XXXVI INTRODUCTION
fi et de Navarre, promettons et jurons, en foi et pa- (( rôle de roy, par ces présentes signées de notre main« f< à tous nos bons et fidèles subjects, de maintenu (( et conserver en nostre royaume la religion catho- (( lique, apostolique et romaine en son entier... »
Suivaient les autres engagements du roi, tels qu'ils avaient été convenus avec l'assemblé des catholiques.
Cette première partie de la déclaration, datée du camp de Saint-Cloud, le 4 août 1589, était signée du roi, et de I\uzé, secrétaire d'Etat.
Immédiatement après la promesse royale venait l'acte de soumission des sujets. Il rappelait le serment du roi, et marquait expressément que c'était sur cette promesse que les signataires reconnaissaient l'autorité de Henri IV :
« Nous, princes du sang et aultres, ducs, pairs, (( officiers de la couronne de France, seigneurs, gen- « tilshommes et aultres, soubsignés... reconnaissons (( pour notre roy et prince naturel, selon la loi fon- « damentale de ce royaume, Henry IV, roy de France (( et de Navarre, et lui promettons tout semce et « obéissance, sur le serment et la promesse qu'il « nous a faicte, ci-dessus escrite, et aux conditions (c que dans six mois, S. M. fera interpeller et assembler « les princes, ducs, pairs et ofliciers de la couronne a et aultres seigneurs qui étaient fidèles serviteurs du (( deiïunt roy pour tous ensemble prendre plus ample « délibération et résolution sur les affaires de ce (( royaulme »
L'engagement, daté, comme celui du roi, du camp
de Saint-Cloudetdu 4 août, portait les signatures des
membres présents, stipulant pour « infinis aultres
seigneurs et gentilshommes. » En tête de ces noms
se trouvaient ceux des trois pnnces àvi ç»^.uç^\ ^v^\^\\-
A L\ niOISIUlE tDIÎICiN XXXMI
lii'lcBouibuij, prince de Coati; Fniiiçoi-i de Bour- I, duc de Houlpensier ; Henri d'Orléans, duc de loiigUËïilIe '. 1)
Cet acle conquit au roi l'année de Henri 111. Il entraîna, cependant quelques défections, parmi les catholiques, chez ceux qui reprocliaient à Henri IV de ne point accorder assez; parmi les protestants (et ils fui-ent en plus grand nombre ') chez ceux qui lui reprochaient de céder trop.
L'elFet fut plus lent à se produire dans les prorioces. Hais, dans les deux camps, la déclaration inquiéta les factions extrêmes. On vit alors un nouvel exemple des inventions dont est capaljle l'esprit de parti.
Les Ligueurs exaltés avaient toujours soutenu que Henri IV ne se convertirait point. En 158/i, après la mort du duc d'AIeuçon, le roi de Navarre étant devenu rhécitier présomptif de la com"oune, Henri III lui avait dépêché le duc d'Epernon pour le presser de se rapprocher du trône, eu embrassant la foi catholique. Le roi de Navarre s'y était refusé; ausaitût ligueurs et huguenots, contre la volonté du prince, s'étaient empressés de publier le récit de l' entrevue, les deu-\ partis ayant également à cœur d'enchainer le roi de Navarre au protestantisme '.
' Arrivent les événements de 1589. La déclai'atïon, qui contient les promesses de Henri IV, est répandue par ses ordres. Ole déconcerte les chefs de la Ligue :
' lÈsunbett. Reeuài général des anciennei lois ffaHçaises, XV,
* Mim. dtt daedlAngoateime. Ed. Bucbou, p. 719 i;t suiv.
» PérùfiXe. Stst. HeHmri le Graivl. p. 39. — Voir aussi In lettre que Henri IV écrit à du Plessis-Moniny pour lui rcpruclier culte publt^itiiui. Lcfre^t mhv., t. I, p- 6?".
