Anne de Danemark, fille du roi Frédéric II
3. En i8o8, lorsque lord Stanley entra comme secrétaire d*État des colonies dans le cabinet, dont lord Derby, son père, était le chef. La presse anglaise rappela à cotte occabion Texempie de lord Burghley et de son fils.
4. La Boderie^ ambassadeur de France à Londres, écrit sans [cesse : € Le comte de Salisbury, V oracle du roy,,, »
in L'INFLIENCE FRANÇAISE.
enaltribuaDt avec soin l'initiative, et comme ÏI n'élail plus arrêté ni par les tendances opposées du comlï li'Essex, ni par la réserve prudente d'Elisabeth, ii déployait librement dans la nouvelle cour Tesprit de rivalité contre la grandeur française.
Sully ne s'y était pas trompé, lors de son amba» Sade auprès de Jacques I". Il arrivait à Londres avec mission de complimenter le roi sur sou avènement et de lui renouveler les demandes que l'envoyé ordintdre de Henri IV, Harlay de Beaumont, avait déjà adressées à Jacques eu faveur des catholiques et pour la défense des Provinces-Unies, il obtint en effet des stipulations formelles qui réglaient l'appui commun que l'Angleterre et la France donneraient aux États révoltés, celle-ci devant leur fournir un subside de 140,000 francs, celle-là un secours de 6,000 soldats (30 juillet 1603). 11 avait fait plus; il avait entretenu Jacques des grands desseins de son mattre, en les lui' présentant, suivant les instructions de Henri IVt comme venus de lui-même, afin de ne pas éveiller les craintes du monarque protestant; et il l'avait vu accueillir favorablement l'idée d'une alliance plus étroite avec la France*.
Cependant il n'était point rassuré; il engagenit Henri IV à ne pas s'endormir sur ces témoignages.
i. Œc. royales, 1. IV, p. 300-431.
Me les partis qui s'agitaient autour de Jacques I", il •aidésignait, comme le plus important, celui que dirigeait Cecil, le parti des « gens de plume et de robe, » (pi, sous la conduite de ce ministre, nourrissait les rieilles haines contre la France, et contre elle projetait de ressusciter, soit avec la Hollande affranchie, soit i?ec les archiducs vainqueurs, l'antique alliance de FAngleterre et de la maison de Bourgogne. « Comme c'est un peuple enclos et posé par la nature au milieu des flots et des ondes variables de ce grand océan, ajoutait-il par une comparaison que Bossuet devait rendre immortelle, aussy est-il merveilleusement inégal et disproportionné en ses délibérations et en luymesme ; produisant quasi en mesme temps des actions tant différentes de ses paroles, que si Ton n'estoit persuadé par Texpérience, il seroit impossible de croire qu elles procédassent toutes d'une mesme personne et d'un mesme esprit,.. Toutes ces considérations. Sire, font que je ne désespère pas entièrement de pouvoir traicter et conclure choses aucunement conformes à Tos désirs, utiles à vostre service, et au salut et repos général de la France ; mais bien me donnent crainte de vous pouvoir conseiller de faire un solide fondement sur telles amitiés et y bastir vostre grandeur et le service de vostre Estât*. »
\ . OEc. rayaleSf t. IV, p. 304.
Vwnée suivante justifia ces présage^. Un traitéll^ commerce fut conclu entre l'Angleterre et l'îiapagiK^^ et, abandonnant les Provinces-Unies doQt il vf»iM^^ d'accord avec Henri lY, de prendre en paain la proJiiK^ tion, Jacques I" s'engagea çuvers la cour de Madfid.lf îje leur fournir ni bommeg, ni argent (29 août 160^^ Prévenu à l'avance de cettç résolution, Haori lY émitinutilement tenté d'en détourner l'accomplisaepieDL Jl avait rappelé à Jacques de quel intérêt était pour l'Angleterre et la France le triomphe des Provinces- Unies ; c'était h seule barrière qui protégeât les deux nations contre les intrigues at les prétentions de TEft? pagne. Même aveq la Jiécessité do lutter contre l'inisurrection, même avec «c cette espine au pied,» que de progrès l'Espagne n'avait-elle pas faits! Que d'em^piétements en Italie ! Quelle influence en Allemagne I Que serait-ce quand elle reprendrait aux archiducs ces Pays-Bas qu'elle leur avait « preptez et non donr pez, » et qu'ainsi établie aux f routières de la France et en face de l'Angleterre, libre d'inquiétudes du côté de la Hollande que ses armes auraient reconquise, elle arriverait, par son alliance avec l'Empire, à dominer h \a fois les État^ germaniques et les princes italiens *P
(Je^ avertissements n'avaient point empêché Jacques
\. Suppl. franc., ^, t. H, part. n. 1603. 3i juillet, 30 octobre, 7 décembre, etc.
