise, pas plus que l'Apôtre de Genève, l'ami du royal défunt, de supplier la miséricorde divine d'être « pitoyable à celui qui le fût à tant de gens, » de pardonner « à celui qui pardonna à tant d'ennemis, » et de recevoir « cette âme réconciliée à sa gloire qui en reçut tant en sa grâce après leur réconciliation (2). »

« decin, m'a dit, écrit-il, qxCil ne rendit V esprit que sur le lict, et que « luy ayant dit. Sire, souvenez-vous de Dieu dites en vottre cœur : Jésus, « fils de David, a>jez pilié de moi/, il avoit ouvert les yeux par trois « fois. » {Ouvr. cité, p. 827.)

(1) Bossuet, Lettres diverses, lettre XXXIV, au roi.

(2) Saint François de Sales, Lettres, lettre DCCLXII, dans Œuvres complètes, Paris 1839, tom. III, p. 636, 637.

iôO DEUX DERNIÈRES RÉFLEXIONS

Nous lisons, en effet, dans le Mercure français (1), qae le 21, 22 et 23 juin, dans toutes les églises et chapelles de Paris, on célébra un service " pour l'àme de ce grand roi, » prières solennelles qui, au jour fixé par les évèques de chaque diocèse, s'élevèrent également vers le ciel de tous les sanctuaires du royaume.

L'éloquence et la poésie se firent partout l'écho de la douleur universelle. •

En premier lieu, la chaire chrétienne.

Le Mercure nous l'apprend encore (2) , toutes les cathédrales de France retentirent de l'éloge funèbre du roi. On se trouve vraiment émotionnéà la lecture de ces discours, car un certain nombre ont été livrés à l'impression et ont pu nous être ainsi conservés. Le deuil des âmes, l'amour des Français, les grandes qualités du roi, la sincérité de sa foi, son réel attachement à l'Eglise, voilà ce que s'efforcent d'exprimer ou de célébrer les divers orateurs. Le lecteur pourra se faire une idée de ces lugubres et solennels accents de la chaire chrétienne par ces quelques passages de l'oraison funèbre (jui l'ut prononcée à Notre-Dame de Paris, le jour même des obsèques, [lar l'évêque d'Aire, Philippe Cospeau.

« Non, non, Messieurs, — s'écrie l'orateur en commençant — « ne le pensez pas, ce n'est point pour louer sa vie que je

(1) Mercure franrois, fciJ. 673, UlU.

(2) llnd.

DbîUX DERNIÈRES RÉFLEXIONS 4oi

{( me présente en ce lieu, mais pour pleurer sa mort, pour « célébrer ses conquêtes, mais pour plaindre notre perte, pour « chanter ses triomphes, mais pour dire en gémissant ces « tristes paroles ; cecedit corona capitis nostri ; vœ nobis quia n peccavimus : la couronne de notre tête est tombée ; malheur a à nous parce que nous avons péché (1). »

Mais comment trouver des paroles qui soient la juste expression des angoisses de la patrie? C'est la France elle-même qui '< s'est chargée de cette partie de notre funèbre action, et m'a « disputé que ses larmes, ses regrets et ses plaintes la fourni- « raient trop mieux, non-seulement que notre voix faible et « rompue par la douleur, mais que les plus ardents et animés « discours de l'éloquence même. Il m'aimait, se dit-elle, comme «je l'aimais, car amour ne paie que l'amour, et le paie, s'il « est bien réglé, par mesure égale; je l'aimais comme je le « regrette, je le regrette jusques à la mort ; et le voyant porte ter en terre, je ressens les mêmes pointes qui me perceraient (( le cœur, si l'on m'y portait toute vive avec tout ce qui me (( reste d'enfants... Y'eùt-il donc jamais regret semblable aux « plaintes et aux cris qui se sont entendus partout pour le tré- « pas de ce père des Français ? » L'orateur rappelle ce dont il a été témoin. « J'eus le malheur d'être à Paris, quand les furies « lancèrent le détestable coup ; j'en appris la nouvelle non

(1) Oraison funèbre prononcée dans la fjrande Eglise de Paris, aux obsèques de Henry le Grand, Paris 1610.

