‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 102 sur 181 · I. p'OsFat, Lettres, t. H, p · texte numérisé non relu

I. p'OsFat, Lettres, t. H, p

238 L'INFLUENCE FKAxNÇAISE.

de Lépanle et la ruine de l'Armada, il rapportait à Dieu ses joies comme ses douleurs, et on Tavait vu, en ses derniers l'ours, déployer parmi des souffrances atroces une résignation dont les plus implacables d'entre ses ennemis n'avaient pu s'empêcher de se montrer émus*. Tels étaient les dons, telle? étaient les ressources que ce prince avait reçus en par^ tage. Il n'aboutit qu'à les rendre stériles ou funeste? pour sa cause.

Mêlant dans son esprit opiniâtre et court ses rêves de monarchie universelle et sa ferveur religieuse, se faisant de son orthodoxie un droit à la conquête et une «orte d'absolution pour tous les attentats, déclarant hérétique quiconque n'embrassait passes vues *, aspirant à dicter ses résolutions au Saint-Siège comme à l'Inquisition ses arrêts, il pesait à la fois sur tous les partis et sur toutes les nations. Alliés et ennemis, sujets et étrangers souffraient de ses violences. Les libertés de l'Aragon tombaient en même temps qu'était atta-

i . Voyez le récit qu'en fait d'Aubigué dans son Histoire universeîîe,

2. C'était du reste la formule en usage parmi les agents de cette politique. Aussi notre ambassadeur à Rome^ distinguant sagement entre l'Église et l'Espagne, disait-il ; « Quand ils me devroient tenir pour excommunié et hérétique, comme ils ont accoutumé de faire tous ceux qui ne croient point en leurs piperies, je suis en lieu pour m'en faire absoudre. » 29 septembre i603, à M. de Villeroy. Mss. Fontanieu, portef; 449.

LA LtTTE C03ITIIE LA XAISO!! DAITKîlUE. i^9

quée rindépendance de rAogleterre. Un archevêque de Tolède, Carraïua, était traîné a\ic les disfridenls detant le Sâint-OtBcc. Hiilippe II avait souievt' contre lui jusqu'aux ligueurs de France, et sa dcniiu ition s'avançait, également réprouvée de ceux qu*il vouLiit détruire et de ceux qu'il prétendait défendre.

De là, pour cette domination, ce double caractère qu'elle était tout ensemble écrasante et fragile. Elle couvrait le monde, et dans le monde entier elle rencontrait des adversaires. De là ces vicissitudes particulières à la maison d'Autriche, et qui la font voir tour à tour et à des intervalles rapprochés réduite aux abois et inébranlable. Hais, tant que ses États demeuraient en leur entier, le déclin de cette maison n'était qu'appaicnl. Obligée de demander à de nouvelles usurpatio.îs la sûreté de ses premières conquêtes, elle n'avait pas cessé de mettre en péril l'indépendance de l'Europe.

Vainement le traité de Vervins avait été signé; vainement Philippe 111, d'accord avec le duc de Lerme, avait semblé renoncer aux entreprises de son père. Quelles garanties offrait sa politique? Pour réprimer Finsun'ection des Provinces-Unies, TEspagne avait envoyé des troupes en Westphalic ; pour sauvegarder ses possessions d'Italie, elle avait occupé le duché de Savoie et elle bâtissait des forts aux confins de la Suisse; ses soldats se répandaient jusqu'aux appro-

ches de Grenoble*. Par ses alliances étroitement re^ .^ nouées avec la branche allemande, elle conservait son . ascendant sur TEmpire; ses empiétements, dégénérant bientôt en droils acquis, n'étaient eux-mêmes : qu'un moyen de poursuivre ses conquêtes^, et, près- ^ sant de tous côtés la France, elle la tenait captive sans l'attaquer.

