A LA TROISIÈME ÉDITION. X
C'était le 2 août 1589. Henri III venait d'expirer à Saiflt-(Uoud, frappé par le poignard de Jac(|ues (llénent. 11 avait lui-même désigné le roi de Navarre comme son héritier. En vertu de la loi fondamentale, Henri de Bourbon, premier prince du sang, devenait wi de France.
L'événement avait été si rapide qu'il prenait tout le monde au dépourvu. Aucun parti, et le nouveau roi pas plus que ses adversaires, n'avait eu le temps de combiner ses résoluiions en vue d'un tel changement. Eo s'appuochant du lit sur lequel était étendu le moaarque dont la mort créait son pouvoir, Henri IV proslentit rpjelles oppositions Texercice de ce pouvoir illait rencontrer.
Tandis qu'aux pieds du prince défunt, à la hioiir
■■'S (•i»'r.![:e>i, deux ^Minimes récitaient les prières do
.EL'ii>''. ou entendait les plaintt^s des courtisans qui,
ii:-'--»'*- dans la chambre rovale, se lamentaiont sur
': ï!'!i.' flf leur maître. l']n proie à toutes les impres-
<.m< quo pouvaient exciter en eux le chagrin, Tam-
:/i«iii ironi|)ée, la crainte de raveuii-, l'alarme de leia*
î-'i. If d«*pir de \oir les faveurs, dont ils S(^ croyaient
t!'^'l/ii<, ])asser sur d'autres têtes, ils s'abandonnai(MU
a'i\iiinu\<'iiH'iits tumultueux de leur âme, agités, for-
maijt les pniugs, eufoncaiit leurs chapeaux ou les
jeîanî à terre, épanchant dans des stu'reuients (]c
|[.'v;j^ l«'ur douleur commuue, poussant des excla-
f:j':''rn^ ^iihitos, au milieu desquelles re.venai(Mil sou-
\*:iii cri. mots: (( Plutôt mourir!... Plutôt mille
• ûjoit<! »
Ce que ces mots signihaient, quelques-uns, plus au-
XXVm INTRODÏJCTIOX 'V-
dacienx, se chargaient de l'apprenrlre à Henri IV. I,. répétaient tout haut ce que les autres murmuraient ^ voix basse : (c Plutôt mourir que de se soumettre . un roi huguenote »
Auprès de ses amis, Henri IV trouvait un langag différent, mais peu fait pour le tirer de ses perplexités,-.. Leurs conseils variaient comme leurs intérêts. II n'v .. avait entre ces avis contraires qu'un point de ressem , blance : c'est que chacun d'eux était présenté au ro. . comme son unique moyen de succès.
Au sortir de la chambre de son prédécesseur. .. Henri IV s'était retiré dans un cabinet avec deus . protestants de son parti, la Force et un autre gentil- -.^, homme que d'Aubigné ne nomme pas. Il leur demanda:^ leur sentiment. La Force s' étant excusé, son compa-^" gnon, qui paraît être d'Aubigné lui-même, prit la parole. Il conseillait une résistance absolue aux exi-J^ gences des catholiques. Point d'accommodement. Le." roi avait à choisir : être roi ou n'être rien. 11 ne serait ' roi qu'en ne cédant pas. Sans doute il y avait autour '^^: de lui des hommes qui l'engageaient aux concessions ; , ' il fallait se défier de ces conseillers, « roseaux trem-/ blants à tous les vents, » dont les avis révélaient la^ peur et peut-être la trahison : « Gardez-vous bien deî^ juger ces gens, les sectateurs de la royauté ; pour appui '! du royaume, ils n'en sont ni fauteurs ni auteurs. S'ils ' en sont marques, c'est comme les cicatrices marquent ^ un corps. » Les défections ne devaient pas effrayer le , roi, tout au contraire; elles lui seraient un moyen de ^ « trier » ses amis. 11 ne conserverait ainsi que « la '•
1 D'Aubigné, J^w^oiVô univ» Amsterdam 1626, in-f^II, p. 254, <■
et su IV. V. anssi jpour tout ce récit : Mém. du duc d^Angou- .r;
/es/??e, coll. Buchon, xvi» s\èc\e, pp. 1V1, e\. ^wÂN^^Mezeraî, 1;^
•^/isMre de France, in-f», 1665, 1. 111, pp. ^"l^ > ^V^. ^