.Ï5-2 MTOX DERNIÈRES RÉFXEXIONS

« par le récit d'aucun homme, mais par l'effroi et l'image de u la mort que je voyais empreinte dans la face de tout le (t monde, par les mains élevées vers les cieux, puis retombant « durement et à grands coups sur les poitrines de tous ceux « que je regardais, par un bruit lamentable et confus du peu- « pie demi-mort, qui me faisait assez entendre, quoiqu'en « paroles non entendues, que c'était à ce coup que le plus « grand homme de la France et la vraie lumière de ses yeux « était éteinte. » Les provinces ne furent pas moins attérées que la capitale. « Depuis, quelle ville, quel temple, quelle « place publique, mais quelle maison ou quel coin avons-nous « eu en ce royaume où l'on n'ait reconnu tous les regrets « qu'une épouse épand sur son époux qu'on vient d'assassiner « entre ses bras, ou la mère sur son fils unique (1). »

Incomparable monarque par ses brillantes qualités et son extrême bonté, il fut admirable chrétien tant par son dévouement à l'Eglise que par les services qu'il rendit à la cause du christianisme; et le nom même du plus saint de ses aïeux

(1) Oraiion funèbre, p. 56-58.

« Oui, s'écriait un autre prédicateur, nos yeux ont vu ce piteux « spectacle : Le l'ére de la France misérablement massacré au milieu « de sa plus grande ville entre ses plus fidèles serviteurs et aux yeux « d'un peuple" qui Tadoroit. n {JT'uaiigue funèbre prononcce en CEglise <h Saint-BenoU, par F. N. Coeffeteau, Paris IfilO, p. 31.)

Villeroy écrivait aussi : « Je meurs de notre commune perte. Je « n'ai point assez de larmes pour la pleuier, ni de paroles sufiisantes • pour exprimer ma douleur... Je prie Dieu qu'il ait compassion de « nous. » {Ambassades de la Boderie, tom. V, p. 260, 262 : lettre à M. de la Boderie, du 20 mai.)

DEUX DERNIÈRES RÉFLEXIONS -ioS

vient se placer sur les lèvres de l'orateur. « Saint Louis est

« instruit dès son enfance en la religion seule et vraiment

« chrétienne ; le roi est nourri en une créance qui n'a rien de

« Jésus-Christ que le masque menteur de son divin nom.

« Saint Louis continue toujours en la vérité de sa foi, le roi

« longtemps en la fausseté de la sienne. Saint Louis quitte son

« royaume pour aller attaquer les ennemis communs du chris-

« tianisme, les combats de sa propre main, y épand son sang et

« remporte plusieurs victoires ; le roi, au moins pour ce sujet,

« ne sort point de son Louvre et ne fait rien que leur écrire ;

« et si saint Louis n'y gagne autre chose pour le service de

« Dieu en terre que la perte de son armée, puis de sa liberté

« et de sa vie; le roi, au contraire, trouve moyen de couler

« dans leurs villes les serviteurs fidèles et domestiques, non

« d'Abraham pour y combattre les quatre rois, mais de

« Jésus, le vrai père des croyants, pour y abattre l'impiété et

(( pour offrir à Dieu, avec le souverain Meichisédec, le pain

« des Anges et le vin engendrant les vierges (1). »

En dehors des chaires chrétiennes, l'éloquence inspira encore, en grand nombre, d'autres orateurs ou d'autres œuvres oratoires, car la plupart de ces discours, du moins parmi ceux que l'impression a fait parvenir jusqu'à nous, ne paraissent pas avoir été prononcés. La physionomie de ces nouveaux discours ne diffère pas de celle des oraisons funèbres : c'est

(1) Oraison funèbre, p. 69, 70.

454 l»KLX DEHMKRKS RKFLKXIONS

la même douleur qui se peint, c'est le inêtne amour qui se traduit, c'est le même bon roi qu'on célèbie, c'est le même malheur public qu'on exprime.