E L'ALLIANCE ANGLAISE. aos
ocher de la cour lie Madrid. A la vérîlé, il promettait à Henri IV que ce rapprochement ne chatit ,gerait|)oint see premières intentions, et que les Provinces-Unies n'en souffriraient pas. Henri IV feignit de le croire : il lui continua ses conseils, couime si rien ne s'était passé. C'était surtout dans ses rapports jivcc l'Angleterre qu'il appliquait son principe de ne rompre qu'à la dernière extrémité. 11 dominait en vue df! l'avenir les mécontentemenls passagers, et, quand les relations des deux pays (Jluieut refroidies, il pre- Dait soin de ne pas le découvrir, et se prévalait au dehors de leur intimité,
L'appni de l'Angleterre avait co résultat de rendre plus assuré pour la France le concours des États protestants. Tant qu'ils savaient Henri IV uni avec l'Angleterre, ceux-ci oubliaient leurs déûances envers lui, et même au-dessus de l'Angleterre, le re» connaissaient poitr chef. Mais, s'ils l'avaient vu trop tôt se séparer d'elle, leurs appréhensions, à peine assoupies, se seraient ranimées; l'Kspagne aurait repris courage devant le désaccord de ses deux grands enneiqis, et les passions qui s'agilaiont déjà en Allemagne et en Hollande pour constituer sous la direction du roi de la Grande-Bretagne une ligue des États réformés, auraient pu triompher. Aussi Henri IV ordonnait-il à ses ambassadeurs de dissimuler, sans en perdre mémoire, les dissentiments, et de maintenir
associés eu dépit de tous les obstacles les intérêts do'' TAugleterre et ceux de son royaume * • -
n y eut pourtant un jour où, sur des motifs en ap- "= parence futiles, la rupture faillit éclater, C*était aucommencement de l'année 1608. La reine d* Angle- terre avait donné un ballet auquel elle avait fait invi- ter l'ambassadeur d'Espagne et où n'avait pas été convié l'envoyé de France, la Boderie/ Ému de cet affront, Henri lY intima à la Boderie l'ordre de se retirer, si une prompte satisfaction ne lui était accordée. Elle ne se fit pas attendre. La Boderie fut bientôt engagé à une autre fête où ne parut point l'ambassadeur d'Espagne ; fienri lY avait recommandé à son représentant de ne s'y rendre que si aucun autre ambassadeur n'y était invité. La Boderie dépassa ses instructions; il assista à la fête, bien que l'ambassadeur des archiducs y fût aussi. Le roi l'en réprimanda, mais sa dignité était sauve ; il n'exigea pas plus, et la reine lui ayant fait offrir des explications amicales, il ne s'inspira pour lui répondre que de sa galanterie : <c Bien avouai-je au sieur de Guenetrot, racontait-il, n'avoir été sans jalousie quand j'avois vu queladicte
1. Négoc. du président Jeannin. — Collect Michaud et Poujoulat, t. XVin, p^ 578. « Vous prendrez garde a leur conduite et continuerez a vous mesûer, et toutes fois à vous prévaloir et servir de leur société, comme vous avez sagement fait. » Au président Jeannin. 24 février i609.
reine en aimoit d'autres et &Torisoit plus que nioy , ne me pouvant persuader qu'elle crût pouvoir estre mieux servie et honorée d'eux que de moy, ayant jusqu'à présent rendu plus de preuves qu'eux de ma valeur et mérite au service des dames ^ »
Cependant l'année ne s'était pas écoulée que les iDémes faits se reproduisaient : l'ambassadeur d'Espagne était de nouveau, dans des circonstances analogues»robjet d'une préférence offensante pourla France. Aussitôt Henri lY rappelle à M. de la Boderie ses instructions précédentes, et lui ordonne d'en avertir les conseillers du roi d'Angleterre. « Si vous recognoissés que, sur cette déclaration, ils ne se mettent en peine devons donner contentement, ajoute-t-il, vous prendrés congé du roy et de ses principaux ministres, laissant seulement vostre secrétaire ^. y> Cette fois la réparation fut complète. Jacques 1" voulut témoigner ses regrets par les marques les plus inusitées de bienveillance envers l'ambassadeur de France qui, tout rayonnant d'une patriotique fierté, s'empressa de raconter à M. de Puysieux les prévenances dont la famille royale l'avait comblé, et dont n'avait jamais été honoré l'ambassadeur espagnol^.
i. Ambass. de M. de la Boderie, t. lU, p. 259. 9 mai 1608.