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Clément YIII, en effet, qui, selon Sully, « avait tous|ours descouseillé d'user des armes ny de persécution pour amener ceux de la religion à la foy * ; i» t Clément VIII, pape pacifique et bon François, disait TEsioile, qui étoit la cause que le roy Taimoit et l'honoroit beaucoup, >x que « ceux de la religion même ne haîssoient pas, s'étant toujours comporté en leur endroit fort gracieusement, jusqu'à leur octroyer dea passeports pour aller et venir librement à.Rome ^, » Clément YUI ne pouvait blâmer dans Tédit de Nantes l'abandon des voies répressives. 11 eût plutôt suivi Texemple de ce pontife, l'un de ses prédécesseurs, qui intercédait auprès de François V en faveur des prolestants et qui demandait pour eux grâce et par* ion ^ Ce qu'il redoutait, c'était de voir Henri IV sacrifier sa foi nouvelle à ses anciennes crovances, et donner ainsi raison aux prophéties a des plus grands et puissants princes chrétiens, qui alors (au moment de l'absolution) lui prédisoient qu'il s'y trouveroit trompé *. » Quand il vit le roi de France, s'entourant des principaux chefs de la Ligue, Villeroy, Mayenne, Jeannin, marquerions ses actes de son res-
i. OEc. royales, t. V, p. 136.
2. Mémoires et Journal de TEstoile. Collection Mich^ud et Poujoulat, t. XV, p. 383.
3. Paul 111, v. Cheruel, Admin, de la France, 1. 1, p. 171. h. D'Ossat; Lettre déjà citée.
24 LKS AFFAlKliS HELIÙIEUSES.
pccl pour le Saint-Siège, quand il apprit les progrè . de la religion au sein du royaume, les ordres l'eu. gieux protégés, les conversions se multipliant chaqu* . jour, les discussions théologiques tournant au iriom . phe de la vérité, et TEglise reprenant, sous les douce. influences de la royauté, une possession paisible ùi tant d'àmes que les orages de la persécution eussent tjamais écartées d*eUe, il bénit son couvre et applaudii à cette politique généreuse qui ramenait à la foi pai la persuasion. Un bref qu'il adressa à Févêque d'Évreux, du Perron, après la célèbre conférence de Fou-. tainebleau, rend de ses sentiments un éclatant témoignage : a ... Nous avons reconnu, écrit-il, la piété éprouvée et la prudence de N. T. C. F. Henri, roi des Français, qui, sans rien s^attribuer de ce qui touche à r Église, mais en professant qu'il n'a sur elle atumn doute, rapporte au Saint-Siège la connaissance de ces matières *... »
Ces paroles du Saint-Père résumaient exactement
1. Amb. du cardinal du Perron, p. 240. — «... Agnovimm f>erspectam pietatem, et pnulentiarn Carissimi in Christo filii Nustri Henrici Francorura Régis Christiauissimi, qui nihilsibi de reUgione assumenSy ac palam professas nihil se in ea dubitaiionis habere, ejusque rei omne judicium ad JSos, atqtie ad hanc Sanctam Sedem in qua immeriti positi sumus, pertincrey id solura in eo cougressu agi voluit ^utpum ex ipsa librorum .nspeclionc appaieret iocos Patrum, ut tu asserebas, «b cudem Plessisio corruptos ac falso productos fuisse.
l.'ÉGI,lSli; tT LA TULÉH-\NC(i. sa
l'atlilude de Henri IV. ta lolérance religieuse u'impliquait pas, dans la pensée de ce prince, l'iiidiffctetice; en laissant aux réformés la liberté de kur croyance, il maintenait à l'iïlat le droit d'avoir et de proclamer la sienne, palam professus, comme s'exprimait le pape. Peu d'esprits entendaient de la sorte la tolérance : la plupart ne \oyaieut eu elle qu'une transaction entre les diverses religions; à ce litre, le pius grand nombre la repoussait et qnelques-ims cherchaient à l'établir : ainsi l'avaient comprise ses plus fermes défenseurs, du Femer, Sully, et ce EîEQr héroïque, l'IIÙpital lui-même. Soit conviction particulière, soit réijistance aux entraînements contraires, l'illustre chancelier inclinait, en effet, à envelopper dans une égale approbaliou les communions séparées et le cathoheisme : pour éviter l'exchision , il penchait vers l'indifférence. Cette tendance, qu'il porta dans la vie domestique comme dans l'ordre politique, égalant, non-seulement devant la loi, mais encore devant la conscience, des ci'oyances opposées, s'alliait mal avec l'iutégiité du dogme catliolique. Ce fut l'art de Henri IV de réunir deux choses en apparence incompatibles, de professer une religion d'État sans offenser la liberté des cultes, de protéger l'Église sans opprimer les sectes.
