‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 134 sur 181 · I . Négoe, du président Joannin, p. 661. 22 juin · texte numérisé non relu

I . Négoe, du président Joannin, p. 661. 22 juin

La liberté GERMAN1QU8

Staation de l'Allemagne. — Sa défiance de l'intervention étrangère.

— Dissensions religieuses. — L'empereur Rodolphe et les Archiducs. ^Indolence des princes allemands devant les ravages des Turcs et les prétentions de la maison d'Autriche. — Desseins de Henri IV sui- V\llemagne : il veut lui assurer la paix religieuse par la tolérance, et rendre l'Empire réellement électif, tout en le maintenant dans la religion catholique. — Il s'occupe d'abord de former une ligue contre la maison d'Autriche. — Il veut y faire entrer les protestants et les catholiques. — Médiations fréquentes qu'il exerce entre les princes allemands, et même jusqu'en Pologne. — Missions du duc de Nevers et de M. de Boissize auprès des électeurs ecclésiastiques. — Henri IV, eo exhortant ceux-ci à défendre leur indépendance, se porte le défenseur de leur foi contre les protestants. — Le duc de Bavière.

— Henri IV se propose de l'élever à l'Empire. — 11 dissuade Icd protestants de la pensée d'élire roi des Romains un prince de l(îur croyance, et déclare qu'il les en empêchera par la force. — Conjectures sur les effets qu'aurait pu produire en Allemagne la ijolilique de Henri IV. — Applications partielles que RicheLeu a laite? de cette politique et résultats qu'il en a obtenus. — Médiateur entre les catholiques et les protestants, Henri IV aurait pu, en les ras- Burant les uns à l'égard des autres, les diriger tous contre la maison d'Autriche.

» Il semble difficile de comparer entre elles Tltalie et TAUemagne : l'Allemagne le berceau de la Réforme, ritalie le siège de la Papauté ; TAllemagne profon-

m LMNFLUEiNCE FRANÇAISE.

dément déchirée par les divisions religieuses, dont elle avait, la première, déchaîné les calamités sur le monde; l'Italie, qui à travers ses querelles intérieures avait gardé l'unité de foi. Les deux pays se trouvaient pourtant rapprochés, au point de vue politique, par plus d'une ressemblance : c'étaient, des deux côtés, la même lassitude de la maison d'Autriche, Empire ou Espagne, la même révolte sourdement amassée contre sa prépondérance, et tout ensemble les mêmes irrésolutions, les mêmes défiances à l'égard de Henri IV.

Encore l'Allemagne éprouvait-elle une appréhension plus vive peut-être de l'intervention étrangère. Issus d'une semblable origine, parlant la même lan- gue, réunis par une longue tradition autour du trône de Charlemagne, les États germaniques conservaient un égal attachement à la patrie commune ; le sentiment de l'unité de l'Empire survivait à leurs rivalités. Lorsque Gustave-Adolphe parut en Allemagne, les princes protestants, dont il venait soutenir la cause et protéger les libertés, hésitèrent à se ranger autour d'un chef, protestant comme eux, mais étranger. Cette communauté de croyances, qui ne devait pas suffire à les rassurer, ils ne la rencontraient même plus dans Henri IV, et leurs craintes s'en augmentaient.

Cependant quelle élait leur situation? Pouvaient-ils, livrés à leui^ propres ressources, faire face aux malheurs qui les menaçîàeuV*?

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Les dissensions religieuses étaient au comble. La paix d'Augsbourg n'avait été qu'une trêve ; les dispositions qu'elle stipulait, réciproquement Violées, n'avaient fait qu'entretenir les hostilités. Au mépris de la clause du réservât ecclésiastique, d'après laquelle tous ceux qui abjuraient la foi catholique devaient renoncer à leurs bénéfices, les protestants s'étaient emparés de la plupart des archevêchés et des abbayes de la basse Allemagne. On avait vu l'archevêque-électeur de Cologne, devenu calviniste pour épouser Agnès de Mansfeld, maintenir encore ses prétentions à son archevêché et engager une lutte où les protestants le laissèrent tristement succomber, non par respect envers les droits ecclésiastiques, mais par animosilé contre la secte particulière que l'ancien prélat avait embrassée.

