‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 34 sur 181 · L'ÉDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

L'ÉDIT DE NANTES

h force D*avait pas su prévenir, aussi inhabiles à apprendre la tolérance que les protestants à la leur en« sdgner.

Tel était, en effet, le mutuel emportement des es* prits. Les uns et les autres roulaient, poussés par des passions contraires, dans les mêmes exagérations, RroYocateurs des guerres civiles, les huguenots reprodaisaieot les excès nés de leur agression, et les prolongeaient par leurs exemples. Ce qu'ils sollicitaient, ee n'était pas la liberté de conscience, idée diabolique^ suivant Théodore de Bèze, et que les pays soumis à leur empire avaient vue impitoyablement proscrite : eetait la prépondérance politique en France, où ils se trouvaient en minorité.

Au fond, ils avaient peu de réclamations à élever. Des édits successifs* leur avaient rendu, dès le règne de Henri III, la jouissance presque entière de leurs diûiîs; si ce prince, contraint par les ligueurs, en è'i-p»-ndit l'effet, sa réconciliation avec le roi de Na* \Arre les remit, quelques années après, en vigueur. H» nri IV, par le même acte qui contenait sa promisse de se faire instruire dansla religion catholique, •X'':ifirma les garanties assurées aux protestants; il les iltvrioppa :ï mesure que se fortifia son pouvoir, et ce quf le t«xte des lois leur refusait encore, sa bienveil-

\. K'Ut il»-' Dorgorac et de Poitiers (1577), complété par les ■r.vt-ntions do Nérac et de Floix.

s tP'î Aff.ubef rEfifiiCrsE?.

iancf le tciir riri-orda '.Cela pût suffi, pnur l'épfiqiie, tout ce que le protesianlismc renrpiniail d'esprits OT* , tsiucus etRDiisde la paix; cela ne faisait paslecpmpU des chefs, de celte noblesse factieuse qui avait r^vé, travers les dissensions religîeuees, une sorte de dalilft indépendante, et dont les espérances, tout ^ coup déconccriées, se toniiiaient en révoltes. L'abjuration de Henri IV avait enlevé à ces ambitieuxhl' fois leur soutien et leur modérateur; ils se trouvaiflO^ dans la situation oii avaient été les liguenrs, privi comme eux d'un principe qui pût les fixer, et, san' avoir aucun de leurs droits, ils reproduisaient toulei leurs violences. On a vu les premiei-s d'entre eux! Bouillon, la Trémoiiilîe, et du Plessis-Momay luî même, complice et dupe de ces désordres, refuser! Henri IV devant Amiens le secours de leurs armes. I préparent la guerre dans leurs synodes, et, prouTni par leurs excès la liberté dont ils jouissent, ils traceA le plan d'un gouvernement à pari, divisant la Frana en neuf provinces, ayant au sein de la nation leui% places fortes, leurs finances, leur armée, et cberdiant. pour assurer ce nouvel ordre, un protecteur à l'étran ger. Bel effet, dira-t-on, de la tolérance accordée! Cette tolérance avait un défaut : elle n'était que provisoire, et les droits mal définis qu'elle autorisait flot-

, UMnire /le Henri IT, I. I, p. 3iO.

i.-fibit DE Nantes. a

laimit abandonnés à la discrétion do la royaulé. CVlait là le prétexte dont se couvraient les factieux pour exagérer îeiirs demandes ', pour reprocher d'avance ro|)piïssion de leurs croyances au prince qui les avait abjurées, et pour engager leur parti dans des conspirations sans fin.

