Au landgrave de Hesse. Rommel, p. 2iil
2. Les manuscrits qui contiennent le Kîcit do cette conférence, ne donnent pas le nom des trois conseillers. C'utuient, a-t-on dit, Sully, Bellièvre et Villeroy,
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troubler, et il les invitait à lui exprimer leur avis» Le premier conseiller n'hésitait pats : il conviait le roi à accepter la couronne qui lui était offerte ; à ses yeux, c'était décider tout ensemble la ruine des Turcs et l'abaissement de la maison d'Autriche. En voyant la maison d'Autriche écartée de l'Empire, l'Europe recouvrerait la sécurité ; le èultaû, saisi d*effroi à cette nouvelle, se hâterait de quitter la Hongrie pour conjurer la guerre que le grand empereur porterait, à la tête de la chrétienté, contre les infidèles. Quant au succès même des prétentions de Henri IV, l'orateur ne le croyait pas douteux : dans ses prévisions, les vœux réunis de l'Italie, des princes protestants d'Allemagne, des électeurs ecclésiaslitjueà, et, avant tout, du Souverain Pontife, assuraient l'élection du roi.
Telle n'était pas l'opinion du second cônBeîller. Il ne trouvait ni la France assez remise, ni l*Empire assez important pour que le roi tentât une pareille entreprise. Séparée des possessions de la maison d'Autriche, que devenait la dignité impériale? Et lors même qu'on rattacherait à sa domination la Bohême et la Hongrie , quel avantage rapporteraient ces deux royaumes, tous deux dévastés par la guerre, sans parier des quatorze provinces (îue les musulmans tenaient encore en Hongrie î On ne pouvait d'ailleurs, seloa lui, se regarder comme assuré du concours des
■ LÀ LIUEIITE Gfc.RMÀiMUlK. a'i7
I autres puissances; etjlore même que les princes d'Al- I lemagne eussent secondé le roi, ils étaient si divisés entre eux que, devant l'opposition de l'Angleterre et des Pays-Bas, leur secours eût été d'un faible avantage. Le troisième conseiller se plaça entre les deux opinions qui venaient d'être soumises à Henri IV. Plus redouté que François P', le roi ne devait ni se refuser, ni prétendre à la dignité impériale : il devait exhorter ses amis à n'avoir en vue que le bien public, et, pour lui, prendre moins de souci des princes qu'il conviendrait de porter à l'empire que de ceux qu'il faudrait en écarter. Parmi ces derniers se trouvaient le roi d'Espagne et l'archiduc Albert; on aurait peut-être à appuyer Parchiduc Mathias.
Le roi avait p;u'u frappé de cotte dernière conclusion. Tous les conseillers ayant ainsi donné leur avis, il se leva, puis, comme pour dissiper au grand air les pensées qui l'accablaient, il ouvrit une fenêtre, et, tourtiant ses regards et ses mains vers le ciel *. «Dieu, s'écria-t-il, formera et fera naître en mon cœur, s'il lui plaît, la résolution que je dois prendre sur tous vos discours, et les hommes l'exécuteront*... » Alors il les congédia, et la conférence fut terminée.
Il ne paraît pas que Henri IV se soit arrêté plu3 longtemps à ces délibérations; mais il n'en continuait
i. Mss»> aûc» fonds* 8935 et 8474; otPontanicu, portef, 454.
pas moins à se mettre en mesure de diriger rélecliciï du roi des Romains. Ce n'était pas seulement contrell] maison d'Autriche qu'il avait à se prémunir, c'él aussi contre les tendances protestantes. Ce projet qiïc^ devait nourrir Gustave- Adolphe d'arracher le trôni impérial à la religion catholique, quelques princies '-' l'avaient déjà formé. C'était, on s'en souvient, le vœu de Jacques I" : il proposait son beau-frère, le roi de Danemark, qui témoignait d'ailleurs assez d'indifférence, ne voulantpas, disait-il, «pour un titre électif mettre en hasard un royaume héréditaire*. » D'autres candidats également séparés de Rome se portaient à l'Empire. L'un d'eux, le duc des Deux-Ponts, était venu en personne à Paris solliciter le concours du roi*. Avec ses ménagements accoutumés, Henri IV se mit en devoir d'écarter ces prétentions. Il fit valoir auprès des princes allemands des raisons analogues à celles qu'il avait chargé son ambassadeur ■ d'exposer à Jacques ^^ « La religion de laquelle le roy de Danemark fait profession, écrivait-il à M. de Beau mont, l'exclura tousjours comme les aultres qui suivent la mesme créance. Car les eslecteurs ecclésiastiques ne donneront jamais leur voix qu'a un prince catholique, ny aussy le roy de Bohesme. Quoy estant, il fault que
1. Ambass. de la Boderie, 1. 1, p. 91. La Boderie h Villeroy. • 7 juin 1000.