A ces agressions les catholiques avaient opposé leurs représailles; ils avaient à leur tour déchiré le traité que leurs adversaires avaient violé contre eux. Le nouvel archevêque de Cologne avait supprimé dans toute l'étendue de ses États l'exercice du culte réformé. A Aix la Chapelle, à Donawerth, les mêmes rigueurs avaient répondu aux mêmes violences, et l'électeur de Bavière, exécutant dans cette dernière ville les vengeances de l'Empire, lui avait enlevé ses privilèges et imposé sa propre domination.

Loin de porter quelque remède à ces troubles, TEm-

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pire y ajoutait par sa constitution présente une gravité nouvelle. U était à la fois trop faible et trop redoutable ; trop faible si Ton s'arrêtait à la personne de Tempereur; trop redoutaLle si derrière l'empereur on envisageait la maison d'Autriche. Le petit-neveu de Charles-Quint, le successeur de Ferdinand et de Maximilien, l'empereur Rodolphe, était doux, généreux, équitable ; mais ses qualités mouraient dans son indolence. Adonné aux sciences physiques, énervé par les plaisirs, il assistait comme un étranger aux bouleversements de l'Allemagne, et sa main débile agitait vainement le sceptre des Césars. De son trône impuissant se séparaient à la fois sa famille et les princes germaniques. La maison d'Autriche se reconstituait. Les archiducs s'attachaient à multiplier les fondements d'une influence qu'ils voyaient compromise par l'insouciance de leur chef, et prenant en main, comme d'un bien de famille, le soin de la puissance impériale, ils se préparaient, de concert avec les Espagnols, à en investir l'un d'entre eux, plus capable de la soutenir et de les servir.

Tandis que ces ambitions marchaient à leur triomphe, les Turcs continuaient leurs ravages en lIoDgrie; ils inquiétaient la Pologne, déjà assiégée par les Tartares; ils tenaient sous leur dépendance la Transylvanie. La Bohême s agitait; les Espagnols se i opandaient en Westphalie; les bruits de guerre groh-

daient de toutes parts, et les princes allemands, en lutte les uns avec les autres, non pas seulement les catholiques avec les protestants, mais les protestants entre eux, les luthériens avec les calvinistes, les prin* ces allemands contemplaient ces périls, les voyaient s*approcher, s'en effrayaient tous également, et tous également aemeuraient sans force pour les conjurer. Henri IV voulut secouer celte indifférence : il s'en alarmait d'autant plus qu'il ne reconnaissait pas même en elle un gage de paix. Des projets sans cesse enhardis de la maison d'Autriche et du feu tôt ou tard ranimé des haines religieuses, il voyait sortir une lutte terrible, et pour son propre royaume comme pour l'Allemagne, il ne voulait en livrer au hasard ni l'éclat ni l'issue. Empêcher la guerre en invitant tous ceux qu'elle pourrait atteindre à se tenir en armes, et, si elle devait éclater, travailler par la combinaison de ses alliances et de ses forces à en déterminer à Tavance les résultats, tel avait été dans tout l'ensemble de sa politique, tel fut surtout dans nés relations avec les États germaniques le but de ses efforts- Engagée entre la maison d'Autriche et les princes protestants, la guerre menaçait d'entraîner sous le torrent des passions religieuses l'extermination d'un culte par l'autre et Tasservissement de l'Allemagne, soit à la Réforme, soit à la maison d'Autriche. Ce que Henri lY au contraire voulait obtenir, c'était tout en-

semble l'union librement formée des États allemands bt la reconstitution d'un Empire électif.

11 ne s'agisi-ait pas de prêter à l'un ou à l'autre des partis qui divisaient l'Allemagne un concours sans réserve ; il convenait de donner une satisfaction aux prétentions de chacun d'eux. En Italie, où la religion catholique était demeurée seule, Henri IV s'était appliqué à la maintenir, et dans son ardeur à resserrer les hens de la Péninsule avec le Saint-Siège, il n'avait point hésité à dénoncer à la République de Venise les tentatives du protestantisme. Qui aurait pensé à porter en Allemagne une semblable politique ? Ce n'était pas seulement entre les sujets d'une même puissance que la Réforme avait semé la division, c'était entre des États distincts; faible et entravée chez les uns, elle régnait en souveraine chez les autres. Dans de telles conditions, il n'y avait qu'une œuvre à entreprendre : l'établissement de la tolérance mutuelle sur des lois inviolables. Là où les années, ayant passé sur les usurpations, en avaient presque fait des droits, c'était par des accommodements réciproques et fermement garantis que la paix pouvait renaître.