\\\Mil INTROUI'CTION
.i[)U'.-^ a\oii' t'ait un crime à Henri IV de n'être pas ciiiholit[uo, ils n'admettent point qu'il puisse le de-, \euir. Son erreur fait leur grief; s'il abjure, il les di'sarnuî. Plutôt que d'y consentir, ils imagineront des ; |»roie\tes à leur liostilitO. Ils forgent une prétendue ■ letire de Henri IV aux seigneurs de Berne, lettre dans ; lat[uelle le roi, se posant en ennemi persévérant delà \ foi catholi(iue, leur représente les pi'omesses qu'il à \ laites, connue autant de subterfuges inspirés par Tin- . térèt de la Réforme *.
D'un autre coté, les protestants prennent l'alarme: ils disent que le roi les a trahis, et déjà ils cherchent à l'étranger un protecteur de leurs Eglises. Henri IV ^ s'alllige de leurs soupçons. Entre les catholiques et ^ les pi-otestants, toute explication est pour lui périlleuse : comment rassurer las uns sans s'aliéner les uutrt^s ? Dans ces redoutables traverses, il évite merveilleusement les écueils. Il n'entend pas qu'un nuago ivMv sur sa conduite : il la défend, aux regards des deux partis, èans que de ses apologies la vérité îiuulVre |)lus que sa dignité.
(l'est à du Plessis-Mornay, son vieux conseiller, personnage autorisé parmi les protestants et quelque peu complice de leurs murmures, qu'il s'adresse pour rendre raison de ses démarches. Il commence par se plaindre des imputations dont il est l'objet. Il s'élève i ontie ces esprits impatients qui « voudroient, dit-il, uni', ji' bandasse l'arc de mes all'aires à la corde de Uni.. |..i>.sions. )) Il déplore que beaucoup d'entre eux l .ti« m iikindonné. Mais dans l'expression de ses i^y;u t . iiiilit^ aignau'. « Je ne les ay point pourtant MlMlt•^ Irô aiuumt tous autant que fis jamais. » Ne
'wj miy i. in, p. 20; note.
A U TlVOlSltME tOlTlOX XW-a
ent-îls pas comprendre les embarras que lui les dhisions des partis? « (lliasonii î^caii lus lilleries et diiVicuUez fine j'ai eues à mou adanent, et que j'ay encore; combiun (b persoubrouclies j'ay eu à apprivoiser, eu leur Oi=ilaut h fantaisie que je ne taschois qu'à m'establir rpuis après renverser leur dicte rclif^iou. » 11 dans le récit des circonstances f[ui ont suivi 'irtre (h Henri ÏII, et ne dissimule pas (jue et de la France et le souci de la couroime Tout i faire des concessions : « Je vous diray qu'iuinent après la mort du feu roy ses ser\it(Mu*s olîques me vinrent trouver, me reconnaissant ' son successeur légitime et me feircnt a la é démonstration de beaucoup d'affection. Le scrupule de leur religion les retenoit ; sur , après plusieurs contestalions, je fois la protionqu'avés voue pour les conserver soubsmou saîjce et l'i'^stal tout Oiisemblo^ »
: |il()îe'^lati^)Jl ii'a\ait pas élé une simple forme. V iii» pou\;!ii. se (l:'M()])er à la réalisatioji des '!=< qui y étaient rijut^niio-;. Quiitrc années s"'-."onler, d;.'})ui.^. I3 youi' do S!)n avoncni.Mit, et îtait |)îis encoi'C fait i'.isli'nUv (ians la l'ei'r'^ion îie. Il té/n:)i',!;iLiit .- )!i bjii vouloir: il iedi)u- : i..«!'iiagrriic'n(s eiî\v;i'.-; les cat'îoli^jiK^s: tout p:rr>nnne comijK^ dan-', -s actis, i^énie, bra-
*qilil'-. d«:ur(-Mir, |)i-'V.!i;'^^;3 (Ic l.l \iî'î()':re, l0!!i.
reliiri'-MK j):u'!a!l en s;i i;i\!'ii. i.e peuple, e ^u-'n'<'s. (lé.-^v ;:'•]] =ii(:'' «Iv: se-; ii!';l(}s, lV;;ppé es Cl «^i— ■.•;:■ s (!e îîv :îii V\ ne M)\ij':t. j)l!i . (jue dans \\i> (l'^.i's (;:fil a\<.il iiar^nère acei:uiiés;
Si/il'-.. L. li-î- [■■ ''•'. ' i!<'\tMi'hro 1580.