« Quoi ! — Ce sont les premiers mots prononcés par l'auteur d'un de ces discours (1) — deviendrais-je ainsi (( qu'un rocher de Sisyphe, les yeux mouillés, le ccsur transi « de deuil, la langue percluse, sans pouvoir lâcher quelques « voix plaintives...? Stupide et muette douleur, fais croître « autant que tu voudras ta violence, augmente mon ressen- « timent, redouble mes soupirs, mes sanglots et mes larmes ; « mais en pleurant ne me dérobe point la liberté de la parole. (( Hélas ! nous avons perdu notre grand Henri : nos jours de « joie et d'allégresse ont été changés en jours de tristesse, « nos palmes en cyprès, nos chants de triomphe en plaintes « funèbres... » Parmi les vertus qu'il loue dans le grand roi, l'orateur n'oublie pas de placer '< la piété qui reluit sur « les autels sacrés, par lui rétablis en leur lustre, après avoir <i longtemps demeuré désolés en plusieurs endroits, sans (( feu, sans honneur et sans sacrifices (2). »

Un autre discours débute par cette apostrophe à la France (3) : « Débouche le passage à la véhémence de la « juste douli ur, ô France, évente tes sanglots, distille-toi en « larmes de sang, coupe et déromps tes cheveux, viens donner

(1) Lr deuil di: la France à la mort de Henri/ le Grand, Paris 1610,

(2) Ihid., p. 15.

(3) Let larmes et lamenlalion de la France, Paris.

IiElX DERMÈKES RÉFLEXIONS 155

« le dernier baiser aux lèvres éteintes et passées de ce roi (( ton père, ton père, dis-je, qui s'est infinies fois exposé aux « hasards et incertitudes des armes et de la mort pour te faire « revivre, qui a prodiguement risqué sa vie dedans les péril- « leux champs de Mars pour étabhr la tienne dedans la (t douceur de la paix... Que tous les peuples qui respirent « dedans ton sein lui fassent des cénotaphes de leurs cœurs... « que ta bouche ne résonne désormais que des thrènes, des (( aliènes et chants funèbres... »

L'armée a des larmes aussi amères. Et, chose remarquable ! ce n'est pns seulement son chef qu'elle pleure, mais encore le loi très-chrétien, le fils dévoué de l'Eglise : « Puis donc qu'il (i en est ainsi que la France a perdu ce grand roi qui était à « l'Eglise l'épée et le bouclier, comme et voire davantage (( que Marcellus et Fabius Maximus à la ville de Rome, dois- (( je pas le regretter par une plainte qui soit aussi remarqua- « bleen la pitié de ses larmes, comme les valeurs de ce grand (( monarque étaient admirables et utiles à la république « chrétienne (J). »

Un écrivain, du nom de Chevallier, convoque la chrétienté entière sur le tombeau de Henri IV et lui prête ce langage : Ci-gît. Arrête, 0 passant... Dans ce petit enclos gît le plus « grand roi du monde. O sort, ô ciel, ù mort! que toute la

(1) La L'innes et regrets du So/ilat François, Paris, s. cl., privilège d'octobre IGIO.

(I France, l'Europe, la chrétienté, tout le monde lamente « cette perte... que les rivières réduites en larmes passent a éternellement par nos yeux, l'air converti en soupirs soit « un écho qui ne résonne jamais que tristesse, les mouve- « ments des astres, les météores, les clartés de la région du « feu soient des Vésuves flamboyants d'amertume mortelle « qui consume nos âmes sans relâche (1). »

La Navarre, partageant les mêmes sentipaents que la France, sait trouver les mêmes accents d'amour et pousser les mêmes cris de détresse (2). «O France, que perds-tu?... Et que (( saurrais-tu perdre, ô ma douce patrie, Béarn, mon cher a Béarn, relevé en courage, comme en montagnes; et quel (i courage désormais, quand tu as perdu l'âme de ton cœur, « l'esprit de ton âme, le dieu de ton esprit qui t'honorait a autant par sa naissance, comme tu l'adorais pour ses ver- « tus (3). n L'ample discours se termine parles adieux au roi défunt. « Encore, encore adieu, ô mon grand roi, adieu, « mon bon prince, le prince des rois, adieu, le roi des princes « du monde, l'épée et le bouclier de la France, adieu ; adieu « le père de ton peuple, l'amour et l'aimant du cœur de tes

(1) La chresh'enté sur le tombeau de Henry le Grand, Paris 1611, p. 9, 10. Nous apprenons par l'iraprimeur que ce discours avait été composé immédiatement après la mort du roi, et que c'est une maladie de récrivain qui en a retardé la publication. {L'imprimeur au lecteur).

