a Passant un jour par la rue, assez près du Louvre, dit
L'ÉGLISE ET LA TOLÉUANCE. Il
enfin invoquer l'aiilorité des protestants eux-mêmeB, et nous entendrions l'un d'eux nous dire : u Quels (yiie it les motirgqni dans l'origine ont porté Henri IV Tle culte réformé, auquel il avait paru gt alla-, mte sa conduite suivante prouve qu'il fut convaincu de la sainteté de celui auquel il retourna, et qu'il ftit catholique de cœur et d'âme jusqu'à sa mort '. » Mais, eauf à revenir plus lard sur ce point . i! nous semble suffisant d'interroger simplement Henri IV, et fi nous pouvons prouver que te fond de sa politique a M le dévouement à l'Iîglise aussi bien qu'à la Franre, Dous croirons avoir rendu de sa foi comme de son palriotisme le plus sûr témoignage.
Maintenant, comment l'Église jugeait-elle cette foi du nouveau converti, et que ponsait-elle de la manière dont il entendait la propager?
Il n'est pas inutile, à ce propos, de revenir sur l'attitude des papes dans le cours de ia Ligue. Faut-il, comme on l'a tenté pour des fins opposées, mêler leur
HriSxt, il rencontra un prÈtre qui portait le saint Sacrement [ il te mil aussilôt h genouï et l'adora fùrt respeciiiflusement. Le dnc de Sully, huguenot, qui l'accompagnail, lui demanda : St'n, est-il possible qve vous croyiet en cela, ai^^ les iAo$ai que j'ai vues? Le roi lui rfparrit : Oui, vive Dieit, j'y crois, et il faut être fmt "^vx n'y pas croire; je voudrais qu'il m'eût coûU un doigt <k la nnin. et que vous y crus/fini romme moi. » Hist. du ni Henri le Grand, p 44a.
i. Schoell, Cwirs d'hist. des États eimpéens, t. XVIl, p. 152.
U I.r.^ ArPAIRES RELIGIEUSES,
nom aux excès tio eelte épo<iue? Faut-il voir des souverains étrangers poussés dans les troubles it ' la France par un intérêt personnel, et confondre iy« J'Espagne cette puissance qui ne connaît pas d'ennemis parmi les peuples ', et qui n'a d'anlve nationalité que l'humanité même? La Ligue, ayec ses variations et ses incertitudes, est une de ces luttes où l'on peut parler en toute liberté de la conduite des papes, et c'est le cas de répéter le mot de M. de Maistrc : On ne leur doit que la vérité. Qu'ils se soient mépris sur l'état et sur la constilutiou de la France ; qu'ils aient mal connu les intentions du roi comme celles des ligueurs, et qu'entraînés par une influence ennemie ils se soient portés à des mesures extrêmes, il est permis de le croire. Mais leur imputer dans cette querelle la pensée d'une ambition particulière, prêter un mobile personnel à cette autorité qui sacrifia l'Angleterre plutôt que de faire aux passions de Henri VIII ces concessions que les réformateurs devaient si libéralement accorder à leurs princes, cela ne se soutient pas. Les actes des papes varièrent avec leurs informations; leur intention demeura la même ; conseiTerà la France un roi catholique.
I . Oq sait la, belle parole du pape Pio Vif, ipii, pressé p3f Najinléon de se préfet à ses vues contre les Anglais, lui répondit : Qti'êtant lu père commun de toits les thritiens, il ne pouvait avoir d^evnemis parmi eux. (Note datée du Quirinal, 19 avril 8.)
[■(i:^i.^^E ET la Tni,f;fiA«f.f:. n
C'étiiit le vœu de Grégoire XIII, Tcfiisant d'approuvetla Ligue, quand Philippe H signait avec les Guises le [mile de Joinville. C'éliil le vœu de Sixte-Quint, conliamnant tout ensemble les révoltps contre la foi et les révoltés contre le trône, recevant en plein consistoire l'envoyé des royalistes, le duc de Luxembourg, aux rpgarrts de l'Espagne irritée et impuissante, comblant (l'élogesla modération de son légat Morosini el désavouant les violences deGaëtano, son inlïdèlerepréseutant, et, à mesure qu'approche le terme de sa carrière, splournantde plus on plus vers ce prince dont il pre&seiit la conversion et la gloire. C'était enfin le vœu de riémenl VllI. Entendez-le déplorer les égarements des ligueurs ; « Il y a tant d'intérêts particuliers, s'écricl'il, ipie j'en désespère '. » Et, en 1593, comme pour msnjuer jusqu'au bout la différence entre la Papauté Bl l'Espagne, au moment où celle-ci s'efforce de peser par l'or ou les menaces sur les délibérations des lîlnts, Clément VIII exhorte son légal à veiller « à ce que ni la violence, ni la corruptioQ ne puissent influencer lesvotps, » et il le conjure « d'éviter toute précipitation en une affaire si grave '. ■» "Voilà le contraste entre les deux politiques, et à quels signes on distingue le souverain étranger et le père commun des nalions chrétiennes.
