‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 107 sur 181 · L\ LUTTE CONTRE LA MAISON D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

L\ LUTTE CONTRE LA MAISON D'AUTRICHE

malgré eux, dans les bienfaits de sa politique. Par là, il se distinguait de ses amis comme de ses adversaires : * il marquait son influence d'un caractère à part. Tandis que leurs tendances contraires n'allaient qu'à les diviser les uns les autres , il aspirait à les conciliei tous.

C'est le grand dessein à côté des œuvres courantes. Il demeure immuable et fixe derrière les projets de chaque jour, comme ces phares qu'on voit de temps en temps reparaître derrière les agitations des flots, et qui, un instant voilés, ne laissent pas de briller toujours. Si le roi semble parfois l'oublier, ce n'est chez lui que défaillance passagère ou tactique habile. Les confidents de sa politique le savent bien; dans une lettre que son souverain ne doit point lire, la Boderie, ambassadeur à Londres, écrit à son collègue de Rome, Savary de Brèves : « Je me confie en la bonne fortune de Sa Majesté, qui n'a jamais laissé rien imparfait dans ce qu'elle a entrepris qu'à la fin elle n'en vienne à bout*. »

Et ce qu'il y a de remarquable, c'est la façon dont Henri IV s'y prend pour assurer le triomphe de ses desseins. A lui on peut reconnaître cette qualité que le cardinal de Retz refusait à Richelieu, d'exceller « dans les petites choses qui so^u h préalable des grandes. »

1. 24 octobre 1608. Ambass. de M. do la Boderie, t. IV, p. 50.

Rien de i)liis grand que son but, rien de plus simpl«>. que ses moyens. Quelle opposition, sur ce seul points avec la politique espagnole ! Ce prince, qui s'aperçoit qu'un de ses canons est « gasté *, » qui entre en coiif yersations familières avec les paysans, ce prince sait, au dehors, voir tout et tout utiliser. Il tire parti des moindres événements, et contre l'immense établissement de l'Espagne il cherche sa principale force dans l'amitié des petits États. Asservis ou menacés par la maison d'Autriche, les petits Etats représentent ce droit que Henri IV veut partout restaurer : pour le relever, il commence par rallier leur confiance et leurs forces. Là où Philippe II bâtissait des forteresses, Henri IV se crée des aUiés : le duc de Savoie, les Provinces- Unies, Genève, la Lorraine. Il les attache à sa cause par les avantages qu'il leur fait, par le soin qu'il prend de leurs intérêts ; leur sécurité se lie à tous ses projets, et c'est appuyé sur eux qu'il fait appel au concours des autres puissances. Au milieu d'elles il paraît tel qu'il s'est montré à ses sujets, portant dans l'habilôté du négociateur toutes les qualités de l'homme : sa bonne grâce, sa franchise, sa dextérité, sa générosité, sa prudence, sa pénétration, sa patience, sa résolution, toutes les ressources de l'esprit le plus fertile et de la plus séduisante nature mises au service

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