‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 147 sur 181 · Id,, p · texte numérisé non relu

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Me» L'INFLUENCE FRANÇAISE.

par ses ordres, le vice-roi de Tunis, qui avait favorisé les brigandages, est mis en prison, le vice-roi d'Alger étranglé, et, le 2 mai 1604, sont enfin signées les Ca« pitulations qui assurent les droits de la France ^

La foi chrétienne était la première intéressée dans ces stipulations; le sultan garantissait de nouveau l'inviolabilité des Lieux Saints, le repos des religieux, la protection des pèlerins, à quelque nation qu'ils appartinssent, pourvu que la France les couvrit de son patronage.

Puis venaient les engagements relatifs à la liberté du commerce et aux droits des agents du roi.

La France rendait inviolable tout ce qu'elle abritait. Il n'était permis aux officiers de la Porte ni de saisir les marchandises ennemies trouvées sur un vaisseau français, ni de molester un sujet du roi, fût-il prispor- , tant des vivres aux ennemis du Grand Seigneur, et le navire sur lequel il se trouvait, fùt-il lui-môme soumis à la juridiction ottomane.

Le sultan reconnaissait au roi le droit de donner la chasse aux pirates d'Alger et de Tunis ; pour écarter les difficultés qu'on eut opposées au témoignage des marchands chrétiens, il était établi que, a sur la seulie plaincle qui en seroit faicte de la part dudict em-

. , Traicté faict en Vannée \ 604 entre Henry le Grand, roy de France et de Navarre y et siiltaTi Amat l^Amutat\, emi^ereur des Turcs, — A Ja suite de la Kelatiou des 'couaae^ dftlA.. ilft'&î^xiii^

I LA TIÎRQUIE ET lES CHRÉTIENS D'ORIENT. 377

pereur de France avec ses lettres royales, » les vicerois et les gouverneurs des pays auxquels appartiendraient les corsaires seraient privés de leurs charges et tenus de tous les dommages que les Français auraient soufferts. Toute contestation entre Français, de quelque nature qu'elle fût, était exclusivement réservée à la décision des consuls ; il était défendu aux tribunaux de la Porte d'entendre un musulman contre un Français, si ce dernier n'était pourvu d'un interprète ; et le fanatisme turc trouvait son frein dans le commandement qui ordonnait d'éteindre à sa source toute accusation de blasphème dirigée contre un chrétien.

Aux Français était encore concédé le droit de pêcher le poisson et le corail sur les côtes de la Barbarie, d'enlever les marchandises prohibées, telles que les cuirs, les cotons, les cires et cotons filés. Ils pouvaient fonder leurs établissements sous la protection des consuls dispersés à Tripoli, à Alexandrie, au Caire, à Beyrouth. Avec les richesses de la Turquie, ils recueillaient librement les ressources de trois mondes : en Egypte, ils recevaient de la mer Rouge les produits de l'Afrique et des Indes orientales; en Syrie, ils trouvaient à Alep les richesses que l'Euphrate leur apportait de l'Asie *•

i . Biscoui's sur VaUiame qu*a le roy avec h Grand SeiçjnouT, p. 5,

Ces faveurs, accordées aux marchands françaiis, élaieut, à la demande du roi, étendues à toutes a les nations estrangeres qui viennent, disait le Grand Sel* gneur, par nos* pays, terres et seigneuries, sous la bannière de France, laquelle bannière elles porteront et arboreront pour leur seureté et marque de lexït^ pro* teclion. » Les privilèges passagèrement usurpés par TAngleterre lui étaient retirés : si elle conservait le droit de naviguer sous son propre pavillon, elle perdait du moins celui de couvrir les autres nations : le vœu principal de Henri IV se trouvait rempli.

La préséance des agents du roi, ambassadeurs ou consuls, sur les envoyés de tous autres pays, était en* core une fois proclamée et achevait de signaler la prépondérance française.

Le baron de Salagûac poursuivit dignement Tœuvre commencée par Savary de Brèves. Il tint la main à Texécution des Capitulations et déjoua en plus d'une rencontre les tentatives des Anglais pour les entraver* : contre eux il protégea les jésuites, et, soutenu par l'effroi qu'inspiraient les armesdeHcntilV, il assura, pour

1. « M. de Salagnac, qui réside ambassaleur en Levant, xious a écrit que celui qui y est pour le roi de la Grande-Bretagne a 'voulu innover quelque chose avec ces gens-là, au préjudice de nos capitulations; a quoi il s'est si bien opposé que Tautre n'a rien gagné que de la honte. » Lettre de M. de Puysieux à M. de la Boderie. 22 juin 1607. — Ambass, de M. de la Boderie, t. II, p. 297.

,A TURQUIE ET LES CIIRÈTIEMS D'ORIENT. Sïfi

EfUêlque temps du moias, k tranquillité des chrétien?.

Cependant celle alliance de la France avec la TilN quie, si utile qu'elle fût à la religion et à l'Europe, n'était point le dernier mot de la politique de Ilenri IV. Il n'étaitjamais entré dans l'esprit du roi, nique l'empire ottoman fût pour durer, ni surtout qu'il dût un jour être admis au rang des puissances européennes. C'étaient là des conceptions qu'aucun pays, protestant ÔU catholique, n'eût alors formées ni môme estimées possibles. L'expulsion des Turcs était au bout de tous les projets comme une nécessité et une espérance. 11 ; que de diriger les événements qui de- Tfaient en être le prélude ou la suite.

Henri IV ne pensait pas, il est vrai, que la chute de l'empire oltoman fût aussi prochaine qu'on se le figU" rait autour de lui : « Je ne me puis persuader, écrivait-il à Brèves, que cest empire soit pour tomber ou pour faire naufrage, si lost que vous l'appréhendés '. » Par ses possessions, la Turquie était puissante : elle s'étendait de l'Atlas au Caucase, et des frontières de l'Abyssmie aux rives du Danube, En Egypte, à Alger, à Tunis, à Tripoli, les souverainetés indépendantes avaient fait place à des agents nommés par la Porte. Des quarante gouvernements entre lesquels se partageaient ses Etals, huit se trouvaient en Europe : la Hongrie, Temeswar, la Bosnie, Semendra, la Roumé-

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