I.A VERTU
commence aussitôt ses adieux (2).
Non! jamais plus la France Ne sera mon séjour.
Je m'en vay dès ce jour En un lieu d'assurance.
Je pensùis pour jamais Vivre dans ce Palais ; Mais ses tristes murailles, Henry, je ne peux voir Revêtues de noir Pleurer tes funérailles.
Auprès de son tombeau Je vay faire un ruisseau Issant de mes paupièrrs; Au dernier honneur Je veux fondre l'humeur De mes tristes lumières.
(1) L'in/ies (le tristesxe, iiJ-12, Première partit'. [•1) Ifj)'/., p. 3.
oO
i76 NOTKS ET DOCUMENTS
La Vertu,
. . . fille des Dieux Issue des hauts Cieux,
est donc décidée à remonter au lieu de son origine.
Oui, dit-elle,
En ce noble séjour Je m'en vay dès ce jour :
Car, dis moy, pauvre France, Peux- je vivre chez toy?
Non, quand tu es sans Uoy, Je suis sans assurance.
Après la Vertu,
LA FKLICITÉ (1).
Puis donc qu'avec Henry dessous la tombe obscure Tous mes nobles desseins la mort cruelle emmure, Que quelque autre pays reçoive le bonheur. Que la France retourne à son premier malheur.
Mais avant que partir de ce funeste lieu. Je veux (ô grand IIe.nry) te donner un adieu : Adieu, Prince, mon cœur» si je quitte la France, J'emporte quant et moy la douce souvenance De tes rares exploits
Auprès de ton cercueil à tout'heure, à tout temps, Soit Ilyver ou Esté, fleurisse le IVintemps ; Au-dessous de ton corps un parterre s'émaille. Mais surtout que des lis la blancheur n'y dcfl'aille, Adieu, encore un coup, je iue sens le respir Arrêté par l'cfl'jrt d"uu véhément souspir. Je te jure, grand Roy, si je n'estois Déesse, Que je voudrois gésir avec toy dans la caisse; Je vous jure, Grand mort, j'ay à desdain mon sort. Et voudrois volontiers pouvoir subir la mort.
(1) Lui mes de (rislessc^ p. 9.
Voici maintenant :
LA JCSTICE (l).
Adieu, terre, je veux les Cieux, Et là vivre à moy retirée; Les hommes m'ont trop offancéc En me ravissant mon support :
Je pasme à la seule pensée De son inespérée mort.
Avant que de me retirer,
Je veux au Ciel cruel me plaindre,
Et de ma poitrine tirer
Une triste voix pour luy peindre,
Graver bien avant et empreindre
Le mal qui me fait souspirer;
Que si ma voix n'y peut atteindre,
J'iray là-haut pour y pleurer.
.\dieu, France, en douleur confite, Séjour d'un esprit généreux.
Beau corps, adieu, le Ciel m'invite A estre au rang des bien-heureux.
J'estois parmy sept Parlements D'une florissante Couronne, Honorée des Présidents :
Henry vivant ainsi l'ordonne.
Mais depuis que la mort me donne Un eschec tant inespéré, Las! il faut que je t'abûndonno, O royaume désespéré.
Adieu, Prince, qui en la paix As mis en honneur la justice; Adieu, ITince, qui soubs le faix D'une valeureuse milice
(1) Lannes de tristesse , p. il.
i78 NOTES liT DOCUMENTS
As mis en route la malice De tout un monde conjuré, Te nionstrant et père et propice, Voire à ton ennemy juré.