Comme il voit que Votre Majesté tient le haut bout
ft'nri IV était Tàme de la Ligue : c*était à lui que les priDces allemands s'adressaient : ils invoquaient ses conseils; ils faisaient succéder leurs ambassadeurs à ^cour, sans en envoyer aucuD en Angleterre. Soup* (onnant la jalousie du roi, Henri lY s'empresse d'excuser auprès de lui le prince d'Anhalt, qui n'avait pas été à Windsor ^ : il recommande h ses alliés d*AU lemagne de députer quelques agents au monarque an* ^im. Puis, loin de s'arrêter davantage aux lenteurs de Jacques I*% il le stimule par sa propre activité ^; il serre de près les négociations , il signe le traité de Hall, il règle le contingent des Provinces*-Unies ; il passe ses dernières conventions avec la Savoie, et lorsque la mort vint inopinément le saisir, il pouvait attendre, entouré de ses confédérés, les secours que Jacques !•' lui faisait espérer et dont la mesure ne fut définitivement réglée que sous la régence,
M'oublions pas de signaler le vaillant allié que Henri IV s'était conquis auprès du roi d'Angltlerre. Sur les degrés du trône grandissait un jeune homme généreux, instruit, brave, avide de gloire. C'était le
jusqnes îcy en tout^ eetre affaire, il lui fâche de voir qu'elle soit comme le chef de cette ligue. » Au roi. 14 février 1610, AmbçM. de la Boderie, t. Y, p. 47.
!. Instruction à M. de la Bodepio. Ambass,, t. V, p. 10.
2. Id. « Cette jalousie, est-il dit dans i'' Instruction, lui doit être plutôt excitée que retranchée par le sieur de la Bodeiie. » T. Y, p. 16.
prince de Galles, peu aimé de son père à gui ses nobles penchants semblaient autant de reproches, et lui portant, à son tour, un mépris trop peu couverte Henri IV l'avait distingué : il avait flatté son ardeur; il lui avait envoyé des armes; il aurait voulu, sans la différence des religions *, lui donner une de ses filles; il espérait en lui, devenu roi, un soutien pour son propre héritier. De son côté, le jeune prince, qui devait lui survivre d'une année à peine, se préparait à aller combattre sous les ordres du roi; il lui avait promis, quelque fût d'ailleurs la résolution de son père, de lui amener ses Écossais : il avait hâte de se faire armer chevalier, sur le champ de bataille, par le grand capitaine ^.
i. Ambass, de M. de la Boderie^ t. Y, p. 24. Instruction du 24 décembre 1609. '
2. Henri, prince de Galles, « celui dont les Anglois,dit Fontenay-Mareuil^ avoient tant d'espérances, » mourut le 6 novembre 1612. II avait dix-huit ans. « Je vous asseure, écrivait de lui la Boderie, qu'il ne se passera pas deux ans qu'il ne tienne un grand lieu dans la chrétienté. » Henri IV disait aussi à Sully que ce prince serait « quelque jour un haut et galant roy, lequel, ajoutait-il, m'ayme déjà si cordialement^ publie partout mes louanges, et ne parle que de faire sous mo) son premier apprentissage aux armes, d CEc, royales, t. Yllf, p. 55. — On rencontre en Angleterre, dans un grand nombre de galeries, le portrait du jeune prince, revêtu de son armure de guerre.
