‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 169 sur 181 · Matthieu, Histoire de Henri IV · texte numérisé non relu

Matthieu, Histoire de Henri IV

vrir au printemps prochain la campagne. d'Italie. Henri IV se réservait celle d'Allemagne. Son armée se composait de trente-cinq mille hommes, dont vingtcinq mille Français et douze mille Suisses ou lansquenets. Les commissions étaient expédiées : la noblesse accourait pour les obtenir de tous les points du royaume, et dans la sévérité qui présidait aux choix c'était déjà une victoire que d'avoir été agréé du roi*. A peine munis de leurs charges, les mestres de camp se répandent dans les provinces pour réunir les recrues; les troupes se rassemblent en Champagne : les généraux partent successivement pour prendre leurs commandements : l'artillerie est embarquée sur la Seine; partout retentit le pas des soldats. Enfermé à l'Arsenal, où il prend ses dernières mesures, Henri IV presse chacun de se porter au rendez-vous. Il vient d'écrire à l'archiduc pour lui notifier son intention de traverser les Flandres : c'est le 20 mai qu'il compte joindre à Chàlons son armée, impatiente de le voir.

L'Europe attendait ce jour avec une sorte de stupeur: inquiètes ou pleines d'espérance, les nations avaient toutes les regards fixés sur la France, sur ces trésors entassés dans TArsenal, sur ces préparatifs silencieusement disposés, sur ces soldats prêts à marcher

1. Fontenay-Mareuil, p. 12; Mémoires du dnc de la Force, t If, p, 253.

derrière leur souverain. A travers Tincertitude des desseins que présageaient ces mouvements redoutables, il paraissait à tous que quelque chose de grand allait s'accomplir. L'Espagne hâtait ses armements % et le Turc, soupçonnant quelque entreprise contre son empire, faisait la paix aviu-. la Perse, et se munissait de toutes parts contre le péril. Pressé de détourner le courroux du roi, l'archiduc Albert s'était engagé dans une lettre que devait, hélas I recevoir 1^ régente, à assurer libre passage à son anpée, et une voix, résumant l'impression de la chrétienté, avait été entendue à Cologne, disant publiquement que c'était témérité de prétendre résister à un prince si vaillant, si puissant et si heureux^.

1. Xmbass. de la Boderie, t. V, p. ^84. « Le roi d^spa^e arme aussi de toutes parts, comme font tous les autres princes, tellement que toutes cboses tendent à une guerre geneiale. » Villeroy à la Bocjerie, 16 avril 1610.

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