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en piison. Les Bourbons le renièrent, proleslèrcnt. Le roi, par pitié, n'ayant point d'ailleurs d'autre héritier alors , le soutint Condé , le maintint Condé. Il ne lui donna pas grand'cbose, comptant l'enrichir par un mariage. Lui, docile, modeste, attendait, et, en attendant, sellait r^ous main avec les parlementaires pour qu'ils le soutinssent si sa naissance était contestée, ou, après le roi, l'aidassent à bouleverser le royaume. Mariée à celle face de pierre , à cet ennemi des femmes, mademoiselle de Montmorency devait s'ennuyer, chercher des consolateurs. Et, comme elle était haute et fière, pour chevalier qui prendrait-elle? le plus haut placé, le roi.
C'était le calcul de celui-ci, peu moral, mais selon le temps. Il lui fallait, au préalable, avaler l'amère médecine du mariage. Il essaya de la tourner en gaieté, en y menant Bassompierre et s'amusant de la figure désespérée qu'il y fit. Mais, malgré cette malice, le rieur, qui avait plutôt envie de pleurer, rentra comme frappé au Louvre : la goutte le prit et le mit au lit. Lié là et immobile, dautant plus imaginatif, sous la griffe de sa passion, il n'avait plus la force de la cacher, la disait à tout le monde. On se relayait jour et nuit pour lui lire VÀsti'ée.
Le mariage eut lieu le 5 mars, et Coudé savait si bien pourquoi ou l'avait marié, qu'il se conteiUa de palper 1 immense dol (deux cent n;il!c écus), mais se tint loin de sa fennue, conmie d'un objet sacré, réservé et défendu. La mariée semblait déià veuve, el cela alla ainsi jusqu'à ce que des événements politiques qui survinrent enhardirent Coudé, deux mois et demi après le mariage, à ne plus ménager le roi.
Le coup que l'on attendait depuis des années éclata à la fin de mars. Le 25 , le duc de Cièves mourut, et la question du Rhin fut posée, le fhiel ouvert entre les maisons de France et d'Autriche.
Dès 1604, le roi avait dit : « Je ne tolérerai pas à Clcves l'Espagnol ni l'iVutrichien. »
Cependant cette chose prévue fut comme <( un tonnerre » : c'est le mot dont Villeroy se servit.
Jeannin, qui négociait, rendit à l'Espagne l'essentiel service de brusquer la trêve avec la Hollande , qui fut signée deux jours après (mars 1609).
Le roi jie s'en déclara pas moins tout prêt à agir. Il se dit guéri, se leva et se montra dans Paris d'abord. Il alla au Pré-aux-Clercs, et s'amusa à une chasse de malade que
les bourgeois aimaient lort, la chasse à la pie.
Il ordonna qu'on lui fît une belle et riche cotte de mailles , fleurdelisée d'or , pour porter un jour de bataille, s'il pouvait avoir le bonheur d'y amener Spinola^ le général des Espagnols.
Du reste, dom Pèdre avait dit qu'il avait le diable au corps. Il semblait que le Béarnais eût, de race, apporté, gardé la verdeur de la montagne, ce mystère de chaude vie que les Pyrénées versent dans leurs eaux. Il garda cela au tombeau. Sa dépouille, pendant deux cents ans, y resta telle qu'au premier jour.
N'eût-il pas eu cette vie forte, l'Europe le priait à genoux de la prendre, de se refaire jeune.
Venise, dit un contemporain , adorait ce soleil levantj quand on voyait un Français, tous les Vénitiens couraient après lui, criant comme \es Papi mânes de Rabelais : « L'avez-vous vu ?»
A la cour de l'Empereur, on disait : « Qu'il ait l'Empire, qu'il soit vrai roi des Romains, et réduise le pape à son évêché! »
L'électeur de Saxe faisait prêcher devant lui sur l'évidente analogie entre Henri IV et David.
La Suisse avait imprimé un livre, intitulé : Résurrection de Charknmujne.
L'aiïàissement de l'Espagne et de l'Angleterre elle-mêoie, depuis la mort d'Elisabeth, avait mis le roi si haut, que, si on le voyait agir, on l'eût salué de toutes parts pour chei' de la chrétienté.
Plus que de la chrétienté même. Les mahométans d'Espagne voulaient être ses sujets. Position unique, qu'il devait moins à sa puissance qu'à sa renommée de bonté, de modération et de tolérance.
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