("2) Lu Nuvarre en ducil, par le sieur de l'Ostal, vice-chaucelier de Navarre, Orlhf's 1610.

(3) Ibid., p. n.

DEDX DERNIÈRES RÉFLEXIONS 457

« sujets, adieu, le plus brave, adieu le plus victorieux de toute « la terre... adieu, Bourbon, l'honneur et la gloire du monde, u et adieu, ô monde sans gloire et sans honneur, puisque (i Bourbon n'est plus au monde (1)...»

Nous avons aussi nommé la poésie. Elle ne pouvait, en effet, demeurer en arrière de l'éloquence.

Ardent ligueur avant d'être royaliste, poëte en même temps qu'historien, Pierre Matthieu consacra un certain nombre de strophes à la mémoire du roi défunt (2) .

La rue où arriva ce funeste désastre.

Où Paris effrayé vit éteindre son astre, Où son roi fut blessé d'un détestable fer, Ne portera le nom de la Ferronnerie :

Il la faut appeler le pas de la furie, La place scélérée ou la rue d'enfer (3).

Car ce roi, c'était le bon roi, c'était

Celui qui fut des siens l'appui et l'espérance.

Celui qui releva et restaura la Fr^ince,

Celui qui limita des princes le pouvoir.

Celui qui fit marcher à son gré la victoire,

Qui fut l'amour du monde et des grands la gloire (ù).

C'était le grand roi. Oui,

Si la France aujourd'hui heureusement cultive Les lauriers au dehors et au dedans l'olive,

(1) La Navarre en dutil, p. 221, 222.

(2) Z,e< Irop/iées de la vertu et de la fortune de E<:nry le Grand.

(3) Strophe Lxir.

(i) Stroph. Lxi.

i58 DEl'X DERNIÈRKS RÉFLEXION»

Si aux autres Etats elle donne la loi,

Si la félicité règne dedans ses villes.

Si elle ne craint plus les tempêtes civiles,

Ce sont des grands effets du règne de ce roi.

Si en hommes savant»? elle est riche et féconde,

Si par les beaux esprits elle court tout le monde,

Si on voit éclaircir les doutes de la foi,

Si aux premiers honneurs la science est remise,

Si le mérite obtient les charges de l'Eglise,

Ce sont des grands effets du règne de ce roi (1).

Bon et grand roi, il fut vrai et sincère catholique

Il revient à l'Eglise et le ciel l'en conjure,

Au icmple de Saint-Denis ses erreurs il abjure;

et pour preuve

Qu'en lui de saint Louis la foi vive se treuve. Il touche les malades et leur rend la santé (2).

Non,

Ses plus grands ennemis n'ont douté de sa foi. Quand la sincérité qui maintient l'harmonie Des affaires, serait de ce monde l^annic Ou la retrouverait en rùuie de ce roi (3).

Aussi, quel amour lui vouait la France !

Qui n'aimait ce grand roi n'avait vu son visage (h).

Et aujourd'hui quelles larmes elle lui donne!

(\) strophes i.xxxvii, lxxxviu.

('1} Strop. xxviii, xxix.

(3) Strop. XXXV m.

(Û) .'^trop. xciit.

PEUX DERNIÈRES RÉFLEXIONS 'l5H

Qui ne pleure sa mort n"a pas connu sa vie (1).

Mais, hélas! .

Les plus grandes douleurs avec le temps finissent. Et les fleuves de larmes à la fin se tarissent; Les nôtres dureront par de là le trépas (2).

Adieu donc.

Adieu, Tunique honneur des princes de la terre, Adieu, prince admirable en la paix et la guerre. Adieu, Henri, du ciel le chef-d'œuvre et d'auiour Adieu, l'astre des rois, le phare de la gloire, Adieu, seul des mortels qui reste en ma mémoire (3).