Ce prétexte, l'édit de Nantes les en désarma. Dans cet cdit, comme dans presque toutes les mesures prises en des temps de troubles, il faut distinguer deux parts : l'une passagère et donnée aux cir- MQStances, l'autre durable et inspirée par les principes. On a tout dit sur l'excès des privilèges que l'édit de Nantes conférait aux huguenots. Cette organisation spéciale, leur conservant dans l'État nne situation déréglée, ces deux cents villes de sûreté mises pour un temps entre leurs mains, ces places capables Je souteoir un siège €t contre lesquelles durent se rassembler toutes les forces de la monarchie, livrées à leur pouvoir; c'étaient là autant de concessions incompatibles, comme l'avouait Sully, avec la srtreté d'un gouvernement, et le cardinal de Richelieu, en les réduisant après deux guerres civiles, sans attenter à la foi

1. Aossi Henri IV disRif-il, dans sa rûponse aux remontrances du paiement de Paris : n Si les aultres parlemenls, pour ne m'avotr assisté à ma volonté, ont esté cause que ceulx delà Feliglou ont demandé choses nouvelles, je ne veux pas que Bojés cause d'aultres nouveaulés par un refus, a Leilres missives,i. V, p. 92,

!• LF« AFFiIRES REMOIEUSKS.

di^ prot'';lADt£, prouva qu'elles n'étaient point néces'

eairvs k la liberté do conscience.

Les m^uivâ qui assuraipot cette liberté faisaient 1« fond m^tne de l'êdit de Nantes. C'élail le culte réformé sVxcrçant en paix dans la plus grande partie du roptume.saufen certiincs villes delaLigueoù lescafc viaÎKtcs avaieol reconnu qu'il valait mieux pour ne pass'étahlir. C'étaient les droits civils accordés aui dissidenls comme aia catholiques, et cette clause; d'esbérèdation pour motif de religion, que la loi an* glaise devait foruietlemenl ordonner contre les catholiques, formellement interdite par la loi française contre les protestants. Celaient enfin, à ne parler que desi dispositions principales, une chambre dite de l'^djtj créée dans les parlements, une allocation accordée, aux protestants pour leurs ministres et leurs écoles, i et leur admission aux dignités et aux offices de l'Ëtat,,!

La vraie pensée de l'édit de Nantes, momentané-j ment contredite par les privilèges qui y étaient éooii*i ces, se trouve dans ces dernières dispositions : accor- ; der aux protestants la tolérance et retirer du même j coup à la Réforme tout caractère politique. A une époque où les souverains et les peuples couvraient dii nom de religion leur ambition et leurs esnes, Henri IT tentait, et cela dans toute sa conduite, dans ses relations avec les puissances étrangères comme daus son propre royaume, de séparer les deux ordres et de

L'ÉTDIT de NANTES. U

nir au sein des dissensions religieuses Tunité : unité qui n'était pas seulement à ses yeux un pp de paix, mais encore Je présage d'une unité plus kote.

Au delà de cette tolérance accordée aux proteshais, apparaît le dessein de favoriser le retour des imeg apaisées, et d'éteindre, avec les persécutions, b dissidences. Henri IV avait vu à l'œuvre les persé- AtioDs; il avait vu que, loin d'étouffer les contradic- ! im», elles ne servaient qu'à les exciter et qu'à s'excite elles-mêmes. C'est ce qu'il exprimait au parlement i! Paris avec sa vive éloquence *. « Incontinent après Il Saint-Barthélémy, quatre qui joions aux dez sur ine table, y vismes paroistre des gouttes de sang, et Toy.int qu'après les avoir essuyées par deux fois, elles rev^noient pour la Iroisiesme, je dis que je ne jouois plus; quec'estoit un mauvais augure contre ceulx qui iVoirnt respandu. Jf. de Guise estoit de la troupe. » Il avait (lit ailleurs : « C'est un argument de passion toute évidente de commencer la conversion par la îub version, et l'instruction par la destruction, par leilermination et par la guerre, qui doit commencer par la fraternité, l'admonition et la douceur^.»

En même temps qu'il affranchissait les protestants, flj m^rno temps que, développant les conséquences de

\. Lfficii wis^rrs, t. V, p. 00.

lW.,t. H, p. i40.

