‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 163 sur 181 · Id., t. IV, p · texte numérisé non relu

Id., t. IV, p

4i8 L\ FIN DU RÈGNE.

ce serait de n'en avoir aucune. La France peut s'égarer; elle ne sera jamais neutre. Plus avide d'influence que de conquêtes, il est dans sa nature de ne point se restreindre à un intérêt personnel , mais de se porter au dehors et d'embrasser le monde. Pour elle, la politique la plus nationale fut toujours une politique humaine, et comme la religion catholique elle-même, universelle. Le souci du progrès de tous, le besoin de chercher dans la prospérité des autres sa propre gloire, la noble ambition de ne point garder pour soi la vérité, mais de la répandre, telle a été dans tous les temps, quelquefois indignement pervertie, mais toujours vivante, l'inspiration de la France. C'est par là qu^elle a bouleversé l'Europe. C'est par là aussi qu'elle l'a raffermie et dominée. C'est par làqu*elle a su, à l'époque même que nous considérons, rattacher à son nom des peuples mutuellement ennemis, mériter la confiance des races du Midi sans perdre l'alliance des États du Nord , développer en Orient le doiible ascendant de son drapeau et de sa foi, et exercer parmi les divisions religieuses cette médiation souveraine dont elle voulait préparer le retour aux mains de la Papauté.

Sans doute cette mission qu'elle remplissait alors, ces grandes vues qui l'animaient, elle ne les a pas conservées dans leur intégrité. Elle a trop souvent cherche en dehors des soutceç» aw^cçaftUft* la ramenait

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Henri lY la condition de sa prépondérïince. et rependant, en dépit de ses faute? et de ses virissitiidos. ne Ta-t-on pas Tue, dans toutes ces conjonctures sok-nnelles qui, saisissant les nations comm»^ les homm js au plus intime de Time, les obligent à se rattaolier fortement aux principes de leur eiist^noe, ne I\v t-on pas yue reirenir à ces croyances qu*elle avait combattues? La défense du catholicisme, la protection du Saint-Siège, la ferveur des missions religieuses, le cri de TOrient ne la rapprochent-ils pas, à tous les moments où nulle entrave n aixète son élan , de la toi de Henri lY? Et la voix de ses plus glorieux souvenirs, le témoignage de ses plus illustres citoyens, même protestants, ne lui font-ils pas une loi, pour son ascendant et pour sa grandeur, de demeurer catholique?

Quoi qu'il en soit de ces réflexions, une chose est certaine, c'est que les conceptions de Henri lY répondaient merveilleusement aux vœux de ses contemporains. Il suffit de se pénétrer quelque temps des idées de cette époque, il suffit de se reporter au sein des préoccupation^ qui la dominaient pour se sentir à son tour étatratné. Du haut de ce trône s'échappe une influence à laquelle l'historien lui-même a peine à résister. Un écrivain allemand dont nous aimons à invoquer l'opinion, M. Léopold Uanke, semble irabord tenir pour de pures chimères It^s projets atli'i- I bues à Henri lY, et tout à coup , après avoir consi-

déré les vues de ce prince, après s'être mis en présence de la fermentation confuse qui alors travaillait le monde, il en vient, lui aussi, à partager ces rêves. Il entrevoit, à Tombre d'une réconciliation religieuse de nouvelles destinées pour la France et pour l'Allemagne, et il finit par dire: « Je m'arrête. Il est trop facile, quand on pèse les chances du possible, de s'égarer dans le domaine de l'invraisemblable. Il est sûr (Jue Henri IV était plein de grandes pensées. Il voyait encore briller sur lui son étoile, et se croyait destiné à de merveilleux exploits *. »

C'était en effet le sentiment ou plutôt la passion de ce siècle.Une ardeur curieuse et féconde enflammait ces hommes; les courages, si longtemps provoqués aux généreux exploits , bouillonnaient dans le calme de la paix, et tous ces élans qui se portaient tour à tour vers des buts si divers, qui enfantaient les fondations religieuses, qui vouaient les uns au sacerdoce et jetaient les autres sur quelque terre lointaine pour y verser leur sang ou y découvrir un monde, qui envoyaient Champlain au Canada^ et Mercœur en Hongrie, tous ces élans, toutes ces ambitions se réunissaient dans une vague aspiration vers quelque

i . Hist. de la France au dix-septième siècle, 1. 11^ p. 350.

2. Poirson, 1. 11, p. 283-33 1 . — Voyez les curieux détails donnés par M. Poirson sur les colonies françdiises fondées ou favorisées par Henri IV.

QNivre immense, et appelaient d'avance Henri IV au soin de l'accomplir.

