‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 137 sur 181 · Schoell, Histoire des États européens, t. XV · texte numérisé non relu

Schoell, Histoire des États européens, t. XV

d'Autriche inclinaient à le suivre. Il se formait sous ses ordres comme une légion qui, se détachant do l'empereur sans déserter la foi, pouvait, d'accord avec la France, ouvrir la lutte et la diriger. .

Henri ly avait promptement démêlé le parti qu'il y avait à tirer d'une telle alliance. U n'avait pas manqué, en 1602, d'interroger le landgrave de liesse sur les projets de la maison de Bavière, a II me demanda, raconte Maurice le Savant, si on pourrait la gagner, et si elle était rivale de r Autriche. Je lui répondis que, quant à ce dernier point, je m'en tenais assuré ; mais que, pour arriver à gagner celte maison, la tentative devait plutôt commencer du côté de la France que du côté des princes protestants^. » Ainsi éclatait, dans l'opinion même du landgrave, le rôle que Henri IV était appelé à remplir entre les protestants et les catholiques. Henri lY, nous l'avons dit, désirait voir l'empire à la fois rendu à la liberté de l'élection et maintenu dans la religion catholique. Il voulait susciter en Allemagne une puissance capable de balancer la maison d'Autriche, et celte mission, que devait exercer dans d'autres conditions la monarchie de Brandebourg, il la destinait, au moins pour quelque temps, à un État catholique, à la Bavière. Cette pen-

I. Corres'pondame inédite de Henri IX avec Maurice le Savant, p. 73 et suiv.

3i2 L'INFLUENCE FRANÇAISE. i •

sée avait dicté les questions qu'il faisait au landgi'ave: '* elle devait reparaître dans la suite de ses négocia^ ^ lions. ^^

Sans cessQ différée, l'élection d'un roi des Romains '' préoccupait de plus en plus les esprits. Inquiets et in- * • dignes de l'apathie de Rodolphe, les archiducs s'étaient ^ réunis à Vienne afin de conférer des moyens de /• conserver l'empire à leur maison. Le 25 avril 1606, ' un pacte avait été arrêté entre l'archiduc Ma- ' thias, l'archiduc Maximilien -son frère, grand maître de l'ordre teutonique, Ferdinand, archiduc de Slyrie, et le frère de ce dernier, Maximilien- Ernest. Par cette convention, à laquelle devaient adhérer l'archiduc Albert et le roi d'Espagne , les princes déclaraient la maladie mentale de Rodolphe, proclamaient Mathias le chef de leur maison, et, disposant à l'avance des vœux des électeurs, s'engagaient à l'assister pour le faire nommer roi des Romains *.

A peine investi de ces pouvoirs, Mathias s'empressa de conclure, comme lieutenant de l'empereur, et sans son autorisation , un traité avec Botskaï, prince de Transylvanie, et une trêve de vingt ans avec les Turcs. Yainement Rodolphe essaya de protester contrie des actes qui témoignaient publiquement de sa déchéance. Abandonné parla diète de Ratisbonne, il vit

i . pu Mont, Corps diplomatique, t. V, part, n, p. 68.

Mathias s'appuyer sur le concours de& Etats de Doqgrie et d'Autriche, ouvrir des négociations avec les protestants de l'Allemagne, soulever ceux de Bohême, et armer en faveur de sa résistance des passions qui devaient bientôt se retourner contre lui. Dans cette extrémité, l'empereur dut cider à son audacieux rival, avec le royaume de Hongrie et Tarchiduché d'Autri* che, l'administration de la Moravie et le titre de roi désigné de Bohème. C'était le commencement de l'exécution du traité de 1606. L'empereur était abattu ; mais la maison d'Autriche était maîtresse.

Henri lYne s'était pas fait illusion sur l'importance de ces changements. Dans cette querelle de famille entre Rodolphe et les archiducs, il avait reconnu le résultat d'une entente avec la cour de Madrid, et, avant quel'événement eût justifié ses soupçons, il montrait Tempereur dépouillé de sa puissance et la maison d'Autriche imposant à TAllemagne un roi des Romains. De là ses efforts pour émouvoir les princes que menacé cette domination; de là ses appels à leur vigilance, ses excitations renouvelées pour les tirer de leur incurie et pour leur faire entendre qu'à force a d'aimer leurs aises , ils préparent leur ruine. » a. Je ne doute point, écrivait-il au président Jeannin, que ceux-là (les archiducs) ne contraignent celui-ci (l'empereur) de céder à leurs volontés, et qu'ensuite de cela, ils ne le privent non-seulement du gouverne-

ment dos pays patrimoniaux de leur maison, mais bientôt après aussi de la couronne impériale ; à quoi il faudra que les électeurs, bon gré ou malgré qu'ils en aient, condescendent. Par ainsi ils feront un roi des Romains qui ne sera guère obligé à eux ni à leur élection. Cette procédure est violente et produira des fjffets, le contre-coup desquels pourra bien tomber sur tels qui ne s'y attendent pas. En tout cas, il est vraisemblable que runion desdits archiducs et la poursuite de ce dessein relèvera grandement la réputation e^/'at/torité de leur maison en Germanie^ au désavantage des émulateurs et enoieux d''icelle^,y)

Pendant qu'il songeaitaux événements que soulèverait la vacance de l'empire, une inspiration commune le désignait lui-même à plusieurs des princes allemands comme celui qu'ils devaient élire roides Romains. Déjà cette inspiration s'était fait jour : Maurice le Savant, auprès de qui Henri IV avait pris des informations sur les tendances du duc de Bavière, était venu, de son côté, pour s'enquérir des vues personnelles du roi ^. Tout en écoutant avec complaisance les insinuations du landgrave, Henri IV n'avait rien laissé paraître d'une ambition qu'au fond il n'avait pas. Ce caractère si vif et si intrépide était singulièrement

i. Le roi au président Jeannin. 23 mai 4608. y. Correspondance inédite de Henri IV avec Maurice le Savant, p. 78.

LA LIBERTÉ GERM\MQl E. !to

pradent, et ces grands coups de juissanee lui conquérant soudain la place qu'il \oulait enlever à la maison d'Autriche, effirayaientsa prévoyance, a Pour mon regard, écrivait-il avec vérité, je ne suis meu d'aucune autre prétention que de la propagation du bien public *. »

Cependant l'influence qu'à la différence des autres souverains il s'était créée dans tous les camps, ramenait vers lui les vœux d'un grand nombie. Les ravages des Turcs et le joug de la maison d'Autriche rendaient insupportable la situation présente. Les électeurs catholiques se retournaient du côté de Henri lY. Les protestants cherchaient en lui leur centre. Des plaines d'itahe le même appel montait vers le roi : c'était le désir de Rome. Préoccupé de ces dispositions , Henri IV voulut éclairer ses doutes

dans une délibération intime. Il fit venir trois de ses conseillers ^, et se promenant séparément, suivant sa

coutume, aux Tuileries avec chacun d'eux, il leur

exposa l'objet de ses incertitudes, en le confiant à

leurs réflexions.

Quelques jours après, il les réunissait dans son

cabinet, où il avait défendu que personne vhit le

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