ly
CSnises de l'insiirrectioii des ProTÎnces-Umes contre TEspagne. — Se» paration des provinces catholiques et des provinces protestantes. — Celles-ci sont elles-mêmes divisées en deux partis^ celui de la paiz^ qoe représente Bameveldt^ et celui de la guerre^ que dirige le prince Maurice. — - Sollicitude de Henri IV pour les Provinces-Unies. — Il apprend qu'elles ont conclu avec les Archiducs une suspension d'armes et envoie aussitôt ses ambassadeurs à La Haye pour prendre part aux négociations (1607). — Traité d'alliance conclu avec les Provinces- Unies. -— Lacertitude de l'Angleterre^ qui se décide à suivre la France après avoir essayé d'entraver son action. — Les Archiducs et les Provinces-Unies s'adressent en même temps à Henri IV. — Henri IV médiateur entre leurs prétentions contraires. — Difficultés soulevées par les Provinces-Unies. — Le prince Maurice craignant que Henri IV ne rallie les Etats généraux à la paix^ Taccuse d'ambition. — Remontrances énergiques du président Jeannin et de Henri IV. — Duplicité des Anglais^ qui proposent sous main à l'Espagne de lui obtenir de meilleures conditions que celles qu'a fixées Heu ri IV. — Colère et résolution de Henri IV. — Il pousse les Provkices-Unies à la résis' tance et se montre prêt à les soutenir. — Trêve de douze annéei signée à Anvers (1609). — Remontrances du président Jeannin aux États généraux en faveur des catholiques. — Résultats principaux de cette négociation pour l'influence française.
L'insurrection des Provinces-Unies contre l'Espagne fut, avec le démêlé du pape et de la Repu-
blique de Venise, la grande affaire de la politique '• extérieure de Henri IV. Les événements d'Italie, tout • à coup soulevés, s'étaient rapidement apaisés sous la médiation du roi. Engagée depuis quarante années^ passagèrement calmée par la douceur de Marguerite de Parme, rallumée et étendue par les fureurs du duc d'Albe, entretenue à travers de cruelles vicissitudes contre les efforts patients, généreux ou habiles de Requesens, de don Juan, d'Alexandre Farnèse et de Spinola, la lutte des Provinces-Unies durait toujours.
On sait quelles en avaient été les premières causes :
la création de nouveaux évêchés que devaient occuper, au mépris des plus chères traditions du pays, des prélats espagnols, les privilèges nationaux violés, les garnisons étrangères répandues dans les villes,- et, pardessqs tout, Te^çès des persécutions religieuses faisant pressentir comme leur dernier terme l'établissement de rirjquigition. Catholiques et protestants, clergé et noblesse, peuple et bourgeoisie, tous étaient également entrés dans la résistance. Ces provinces, qu'avait gagnées à sa puissance la prévoyante inodération de Charles^-Quint , Philippe II les avait toutes ralliées contre lui.
Depuis cette époque, il est vrai, les circonstances avaient changé; l'union ne s'était pas maintenue aussi longtemps que la révolte. Lesviolences des protestants avaient renversé les adroites combinaisons de Guil^
L'AFFRANGHIBSEMENT DES PROVINCES-UNIKS. 307
laume d'OrangQ et ncoeiKi la rupture de la paciâcationde Gaod, Désirant protéger coiitre eux leur$ croyances va\m% que lew9 libertés contre TEspagne, les provincfin eatboUques aidaient deux fois invoqué la domi- Qation du duc d'Aojou, et ce prince s'étaut deux fois perdu par «es imprudences, elles ayaient reconnu lautorité des Arcl^iducsS autorité bienfaisante qui, tout en réparant leurs maux, tenait dans une heureuse incertitude leur dépendance de l'Espagne,
Les ^ept provinces protestantes (coniprenant la Hollande et la Zélaude) poursuivaient la guerre, mais divisées elles-^nômes. Pendant qu'elles récompensaient par leur iptolér^uice le dévouement des catholiques qui combattaient encore dans leurs rangs, elles s'étaient partagées en deux factions : l'une qui souhaitait un accommodement avec l'Espagne, Tautre qi|i enteQdait prolonger la lutte» A la tète dQ celle-ci se trou-* yait le fils de Guillaume, le prince Maurice, redoutant la fin d'une guerre où il voyait proître avec sa gloire militaire son influence politique. Appuyé sur l'intérêt des villes maritimes, il fomentait contre les partisans de la paix et leur chef, Barneveldt, une hostilité qui devait survivre aux événements et chercher V quelques années de là, dans le meurtre juridique de ce grand citoyen, sa triste vengeance.
