‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 164 sur 181 · De Thou, t. XV, p · texte numérisé non relu

De Thou, t. XV, p

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sait sMl ne m'a point fait naître pour la réunion de l'Église, Je le présume et je le souhaite *• »

Il n'y a guère d'apparence qu'une vie d'homme puisse suffire à une si grande tâche. Aussi on s'étonnera peut-être que Henri IV y ait songé, et qu'il se soit un instant arrêté à des espérances dont cette terre ne semble pas destinée à voir l'accomplissement. La paix universelle par exemple ! Faut-il croire que son règne puisse jamais arriver? Tant que les peuples seront séparés les uns des autres par des intérêts distincts et souvent contraires, tant que la violence ou la cupidité trouveront quelque part un asile, tant que le mal enfin n'aura point disparu du monde, comment se flatter de voir tarir les sources de la guerre? Assurément il serait périlleux de s'abandonner sans réserve à ces nobles chimères, et qui voudrait les imposer aux événements risquerait de les livrer elles-mêmes aux plus sombres démentis.

Mais si dangereuse que soit une pareille erreur, il y aurait un excès plus triste encore : ce serait de se refuser à poursuivre un grand but, sous prétexte qu'on ne peut l'atteindre, Les peuples comme les individus ont reçu de la Providence l'idée d'une perfection souveraine vers laquelle ils doivent toujours tendre, quoique à peu près certains de ne l'obtenir jamais.

i. Mémoires de de Thou^ p. 340.

f LE GRAND DESSEIN. 425

^ Pour n'être pas complélement satisfaite, leur peine n'est pas inutile ; car cette fin, qu'ils ambitionnent, ils en approchent sans cesse, et chaque progrès qu'ils font vers elle est pour eux une provocation à un nouvel effort. C'est la condition de notre grandeur: misérable serait la politique qui prétendrait s'y dérober !

Nous n'avons pas besoin de remonter loin dans notre histoire pour connaître à quel prix la guerre peut être, sinon éteinte, du moins rendue plus rare, et comment les gouvernements tempérés au dedans sont au dehors les gardiens les plus dignes et les plus fermes de la paix. C'était là, on s'en souvient, une des

pensées de Henri IV, Il travaillait dans la même mesure à l'exécution de ses autres projets. Sans espérer voir la justice étendre partout son empire, il s'appliquait pour son propre compte à l'observer et à la défendre. Le plus pratique des hommes, il ne s'imaginait pas qu'une ère de concorde inaltérable allait tout à coup se lever sur les peuples; mais il se conduisait dans ses actes et dans ses desseins comme s'il étaijt appelé à en préparer le jour.

Ouverture de la succession de Juliers (1609). — Rivalités qu'elle SfiSr cite. — L'empereuT Rodolphe prononce le séquestre des États vacanti^ et les fait envahir par Tarchiduo Léopold. — Surprise def princes protestants. — Le comte de Neubourg et le marquis de Brandebourg, tous deux prétendants à la succession, accordent leurg ^ifTérend?* ^ l«e duo de Saxe, leur rival, est soutenu par TEmpire — Union de Hall. — Part de Henri IV dans ces événements. — Ses

' avertissements aux protestants dès Touverture de la succession. •— ^ongars «nyoyé aux pripo^» pour leur offrir l'assistance du rot. — Â Ja nouvelle de Tenvahissement de Juliers, Henri IV redouble ses iastances; il annonce aux diverses cours sa résolution et falz ses préparatifs de guerrQ, — Fuite du prince et de la prioo^se de Condé. — Juste mesure faite à l'influence que cet incident a pu avojr dans ^exécution des projets déjà arrêtés du roi. — Il ne se refuse pas^ même alors, aux accommodements, t- ])énom|)) en^çnt de «es alliances. — Formées dans les deux camps rivaux, elles lui conservent son caractère de médiateur au moment même où if redevient chef d*armée. — Organisation de ses troupes. — Ardeur de la France et inquiétude de l'Europe.

Elle semblait venue l'heure d'accomplir ces vastes projets. Jean Guillaume, duc de Juliers, de Clèves et de Berg, comte de la Marck et de Ravensberg, sei-

gneur de Ravensteio, était mort le 25 mars 1G09, A peine ouverte, sa succession était vivement disputée, et les princes qui la revendiquaient représentant chacun un des deux grands partis qui divisaient l'Europe, menaçaient d'allumer pour leur propre querelle une guerre générale. Au premier rang des prétendants se trouvaient d'un côté le duc de Saxe, de l'autre l'électeur de Brandebourg et le comte palatin de Neubourg : ceux-ci alléguant le droit que leur conférait la descendance féminine, celuilà s'autorisant des lettres patentes de Charlés-Quint qui appelait, à défaut d'héritiers mâles, la maison de Saxe à recueillir ce fief. Devant ces contestations, l'empereur évoque Taffaire Ji son tribunal ; il décide qu'en attendant le jugement le domaine litigieux sera mis en séquestre sous la garde de Tarchiduc Léopold, évoque de Strasbourg etPassau, et Léopold, réunissant en toute hâte un corps de troupes, commence par 8*emparer de Juliers.