Les deux grandes fins qu'avait poursuivies ce prince étaient les deux grandes fins de son temps: l'expulsion des Turcs et la naix religieuse. Un petit livre, malheu' reusement incomplet, et qui semble le sommaire de quelque vaste ouvrage, les expose en quelques lignes. Il émane d'un des hommes qui entrèrent le pluf avant dans la confiance de Henri lY, du cardinal du Perron, et il porte ce titre qui dit tout: «Maximes d'Estat de Henry le Grand, l'observation indispensable desquelles reunira tous les subjectsdu roy à une seule et vraye religion, convertira à Jésus-Christ tous les infidèles, et mettra le turban des Ottomans aux pieds delà Croix en moins de dix ans ^ »

i. Cet écrit se trouve à la Bibliothèque nationale. La lettre suivante^ que Fresnes-Canaye, lui-même 'ancien protestant, adressait au cardinal du Perron^ nous confirme dans la pensée que Henri IV avait particulièrement entretenu le prélat de ses desseins : a Autant que j'ay receu de déplaisir apprenant vostre indisposition par celle qu'il vous a plu m'escrire du 18, autant reçois-je de joye et de consolation de vous voir résolu a la perfection de Touvrage que le roy requiert de vous; non tant pour aucun plaisir qu'il prenne à vous donner cette peine que pour la cognoissance qu'il a, que c'est à vous seul, Monsei" gneur, auquel Dieu a réservé l'honneur de la deffaite entière des hérésies qui ont si misérablement gasté son heritaje depuis tant â^annéeSf et, qu'après les avoir si heureusement batues^ en tant exploits et rencontres particulières, vous estes aussy esleu pour leur livrer une bataille générale, après laquelle elles

Voilà l'esprit du temps.

Il n'animait pas seulement les catholiques : les premiers d'entre les protestants en étaient également pénétrés. Les princes d'Allemagne, répudiant les maximes de Luther, aspiraient après la ruine de l'empire turc. Jacques 1®' convenait avecTambassadeur de France que le rétablissement de l'unité religieuse serait la plus sûre garantie de la paix européenne *. Si le cardinal Baronius dédiait ses ouvrages à Henri IV comme au protecteur de l'Église catholique, le protestant Casaubon lui offrait sa traduction de Polybe comme au prince destiné à remettre l'union dans la chrétienté. Dès que Henri IV avait paru , on lui avait, comme par une sorte d'instinct, attribué cette mission. 11 n'avait pas encore abjuré, que déjàde Thou écrivait : « Je ne puis penser que Dieu ayant contre tant d'entreprises, embûches etcalomnies, deiFendu, préservé et maintenu depuis vingt ans ce prince, et depuis appelé en l'extresme nécessité pour secourir son prince et seigneur, et enfin miraculeuse-

ne se relèveront jamais, et vos lauriers verdiront éternellement au milieu de l'Eglise catholique. Je prie donc Dieu de tout mon cœup qu'il vous donne la santé et la force pour conduire à fin une si haute entreprise, si nécessaire à nostre pauvre pa' trie et si glorieuse a vos mérites. » Ambass, de Fresnes-Canaye t. in, p. 297. 25 novembre 1606.

1. Lettre de Beau mont au roi. Suppl. franc., ^j^^ \. I part II. .

ment, contre tout discours humain, establi au tlirone de seg prédécesseurs, ne Tayt choisi en ces derniers jours pour instrument de quelque grande chose, qui tournera enfin à sa gloire et a nostre repos, c'est-à-dire pour mettre la paix enl'Église, et y rappe^ 1er S0U8 sa foy non seulement tous les François de?oyés, mais aussy les Allemans, Polonois, Sue* dois, Danois, Anglois et Écossois, ce qu'un autre prince ne pourroit faire*. » Henri lY a\ait lui-même témoigné souyent de semblables espérances. Il les exprimait d^abord pour son propre royaume : « Mon principal désir, disait-il au président Groulard, est de voir quelque jour un chacun reuny à la religion eatholique; cela estant, je n'aurois regret de mourir un an après ^. » Il les exprimait aussi pour l'Europe tout entière ; rétablir l'unité religieuse, c'était là, comme nous l'a attesté Sully, son premier souhait. De Thou en avait à son tour reçu l'assurance de la bouche du roi. a Je sçay, écrivait l'historien au duc de Bouillon, que Sa Majesté, pour luy avoir ouy dire plusieurs fois, désire sur toutes choses d'estre moyen de mettre la paix en la maison de Dieu^ » Un jour le roi lui avait dit, les larmes aux yeux : « En voyant les périls dont Dieu me garantit tous les jours, qui

i. De Thou, Hist, de son temps, t. XV, p. 537.

2. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. IV, p. 419,

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