Lditres du cardinal d'Ossat, 1. 11^ p
ses enfants des lettres de naturalilé française ^ Par I^ duc de Savoie, il voulait achever de gagner l'Italie dtjt^ Xord : il encourageait Charles-Emmanuel à resserrer ses alliances avec les princes qui l'environnaient. H applaudissait à la résolution par laquelle le duc de Savoie, malgré l'opposition de l'Espagne, avait marié deux de ses filles avec le duc de Mantoue et le duc de Modène. Il avait ainsi, écrivait Henri IV, «jette les fondemens d'une seureté et liberté publique par toute l'Italie, laquelle regarde aussi celle de la chrestienté; estant certain et notoire, ajoutait-il, que l'Italie avoit besoin que le dict duc prist un tel conseil, par lequel il oblige les autres personnes, princes et potentats du dict pays d'honorer davantage sa bienveillance, rechercher son alliance, et joindre leurs vœux à ses louables et généreuses intentions^. »
Ainsi, Tennemi le plus redoutable en Italie de l'influence française, l'artisan de la plupart des trames ourdies contre le roi, l'auxiliaire intéressé de l'ambition de l'Espagne, était devenu l'intime allié de Henri lY, et le principal instrument de ses desseins sur la Péninsule. Le traité de Brusol allait couronner l'œuvre laborieuse de cette transformation. On y sli-
\, Instruction au cardinal de Vlcence. Novembre 1609. Mss.^ anc. fondS; 89G5.
2. Instruction à M. de Vaucelas, s'en allant en Savoie. Avril 1607, Mas., anc. fonds^ 8064, p. 60.
L'JNDÈPliNDAiNCK DE L'ITALIK. 277
fulait, à la veille de la grande expédition, le mariage tdu prince de Pledmont et de Madame, fille du roi. )» Henri lY, réparant la faute irréfléchie ou calculée de Tabandon de Saluées, se faisait promettre, en échange du Milanais qu'il laisserait au duc de Savoie , la re* nûse de Valence, d'Alexandrie et de Montmélian, présage d'une autre cession plus étendue. En même temps, la Ligue italienne était proclamée; tous les États y étaient appelés, et la double pensée qui n'avait cessé d'inspirer Henri IV en demeurait le mot de ralliement : la liberté de l'Église et de l'Italie ^ !
A la même époque se concluaient les alliances avec l'Angleterre, les Provinces-Unies et l'Allemagne. Comment Henri IV était-il arrivé à les former ou à les maintenir?
C'est tout un autre ordre de négociations qu'il nous faut envisager.
1. «... A la dicte Ligue et Confédération seront invités tous autres princes et Estats auxquels il importe de conserver la liberté de l'Église, du Saint* Siège apostolique et de toute la chrestienté, et particulièrement de Tltalie... » Traité passé à Brusol le 2o avril 1610^ au nom du roi et du duc de Savoie. — Du Mont, t. V, part, ii, p. 137.
Hû
Puis^a^cc de TAngleterre sous le règne d'Elisabeth. — Rivalité mi» tu<ille de cette nation et de la France. — Henri IV et ses conseillert sont ù'avis qu'il faut à la fois se délier de Palltance de l'AngleterTe et s'clîorcer de la conserver. — Pirateries anglaises. — Droit de "visite que l'Angleterre veut s'arroger sur nos vaisseaux. — Indignation de Henri IV à cette nouvelle. — Il s'applique à associer les intérêt» des deux couronnes, tout en se préparant aux éventualités de l'avenir. — Éliîsabeth jalouse de l'influence que prend Henri IV en Europe. — Tristesse de ses dernières années. — Elle essaye d'engager la France dans une nouvelle guerre avec l'Espagne, afin de s'en retirer elle-même. — Refus que Henri IV oppose à ces tentatives.— Vues d'Elisabeth pour la bonne entente des deux pays. — Jacques l«'.
— Ses incertitudes. — Le comte de Salisbury ; son ascendant dans les conseils de l'Angleterre. — Ses projets contre la France. — Jacques !«' se rapproche tour à tour de l'Espagne et de la France.
— Injure et réparation faites à l'ambassadeur français. — Comment Henri IV sait, par son initiative et sa patience, décider l'Angleterre, qui voulait entraver sa marche, à le suivre dans toutes les affaires importantes : l'élection du roi des Romains, l'affranchissement des Provinces-Onies, la guerre pour la succession de Clèves. — Lo jeune prince de Galles %i Henri IV.
L'Angleterre avait conquis sous le règne d'Lliso beth une grande et lointaine influence. Tandis que sec vaisseaux exploraient toutes les mers, tandis que ses
L'ALLIAXCE ANGLAISE. iTO
knlis naviffaleurs, Drake, Cavendiirii. ILiwkii-r, i-ateieDt son nom à tl.s rivages où rEarc-pv li'av.iî i liiit pu, et combattaient dans des mondes iiouM.aix celli' puissance espagnole dont ils avaient -saiina, aux abords mêmes deleui' patrie, le giuanlesquo effort, elle s'était replacée par une seconde rnptnre arec Rome à la tête des nations protestantes. Los calvinistes avaient introduit ses armes en Franco. Les Piovinces-Unies et les princes d'Allemagne s'ôiait-nt fortifiés de ses secours ou inspirés de ses consrils. Il n'était pas jusqu'à l'empire turc qui nVùt reconnu son ascendant, et on avait vu Elisabeth, pendant les troubles de la Ligue, se faire accorder par le Grand Seigneur les privilèges réservés en Orient aux rois de France. Calme au dedans d'elle-même, entretenant une prospérité que déshonoraient, sans la tarir, les persécutions religieuses, à l'abri de ces tentations d'agrandissement qui mettaient aux prises les royaumes du continent, l'Angleterre trouvait dans les divisions de la chrétienté plus encore que dans les ilots Je l'Océan sa sécurité et sa force.