Aussitôt les ennemis de la maison d'Autriche prennent l'alarme ; dans l'initiative de l'empereur ils reconnaissent le dessein de s'approprier définilivelïienl les États vacants. L'électeur de Brandebourg et le comte de Neubourg, jusque-là rivaux, s'empressent de concilier leurs différends; ils conviennent à Dortmund ^'»ne action commune: pendant que l'électeur de S^xese repose sur la faveur impériale, ils font appel

(JB LA FIN OU nf-GNE.

aux princes protpstants qui, rassemblés à Hall,<j ligui-iil pour les soutenir.

La rapidité de. ces résolutions, succédant tout i coup à III16 li^Qteur désespérante, ne tenait pas seulement à l'effroi causé par l'attitude de l'empereur : elli était en grande partie l'œuvre des conseils pressants de Henri IV.

Les événements qui venaient d'étonner l'Allemagne n'avaient point surpris le roi. Depuis dix ans il exhortait les princes à s'y préparer. Lorsqu'il appril la mort du- duc de Clèves, il jugea bien que l'affaire serait grave, et il en indiquait les difûcullés par la façon dont il annonçait la nouvelle à Sully : «i'ay cuadvis, disait-il, que le duc de Clèves pst morl, et a laissé tout le monde son héritier, l'empereur et tous h& princes prétendant à sa succession '

San premier soin avait été d'envoyer Bongars aiii princes intéressés. Il le chargeait de voir le mai-quis de Bade.l'électeur palatin, le landgrave deHesse,lediicde "Wurtemberg, le comte de Neubourg et l'électeur de^ Brandebourg. Une demandait pas à ces princes de r*j courir aux armes, mais seulement de se mettre d'accoi et de se tenir prêts. Sans se prononcer pour aucun di prétendants, le roi engageaitl électeur de Brandebourf et le comte de Neubourg à entrer en arrangenieul,

afin de ne pas offrir par leurs divisions un prétexte aux usurpations de Tempire. Il rappelait à ses alliés ses prédictions vainement renouvelées ; il leur signalait le péril. Il leur montrait que si « par son infirmité l'empereur n'effectuoit point le dessein projette,)» la maison d'Autriche était là pour l'entreprendre, ajoutant que s'obstiner encore dans ses illusions, c'était « faire un compte qui se détniiroit. d II offrait « à tous son assistance soit pour mettre les prétendants d'accord par voye amiable ou advancer la décision de leurs différends par la justice, et cependant empescher toute voye de faict à leur préjudice *. »

Il écartait d'ailleurs toute pensée d'agression, 8*appliquant à réprimer les empiétements, de quel-* que part qu'ils vinssent, et en même temps qu'il obtenait de l'archiduc Albert promesse de neutralité, recommandant la patience à l'humeur impétueuse du prince Maurice d'Orange qui, rendu au repos par la trêve des Provinces-Unies, brûlait de rouvrir la guerre K

1. ïnsfruction à M. de Bongars. 30 mai iOOO. — Mss. suppl. fenç., 12384, t. VII, f» 22. — Saint-Germain, 1173.

2. ^(égoc. du président Jeannin, p. 631. « Je ne puis pour ^ présent prendre autre conseil et . résolution que celle que je vous ai écrit avoir prise, qui est de m'opposer ouvertement *u dessein et aux armes de quiconque y entreprendra contre ^justice et les voyes ordinaires d'icelle; c'est pourquoi je n'ap- Prouve pas que ledit prince Maurice jette a présent des force».

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Sur ces entrefaites arrive la nouvelle de Tenvahiâsement de Juliers. Cette provocation change , en un ipglant , la face des choses. Toute rAUemagne dé« pêche à Henri IV de» ambassade urg : l'empereur et Tarcbiduc Léopold pour lui expliquer leur conduite et se défendre de toute vue d'ambition ; les électeurs ecclésiastiques pour lui demander le maintien de la paii ; les protestants pour réclamer son appui. Aux pre« miers, Henri lY fait savoir qu'il est résolu à ne point offenser les droits de l'Empire, mais qu'il ne Test pas moins à protéger ceux de ses alliés^; il justifie ses in*» tentions auprès des électeurs ecclésiastiques par le contraste même de sa modération avec la violence qu'ont employée ses adversaires, et se retournant vers les princes protestants , il gourmande leurs devances et leurs incertitudes; il les engage à s'organiser, et à ce prix leur promet son concours : « Combien que les Espagnols ayent pensé jetter quelques defBances entre moy et messieurs les princes mes cousins, dit-il à leurs ambassadeurs , faisant courir le bruit que, soubs

dans le pays, parce que cela donneroit prétexte à d'autres de faire le semblable^ et me semble qull est nécessaire d'étro devant informé plus particulièrement de la juKtice des pré* tendants^ comme de leurs délibérations en la poursuite d**!celles, sans innover aucune chose aux dits pays. » Lettre du roi au président Jeannin. 25 avril i609.

i. Mss, suppl franc., i238S t. Vill. Lettre à rarcbiduc Léopold.

