‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 172 sur 181 · GEc. royales, t. VIII, p · texte numérisé non relu

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saient qu'augmenter, et on Tentendait répéter souvent : (c Je ne sortirai jamais de cette ville! Ils me tueront ici! Maudit saere, tu seras cause de ma mort*. »

Et cette mort qu'il redoutait, il en venait quelquefois, par une de ces contradictions qu'engendre la tristesse, à la souhaiter. Il exprima ce vœu, la veilleméme du sacre, à deux de ses serviteurs avec qui il se promenait aux Tuileries. Ceux-ci s'étonnèrent de ce que, dans tout l'éclat de la puissance, il pût s'abandonner à des idées si sombres, et, comme ils cherchaient à l'en détourner : a Vous estes plus heureux que moi^,» reprit simplement Henri IV. En même temps, sa pensée se détachait de ce monde qu'il se sentait près de quitter. Remarquant son image multipUée sur le fronton des maisons, il disait que ace n'estoit poiot à ceste aulne qu'un roy devoit mesurer sa gloire, ains (mais) à ses œuvres ^ »

Le jeudi 13 mai, la reine fut sacrée à Saint-Denis. Dominant le deuil de ses pensées, Henri lY avait surveillé avec soin tous les préparatifs de la solennité. Sa curieuse attention se porta également sur tous

i . ÛEc. royales, p. 365.

2. Lettre de Nicolas Pasquier dans les Œuvres complètes d'Ét. Pasquier. t. II, p. 4061.

3. Legrain, Décade ^ contenant la vie et gestes de Hemy U Grand, liv. VIII, p. 440.

LA DEBNIËRE JOURNÉE. 4M

les détails des pratiques observées par l'Église. La tenue des assistants, Tordre de leur placement, la l>eauté des offices, il remarquait tout. Il écouta avec intérêt les explications que le père Coton donnait sur quelques-unes des cérémonies au maréchal de La Force, et c<msidérant l'attitude de l'ambassadeur d'Espa|;ne qui, par un usage de sa cour, ne se découvrait qu'au moment de l'élévation, tirant alors son chapeau et le remettant ÎQContinent, « comme s'il eust salué un gentilhomme de cinq cens livres, » il ne put s'empêcher de dire : « Si nous avions le ressentiment de la religion tel que nous le devrions avoir, nous apporterions bien plus de révérence à ces mystères que nous ne faisons; car il fEiut croire que, depuis les paroles de la consécration prononcées jusques à la comr munion, Jésus-Christ est toujours présent sur Tautel*. »

Pour lui, il avait montré en ce jour une piété extraordinaire. Suivant la naïve coutume des anciens rois, il avait uni sa voix, pendant la Préface, à celle du cardinal de Joyeuse, et, à mesure que le service divin prenait un caractère plus auguste, il avait laissé paraître de tels élans de ferveur, que tout le monde s'en aperçut et que le nonce, s'en expliquant avec les évé-

I. Matthieu^ p. 808 « Ce sont ses propres mots^ » ajouta rbistorien.

qiies, s'écria que « le Pape en recevroit beaucoup de contentement*. »

Henri IV, en effet, avait ressenti une profonde impression de cette solennité, où s'étaient trouvées réunies sous les regards de Dieu toutes les magnificences de la monarchie. c< Vous ne sçavés pas, disait-il à l'un de ses confidents, à quoy je pensois tout-a-l'heure, en voyant cette grande assemblée. Je pensois au Jugement dernier, et au compte que nous y devons rendre à Dieu ^. »

Le lendemain était le 14 mai.

Ce jour-là, le roi s'était levé de bonne heure, et à peine habillé, il s'était mis en prières. Bientôt, interrompu par Villeroy qu'il avait mandé, il expédia avec lui quelques affaires, et pour le reste ill'ajourna à un autre moment, afin d'achever ses pieux exercices. Il paraissait moins préoccupé. Il alla se promener aux Tuileries avec le jeune Dauphin et le cardinal de Joyeuse; il se plaisait à vanter la beauté des fêtes de la veille ; son âme semblait rouverte à l'espérance ^.

De là, il se rendit aux Feuillants pour entendre la messe. Au sortir de l'église, le duc de Guise et

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