‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 127 sur 181 · Daniel^ Histoire de France, t. XII, p. 50d · texte numérisé non relu

Daniel^ Histoire de France, t. XII, p. 50d

3. Négùc» du président Jeannin^ p« 533. « 11 fant qp» let dicts Eslats se montrent fermes et constants^ ainsi que je vous

ai commandé leur dire; oar &i en gèu^toi ^t même en parti-

L'AFFRANCHISSEMENT DES PROVINCES-L'MES. ail

temps les difficultés que les Étals opposent sur l'-s termes de cette condition; il leur représonle que Ta- Teu de leur indépendance suffit à leur sécurité, et que c'est de la part de l'Espagne une satisfaction assez grande pour qu'on n'offense pas l'honneur d'une telle puissance par des exigences iniques et vaines*. Contre l'Espagne, il réclame pour les Provinces-Unies la libre navigation dans les mers des Indes ; mais il presse les États de trouver quelque détour, qui, sans porter atteinte à leurs droits, ménage les susceptibilités de leurs adversaires*. Contre les Provinces-Unies enfin, il soutient les catholiques : tout en séparant sa demande des arrogantes prétentions de rEsrurial, il poursuit avec une fermeté prudente la défense de cette cause, et si ses vœux sont loin d'être remplis, ce

culier ils donnerai lieu d'espérer que Ton peut les ébranler et faire varier, les dits Espagnols s'opiniâtreront et hrs diviseront, auquel cas je serois contraint de retirer mon épingle du jeu ; c^r je ne consentirois jamais qu'ils traitent qu'en qualité comme États libres... » Le roi ù M>!. Joannin et d • Uiissy. <S janvier 1 001).

1. Négoc. du président Jeannin, p. 416. Le roi à MM. Jeannin et de Russy. o Je n'estime pas que les archiducs puissent avec raison faire refus de traiter avec les dits États comme avec gens libres sur les quels eux et le roi d'Espagne ne prétendent rien , mais aussi je suis d'avis que les dits États se contentent de cette déclaration, sans insister que ce mot de souveraineté y soit ajouté, ni qu'il y soit exprimé que ce soit pour toujours ou pour le présent et l'avenir. » 18 septembre J«08. — Voyez aussi p. 418 ; et p. 443 le beau discours que Jeannin adrc^'3c aux États généraux sur cette question.

t. Id., p. 416 et 585.

n*est gu*à sa coDsidération du moins que Tiatolé- *^ rance prolestanle se relâche un peu de ses violences. "^

Tel fut l'esprit qui dirigea dans cette laborieuse et délicate affaire le roi et ses ministres. Quelques traits empruntés à cette histoire le feront encore mieux res:- ^ sortir.

Les complications étaient grandes. Chacune des ' questions soulevées entre les États et les archiducs provoquaient les plus vifs dissentiments, et comme à la solution de chacune d'elle était attachée l'issue générale de la trêve, la paix semblait de jour en jour plus incertaine. La nécessité pour les négociateurs de soumettre les propositions, ceux-ci à TEspagne, ceux-là aux États généraux, et des États à chacune des provinces, ajoutait à ces longueurs. Pendant que le gouvernement espagnol remettait en discussion les points qu'avaient accordés les archiducs, pendant qu'il envoyait à Paris un ambassadeur pour tenter un rapprochement avec le roi de France et conclure entre les deux couronnes un mariage dont la soumission des Provinces-Unies eût été le gage, celles-ci s'égaraient dans leurs discordes. Deux fois les partisans de la guerre avaient paru l'emporter ; deux fois les négociations avaient été rompues, et Jeannin avait dû revenir en France pour se concerter avec le roi.

Suivant les instructions de Henri IV, Jeannin proposa à son retour, au lieu d'une paix définitive qu'il

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jugeait pour le moment impossible, une trêve à longues années qui, par des accommodements réciproques et temporaires, inclinât les esprits à une entente plus durable. Cette ouverture, favorablement iccueilUe par les modérés, poussa leurs adversaires aux dernières extrémités. Dénonçant à l'avance Topposition que les députés des archiducs sembleni redouter de la part de l'Espagne, le prince Maurice montre dans la trêve la ruine des États. Des libelles se répandent qui accusent de trahison les négociateurs; contre eux se portent tous les soupçons. Alors éclatent les plus tristes scènes : Barneveldt, obligé de quitter les États devant des rivalités implacables ; les envoyés des archiducs contraints de se retirer, et laissant à Jeannin le soin de ménager Tintérét de leurs princes; le roi de France méconnu, lui aussi, dans ses intentions, et accusé de préparer avec cet ambassadeur espagnol dont il repoussait au même moment les propositions, Tasservissement des Provinces-Unies.

C'était l'heure de frapper un coup décisif. Jeannin ^ rend à l'assemblée des États, et réfute de sa loyale parole les impostures qui ont jeté le trouble dans les Provinces. Henri IV, de son côté, écrit lui-même au prince Maurice pour se plaindre de l'ingratitude dont il est l'objet :

c( ... Rememorés-voiis les conseils, offices et devoirs que vous et lesdicts sieurs les Estats avés reçeus de

âl4 L'INFLUENCE tUANÇAlSË.