Fombre d'assistance, je cherchois mon particulier, et que les princes avoient conçu cette opinion de moy, et, pour me la plus faire concevoir , Richardot m'en parla particulièrement jusques a me dire que je n'estois nullement recherché d'eulx; toutesfois je suys demeuré ferme en ma résolution. C'est pourquoy ils ne doibvent doubler que je les assisteray. Mais il faut qu'ils prennent une briefve résolution. Car ils sont assez lents en leurs affaires. Je voudrois que j'eusse esté en leur conseil dix jours avant que l'archiduc Leopold entrast en Juliers. Je vous asseure qu'il n'y fast point entré. Ils sont encore un peu jeunes et n'ont pas pratiqué les affaires comme moy, qui ay la barbe grise. S'ils eussent de meilleure heure cherché mon conseil, je leur en eusse donné meilleur. Or, l'asseui^nce que je vous donne que je me porteray à leur Juste action et à leur bonne union, je l'ai dit à Richar* <îot et au comte de Hohenzollern *. »

C'est cette union des princes qu'il s'agit avant tout de former. Bongars reçoit à cet effet des instructions nouvelles : il doit visiter encore une fois les al- K^sduroi, leur représenter «rondement» l*étatdes ^ffisdres, les presser de tenir une assemblée et de rainer à leur cause le plus grand nombre d'auxiliaires possible, même le duc de Saxe , à qui il convient de

U Le comte de Hohenzollern était l'eavoyé de Teinpereurj "^Mss. Saint-Germain, H73, f»86. Septembre 1609.

faire entendre que, malgré les promesses de l'empereur, il sera trompé comme les autres : « Car le des* seing des dits Impérialistes ou, pour parler plus clairement, des Ëspagnolz qui gouvernent les affaires sous le nom de l'empereur, est de s'en appropriera l'exclusion de tous*.» Cependant le roi continue ses bons offices en faveur des princes : il s'occupe de leul gagner le roi de la Grande-Bretagne et les Provinces- Unies, et il agit auprès des souverains catholiques afin de renverser le jeu des Espagnols qui s'efforcent d'engager la religion dans ce débat.

Déjà le cardinal de La Rochefoucault était parti pour Rome, chargé des commandements du roi : il devait prolester contre des accusations dont le Saint-Siège avait tant de fois éprouvé la fausseté, et confondre, par leur propre conduite, les « Impérialistes » qui prétendaient n'avoir d'autre vue que l'intérêt de l'Église, au moment même où ils faisaient mine de porter au duché de Clèves un protestant, le duc de Saxe ^. Henri IV, dans ses lettres à M. de Brèves, revenait à son tour sur ces accusations : il engageait son ambassadeur à démasquer auprès du Pape ce zèle « affecté que les Espagnols empruntoient à tout bout de

1. lastructioQ à M. de Bongars. 10 novembre i609. — Mss. suppl. franc., i238*, t. VU.

2. Instruction à M. le cardinal de La Rochefoucault^ allant à Home, iô octobre 1609. — Mss. Dupuy, 557, f» ICI.

champ * ; n puis il ioformait le Saint-Siège des stipulations qui sauvegardaient les droits de la religion catholique dans les États de Clèves et de Juliers. <i Je veilleray de mesme, ajoutait-il, si les affaires s'eschauf- 'ent et que nos amys viennent à avoir le dessus, comme j'espère de leurs forces et courage, et dementiray par effects ceux qui publient que je fomente les dicts princes protestants exprès pour coopérer a la ruine de la dicte religion, afin dadvancer plus commodément leui^ desseings par ce prétexte, me rendre autant odieux quils veulent faire leur cause plausible et agréable à la veue du monde ^. »

L'intérêt de cette lutte était purement politique. Il s'agissait d'abord de mettre un frein à des envahissements qui par eux-mêmes n'en connaissaient plus, et d'empêcher que celte nouvelle prise de possession d'un territoire étranger par la maison d'Autriche ne trouvât sa sanction dans l'inertie des puissances ^. Il s'agissait, en outre, pour la France de soustraire à la domination impériale un pays voisin de ses propres frontières. La conduite du duc défunt, fournissant

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