‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 119 sur 181 · Suppl. franc., |f , t. I, part, i, f · texte numérisé non relu

Suppl. franc., |f , t. I, part, i, f

2. Lettre do Boaumont à M. de Villcroy. 2;» février 1002. — Jhid., f° 42<î.

3, Ibi(L, f» 100. 0 mars 1602.

Si ces difficultés sollicitaient la prévoyance de Henri lY, elles ne changeaient pas ses premiers plans. Il prenait à l'avance ses mesures contre l'iiostilité de l'Angleterre ; il surveillait ses empiétements, et cette marine, dont elle redoutait l'accroissement, il s'occupait, d'accord avec Sully et le cardinal d'Ossat, de la reconstituer*. Mais, tout en se préparant au jour où cette alliance pourrait lui manquer, il ne négligeait rien pour la retenir. Le plus pressant péril , c'était la prépondérance de la maison d'Autriche, et ce péril menaçait à la fois l'Angleterre et la France : les deux nations n'avaient d'autre ressource que leur union mutuelle. En servant l'Espagne contre l'Angleterre, Henri IV aurait cru désarmer son propre royaume; il s'efforçait d'inspirer une conviction semblable à Elisabeth, et invoquait pour la rapprocher de la France l'intérêt même de l'Angleterre.

Elisabeth avait pour Henri IV un fonds d'amitié. Elle était sensible aux louanges immodérées dont le Béarnais amusait sa coquetterie; elle estimait sa constance héroïque, et c'était une de ses prétentions que de s'attribuer quelque part dans la gloire de son aUié. Mais cette illusion ne détruisait pas ses défiances. « Elle n'osait , disait-elle avec une exagération

1. Lettres missivesy t. V, p. 103, au cardinal de Joyeuse; p. 197, à M. de Brèves. 7 janvier 1600. Voyez aussi les Lettres du cardinal d'Ossat, 1. 1, p. 327, 371

Tolontaire, espérer en ses affaires, quand elle venait à considérer que le roy d'Espagne , son plus grand ennemy, estoit aujourd'huy un des meilleurs amis queustSa Majesté*.» Elle reprochait à Henri IV sa déférence pour le Saint-Siège, et par une contradiction qui eût réduit le roi à n'avoir plus aucun allié, elle se trouvait offensée de ce qu'un prince protestant, le landgrave de Hesse, fût venu aux Tuileries et n'eût point paru à Londres *.

L'ambassadeur de France, Harlay de Beaumont, avait peine à suivre la reine dans les variations, réelles ou feintes, de son humeur. Il avaitprisle parti, comme il l'écrivait lui-même, de les endurer avec patience ^, et il s'en dédommageait en les rapportant dans de

{. Suppl. franç.^ ^, t I, part, i, f° 11. 22 janvier 1601,

2. Id., part, ii, fo 20. Beaumont au roi. a Elle ne se peut tmpescher de me faire paroistre qu'elle avoit un peu de jalousie de ce qu^ils (les princes d'Allemagne) recherchoient pluslost Vostre Majesté qu'elle, me disant qu'ils avoient accoustumé par le passé de s'adresser a ceulx de leur religion, en l'amitié desquels ils pouvoient trouver plus de seureté; mais que maintenant Vostre Majesté embrassoit tout et s'appuyoit de tous costés, sans craindre le pape. » 1002. — Quelque temps auparavant, c'était le contraire, a La roync me reproclia que Voslre Majesté craignoit trop le pape. » Ici,, part, i, f« 4o3. 1" mai 1602.

3. Id., part, i, f* 266, à M. de Villeroy. (( 3e me promets que vous approuverez la façon dont je traicte avec la royno, qui est d'endurer ses coUeres, doucement la flatter selon son liu* roeur, et lui rendre beaucoup de respects. »

curieux récits à Henri lY ou à Viileroy. Elisabeth avait alors soixante-sept ans. La vieillesse n'avait point amorti le feu de ses anciennes passions. On la voyait, au déclin de la vie, s'éprendre d'un nouvel amour et mettre encore au plaisir de la danse une singulière ardeur *. Cependant de noirs chagrins avaient aggravé pour elle les amertumes de Tàge. Elle s'était fait violence en Uvrant au supplice son favori, le comte d'Es* scx , et elle ne s'en consolait pas, A travers les bizarreries de son caractère et les soucis du gouvernement, elle se retirait dans un silence sombre, d'où elle éclatait tout à coup en plaintes précipitées. Elle mêlait à des entretiens politiques ses confidences intimes; elle donnait àBeaumontle spectacle de ses soupirs et de ses larmes, et l'excès de sa douleur, plus fort que sa dissimulation, découvrait à un ambassadeur étranger l'incurable blessure de son âme*.