moy et ae mes ambassadeurs , non-seulement pour aplanir les chemins de la dicte paix, mais pour en asseurer la jouissance après la moisson et maintenir vos affaires en réputation. Ay-jepas au premier chef sern d'exemple aux aultres et au second tiré l'eschelle après moy? Car qui est celuy qui a mis la main à la bourse pour cest effect, que moy? Quelle recompense et ré-? cognoissance ay-je pourtant recherchée et tirée de ceste cordiale et mienne beneficence? Ay-je prétendu m'en advantager sur les dicts sieurs les Estats ny leurs aultres alliez? Mes gens ont-ils séparé mes conseils des leurs; ont-ils insisté qu'ils fussent plus tostsuivys?. Ils vous ont exposé et remonstré candidement et franchement sur toutes choses ce que je leur ay commandé et ay creu vous estre utile et salutaire. Ils n'ont rien advancé d'eux-mesmes, et si vous avés eu aultre opinion, vous m'avésfaict tort et à eux aussy,.voireà vous-mesme. Yous et eux avés les premiers trouvé boH d'entendre à la paix ou à la trefve aux conditions que Tune et l'aultre vous estoient offertes. Je m'y suis embarqué après vous pour bien faire aii public et favoriser un dessein auquel ils se sont engagez sans mon sceu, vous l'approuvant ou pour le moins ne le contredisant. Les ministres des princes avec lesquels vous avés conféré et traicté ne vous ont pas contenté pour la paix; mes ambassadeurs et ceux des dicts roy et princes (le roi de la Grande-Bretagne et les princes

allemands) ont sur cela mis en avant la trefve à longues années, conformément au premier project faict par les dicts sieurs les Estats et accordé avec les députez des archiducs. Quel droit avé&-vous de vous plaindre

de cela ?

« . • • Le dict Lambert dit que vous aimés mieux périr les armes en la main que honteusement , en présupposant et estimjint pour inévitable la ruine et perte des dict3 pays , si les dicts Estats reçoivent la dicte trefve; je ne vous nieray point que j'ay esté et suis encore d'opinion contraire à la vostre. Toutesfois peutestre que je m'abuse , pour ce que je ne cognois comme vous la constitution présente des affaires et volonté du pays; mais je puis dire aussy que, comme je suis mieux informé de la généralité de celles de la chrestienté, je puis juger pareillement plus seurement peut-estre qu'un aultre , que les dicts sieurs les Estats et vous pouvés par le moyen de la susdicte trefve estant accordée et bien observée, comme mes ambassadeurs et ceux des dicts roy et princes l'ont proposé, vous conserver et maintenir plus heureusement et seurement que par la guerre ; estans mesme incertains, comme vous estes encore , de l'assistance et faveur de vos voisins. Ce qui est cause que j'ay trouvé tant plus estrange la déclaration que le dict Lambert a adjoustée a cela de vostre part, c'est à sçavoir que vous et les dits sieurs les Estats désirés plus-

'1' L-INFLl'Ef^CE FRANÇAISE.

twl qut je demeure neutre et vons laisse faire h puen-e à vostre mode, que j'antonse et fece davantage jKiurtniivre la trefVe. Mon cousin , il sera fort facile et p^ut-estre plus adrantageux à mon royaulme que vouif ne pensés, de vous donner ce contentement, quoyqu^il en puisse succéder; car, quand je voudray suivre ce conseil, je suis, grâces à Dieu, en tel estât, que je n^ay voisin qui n^aye autant affidre de moi que j auray de luy, et partant ne soi bien ayse de rechercher et conserver mon amitié, et quand tous conspireroient contre moy, je puis de moy-mesme , et sans aultre assistance que celle du del,'qui ne m*a de sa bonté defailly jusqu'à présent , lutter contre tous cn- Wîmble et leur prester le collet, comme quelquefois ont faict les roys, mes prédécesseurs...

«... J(î désire que les dits sieurs Estats et vous ne fjicii'»s ('(» tort à vous-mesmes, ny à moy de doublera riiilvrnirdc la sincérité et intégrité de mes conseils, m (1rs actions do mes ministres et ambassadeurs. Je HUIS honnno de bien et prince de foy, et non du tout ignorant îles cbosos du monde. Quand je voudray faire uh ^ aiKurrs sans vous ou m'advantager en quelque » lh\M\ r«^ \\o sera, si je puis , injustement et au dom- »na,>;» dx^ poisonuo, moins encore de ceux auxquels I ^»nx^ i^A^uns amitio. Jo puis, grâces à Dieu, faire iww ^\\\^ luuluv quand jo voudniy *. ï)

4, *^.i.x .»\\*>\s. I. ML p. ^:ÎK :*3 octobre 1608.

A ces fiers accents, les esprits s'ébranlèrent. Le prince Maurice désavoua les libelles propagés sous soo nom et se montra plus mesuré. Jeannin le réconcilia pour un temps, qui devait être trop court , avec fiameveldt* ; les négociations furent reprises. L'ambassadeur français couvrit de son ascendant la cause encore suspecte des archiducs et, à leur prière, il présenta, comme venant de lui-même, la clause par laquelle ceux-ci reconnaissaient la liberté des États. Les députés de Zélande soulevant encore quelques objections, il acheva d'y répondre et leur fit entendre que si la guerre recommençait par leur faute, ils n'auraient plus à compter sur le secours des puissances alliées*.

D'un autre côté , Henri IV pressait Ja décision de l'Espagne ; il déclarait à don Pedro son intention d'en Tenir aux armes , si l'indépendance des Provinces- Unies n'était pas accordée. A ce moment, les Anglais, effrayés de l'influence que prenaient les conseils de la France, et toujours poursuivis par l'ambition de re-

1. JVégoc. du président Jeannin, p. 487. Lettre de Jeannin à M. de Villeroy. 20 novembre 1608. « Les lettres de Sa Majesté lu prince Maurice et ce que nous lui avons dit de sa part l'ont beaucoup changé. »

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