‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 16 sur 181 · XI.ll IXTRODICTIOX · texte numérisé non relu

XI.ll IXTRODICTIOX

roi : riiroro rfuelr|iiefi joiiri*, ot ses ennemis allaient à sa (liscrôiion. L^' rui qu'iU prétendaient élire. SLM'ait (( qu lin roi do [KÙlle, » et bientôt, mcittre conditions, Henri IV connaîtrait a la diflerence d*< roi par la victoire ou roi par la soumission •. »

Les protestants sensés ne tenaient pas ce langaglj Schomberg, Sully, qui n'étaient, n'en déplaise à d'Ai bigné, ni « des roseaux tremblans, » ni des scn*^ tours infidèles, n'hésitaient point, quoique pari contre leurs préférences, à conseiller au roi de cé( au vœu des catholiques. 11 n'y avait pas à leurs yewxj d'autre moyen de rendre le repos à la France. « II; vous sera impossible de régner jamais pacifiquement, lui disait Sully, tant que vous serez de profesaiofti^ extérieure d'une religion qui est en si grande aversiOB à la plupart des grands et des petits de vostre royauDMi S^fus laquelle tranquilité universelle il ne vous faut point entreprendre ni espérer de le mettre en ropttlence, splendeur, richesse et félicité des peupteBfe dont je vous ai vu souvent faire le projet*. » -jj

Henri IV céda. 11 venait d'enlever, après un long^ siège, la tour et le château de Dreux. Vainqueur par les armes, il céda, non-seulement à la vérité religieuse, mais à la raison poUtique. Il n'est pas exacti comme le lui fait dire d'Aubigné, qu'il n'ait été « pe^ suadé à se convertir par autre théologie que par ta nécessité de l'Etat. » Sa conversion fut un acte d6 conscience Personne, plus que nous, n'en a reconnu .'a sincérité t: montré les conséquences dans la suite Ju règne 5. Maiv:., en même temps (|u'un acte de conscience, elle fut, cela n'est pas douteux, un acte po-

* I)'Aiil)i{:;iiô, IIH, wiv\, t. II, ihid,

* CKcoJi Ruj/.f cil. 3S. — Poirson, t. I, p. 30 'i.

^ Henri IV et sa politique, ju 15 ot suiv., ]u 'i7l ot puiv.

X lA TRIIISUISIE E('1TIÛ\ SI.HI

Imri IV en a caractérisé l'inspiration dans qu'il écrivait à l'archevêque de Bourges pour lacer son arrivée prechaine a Sain [-I)<jf lia : Bwque Dieu me fera la grâce d'y porter l'esle de toute autre passion que de ce gui est du K, de mon salut et die bien de eest Estai '■ a IS juillet 1593, le roi entendît la messe dans de Saint-Oenis. Il avait fait publier un averil, informant le peuple de Paris que tous ceux rendi'aient à Saint-Denis seraient les bienvenus. kfBaence imraense se pressait dans la ville, téant son allégresse, et partout, dans l'église, sur anins, devant la demeure de Henri IV, répétant de : Vive le roi ^ !

même jour, le roi écrivit diverses lettres dans

lites apparaissait, comme l'aube de son règne,

taée modératrice : d'abord une circulaire k tous

fcjala pour leur annoncer sa conversion, qu'il

il comme l'exécution de la promesse faite lors

avènement ; puis deux lettres séparées h deux

l^ies ennemis que la nouvelle allait également

llbler, à « certains gentilshommes de la religion w

villes de la Ligue. »

premiers Henri iV ne devait pas de garder

lelleinent leur croyance ; mais il leur devait de

lir les garanties qu'il avait lui-même réclamées

" leur fournil cette assiu'ance, voulant 6tre

loua ses subjects, » et « les aimer et avoir

légale considération, u H devait aux Ligueurs,

Vtssocier à leurs haines, mais d'embrasser

•^ était la loi de la France. Cette satisfaction,

«mal.; t. m, p. 816. 8 juillet lii93.

*wi du Stcrèlaire, de Philijipe du Bec, archevéqvt de

ftMièpar EiJ, de Pnrthélemy, p. 263. — IMAifiT.

XLIV IXTRODUCTIOU

il vient de la leur donner. Il réclame aujourd'hui soumission ; mais, loin de leur reprocher leur hostili dans le passé, il prend le soin délicat d'y trouver excuses : « Nous sçavons assez par expérience combien peut en âmes consciencieuses le désir de conserver la. religion et la crainte de la perdre. C'est pourquoy, nous excusons aucunement la difficulté et refus queplusieurs de nos subjects ont faict jusques icy de nous l'ecognoistre pour la différence de la religion que nous tenions lors avec la leur, et pour l'occasion qu'ils avoient de redoubter que nous n'y voulussions apporter quelque changement *. »

Cette grande obligation remplie, Henri IV eut encorei à passer par bien des accommodements. Les affaires humaines, jusque dans les plus hautes régions, sont mêlées de misères. Le droit royal n'était pas au terme de ses sacrifices. Il fallut, pour le faire prévaloir, nouer des intelligences avec les principaux chefs de Ift Ligue, leur promettre de grandes charges, acheter leur soumission, se décider enfin à entrer dans Pari» par un stratagème, presque de nuit, la faveur de combinaisons ourdies en secret avec quelques-unes des autorités qui gardaient la ville. Il est vrai que cette entrée, commencée dans l'ombre, était devenue avant le milieu du jour un triomphe ; image de la puissance que des concessions, opportunément consenties, devaient procurer à Henri IV.

Ce prince reconnaissait de bonne grâce les extrémités qu'il avait dii subir. Il ne craignait pas, à quelques aiirrées de là, d'en réveiller la mémoire. C'était encore h propos du retour des Jésuites. On leur reprochait la manière dont ils s'étaient introduits en

* Lettres mus. t. IFI, pp. ^î-Hm, 55 juillet ibWS.

