‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 110 sur 181 · Péréfixe · texte numérisé non relu

Péréfixe

sales que sont celles-cy. Au moyen de quoy, je désire que mes serviteurs se déparient entièrement de moyens semblables et qu'ils ayent recours a ceux qui sont.li-. '" cites : en quoy ils ne manqueront d'assistance de mou costé, telle qu'elle sera nécessaire *. » Ainsi pensait Henri IV en ce temps où dominaient les maximes da Machiavel.

Avec cela, il met à gouverner les tendances contraires de ses alliés une singulière adresse : il les voit divisés et défiants, redoutant en lui-même ceux-ci l'ancien protestant, ceux-là le nouveau catholique. 11 les caresse ; il les interroge ; il les consulte ; il les amène à ses desseins, en faisant mine d'épouser leurs vues. Persuadé que pour un grand but il faut négliger les difficultés secondaires, il ne s'offense pas trop vite de leurs incertitudes ou de leurs défaillances. « L'expérience des choses du monde, dit-il, m'a appris d'estre plus prudent que vindicatif dans la direction des affaires publiques ^. » Mais il n'oublie rien, et, sans manquer au soin de ménager des retours favorables, il prévoit les oppositions et s'occupe à l'avance d'y résister. Contre l'Angleterre, dont il désire le concours ef ' dont il appréhende l'infidélité, il prépare sa marine. At

i. 30 septembre 1602. A M. de Fresnes-Canaye. Lettres mis^ sives, t. V, p. 670.

2. Correspondance inédite avec h landgrave de liesse, Edit. Uommel, p. 251.

LA Ll lit CONTRE LA MAISU.N D AlTKICUL. 251

tentif à ne point rompre Talliance des Turcs tant qu'il ne se trouve pas en mesure de les chasser de l'Europe, il développe, pour le jour de leur expulsion, son influence sur les chrétiens d'Orient, Il apprend qu'on poosse les princes protestants d'Allemagne à former avec le roi d'Angleterre et le roi de Danemark une feue dont le caractère serait religieux autant que polique. Il signale aussitôt la tentative à ses ambassadeurs, maison leur recommandant de n'en point paraître alarmes. Loin de témoigner contre elle une inquiétude qui en déciderait le succès, il prétend luimême entrer dans la ligue et par là en changer Tesprit * .

Les droits de sa couronne se trouvaient-ils engagés,

I. Mss. suppl. franc., ^, t. IV, part. ii. A M. de Beaumont, ambassadeur en Angleterre. — Le roi signale du I^lessis-Mornay et le duc de Bouillon comme les instigateurs do ces projets, et il ajoute : a Je reconnois qu'ils ont engagé fort avant le Imdgpave de Hessen, lequel, par ce moyen, s'est bien remis avec rélecteur palatin et ceulx de la secte, et combien que Tospril du roy d'Angleterre soit dès à présent aliéné do toutes menées et conceptions factieuses et séditieuses, toutes fois, s'il entre en la dicte union comme chef d'icelle, il faut craindre qu'il se laisse persuader et porter avec le temps a favoriser les uialicieuî desseings des aultres. Neantmoins, comme nous no pouvons ny mesmes devons entreprendre d'empesclior l'eirect do ceste conjonction, il faut se contenter d'observer ce qui. s'y advaiïcera, et plus tost nous mesmes y prendre pîace^ afin d'avoir avec le temps plus de crédit et de pouvoir de rompre les dcsscihtjs des dicls factieux, v 13 juillet i60U.

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23^ L'INFLUENCE FRANOAlÎSE.

c'était alors une autre conduite. Son humeur, ju(H que-là si accommodante, devenait inflexible . ce Je couperay ma teste, s'écrie-t-il, plutôt que de céder à l'injustice ^ y>

Il autorise son ambassadeur à donner à la reine Elisabeth des explications sur le rappel projeté des jésuites ; mais il lui enjoint de ne le faire qu'avec une grande réserve : « Car, comme je ne me formalise ny enquiers de ce qu'elle faict et ordonne en son royaulme, et que je ne recherche d'en estre informé, je ne désire aussy m assubjectir à lui justiffler et rendre compte de ce que je fais au mien '. »

Les princes d'Allemagne avaient essayé de détourner la vengeance qu'il entendait tirer du duc de Bouillon. Tant qu'ils s'en tiennent aux prières et aux conseils, le roi les écoute volontiers : il se prête à leurs ouvertures ; il ne dédaigne pas de leur exposer les .^aisons de sa conduite. A-t-il cru sentir une menace sous leurs remontrances ; les voit-il se prévaloir de cette affaire pour réclamer de lui le payement des dettes contractées pendant la Ligue , il les arrête d'un mot : c( Quiconque entreprendra de me demander ce que je lui doibs par la voye des armes me trouvera plus prest de le combattre que de le payer, et de l'aller

1 . Lettres inédites de Henri IV, recueillies par le prince Augustin Galitzin^ p. 313.

S, 1602, Mss. suppL fian^., \^, 1. 1^ part, i^ p. 32.

LA LUTTE COiNTUli LA MAISON DAlTriiCiii:, -.-.j

chercher en sa maison que l'attendre en la mienne*. » Et encore : « Je n'entends entrer en justification et vérification de mes actions et intentions avec personne; car je nedoibsny ne veux en compter qu'avec Dieu et mon épée ^. y>

Tel nous le retrouvons lorsqu'il s'agit de protéger l'intégrité de son royaume.

S'il avait répudié pour lui-même cet esprit de conquête qu'il combattait dans la maison d'Autriche, il n'avait pas renoncé pouilant aux agrandissements légitimes que la France, continuant l'œuvre séculaire de sa constitution territoriale, pouvait encore réclamer. Rentré par le traité de Vervins en possession de places importantes*, il tendait à adjoindre à ses États tout ce que les dispositions du sol ou la communauté de langage semblaient leur destiner : « Il étoit raisonnable, disait-il aux habitants de la Bresse, que, puisque vous parlez naturellement le françois, vous fussiez sabjects au roy de France. Je veux bieri que la langue espagnole demeure à l'Espagne, l'allemande à l'Allemagne; mais la françoise doit estre à moy *. » Mais ces

4 . Conespondance de Henri IV et du landgrave de Hesse. Édit. Rominel, p. 145.

2. Id.y p. 231. — Voyez aussi Mémoires de Bongars. Mss. suppl. franc., 1238^, t. Vill.

3. Ardres, la Capelle, Calais, le Castelet, Dourlens, Monthulin, et Blavet en Bretagne.

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