Ce n'est pas que ses défaillances ne s'accordassent parfois avec ses calculs. Elle aspirait au repos. Elle n'avait refusé de signer le traité de Vervins que pour en détourner Henri IV. L'événement avait trompé son

1. Suppl. franc., '^, 1. 1, part, i, f« 394; par. ii, f° 407.

2. « Elle me dict, raconte Beaumont, qu'elle estoit lasso do vivre, n'ayant plus rien qui lui contentast Tespi'it ny a quoy elle prist plaisir, entrojettant a ce discours des soupirs et des pnrolics qui téinoignoiont un grand ressentiment du pasiié, pour h'squelles elle voulut bien que je pecogneusse le regret qu'elle i:v it du fou comto d'Essrx... » Jd., part. i,f»602. lOJuin IC02.

I LALLIA.NlH A>uL\lfE.

I attente, et ce poids de la guerre, qu'il lui eût oonyeïîi: ' de faire porter à « son gendarme,» comme elle appelait le roi de France, elle s'en Irouvait cbargêo seule. Rien n'était plus contraire à sa politique. Ses troupes étaient battues en Irlande; les Provinoe^- Uoies, à peu près privées de ses ressources, faiblissaient. Daus une telle situation , elle avait à recevoir la paix plutôt qu'à la dicter. Aussi voulait-elle, avant de se retirer de la lutte, reprendre quelque avantage et ne négocier avec l'Espagne qu'après lui avoir suscité de nouveaux ennemis. De là ses instances pour rejeter Henri IV dans la guerre, et ses raisons pour s'en dégager elle-même. Elle parlait de la « paix universelle, qui de voit être désirée de tous les princes clirestiens , et particulièrement d'elle qui y estoit vieille. » Elle disait « qu'il estoit temps pour elle à se reposer et non à faire de nouveaux dcssMngs*. » Mais, en même temps, elle rappelait à Henri IV la cause dcc^ Provinces-Unies et, tandis qu'elle les abandonnait, ell; pressait le roi de rompre, pour les soutenir, la pai> que, seul, il avait jurée *. Saisissant le prétexte de la violation de l'ambassade française à ifadrid , elle s'était flattée d'en voir sortir une rupture entre l'Espagne et la France, et à la nouvelle que la médiation du

i. Snppî. franc., ^/f,t. I, part. n,f° 291. 13 septembre 1002; 2. M, t. !,part. n, f« 271.

S^S L'INl'LUENCE FUANCAISE.

Pape avait tout apaisé , elle n'avait pas dissimulé son mécontentement. « Nous aultres rovs, écrivaitelle à Henri IV pour éveiller ses susceptibilités, devons soigneusement nous garder de n'estre mesprisez de nos ennemys et de nos subjects. Car estant la principale colonne qui soustient toute la fabrique de notre règne, peu à peu tout tombera, si cela n'estoit deuement gardé. » Maxime que le roi relevait en ces termes : « Je vous asseure que je perdray plustost la vie que de tomber en mespris à Tendroict de de mes ennemys et de mes subjects; c'est le conseil que vous me donnés, que je sçauray , avec l'aide de Dieu, aussy bien pratiquer en paix qu'il m'a réussy les armes à la main*.»

llenri IV était résolu à garder la paix. 11 avait toujours pris soin d'agir d'accord avec Elisabeth. lU'avait avertie de son intention de signer le traité de Vervins, et l'avait vivement engagée à se joindre à lui. Elisabeth s'y étant refusée, il était d'avis qu'elle devait mettre à profit la situation qu'elle s'était volontairement créée, en appuyant vigoureusement les Provinces-Unies, tandis qu'il pourrait, comme un chef d'armée qui refait ses cadres , rétablir les forces de son royaume et se mettre en mesure d'engager, au moment venu, une lutte qu'il jugeait inévitable. Quant à

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