Tivlii, il en orilonnait Tapplicalion au Béarn * et aux pays où les catholiques se trouvaient en minorité, en même temps qu'il invoquait son propre exemple pour proléger ceux-ci contre les rigueurs dos souverains protestants^ il se retournait du côté de l'Église ; il travaillait à satisfaire ses demandes, à assurer sa liberté, et, par sa liberté, son triomphe. « Je sçay , disait-il en 1598 aux députés du clergé, que la religion et la justice sont les colonnes et fondement de ce royaulme, qui se conserve de justice et de piété, et, quand elles ne seroient, je les y vouldrois establir, mais pied à pied, comme je feray en toutes choses. Je feray eo sorte, Dieu aydant, que l'Église sera aussy bien qu'elle estoit il y a cent ans. J'espère en descharger mi conscience et vous donner contentement *. »

{, Lettres missives, t. V, p. 1:>0, 423, etc« 2. Id., t. V, p. 33.

l'ÉGLlSE ET Lx TOLÈitANCIÎ

TSamlgnïgM an faTBur de la conTersion île Henri IV. — Quelle )m< prBBiion la Papauté regoit-elle de l'édil de Nantes? — AltltudE qn'nïait Bardée le Saint-:siÉge durant U Ligue. — 11 n'avait touIu qu'une chose : consenar à la Franoe va roi catholique. — Appréhensions qne coofDït Clémeot VIII mr les intention? de H«iiri IV, k lu nou' relie de l'édit de Sanles. — Elles se dissipent k la vue des actes du toi et des etTels du nouvel édit. — Comment Henri IV entendait U tolérance. — Son eiemple rappelé par Pie Vil à Napoléon. — U eitnférence de Fontainebleau. — Les bienrails de la liberté religiense. — Ce qu'en pensait Henri IV. — ConToiaion»' mnltlplii^es Ms ce règne.

Ici deux qiiesiions se présentent. Ce pi'iiice, a qui nous prêtons des mes si religieuses, s'était-il sineêi-praent converti? Et ces protestations qn'il ftisait à l'Église, comment l'Église les accordait-elle avec i'éilil de Nantes ?

Les témoignages ne nous manqueraient pas poiii' répondre à la première question. Nous ponri'ion?, écartant d'abord des mots douteux ou sans valeur ',

1. Le fnmeuxiPûrisi'a?!* Mm lins messe n'est pas de Henri 1\'

mais de Sully, comme l'a établi M. Edouard Fournier dans saii

I curieux livre del'Espn't dans l'ftis/u(Ve; quanta i'aulce molauc

le saut périlleux, il est malheureusement esacl. Mais, tout en

asit, i> faal se garder d'en exagérée le sens. Pane tissi-

n LES AFFAIRES RELIGIEUSES,

montrer, avec les auteurs contemporains, Henri IV *: déterminé à refuser sa conversion à des violences qui i; l'eussent rendue suspecte, et cependant la préparant, au sein des camps, par ses méditations et ses entre- T tiens. Nous pourrions, avec Palma Cayet, le montrer ' ^ disputant contre les théologiens de son parti jusqu'à les embarrasser, dissipant peu à peu ses doutes sur les enseignements de l'Église *, et disant, par exemple, & un des ministri^s de sa maison : « Je ne vois ni ordre ni dévotion en ceste religion ; elle ne glt qu'en un presche, qui n'est autre chose qu'une langue qui parle bien françois; bref, j'ay ce scrupule qu'il faut croire que véritablement le corps de Nostre-Seigneur est au sacrement, autrement tout ce qu'on fait en la religion n'est qu'une cérémonie *• » Conviction qu'il devait plus tard exprimer de nouveau à Sully, en formant le désir de la lui voir embrasser '. Nous pourrions

gner à celte parole sa véritable portép, il suffit de se rappeler les habitudes et les discours de Henn IV, et cette familiarité de langage, même sur les plus graves sujets, que le caractère et la naissance, l'éducation et la vie des camps avaient donnée au Bf^arnais.

i . Palma Cayet. « Dieu, dit cet historien, lui-même ancien ministre protestant et depuis catholique. Dieu, dès longtemps, avoit touché le roy sur la réalité au sacrement de l'eucharistie, et qui toutefois cstoit encore en doute sur trois points, savoir : de l'invocation des saints, de la confession auriculaire et de l'authorité du pape, » Chron. noven, i593, p. 445.

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