4 . On désignait sous ce nom collectif l'infante Isabelle •Claire* Eugénie, fille de Philippe U> et son mari rarchiduo Albert*
Henri IV avait suivi avec une extrême sollicitude les efforts des Provinces-Unies, Il avait cherché à faire } admettre leur indépendance, d'abord dans le traité de Yervins, puis dans des négociations successive- ' ment entamées avec le Saint-Siège, l'Angleterre et TAllemagne. Ces tentatives avaient échoué. Il était seul, comme l'avenir le prouva, à favoriser sincèrement les Provinces-Unies. Leur cause laissait assez indifférents les princes d'Allemagne : elle attirait et effrayait tour à tour l'Angleterre. L'Angleterre les soutenait vaincues ; elle les abandonnait à peine victorieuses, craignant une rivalité dans leur triomphe.
C'était ce triomphe, au contraire, que poursuivait Henri IV. Pour le préparer, il saisit toutes les voies que lui ouvre l'animosité croissante de ses rapports avec la maison d'Autriche. U seconde le développement commercial des Provinces-Unies; il abaisse pour elles les droits de douane de son royaume; il • encourage leurs progrès dans les Indes, où elles retrouvent, pour les combattre, les armes de l'Espagne; il les associe aux bienfaits de son influence en Orient, et, en vertu des capitulations obtenues du sultan, leurs vaisseaux voguent librement dans les mers de la Turquie sous la bannière de France.
Cependant les premières ouvertures de paix avaient été faites : les Archiducs avaient proposé, sous la ratification de l'Espagne, une trêve de huit mois aux
Provinces-Unies, et celles-ci, appréhendant quelque opposition de la part de Henri lY, avaient conclu, sans le prévenir, une suspension d'armes (1607). La suite des événements dissipa leurs craintes. Il importait au roi qu*aucuQ arrangement ne s'achevât sans son intervention. Aussi, agréant sans peine les explications que les États lui présentèrent pour excuser leur démarche, il se hâta d'envoyer à la Haye le président Jeannin et H. de Russy, chargés de conduire les négociations avec son ambassadeur, M. de Buzanval. Avant d'entamer ces négociations, Henri IV passa avec les Provinces-Unies un traité qui leur promettait l'appui de la France pour assurer le maintien de la paix, dans le cas où elle serait faite, pour les protéger elles-mêmes dans le cas où elles devraient recommencer la guerre. Il avait inutilement essayé d'adjoindre à ce traité le roi de la Grande-Bretagne. En contestation sur des points particuliers avec les Provinces- Unies, tenant dans leurs mains, à titre de gages qu'ils entendaient garder, plusieurs villes de Zélande, inquiets tout à la fois de voir les Provinces-Unies libres et de ne pas coopérer à leur affranchissement si la France l'entreprenait, les Anglais s'efforçaient d'ajourner tout engagement. Henri IV persévérant dans sa résolution, ils prétendirent le suivre, reculèrent de nouveau, et laissèrent la France signer seule. C'était là que devait cesser leur incertitude : « Le moyen de les faire dan-
310 L'INFLUENCE FRANÇÂlSli.
ser, avait écrit Henri IV, sera peut-être la démonstration que Ton fera par de là de traiter sans eux, s'ils font les rétifs et les longs *. » Quelques mois en effet s'étaient à peine écoulés que Ivs Anglais ne résistaient pas au désir de passer avec les États un traité semblable à celui qu'avait conclu la France.
Ses intentions nettement dévoilées, Henri IV pouvait modifier son atlitude. Il était sollicité par les deux parties, par les Archiducs comme par les États; il les voyait, les uns et les autres, invoquer en leur faveur la conduite qu'il avait tenue dans le différend du Saint- Siège et de la République de Venise * ; il allait à son tour leur demander des concessions mutuelles : à la partialité exclusive d'un allié succédait l'équité d'un médiateur*
Trois points formaient l'objet principal du débat : l'indépendance des Provinces-Unies, la liberté du commerce des Indes, la liberté des catholiques hollandais. Contre l'Espagne, Henri IV soutient l'indépendance des Provinces-Unies, et, fortifiant leur propre courage, il les exhorte à ne rien céder tant que cette garantie ne leur sera point assurée *. Mais il réprime en môme
1. Négoc. du président ieannin. Collection Miehaod et Poujoulat, t. XVIII, p. 207. 23 novembre 1607.