LA LUTTE CONTRE LA MAISON D'AUTRICHE
Philippe U. — Son caractère et i« politique. — Eiivahisgements coqtiuuels de la maison d'Autriche en Italie et en Allemagne. — Néces* site pour Henri IV d'entreprendre l'abaissement de cette puissance. — Les deux grands souhaits de ce prince : détraire la prépondérance espagnole et expulser les Turcs. — Que ces deux souhaits résumaient les deux conditions du but que se proposait Henri IV: rendre à la France son influence, et par elle ramener la paix en Europe. — Tendance conciliatrice de la politique de Henri IV. — Ses raisons pour éviter la guerre. — C'est surtout par les négociations qu'il veut lele- Ter l'ascendant de la France. — Il commence par s'appuyer sur les petits États. — Sa fidélité à ses engagements. — Son instruction à ses agents pour qu'ils n'aient recours qu'à des moyens licites. — Ses ménagements et sa fermeté à l'égard de ses alliés. — Quelles conquêtes il projetait pour la France. — 11 ne veut que le sien; mais il le veut tout entier, et entend reprendre les territoires qui lui oiit été ravis. — C'est au nom du bien public qu'il rallie ses alliés, et c'est de la prospérité de tous qu'il fait sortir la grandeur françaiHo.
Phibppe II était mort en 1598, peu de temps après la ralification du traité de Yervins. Il était mort plein
(le Irislesse à la vue de ses immenses entreprises échouées. Son empressement*'à faire la paix avec Henri IV avait déjà marqué sa lassitude ; il en consigna lui-même le suprême témoignage dans ses recomïnandatious à son fils.
Sa politique n'en devait pas moins lui survivre. Les intérêts que les envahissements de ce prince et da Charles-Quint, son père, avaient créés à la couronne espagnole, entraînaient leurs successeurs, malgré la diversité des hommes et des conseils, dans les voies qu'ils avaient ouvertes. Pour affermir ces possessions partout répandues, ils étaient conduits à les accroître sans relâche. C'était donc Philippe II, c'était son esprit que Henri IV au bout de tous ses projets trouvait encore à combattre.
A comparer les deux adversaires, on n'eût remarqué entre eux que des contrastes.
Les qualités des grands rois ne manquaient pas à Philippe II ; mais elles s'unissaient en lui à des défauts opposés qui devaient les arrêter ou les ternir. Peu de princes mirent au gouvernement de leur empire une plus laborieuse constance. Toujours invisible, il faisait sentir aux plus reculés de ses vastes États la présence de sa volonté. Ses émissaires, dispersés par toute l'Europe, lui dévoilaient les secrets mouvements des puissances étrangères. Il tenait du fond de TEscurial le monde entier sous sa sui'veillancc, et ses com-
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bînaisons, lentement amassées, ne se trahissaient pas: plus derrière les murs du sombre palais que ne sii montraient, sur son pâle et morne visage, ses passions nolentes et ses lointaines vengeances.
Cependant cette connaissance minutieuse des choses 88 perdait dans Tinaction : elle n'enseignait ni Fart de tourner les obstacles, ni celui de se concilier les hommes. Informé de tout, Philippe II restait sans eipérience. Il lardait à se décider; mais, sa résolution prise, il en précipitait l'effet à l'aveugle, et la plus ordinaire prévoyance était bannie de ses conseils. Lorsque l'équipement de l'Armada fut terminé, les amiraux représentèrent au roi que la mer était menaçante, et ils le supplièrent de différer l'ordre du départ. Toutes les instances furent inutiles, et la tempête commença le désastre que devait achever la marine anglaise. Ce fut l'histoire de la politique de Philippe II. L'étendue prodigieuse de ses États, les dispositions de l'Espagne, les déchirements de l'Europe semblaient présager d'avance la grandeur de son règne. Sa haine des protestants et l'arrogance de son ambition répondaient aux sentiments de cette nation espagnole qui, dans sa lutte contrôles Maures, avait appris à défendre ensemble sa religion et son indépendance, et qui ne jugeait aucune puissance égale à la puissance de ses rois *. Il était pieux ; apprenant du même air la victoire