‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 154 sur 181 · Id., p · texte numérisé non relu

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le moment où les difficultés s'effacent ; le bonheur des peuples, la paix de la chrétienlé, la transformation de l'Europe, tout semble possible, et à côté des Tues profondes et durables, paraissent alors ces imaginations lointaines, ces combinaisons idéales qui naissent et s'animent dans le feu de la conversation, mais qui ne lui survivent pas.

Ainsi devrait être déterminée, selon nous, la part de Henri IV dans les dispositions plus ou moins applicables que Sully rattache au grand Dessein. Soit qu'il ait cru voir agréées du roi toutes les propositions qu'il lui avait soumises, soit qu'il ait voulu fixer lui-même en des règlements les aspirations que Henri IV jetait çà et là dans l'élan de ses entretiens, on s'explique également qu'il en soit venu à confondre dans une même origine ses propres conceptions et celles du roi.

Ce ne sont pas, à vrai dire, les détails du grand Dessein qui sont le plus à considérer. Son importance se trouve plutôt dans les principes qu'il renferme, dans les maximes et les désirs qu'il tendait à faire triompher. En les rapprochant de la politique suivie par Henri IV, il sera facile de reconnaître qu'ils ne font après tout que lui donner son couronnement naturel, et que si les plans de Sully n'ont pas tous été tracés par la main du roi, ils sont du moins tous nés de son inspiration*

Détruire la prépondérance de la maison d'Autriche et fonder l'équilibre européen ; apaiser les démêlés mutuels des peuples en assurant Tempire de la tolérance, et par elle, s'il se peut, le retour de l'unité religieuse; rassembler enfin toutes les nations dans ime entreprise commune contre les Turcs, c'est là le fond du grand Dessein ; c'est aussi Tàme de la politique de Henri IV.

La première de ces pensées avait rempli son règne. En lutte universelle avec la maison d'Autriche, la poursuivant à la fois dans ses conquêtes et dans ses préteiitions, pénétrant de son influence les contrées que cette puissance avait absorbées, ralliant autour de lui celles qu'elle menaçait, appui du Saint-Siège, protecteur de l'Italie, des Cantons suisses et des Provinces-Unies, allié de l'Angleterre et chef de la ligue allemande, il se tenait prêt pour la guerre. Mais, dans ses grands projets comme dans le cours de son règne, la guerre n'était pour lui que la pire des extrémités, sa dernière ancre \ disait-il : les négociations devaient tenir la première place.

Réduite par les négociations ou vaincue par les armes, que devenait donc la maison d'Autriche? Quelle situation était faite aux archiducs et à l'Espagne?

L'Espagne était refoulée au delà des Pyrénées : c'est

i. Lettres missives, t. V, p. 2o9.

Je témoignage de Sully ; c'est l'opinion de d'Âubigné et des contemporains ; c'est le vœu exprimé aux courB étrangères par les ambassadeurs du roi*. Elle gardait le Portugal, et égalant encore l'étendue de la France, , elle conservait au ^ein des mers ses. possessions im^*: menses : elle continuait de régner à Gibraltar, aux Baléares, aux Açores, à Cuba, aux Philippines, à 6oa, dans ces colonies éparses que lui enviaient la Hollande et l'Angleterre.

La branche allemande^ de son côté, perdait avec les couronnes de Hongrie et de Bohême la transmiswon exclusive du sceptre impérial. Les OEcouomies royales veulent même que ses États héréditaires lui soient enlevés : les archiducs reprendraient leur place à la cour de Madrid, et comme on a vu en ce siècle un écrivain illustre former le projet de créer dans l'Amérique espagnole, devenue indépendante, des monarchies occupées par des Bourbons, Sully pro-* posait à ces princes dépossédés d'aller représenter, au sein du Nouveau-Monde, la puissance de l'Espagne et la gloire de leur race *.

Dans ces plans où l'imagination de Sully a pu se donner carrière, le trait dominant porte la ma}*quc

\. Âmhass. de la Boderie, t. Il, p. 2Î9. « Je répondis au ro (Jacques 1") qu'il n'y avoit qu'un remède, qui étoit de renvoyer les Espagnols par delà les Pyrénées, où étant ils ne pourront donner d'ombrage ni à la France ni à l'Angleleyra. •

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