Legrain, Décade, liv. X^ p. 480. — Mémoires et Journal
i%f. LA FIN DU RÉGNE.
Alors Henri IV : « C'est bien dict ; faictes apprester mon carosse ; je vais à TArsenal voir le duc de Sully qwt Ton n)*a dict qui se baigne aujourd'huy. Et puis, je serois bien ayse de voir en passant si toutes choses sont bien apprestées. » Il voulait parler des préparatifs qui se faisaient dans Paris pour l'entrée solennelle de la reine.
Avant de sortir, il se rendit auprès de Marie de Médicis. Au moment où il entrait dans la chambre de la reine, il trouva le chancelier, à qui il donn^ encore quelques instructions, .et, comme celui*ci lui annonçait qu'il allait tenir son conseil : a Allez, ut le bon prince en l'embrassant; je m'en vay dire à Dieu à ma femme. » Deux de ses fils, le duc d'Orléans et le duc d'Anjou, étaient auprès de la reine. Leur vue rendit quelque joie à Henri IV. a 11 fit le père avec eux, » raconte un vieil historien; mais ce n'était plus celte vive gaieté dont l'ambassadeur d'Espagne avait un jour été témoin. Tout en se prêtant à leurs jeux le roi demeurait inquiet, et il disait : a Je ne scay ce que j'ay; je ne puis sortir d'icy *. »
do Lostoile, p. 585. Tous les contomporaîns s'accordent dans co yMX de la ferveur du roi. Voyez d'Aubigné, Histoire universeUo, Appenclkey p. 742 : « Apres s'estre jette par trois fois sur un lit pour \ cherchor le repos, avoir prié Dieu exlraordinairoment... » Nicolas Pasquier. î^ettre déjà citée. « Il se jette |vu* trois fois, en la ruelle de son lit, pour prier Dieu. » /• .Watthieu, p. 8^i0.
La reine le supplia de ne point contrarier ces pressentiments et de renoncer à sa promenade. Il s^y refusa : quelles que fussent ses craintes, il ne pouvait se faire à l'idée qu'au milieu de ses sujets sa vie fût en péril. 11 songeait au bien qu'il leur avait fait et à Dieu qui le protégeait : a Je me recommande à Dieu quand je me couche; je le prie de me conduire quand je me lève ; tout le reste est entre ses mains. Ce qu'il garde est bien gardé. Il me garantira des fols, et ne crains point les sages. Au partir de là, je vis en telle façon que je ne doibs entrer en défiance ; c'est aux tyrans d'éstre toujours en crainte et frayeur. Les pasteurs courageux dorment en seureté ; les couards ont toujours peur*. »
"Vitry, qui était présent, réclama du moins la faveur de l'accompagner, comme capitaine des gardes, ajoutant qu'il n'aurait point de repos s'il savait le roi « en ceste grande ville pleine d'un nombre incroyable d'estrangers et d'inconnus. » Henri IV n'écouta point ses instances, et le chargea d'aller voir si l'on exécutait les ordres qu'il avait donnés pour la fête du dimanche: a II y a cinquante et tant d'ans que je me garde sans capitaine des gardes, disait-il; je me garderay bien encore tout seul. » Pourtant il ne parvenait pas à quitter la reine ; il sortit deux fois, et deux fois