Mais que son nom vive aussi et à jamais dans le cœur de tous les Français, et que ces vers s'inscrivent sur sa tombe :

Ce prince incomparablf en demeura et valeur. De bon, de grand, de sai^e afijuil le juste litre, Fut dei Français l'a)nour et des princes l'arbitre ; Heureux le fit au ciel le moment d'un malheur {U).

ilj Stroph. xciv.

(2) Stroph. c.

(3) Stroph. cvi.

(ù) Stroph. cvii.

Voir Noie.-i et doaonenti I.

XiHe.ni IV et lEglts,; p. -29).

Lettre itscrite par du Perron c" sieur de Morlas à l'advenemenl du feu Roy ('i la couroniip, c'est-ù-diro de Henri IV.

Morlas, ministre protestant, mais penchant déjà vers le catholicisme qu'il devait plu? tard embrasser, était à la cour. Du Perron lui «icrivit, se proposant uniquement de lui soumettre quelques réflexions dans l'intérêt de Sa Majesté. Ce n'était pas dans le but de lui fournir, ù lui si éclairé, des arguments théologiques pour décider Henri IV à se convertir. Non : il visait moins iiaut pour l'instant et sa pensée ne franchissait guère les limites de l'ordre naturel. Conséquemment, représenter que Dieu » ayant espandu tant de bénédictions depuis « onze ou douze cents ans sur les Princes qui ont gouverné cestc Mo- « narchie, et les ayants préservez par une faveur perpétuelle de toute « tache d'hérésie, il semble avoir conjoint la Picligion et l'Estat entre « les François d'un nœud indissoluble ; » qu'on n'imprimera « jamais • à bon escient en l'àme de la plupart des François que leur I\oy soit « vrayment l'oing du Seigneur, s'il n'est disposé i\ recevoir le Sacre M et l'Onction en la même forme et avec le même serment que tous « ses prédécesseurs; » tels étaient, selon du Perron, les deux points principaux ù agiter devant le roi. Sans doute que pour « une âme « Wen née telle qu'est la sienne, continuait du Perron, la seule consit< dération de son salut, lequel il ne peut obtenir hors de l'Eglise Ca- « tholique, comme il le recognoistra infailliblement, quand il luy plaira :( prendre la peine de s'en éclaircir, luy doitestre pour toutes. Néant- « moins, s'il y veut encore adjouter les considérations humaines, il « trouvera ce que je dis estre véritable, et n'y aura pas un de sesser- <( viteurs... non aveuglé de passion qui ne luy responde qu'en se fiii- « sant Catholique il se rend Roy estably et florissant. » L'on a rien à redouter des étrangers qui aimeront mieux l'avoir « pour Roy amy « que pour confrère ruiné. » Et d'ailleurs n'est-ce pas la coutume

que les rois de France soient « restablis et restituez par leurs sujets a et non par les forces estrang^res? » Mais les protestants du royaume? Us se garderont de faire de l'opposition, car ils auront toujours plus à espérer de ce roi que d'un autre, cependant, la conversion est une chose trop sérieuse pour l'accomplir à la légère. Il faut trouver un moyen de satisfaire les « bons François Catholiques » qui la désirent prompte, et, à la fois, de ne pas outrager les droits de la conscience qui demande à être éclairée. He bien 1 ce serait d'envoyer vers le Pape pour l'assurer que le roi a l'intention de se faire instruire. Le Pape ne saurait que bien accueillir cette ouverture, lui qui, du reste, serait heureux de marquer son pontificat par le retour à l'Eglise d'un roi de France. Les catholiques voyant dans cette démarche, sinon une conversion actuelle, du moins le signe et presque la garantie d'une conversion future, ne feraient pas difficulté de laisser au roi le temps de s'éclairer sur les dogmes catholiques. Voilà la meilleure et même la seule voie à suivre. Cependant, Morlas est sur les lieux : il peut faire, « comme Ton dit, la guerre à l'œil .. voir beau- « coup de choses » qui sont inconnues au loin, et, selon les circonstances, ouvrir d'autres avis, soumettre d'autres réflexion^; mais il ne doit jamais perdre de vue que <( les esprits qui sont bons pour n démolir une Monarchie... ne sont pas toujours tels, quauid il est « question de la restablir. »

B (Flenn lY et CEgUîe, p. 67.)