' l.IÎ. de nouillôjHi'sf. rffsrfucsdp Guî'se, t. IV, p. Hfl. 2. Snnkfi, nixt. lie Ui po^antf, t. III, p. 2no.
Quelle fut donc l'impression du pape en apprenant Tcdit de Nantes? Le premier mouvement fut rétonnemont et la douleur : il en devait être ainsi. Ce qui avait toujours préoccupé Clément YIII, c^ qui, malgré son attrait pour Henri lY, avait commandé sa réserve envers lui et ses ménagements pour lea Espagnols, c'étaient ses doutes sur la sincérité de ce prince, et le sentiment de la responsabilité qui pëseAit sur k Saint-Siège si le roi, une fois reconnu par rÉgiiae, allait la trahir ^ Tout son désir est de découvrir la vérité, et de ne s'engager d'aucune façon, jusqu*à ce qu*il Tait démêlée. Il cherche dans les actes privés la lumière que l'incertitude des événements ne lui permet pas de demander aux démonstrations publiques : il reçoit avec une froideur apparente le duc de Nevers; mais il donne à un agent secret l'assurance que, a si le roi se montrait un parfait catholique, l'absolution
i. C'est le sentiment qu'exprimait un gentilhomme italien, en r(^ponse aux plaintes des Fraoçfiis : « Si Sa Sainteté eut rebeuy votre roy aussi tost qu'il Ta demandé^ qu'il fust retombé encore en l'heresie, ce qu'il plaise à Dieu que jamais cela n'ad* vienne, toute ia chrestienté eut accusé le pape de légèreté et de trop de simplicité, et aurait-on dit de vostre roy qu'ail auroit eu un royaume pour une r< bénédiction, pource qu'il ne faut point doubter que le monde juge des effets qui se voyent et non des choses incognuês. Aux choses douteuses et de grande conséquence, il faut eslre plustot timide et irrésolu que trop aident et préci piteux. » Palma Cayet, Chronol. noven., p. 384. 11 laul lire en entier ce discours attribué au cardinal Toleto, et qui justifie merveilleusement la conduite du pape.
SL'ÈGLTSR DE LA TOLÉRANCE, ig
perait point refusée '. » Une fois ga conviction Lonle voit déjouer les mauœuvies des Es[w- Kameoer Iiii-méme à ses vues les cardiuuux, Il avec attemlrissemeot les lettres de Henri IV, padant, préoccupé paifois de prédictions sii, se prendre à douter de son œuvre, interroger le ciel par ses larmes et par ses prières, et se préparer, dans les veilles et les austérités, à celte ahsolulion, qui, selon lui, devait rendre la pais àT^lise, etselon d'autres, prolonger ses malUeurs^.
1. Rnnkc, His*. de la Papmtê, t. lil, p. 30iî, 1 Amb. et Négot. du ca-dinal du Perron, p. 2S8. — Utirta to ordinal d'Ossal, t, 1. — Qu'on oons permette do citer, h ce njet, une conversation de Clément VII! aTcc le cardinal d'Osnt, lellfl que ce dernieF la rapporte h Henri IV. ■ Il me l'f^pondil, écrit le cardinal, qu'en ces affiiires do France il ne s'âloit Jamais proposé que la conservation de la relif^ion catholique Hdsl'Ëlat, et en appel lait Uien à témoin; quo plusieurs, qui DD nvoient le fond de ses lutenlions, ei jugeoient par quelques apparences extérieures, avoient pensé de lui tout autrement, et qu'il fut Espagnol ; mais que qui vondroit bien conndéter la personne qu'il soutenoit, et l'étal auquel les choses éloienl, quand il fui élevé pape, j ugeroit aisément qu'il n'avoil peftiaîre de moins, que de ce qu'il avoit l'ait, pour le regard de ce qui avoit dépieu pHr-delâ : que lois de son assomption au ponlilioat, trouvant qu'il y avoit une ariUée du saint^ié^o i)aidelà, il ne pouvoil alors faire antre chose que ce qu'il St, s'il o'eAt voidu (et ici il hésita), et aprâs avoir atlendu un peu, ne loi venant à la langue rien de meilleur, il acheva par ces mots ; renverser le monde sens dessus dessous; que noiiubstaul il fit des choses dont tous autres auroient plustostà plaindre que V. M. et les vâtres, lesquelles il u personne discrète, qui n'en uaeroit sinon i
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SO 1.KS AFFAinKS BÉI.IGlEUStè.
