Matthieu, Histoire de Henri IV, p
LA DERNIÈRE JOURNËB
Tristesse des derniers jours de Henri IV. — Ses pressentiments. — Impatient de rejoindre son armée, il ne reste à Paris que pour assister au sacre de la reine; mais ce retard a^rave ses appréhensions. •— Intérêt qu'il prend à la cérémonie. — Ferveur qu'il y témoijîne. — La j journée du vendredi 14 mai. — Paroles du roi au duc de Guise. — Ses entretiens avec plusieurs de ses conseillers. — Finances, religion, guerre, il passe en revue tous les sujets qui avaient occupé son règne ~- Retiré dans son cabinet, il essaye en vain de prendre quelque repos. — A trois reprises il se met en prières. — Ses propos avec la reine. — Il ne peut se décider à la quitter. — Enfin il se fait conduire à l'Arsenal. — Arrivée du carrosse dans la rue de la Ferronnerie. — Meurtre du roi. — Ses dernières paroles. — On le transporte au Louvre, où il est assisté des prières de TÈglise. — Sa mort. — Lettre qu'il écrivit en 1603, dans un moment où il se croyait près de mourir. — Douleur de la France et émotion de l'Europe à la nouvelle de la mort de Henri IV. — Oraison funèbre du roi prononcée au Vatican devant le pape. — Premiers résultats de sa perte dans le royaume et au dehors. — Conclusion. — Les principes du gouvernement de Henri IV sont applicables à tous les temps.
Cette attente, suspendue à ses pas, n'était point ignorée de Henri lY : il avait hâte de la iustifler* Il lui
tardait de rejoindre son armée et de se mettre à sa tête. Cependant, à cette guerrière impatience, à cette magnanime prévision des choses qu'il se proposait d'accomplir, s'unissait une mélancolie insurmontable. Dernier charme de ce grand homme ! On se le figure d'ordinaire sous celte apparence vive et enjouée qu'a exagérée la légende ; mais combien on aime à découvrir sur ce front royal un pli de tristesse ! Quel prestige ne gagne pas le génie, quand on lui sent un cœur et qu'on le voit partager, lui aussi, ces souffrances qui, tout en déchirant l'âme, font à la fois son attrait et sa dignité!
Henri IV connaissait ces intimes douleurs. Il disait souvent « qu'il ne feroit pas une longue vie, » et que, lorsqu'il n'y serait plus, c( les gens de bien le trouveroient à dire*.» C'était pour lui une peine cruelle que de songer qu'il pourrait mourir avant d'avoir achevé son œuvre : comme Charlemagne considérant avec des larmes les barques des Norniands qui menaçaient son empire et que sa mort allait rendre maîtres, il ne se représentait pas sans inquiétude les périls que la France aurait à courir, privée de soa appui ^.
Au moment de s'engager dans une guerre décisive,