Ya\ 1566, René Benoît avait pulilié une version de la Bible, peu différente de celle de Genève et môme chargée de nouvelles fautes, dit Moreri. Aussi fut-elle censurée par la Sorboune. Une nouvelle édition, en 1568. eût le même sort, en attendant qu'elle fût condamnée, en 1575, par Grégoire XIII. Mais ce n'est pas une raison pour laisser peser sur ce célèbre ecclésiastique des accusations qui ne sont pa.*; méritées.

En 1585 et 1586, uo écrit fut publié sous ce titre : Apologie Catholique. On y cherchait à établir que la religion n'était pas un motif suflîsant pour exclure du troue le roi de Navarre, parce que : 1" les huguenots conservaient ce qui était fondamental dans la foi, et que, 2" le concile de Trente, qui le.s avait frappés, n'était « ni universel ni légiiimo ui reçu en France. » (liibliollièijue universelle ûe Le Clerc, tom. .\1, p. 5Zi6; et tout cela,du reste, est bien marqué dans la Préface de l'ouvrage dont il va être question.) On attribue cet écrit à Pierre de BeUoy.

Une réponse était inévitable, Quand elle eut paru après l'assassinat

Ue Henri III, on en fit imprimer à Caen, en 1590, une réfutation sous le titre de : Examen pnci/iquc de la doctrine des iluguoiofs prouvant rontre les Catholiques rigoureux de nostre lumps et particulièrement contre les objections de la response faictc à V Apologie Catholique, que nous qui sommes membres de r Eglise Catholique, Apostolique et Romaine ne devrions pas condamner les Huguenots pour hérétiques, jusques à ce qu'on ait faict nouvelle preuve. Dans ce petit volume, partagé en G chapitres, l'auteur s'était proposé de montrer successivement que les catholiques et les huguenots ne dififéraieut pas de croyance; que les uns et les autres différaient également de l'Eglise primitive sous le rapport des cérémonies, et conséquemment que ceux-ci n'étaient pas plus condamnables que ceux là; qu'ils n'avaient pas été légitimement condamnés avant le concile de Trente; que ce concile n'était pas légitime; qu'il n'était pas reçu en France; et qu'ainsi les huguenots devaient ôtro estimés membres de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Ce volume était imprimé sans nom d'auteur, comme on peut s'en convaincre par l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Université, dans le Recueil in-1 .', H. J. r. 12. Cependant, J. C de la Crose, auteur du Xi* volume de la susdite Bibliothèque universelle, après avoir parlé de ce « livre fort rare » qui lui était tombé entre les mains, transcrit le titre, en ajoutmt : « Par René Benoît, curé de S. Eustache à Paris. » (Biblioth. Univ., lova. XI, p. 5Zi7.) L'auteur des Remarques du chapitre ii delà Confeision de Saucy cite J. C. de la Crose sans autre examen; d'autres biog-aphes ont cité ou copié l'un et l'autre, et la paternité du livre n'a plus semblé, de nos jours, une question. Pourtant quelques réflexions pouvaient facilement mettre sur la voie de la vérité. Est-il croyable, en effet, que, si Benoît avait publié un livre semblable, il eût été admis, deux ou trois ans après et sans rétractation aucune, à prendre place dans l'assemblée royaliste, mais essentiellement catholique de Saint-Denis? Est-il croyable que, quand on procéda aux informations canoniques, après sa nomination par Henri IV à l'évèché de Troyes, on eut complètement laissé de côté ce livre, pour ne s'occuper que de la version de la Bible? Ces informations furent reprises à différentes époques, durèrent des années; et les lettres de d'Ossat ne nous entretiennent pas d'autre chose que des fautes de la version. Enfin, en 1598, il fat nommé doyen de la Faculté de théologie, après avoir acquiescé à la condamnation de sa Bible française. Est-ce que la rétraction de la doctrine de VExamen n'étaitpas plus indispensable? Et pas un mot décela quelque part. Ces réflexions auraient dû commander l'inspection du livre lui-môrao ; et, lorsqu'on aurait vu que c'était un ouvrage anonyme,

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