À LA TROISIEME EDITION XV
. Enfin il est patient et sans vain étalage. Il ne s'engage pas prématurément dans la lutte. Il ne s'oublie que sur le champ de bataille; la vue de 1 ennemi le transporte et il court au péril. Mais, dans les affaires politiques, il pèse toutes ses déterminations. Persévérant et souple, résolu et prudent, il applique à un but, fermement poursuivi, la variété des moyens; il supporte les contradictions, il se résigne aux mécomptes, il dédaigne les murmures qui accusent sa faiblesse, Jes yeux fixés sur la victoire qu'il pressent et qu'il prépare.
Nous avons montré dans le cours de ce travail cotte politique adoptée par le roi. Nous voudrions faire voir comment, avant le roi, le chef de parti, avant le roi de France, le roi de Navarre l'avait déjà mise en pratique.
Son premier soin, comme il le dit souvent, c'est de « gaigner des amis *. » Il n'a garde de diminuer ses rangs; il veut au contraire les grossir, et son adroite vigilance ne tend qu'à chercher des recrues parmi ses adversaires. Protestant, il rassure les catholiques que le zèle huguenot veut lui rendre suspects : « Combien « que soyés de ceulx du pape, écrit-il au baron de « Batz, je n'avois, comme le cuydiés, mesfîance de « vous. Ceulx qui suivent tout droict leui' conscience « sont de ma religion, et moy , je suys de celle de tous « ceulx-la qui sont braves et bons ^. » Les exaltés se révoltent contre cette générosité; comme d'Aubigné, ils reprochent à leur maître de se montrer « h, par- « tisan des catholiques en beaucoup de façons. » Henri ne s'émeut pas de ces réclamations. « Je n'es-
^ Lettres miss,, t. 1, p. 302.
« Id., t. I, p. 121. A M. de Batz, 1577»
XVI I.VTIlODL'CriO.V
|)oiiS(3 point , écill-îi , les passions tic personne *.
liii iuitrc sujet lo préocciipo : comme il s'efforcerst*^ plus tard, de patilicM" los classes diverses de soti ro\aumc2, il travaille à maintenir l'union dans son propre parti. Les divisions de ses amis l'inquièteH^ bien plus que les progrès de ses adversaires, ou plutô* il sent qu'elles sont de ces progrès la principale caus^* « Nos ennemis, répéte-t-il sans cesse, sont bien soil'^ vent en nous-mesmes'. » Il adjure les protestants d^ mettre fin à leurs querelles : « La discorde et la divi- « sion qui es' entre nous sont aujourd'hui les plus « grands ennemis que nous ayons... Nous avons tous- H jours esté en apparence plus foibles que nos enne- « mis ; mais ne soyons poinct si forts que de nous « desfaire nons-mesmes *. » Quelques années plus tard, il écrit à la Force : « Je vous prie ; ne nous (( desunissons poinct. La Ligue menace et vcult seule « approcher de nous ; ne soyons poinct ennemis de
(( nous-mesmes Laissons pour quelque temps nos-
(( tre particulier ^ »
Il indiquait la première condition de cet accord par sa large façoa de tolérer les dissidences, et d'accepter chez autrui les opniions qu'il ne partageait point : (( (.e n'est (pas) faulte d'user de confiance avecque « les gens d'honneur, quand bien ils seroient esgarez, « J'ay plus place en mon cœur pour la miséricords
* Lettre mus., t. II p. 4G2. A M. de Vivans, 4 juin 4586.
* Benri IV et sa politique, — Les classes? du royaume p. 14S.
3 Lctires miss., t. I, p. 462, à M. de Lesdiguières, l** juillet 1582.
* Id., p. 463.
» Id., t. II, p. 132, sept. 1585.
A u TROisiKUE émno.i wur la haine; je vous sçay gré <
t encore un des caractères de son iftgiie eiue 1 de justifier ses actes auprès de ses sujets ■ pifimpression du monde que je crains le pIoE BDlre dans le cœui- de mes subjecta, écrivait-il 1 i603, que je me gouverne par aultie chose que kpr la r^son ^. n Chef de parti, il a le même sout ' !ut mettre l'opinion de son côté, et pour cela B à ce que ses adhérents ne se donnent point t( (ifils se gardent sui '.ont d'eslre des premiers i L Puisqu'il plu à Dieu nous donner la Fi pais si nécessaire, t nostre debvoir d'apporter [ I droicte affection a 1 biissement d'icuUe, l'entre-
• tenir avec sincérité ne commettre ceste t'aulte
• par nos desportemE [lous puisse justemeiît « donner le tort ou le ■>^-. «3 l'avoir cnfreincte ou
, I riolée *. » Il n'hésite pas à reconnaître les fautes de ' «partisans; il constate « les maux qui se commet- «Dt journellement tant par ceulx de nostre religion, tfl-il, que par les catholiques ", » et, tandis que chaque parti ne songe qu'à écraser l'autre, il trace la conduite que devraient suivre dans ces temps de crise les opinions contraires : (( Il ne fault pas mettre le tort tout d'un costé, mais y pourveoir sans passion et qoeles gens de bien y mettent la main sincèrement^. » Henri de Navarre vovait réunies contre lui deux
p Liltrei mus., t. Il, p. 223 à M. de Hoinlctot, juin ISSIi P/<f„t. VI. p. li. — Hf-<n IV ets't poUiq^-e, p, S3. F» 14. t. I, p. 2C8. à M. de Vivans.
PL ibtd., p. i&4, à MM. de l'Église réformée dePamiers.
H.tbvL. p. SfiG.
U. ibid., p. 198, & mon cousin M. le maréchal de Damp-
XVIfl INTUODUCTION
grandes forces : la Royauté et la Ligue. Il lui impoi tait de les séparer.
Henri III était devenu, contre son propre gré, d (\() la Ligue ; mais il ne la commandait que de nom, il devait bientôt se trouver dans Taltemative d'abdiquer entre ses mains ou de se défendre contre ettô* f/est ce moment que prévoit et qu'épie le Béarnais. ï' sent qu'un jour le roi aura besoin de ses armes, ^ quelque traitement qu'il reçoive de lui, il évite 1^ éclats qui pourraient rendre plus difficile le rappf^^ chement prévu. Parfois une plainte lui échappe» il ^ peine à dominer son mécontentement : « C'est uu « grande cruauté, lorsqu'on tasche de bien servii^^ « d'estre si mal reconnu ^ » Mais il n'en montre pa^^ moins de zèle pour la cause du roi. C'est cette causée qu'il invoque, môme lorsqu'il est obligé de combattre l'armée royale. Si le roi a signé des traités contre liû, Henri suppose toujours qu'on lui a fait violence; il déclare n'engager la lutte que pour délivrer la couronne des factions qui l'oppriment. « J'ai sceu Tédict « qui a esté résolu contre moy et contre ceulx de la <( religion, écrit-il à Catherine de Médicis. Je ne puis « l'imputer à Vos Majestez... Je l'attribue à la force à « laquelle je vois bien qu'il nous en faut opposer ime « aultre, et je me console que ma conservation soit « conjointe avec la liberté de Vos Majestez^.. Je « ferois contre nature de ne pas défendre ma vie, ma (( conscience et ma maison *. »
L'événement justifia ses prévisions. Henri III, isolé et fugitif, après le meurtre des Guises, n'eut d'autre appui contre la Ligue que le prince qu'il venait de
^ Lettres miss,,., t I, p. 692, à M. de Bellièvre.
* Id., t. Il, p. 151, à la royne-mère, !•' décembre 1585.