XL IKTRODUCTION .^
ceux-là mêmes qu'il estimait comme princes, il' les voulait point pour rois. Ce qui faisait dire à M* taigne : « Les prétendans à la couronne trouvent te « les eschelons jusques au marche-pied du trosne « petits et aisez ; mais le dernier ne se peut françî (( pour sa hauteur *. » . i
Il n'y avait de roi que Henri IV. Mais, tant qi n'avait pas embrassé la loi religieuse du pays, roi lui-même n'était pas roi.
Le moment était venu pour Henri IV de prem un parti. On était arrivé à l'une de ces heures dé sives, où les peuples, opiniâtres dans certaines rô^ tances, mais las d'incertitude, sont prêts à acce^ tous les expédients pour en finir. Les catholiques ( étaient demeurés fidèles au roi, murmuraient coni ses lenteurs. Ils le pressaient de se convertir dans i délai fixe, disant hautement a qu'à faute de ce fak il falloit se joindre à ceux de la Ligue, et tous ec semble procéder à l'élection d'un roy de leur rft gion ^ »
Henri IV leur avait renouvelé sa promesse et . préparait à la tenir. Il était au camp de Dreux, l'esp enfoncé dans ses réflexions, lorsque François d'j qui déjà l'avait si hardiment interpellé le 2 août 158 vint l'interrompre. « Sire, lui dit-il, il ne faut pi
< D'Aubigné, IlisL univ., t. II, p. 402.
* Œcoïl. roi/., ch. XXXV. Poirson, Histoire du règnii^
Henri IV, t. 1 p. 320. — Henri IV disait lui-môme à Sul^
« Vous pcavez assez que mes cousins les princes du san£^
MM. do Nevers, de Longueville, Biron, d'O, Rieux, Maa
Antragucs, Sourdis et beaucoup d'autres, me pressent iac
sammcnt de me faire catholique ou qu'ils formeront un tic
party, et se joindront à la Ligue. » Œc. roy» ch. xxx,^
Poirson, t. I, p. 3'JO.
A L\ TROISIÈME ÉDITION XU
irtigiionner; vous avez dans huit jours un roi esleu
a France, le parti des princes catholiques, le Pape,
►roy d'Espagne, l'empereur, le duc de Savoye et
oat ce que vous avez déjà d'ennemis sur les bras,
vous ne prenez une prompte et galante résolution
tyr une messe. Vous y estes obhgé, non-seulement
votre conscience; car c'est enfin l'EgHse et la
e du salut, et vous voyés ce que vos ministres
it laissé aller devant vous (allusion au langage des
BÙnistres protestants qui avaient reconnu qu'on pou-
it se sauver dans la foi catholique) , mais encore
I0U8 le devez par le serment que vous nous fictes à
intrMaur^. » François d'O conjurait le roi de ne
refuser cette satisfaction à ceux que son serment
it ralliés à son service, ajoutant avec clairvoyance
qae ce que les ligueurs redoutaient le plus, c'était sa
conversion, présage de leur défaite.
Du côté des protestants, les avis étaient partagés. ..les membres ardents du parti faisaient les derniers Mforts pour détourner la résolution qui s'annonçait. Ils essayaient d'intéresser à leur cause l'amour-propre de l'homme et l'orgueil du roi. Ils montraient à Henri IV dans l'abjuration une abdication. Il valait mieux, lui disait l'un d'eux, être roi dans un coin de la France ; avec un pouvoir souverain et des sujets fidèles, c[ae d'accepter des mains des rebelles une couronne humiliée. Les Ligueurs, ayant imposé leurs conditions au roi, a se vantant de l'avoir amené par force, » le .tiendraient sous leur dépendance et voudraient, après avoir conquis le prince, partager le royaume. Les ; diefs de la Ligue étaient désunis; le peuple de Paris n'avait « de bouche que pour demander pardon » au
< l)'Aiil)ign<% Ilist. univ,, t. IL, p. 400.