Mais voici que ces divisions paraissaient tout à coup suspendues : entre l'Espagne et la France la guerre avait cessé. Rendue au repos, la France, sous la vigi- , lante impulsion de son roi, commençait à s») rrlover i de ses longues calamités. Elle reprenait pou à pou son rang, et celte politique nouvelle, qui, voyant riiïnopo
partagée en deux camps, cherchait dans les deux;. camps ses alhés; qui, également éloignée de resprit-.. de conquête et de l'esprit de discorde, faisait de Tapai- •, sèment des démêlés du monde le terme suprême de son ambition, cette politique signalait son ayénement , par d'éclatants triomphes.
Elisabeth ne pouvait assister, sans quelque inquiétude, à de tels changements. C'étaient, quoi qu'elle fit, ■ des vues différentes des siennes qui allaient dominer l'Europe. En Italie, en Hollande, en Allemagne, la France poursuivait un autre but que n'avait fait l'Angleterre, et sur les questions mêmes où les deux puissances se trouvaient d'accord, sur la nécessité de concentrer la lutte contre la maison d'Autriche, d'inévitables rivalités devaient s'élever entre elles. Qui tiendrait la première place dans la coalition? La France ne pouvait la prendre sans que l'Angleterre ne la perdît.
Du jour où Henri IV avait songé à déposer les armes, Elisabeth lui avait reproché son ingratitude*. Reproche bien peu-fondé 1 Elle n'avait jamais prêté au roi qu'un appui faible et rare, moins pour assurer la victoire de ce prince que pour entretenir les divisions de la France. Surprise et irritée de la conversion de Henri IV, elle en avait profité pour ralentir encore ses secours, ou pour y attacher des conditions telles que la
i. Lettres' missives, t. lY, p. 1048.
dignité de son allié s*en était offensée * . Elle avait ainsi •éduit Henri IV à vaincre par ses propres ressources, et, une fois vainqueur, à faire la paix avec TEspagne. Ce traité de Vervins dont elle se plaignait avec tant d'amertume, c'étaient ses incertitudes et ses exigences qui l'avaient provoqué !
Cependant Henri IV n'avait pas entendu se séparer d'Elisabeth. Sans se reposer sur l'affection dont elle lui renouvelait les témoignages tout en le gourmandant, il tenait à resserrer les liens et à prolonger la durée de son alliance. Ses vues s'accordaient merveilleusement sur ce point avec celles de ses ministres. Ligueurs ou royalistes, protestants ou catholiques, tous les conseillers de Henri IV, Jeannin comme Beaumont, Villeroy comme Sully, n'ont ici qu'une même opinion : c'est que le roi doit tout à la fois se défier de l'amitié de l'Angleterre et s'efforcer de la conserver^.
i . Elle n'avait voulu aider Henri IV à défendre Calais contro les Espagnols qu'à la condition que cette place lui serait remise à elle-même. J'aime autant être mordu par un lion que par une lionne, avait dit Henri IV en tournant le dos à Tambassadeup Sidney, chargé de lui faire cette proposition. Voyez Lettres missives, t. IV, p. 574.
2. « J'estime, écrit Beaumont à Henri IV, qu'il est nécessaire que Vostre Majesté s'efforce par tous moyens de conserver son amitié et toutes fois qu'elle ne laisse pas aussy de se deffier et se préparer prudemment contre son inimitié... » 22 septembre 1603. Mss., suppl. franc., ^, t. Il, part. ii. — On trouvera plus loin l'opinion de Sully.
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C'était aussi la disposition de Henri IV.
Il se plaint souvent, dans sa correspondance, des procédés des Anglais : a Ils monstreiit craindre autant et plus la prospérité de nos affaires que les armes et la convoitise duroy d'Espagne*. » Leurs incertitudes calculées, leurs sourdes manœuvres indignent sa loyauté : * « Tout ce qui sort de cette boutique, s'écrie-t-il , est ' déguisé, corrompu et variable ^ » 11 est peu touché de "^ leurs bonnes paroles; il recommande à son ambassa- '" deur de prendre garde à leurs démarches, et il lui ' donne de leur duplicité cette preuve inattendue : a Vous " sçavés qu'ils sont peints avec une queue par derrière, parce qu'ils ont tousjours une arrière-pensée ^. »
De plus graves motifs confirmaient ses soupçons. En pleine paix, à l'ombre même des promesses que lui faisait Elisabeth, il voyait le commerce de ses propres sujets odieusement entravé par la marine anglaise. Pendant que les marchands anglais établissaient des comptoirs dans nos villes et y trouvaient une protection assurée, les marchands français étaient exclus des ports de l'Angleterre, ou, s'ils en obtenaient l'entrée, c'était pour y être livrés, sans espoir de réparation, à la fraude et à la violence. Les pirates anglais pillaient
1. Mss. suppl. franc., -If-S 1. 1, part, i, f« 271. 23 mars 1602.
2. Au président Jeannin. — Négoc. du président Jeannin, Collection Michaud et Poujoulat, p. IBO.