Dans les premières années de la régence, Marie de Médicis essaya de reprendre l'alliance de l'Espagne et elle ouvrit à cette puissance la carrière que Henri IV lui avait fermée. Que se passa- t-il alors? Dix ans après la mort de Henri IV, les Espagnols dominaient sur les deux rives du Rhin ; ils campaient dans la Valteline et dans le pays des Grisons; ils se faisaient accorder le passage d'Allemagne en Italie et d'Italie en Allemagne. La Hollande était à la veille de succomber; la ligne de nos frontières envahie. L'Italie s'inquiétait, le duc de Savoie réclamait l'intervention de la France, et il fallait que l'évéque de Luçon, entrant dans le conseil,

1. Ambass, de Fresnes-Canaye, t. lï, p. 3^ au roi. a On ne se contente pas d'avoir reculé vos enseignes, qu'on souloit (avait coutume) voir des portes de Milan, on vous approche les Espagnols jusques sur les portes de Grenoble, d 22 octobre 1603.

2. Id., p. 121. il février 1604, au roi. <c Qui' regardera le passé trouvera que les Espagnols sont toujours venus à bout des plus grandes entreprises, en se saisissant de petits advanlages presque invisibles; ils sont bons joueurs d'esohecs; ils sça vent planter une pedive si à propos, que après cela Tescbeo et mat est inévitable. »

LA LUTTt COx>rrKii LA MAISON D AUTiUClIi:. iU

fréludàt par une ferme initiative à la politique du cardinal de Richelieu.

La prévision de ces événements s'offrait sans cesse i la pensée de Henri IV. Il se révoltait au seul sou- ?enir des projets que Philippe II, durant les troubles de la Ligue, avait formés contre la France. Lorsqu'il apprenait que l'Espagne s'était engagée dans de nouleaux envahissements, lorsqu'il voyait les violences du comte de Fuentès en Italie, les désastres des Pro- Tinces- Unies, l'entente de la cour de Madrid avec les archiducs d'Autriche, ses appréhensions redoublaient; il lui semblait déjà que son propre royaume était atteint.

Son premier effort est donc pour le préserver; son premier but, l'abaissement de la maison d'Autriche.

Ce n'est pas qu'il ait voulu provoquer une rupture avec l'Espagne. Il avait au contraire donné à celle puissance tous les témoignages de modération. Avec le duc de Savoie, contre qui il aurait pu pousser plus loin ses victoires, il avait rapidement conclu la paix. Irrité d'un outrage que son ambassadeur avait reçu à Madrid, il s'était prêté, sur les instances du Pape, à un accommodement. 11 paraît même que ces ménagements n'étaient pas goûtés de ses plus intimes conseillers. c< Comme vous le dictes tres-sagement, mon cousin, écrivail-il au connétable de Montmorency, c'est imprudence de demeurer sans force quand nos voisins

242 L'INFLUENCE FRANÇfAISE. r.

arment, mesmement si puissamment que font les dictt ^ Espagnols; de quoy j'avoue que vous m'avés souTent :;. admonesté. Mais j'ay voulu fuir la despense et me , suis beaucoup confié et asseuré sur le besoin que j*ay creu que les dicts Espagnols avoienl de conserver mon .^, amitié, ayant sur les bras les ennemys et affaires qu'ils ^

Mi

ont*. » Bientôt les deux parties purent se renvoyer ,, mutuellement les reproches. Si la politique espagnole ,. mit tout en œuvre contre Henri IV, si elle fomenta les

intrigues du duc de Savoie, entra dans les conspira- . tions, s'efforça de retirer à la France l'alliance du Saint*Siége ou de l'Angleterre, Henri IV ne négligea pas, de son côté, les occasions de lui nuire, et les secours qu'il donna aux Provinces-Unies, ses essais de liaison avec les Maures, ses exhortations aux souverains contre la maison d'Autriche, représailles ou non, ne lui permettaient guère de s'offenser des procédés de l'Espagne. Le traité de Vervins n'avait fait, en réalité, que déplacer les hostilités; du champ de bataille, il les avait transportées dans les négociations. Henri IV prit soin de les retenir dans cette sphère nouvelle.

La guerre n'était, en effet, pour ce grand capitaine, que la dernière des extrémités ^. A ceux qui lui par-

\. Lettres missives, t. V, p. 581.

2. Il dit de la guerre avec le duc de Savoie : « Loin de l'avoir commencée de gayelé do cœur, chascun sçait que j'y ay

Page 1