A L.\ TROISIÈME KDITIOX XfA

France. «Ils entrent comme ils peuvent, répliquait-il; iiosy font bien les aultres. Et je suis moy-mesme huré comme fay peu^. »

\r II avait raison de ne point rougir du passé. Ses con- N^sions ne Font pas diminué devant Thistoire; car ^. c'est pour la France qu'il les a faites.

Là se trouve le secret de T immortelle popularité de Benri IV. Il a gagné pour jamais le cœur de la France parce qu'il s'est toujours identifié avec elle; toujours fl a confondu la cause du trône et' la cause du pays. Roi OQ chef de parti, il a toujours tenu à se mettre en face feses sujets, s' adressant sans cesse à eux, voulant les conquérir par la persuasion encore plus que par les armes, les convaincre encore plus que les vaincre, ne perdant aucune occasion de leur montrer l'union nécessaire de leurs intérêts et des siens, leur prodiguant les exhortations, les avertissements, les remontrances, et pour leur faire accepter sa parole, commençant par s'appliquer à lui-même, quoique bien pur des excès de la guerre civile, les leçons qu'il leur donnait : « Ne nous enorgueillissons ny les uns ny les aultres, écritil aux Etats Généraux en 1589... nous avons tous assez faict et souffert de mal. Nous avons esté quatre ans ivres, insensez et furieux. N'est-ce pas assez ? Dieu ne nous a-t-il pas assez frappez les uns et les aultres pour nous faire revenir de nostre endormissement, pour nous rendre sages à la fin et pour appaiser nos fuiies 2. »

^Lettres miss., t. YI, p. 182, 24 décembre 1G03. *Id., t. II, aux Trois-Estats (hi rovaulmo.

\ivi iNTRonraiox

X'jill.rn-il pas, an inoinont trcngager le combat qid| (loMiil t'in» lîi victoin; (rivry, jusqu à ollrîr à Dieu \\r et s;i ('oiironnc pour le salut de la France? « arnuVse'îtuntcn pn'siiaco, prêtes à donner, ditPéré il l»'\a U^s yeux au ciel, et, joignant les mains, ap^ Dion à témoin do S(^s intentions et invoqua son assis-^^ tance, lo |)rian( de réduire les rebelles à celui qu' Tordre de la succession leur avait donné pour légitime souverain, a .Mais, Seifru(;ur, disait-il, s*il vous a ^ (( de disposer autrement, ou que vous voyez que je « dusse être du nombre des rois que vous donnez en i a votre colèn», ote/ moi la vie avec la couronne; agréci^ (( que je sois aujourd'hui la victime de vos saintes vo-f (( loMlês; faites que ma mort délivre la France dee « calauiiti^s de la guerre, et que mon sang soit le der- ^ (( nier qui soit répandu en cette querelle *. » 1

(lo sentiment des devoirs envers le pays, ce nom -J même do la patrie, ob curcis, égarés, étouffés dans la mêlée des luttes civiles, Henri IV, on peut le dire, les a retrouvés, il les a ressuscites, il les a remis en lu^ mièi(\ « Nous ne sommes pas seulement ne/ pour nouSi écrit-il au seigneur de lîeaufort, mais pouk* servir 5U^ tout la patrie ^. » Kt s'adressant, en 1589, aux partisans de la Ligue. <■ Qu'ils donnent leurs passions, leurs f[U{M-elles, leurs vengeances, leurs ambitions au bien (lo la France^ Irur mcrr ^, h • '

On sent, à l'ardeur do ses conseils, î\ la vivcicité pressante et réitérée» de ses adjurations, qu'il ne supporte pas do sang-froid lo malheur de la France. Il ne peut pas demeurer impassible au s|)octacle de la patrit périssant dans les divisions, il n'épargne aucun effort,

^ PénMixe. Hist, de Henri h Cmml, \). 78. * LUrcs miss.^ t. II, p. 463, 21 mars 1589. ^ M, p. 450.

fs il loules les portes; H inieipelle toutes les le clergé, la noblesse, le tlers-ilal, les villi-s. les Parlements, les particuliers: il n'y a |re qu'il ne prenne, de rfémarche qu'il no Ication qu'il ne donne, (le préjugé q\i'i\ i détruire, rie satisfaction qu'il refuse. Il sauver la France : lien ne lui coule pour an » La violente amour que je porle à mes sob- [dira-UI plus tard, me fait trouver tout aysé et 'lie. Il 11 n'est pas encore roi qu'il écrit k la no- Je me sens périr et affoiblir en voatre sang, igw tie peut avoir ce sentiment', n A 1» ville un, qu'il exhorte à rentrer sous l'autorité de jlll : Il Mes amis, si j'élois Espagnol ou de Lor- Je ne vous parierois pas ainsi: mais je suis ' : je suis de vos princes ;j'ay ïnterest a voslre ition. Pour cela, je vous en parle '. n 'est point assez de citer des phrases éparaes. Il it reproduire en entier' ces discours de Henri IV, uiement les harangues du roi au Parlement, itfs avertissements qu'il adressait, pendant la B, aux trois ordres, ou aux villes, chefs-d'œuvre ^1 sena, de sagesse politique et d'éloquence, " lesquels se reconnai.ssent, mf me quand du Ples- ■nay, comme pour quelciues-uns d'entre eux, la plume, le tour original p' la verve entrai- Henri IV. Il y a là des pages qui demeurent 18 les documents historiques, et dont les de nos écoles devraient être pénétrés, it comparables aux plus beaux morceaux ou de Rome, et c'est d'une âme française,

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