‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 116 sur 181 · Lettres missives, t. V, p. 307, à Marie de Médicis · texte numérisé non relu

Lettres missives, t. V, p. 307, à Marie de Médicis

2. Ambass. et Négot du cardinal du Perron, p. 340^ au roi. 12 janvier iGOo.

I L'INDEPEiNUANCË DE L'ITALIK. 273

I dent Jeannin, le cardinal du Perron ne dissimulaient pas leurs regrets. La vigilante sollicitude du roi finit par calmer les appréhensions : cette entrée on nalii\ que l'on croyait désormais fermée, il se Touvrit par son alliance avec le duc de Savoie.

C'était le pape Clément VIII qui, le premier, avait exhorté Henri IV à se rapprocher du duc de Savoie pour le tourner contre l'Espagne. Ambitieux, remuant, sans scrupules, nouant et dénouant les traités, « brouillon suprême et impatient, » dit le cardinal d'Ossat, « prenant pour galanterie, dit-il encore, de violer la foi *, » agité par des désirs d'agrandissement à l'ardente mobilité desquels il subordonnait toutes ses démarches, tantôt aspirant à unir son fils avec l'héritière de la couronne d'Espagne, tantôt méditant de remplacer dans le gouvernement des provinces flamandes l'archiduc Albert, Charles-Emmanuel, duc de Savoie, ne demeurait dans l'amitié de l'Espagne que retenu par les promesses- qu'il en avait reçues. A un jour donné, il pouvait, de la même main qui avait dirige la trahison de Biron, entamer des intelligences et ras-

I. Lettres du cardinal d'Ossat, t. II, p. 212. « Monsieur de Savoie est de telle coniplexion qu'il veut prendre l'autrui et sur plus grauds qu'il n'est et ne veut j»oint rendre; veut encore contracter et faire des accords, promettre^ si^'ncr^ confirmer et recoulirnoor, et ne point tenir ni rien exécuter, prenant '. pour galanterie de violer la foi, laquelle neantmoins est le lien de la société humaine et de toute paix et concorde... »

2V, L'INl'LUfclNCE FKANÇAISE.

sembler des obstacles contre la cour de Madrid. Sans se reposer jamais sur sa foi, Henri IV s'attacha à lè gagner. 11 pensait que les espérances de ce prince seraient trompées par l'Espagne, et il ménageait à l'aYancc les suites prévues de ses déceptions : « Je sçay, écrivait-il à Fresncs-Canaye, qu'il (le duc de Savoie) n'a du costé d'Hespagne toute satisfaction qu'il estime mériter, et, peut-estre, s'il ouvroit les yeux, qu'il cognoistroit pouvoir mieux faire et remettre ses affaires aux despcns du roy d'Hespagne qu'aux miens. S'il estoit maintenant chastouillé sur cela, en vérité, je pense qu'il y pourroit prester l'oreille *. » Dos négociations s'étaient établies entre l'ambassadeur de France à Venise et l'envoyé du duc de Savoie. Le cardinal du PeiTon, se rendant à Rome, était chargé de voir le prince et de sonder ses intentions. c( Il a maintenant perdu son fils aisné, écrit encore le roi, et disoit-on que le second courroit mesme fortune. Si sur cela la royne d'Espagne accouchoit d'un fils, croyez qu'il seroit facile d*esmouvoir l'indignation du duc de Savoye et d'en profiter, principalement si les aultres entroient au jeu. Vous sçaurez ce que son ambassadeur a dict au mien... Je vous prie, ne niesprisons pas ces recherches. Les hommes n'ont pas tousjours une mesme volonté ; les desdains excitent

i. Zetires fnissives, t. VI, p. C. 3 janvier 1603.

L'INDÉPENDANCE DE L'ITALIE. ±r6

rdallument facilement les courages ambitieux et in- 'faiets, comme est celuy du duc de Savoye '. »

Survinrent les difficultés. Le duc de Savoie onteiuhit leodre à gros prix son alliance ; il réclamait la ro^titetionde la Bresse, et s'offrait en retour à procurer MX armées du roi le passage de ritalio jusqu'à .Milan. Henri IV demeura sourd à ces prétentions. Il n'avait garde de livrer de pareils gages à un prince dont la perfidie ihontée ^ était passée en proverbe, et il ne lui Mcorda pas même, quelque intimes que fussent dovcinies leura relations, la liberté d'attaquer Genève, dont Tindépendance protégeait contre lui nos frontières. Shis, tout en se réservant ainsi les moyens de le tenir en respect, il poursuivait les négociations et s'efforçait de diriger cette ambition avide vers un but qui coii- \iiii à la fois aux destinées du Piémont et à Tintérèt (le la France, vers le Milanais.

Une fois rallie à la cause comnîunc, le duc de Savoie devait encore servir les efforts de IJonri IV pour y engager les autreslïiatsde la Péninsule. Par la Toscane elle Saint-Siège, Henri IV dominait dans rilalie méridionale : il travaillait à se concilier les dispositions du nouveau grand-duc ; il rappelait à la mère de ce prince qu'elle était issue du sang de France, et il envoyait à

1. Lettres missives, t. VI, p. 'Mk*, au -cardinal de Joyeuse. 7 mars i605.

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