C'él:iit il Honri IV à jiislifîpr les espérances deClcineiit VIII. Rome élait comme suspendue dans l'altenW (lu parti que prendrait le roi, quand elle apprit la pTOmulg'alion de l'i^dit de Naulns, Faut-il s'étonner qui celte mesure, avec ses concessions excessives els* nouveautés hardies, ait, au premier abord, contristè le cœur du Ponlife? Faut-il s'étonner qu'à une époqne où les l'itals protestants accablaient les catholiques de' leurs rigueurs , où l'Espagne multipliait autour év Saint-Siège les préventions contre la France, fautai s'étonner que Clément VIII se soit effrayé, et qu'il ai( cru voir dans l'édit de Nantes ce retour au protestantisme dont l'accusation retentissait d'avance contre Henri IV? Pour nous, si quelque chose nous surprend
preniièn^ment, et tout incontinent, Il réduisit la somme que les pa|iea donnoient à quinze mille écus par mois : et puis, k la première occasion qui se présenta, il licencia les Suisses; et depuis, à une autre occasion, il acheva de renvoyer tout le reste de ses forces; que, s'il étoit licile de montrer les choses qn'il avoit éciiles et qk et là, et les réponses qu'il en avoit reçues, il pourroit faire voir tout le contraire de ce qu'on a pensé. Et puis, éteudant sod bras droit cl l'empoignant au-dessus du coude avec sa main gauche, il dit avec grande affirmation que si nvoo ce bras-là il pouvoil remettre U: royaume de France en l'élat auquel il étoit du teuis de Henri II, il le donneroit ftiFt Tulontiers, et en appelloit derechef Dieu à témoin, regardant un cruciâx qui étoit k un bout de la chambre. Et, après avoir ^té uu peu de (ems, ajoûti qu'il prioit Dieu pour la France tous les jours, et qu'il vous fisf bon catholique, et vous inspirast toutes bonnes choses. » [Lettres du cardinal d'Ossal, 1. 1, p. 63. Letlre X au roi, 22 décembre 1394.)
L'ÉGLISE ET LA rULÉHANCt. ji
ici, ce D'est pas la douleur du pape; cVst bien plul'.t k persévérance de ses dispositions pour la Fraiict» vi de son attachement pour un prince en apparence infidèle.
Les lettres de Henri IV permettent de suivre toulo« les phases de cette affaire: d'abord, il prévoit rétoi»lement du Saint-Père et s'efforce de le préparer à la mesure qu'il médite : « Si j'estois contrainct d'accorder plus aux huguenots qu'en l'édit de 1577, que Sa SaiDCteté croye que je le feray pour éviter un plus grand mal, et pour favoriser et fortifier la religion catholique d autant; que je le feray pour contenter et rassurer le général de ceulx de la dicte religion, et en ce faisant, renverser plus aisément les desseings desdicts ambitieux et factieux, lesquels font ce qu'ils ptuvenl pour désespérer les autres de ma protectiou, et ir> irriter contre les catlioliquos qui vivent encoie en li.i;iud nombre dedans les villes qu'ils occupeiif, dont iis les eussent déjà chassés, si je n'y eusse remédié '...;> L'édit paraît : l'Espagne triomphe, le pape s'inquiète, et l'évèque de Rennes transmet au roi l'expreitsioii Ùl' ses plaintes *. llenri IV ne se décourage pas; il ail-nd de l'expérience la justification de sa conduite' : « J'ay bien considéré le langage que vous a t 'im Si Saincteté sur l'édit que j'ay faict pour maintenir mon
I . Lciti es hiisiiiv''s, t. IV, p. 92 ! , à M. de Kuinius, 7 mars 1 i'»^. :;. Ljttrcs du cardinal d'Obiut, t. 11, [>. ii.
S2 Les affaires religieuses.
royaulme en repos, et j'espere que le temps luy fera cognoistre que les assurances que vous lui avez données de mon intention sont plus véritables que les rapports qui lui ont été faits à mon désavantage*..,* Et il écrit au pape lui-même : «J'auray tel seing aussi à ménager Tedict que j'ay faict pour la tranquillité de mon royaulme, que la religion catholique en reçoive le principal et le plus assuré fruict^ comme elle a bien coin^ mencé^, »
Mais déjà Clément VIII était revenu de ses craintes, et moins d'un an après l'éditde Nantes, Henri IV pouvait se féliciter, avec le cardinal de Joyeuse, d*avoîr recouvré la faveur du Souverain Pontife. <k Je vous remercie aussy de la bonne reùionstrance que vous avez prins occasion de faire à Sa Saincteté, pour excuser la publication de Tedict, que j'ai renouvelle pour le repos de mon royaubne, et loue Dieu que Sa Saincteté commence à prendre fiance de moy eï • de mes intentions^ en ce qui concerne Thonneur de Dieu et la restauration de son Eglise... Je sçay, mon cousin, que je doibs aux bons offices que vous m'avez faicls à Tendroict de Sa Sainctrté une bonne partie du contentement qu^elle vous a dict avoir de moy ^. d
i. Lettres missives, i. V, p. 113^ ati cardinal de Joyeuse^ S mai 1^99.
2, M, p, iSL Novembre 1S99»