Ces circonstances ne devraient point être oubliées des écrivains qui, dans des intentions opposées, ont fait à Henri IV un reproche ou un éloge de son alliance avec les princes protestants, comme si cette alliance avait été un gage donné à la Réforme. Les protestants

d* Allemagne étaient les anciens alliés de la monarchie et les plus intéressés aux revers de la maison d'Autriche; maisenréclamantleur concours, Henri IV le bornait à la défense d'une cause politique, et cet appel qu'il leur adressait, il le faisait entendre, dans le même moment et pour le même but, aux États catholiques. Loin de seconder le mouvement de la Réforme, la coalition qu'il projetait supposait un apaisement des dissensions religieuses.

Sur quelles preuves d'ailleurs s'ap{)uient ces imputations? Que Henri lY, avant sa conversion, ait sollicité l'appui des États protestants au nom de la libt-rté de l'Évangile, cela est certain, et de la part d'un prince alors protestant, on ne saurait s'en étonner. Mais où a-t-on retrouvé après cette époque une semblable expression? La seule question qu'il soulève désormais, la seule cause qu'il invoque, la seule liberté qu'il revendique devant les catholiques comme devant les protestants, c'est la liberté de l'Allemagne.

Pour assurer cette liberté, il exigeait encore une autre garantie que l'union des princes; il réclamait la reconstitution de l'Empire. Électif de droit, l'Empire avait passé depuis des siècles, comme un apanage héréditaire, au pouvoir de la maison d'Autriche. Henri IV prétendait le rendre à sa première condition; il le voulait à la fois électif et catholique. A ce prix, l'Alle-

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magne recouvrait, avec son indépendance, Tintégrité de sa mission ; dégagée d'inquiétudes, elle se retournait vers les Turcs et se mettait en devoir d'assurer contre eux le repos de ses frontières et la paix de l'Europe.

Toutes ces considérations sont exprimées dans les plans que Henri IV forme pour l'Allemagne ; il en fait part lui-même à ses alliés. Tandis qu'il rappelle au Saint-Père les déchirements des provinces germaniques et les maux de la Hongrie que le musulman désole, tandis qu'il l'entretient de la nécessité de substituer aux moyens de rigueur un régime de tolérance ^, et d'assurer la défaite des Turcs par la pacification deg révoltes intérieures, il presse les princes allemands de s'unir « pour la juste et bien fondée appréhension qu'ils doivent avoir, dit-il, d'un costé, des armes des Turcs, de Taustre de celles du roy d'Espagne. » Puis, déterminant le caractère et la portée de ses conseils, il ajoute : « Je n'entends pas les engager de faire chose qui préjudicie à l'Empire ny à leur foy et debvoir, ny de prendre les armes et quitter le repos dont ils jouissent, ny mesme despenser leur argent mal à propos et hors du temps, mais seulement de se préparer et mettre en estât de pouvoir esviter les mal-

4 . Instrnction à M. d'Halincourt s'en allant résider ambassadeur à Rome, au mois de juini605. Mss., anc. fonds^ 8964, (* 44, et f. Dupuy, 557.

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heurs qui semblent les menacer de ces deux endroitslà*. »

Maurice le Savant, landgrave de Hesse, avait été, parmi les princes protestants, Tun des plus prompts à se dégager des préventions suscitées contre Henri IV f et à se rallier à ses avis. Il sentait qu'entre les Turcs elles Espagnols rAllemagne avait besoin d'un chef, et ce chef qu'il ne pouvait rencontrer au milieu des divisions de l'empire, il le saluait dans le roi de France. Dans cette disposition, que partageaient avec lui quelques princes de la Germanie, il s'était rendu à Paris, en 1602, pour sonder les vues de Henri IV et l'informer lui-même de la situation de l'Allemagne.

Le premier sujet que Henri IV aborda avec lui fut la nécessité de l'union. Il lui exprima le regret que les princes allemands ne se fussent pas encore établis en confédération; et comme le landgrave le priait de vouloir bien servir de base à l'alliance, il répondit qu'il y était disposé, « pourvu que les princes euxmêmes fussent d'accord ^. » Jusqu'à sa mort il ne cessa de lui faire entendre le même conseil, à lui et à tous ses alliés d'Allemagne.

i. Correspondance inédite de Henri TV avec Maurice le Savant, publiée par M. de Romnjel, p. 32i. Henri IV au landgrave de Hesse.

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