Deux siècles pUis tard, un autre pape proposais l'exemple de Henri IV à un conquérant de qui il ne
devait pas obtenir les consolations que Clément VII^ avait reçues du premier des Bourbons, a La professioi solennelle, disait le pape Pie YII à Napoléon, qui Henri IV, chef de la dynastie déchue des derniers roî« ' de France, fit du catholicisme, qu'il soutint toujoun comme religion dominante (sans pour cela laisser de garantir, ainsi que l'exigeaient les circonstances, le " libre exercice et les prérogatives politiques de la secte calviniste), non-seulement n'ôta rien, mais encore ajouta à l'éclat de sa renommée et aux transports de la nation pour lui. Il fit les délices de la France, il en fut nommé le Titus et obtint le nom de Grand *. »
Cette politique , Henri IV l'observa fidèlement durant tout son règne ; plein de zèle pour la foi catholique, il tint soigneusement la main au libre exercice du culte protestant ^, accomplissant à l'avance le précepte que Féneion devait enseigner au fils déshérité de Jacques II : « Accordez à tous la tolérance, non enap« prouvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre, et en tâchant de ramener les hommes par la persuasion. »
En même temps, il ne néglige aucun moyen pour
i. Mémoire présenté par Pie VII a Napoléon au moment du sacre, sur les besoins de l Église. Inédit, Celte pièce se trouve entre les mains de M. Tévêque de ***.
2. Voyez Bistoire des assemblées politiques des Béformés de France, par M. Anquez, in-8", p. 220.
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rendre à la vérité ce» réformés auxquels U a accordé te Tilles de sûreté. Sully est son. ministre, du Ples- Bi-MorDay son ami ; mais sa confiance dans le premier ne ya pas jusqu'à écouter ses plans singuliers de réforme religieuse, et s'il s'oiEre pour second à son ancien compagnon d'armes, il le laisse volontiers battre, dans les controverses théologiques, par du Perron. Cette conférence de Fontainebleau, où du Perron réfuta du Plessis *, causa au roi une émotion extraordinaire. On ne l'avait jamais vu si agité, même à la veille de ses victoires. Avec quelle joie il s'empresse d'annoncer le résultat de la conférence au duc dïpemon !
« Mon amy, le diocèse d'Évreux a gagné celuy de Siiimur, etla doulceur dont on y a procédé ostc ToccasioR à quelque huguenot que ce soit do dire que rien yoyt eu force que la vérité,. Ce porteur y estoit, qui vous contera comme j'y ai faict merveilles. Certes, n'^sl un des grands coups pour l'Église de Dieu qui se «nitf;\ict il y a longtemps. Suivant ces erres^ nous raripuerons plus de séparez de V Église en un an que par
\. Ln proorcupation du roi fut universellement remarquée. ♦ V'.:* Tffmnn[u6(t en Sa Majestf'», dit madame de Mornay, une •f'.'.«- .•inxi<''it'! ([ii'il ne pouvoit mettre son esprit en repos, dont M. ^it l.omenie, secrétaire du c ibinet, ne put se tenir de hiy 1 :■■• .pio la veille de Centras, d'Arqués et d'Ivry, il ne raons- ■?■:! i.a< ostro en si grand'poinc, ce qu^il advoua. » (Cité par y. W. ili- Xivrr-y, Lftfi'Ofi 7«/s.<?/îts', t. V, p. 228.)
AFF\[nES nur-lfilEUSES.
Hiie aiillre voye an cinquante. Il y a oiiy le discoon il'iin chacun, qui serait trop long à discourir pai escript; il vous dirft la façon qne je yeux que mes se> viteurs tiennent pour tirer fruit de celte œuvre. Bonsoir, mon amy ; sachant le plaisir que vous en aurés, vous êtes le seul à qui je l'ay mandé. De Fontamehleau, ce 5 mars 1600. lleniy '. n
C'est la grandeur de l'homme que ses croyances ne puissent s'effarer au gré de la force, el que la peiïuasion ait plus d'empire sur son àme, spirituelle et libre, que la pereéculion. Et celte grandeur est en môme temps une salutaire leçon. Elle lui enseigne à chercher dans son propre effort cette puissance que ne donne pas la violence, et lui montre dans la pratique de la vérité le moyen le plus sur d'en propager' l'inllueDce. Les succès passagère de l'oppression nuisent plus à leurs auteurs qu'à lenrs victimes : ils énervent et aveuglent les preraiei-s, ils fortifient les autres el les épurent dans la souffrance. Sécurité trompeuse ! Épreuves caressantes, comme parle saint Augustin, qui entretiennent la décomposition sous la prospérité, et no suscitent plus contre les menaces du mal une pensée d'expiation et de lutte, mais seulement un appel au pouvoir et une malédiction sur la liberté 1
On peut désirer que l'unité de foi se rétablisse, et
I un peut ue
'. V, p. 2no.
LlSi: RT LA TOLÉflANCE, ' îl
on ne comprend guère, à \raidirL', que leshoiiimci?, UJ liennent en toutes choses ia tlivision pour un mnllar, la regardent comme un avantage dans les majëres religieuses. Mais la meilleure voie pour atteinte h celte imité, c'est eucore la tolérance. Elle répare maux dont elle est la suite onlinaii'e par les bienlits dont elle est cause.
Quelle preuve plus édatanle de ces bienfaits que l'histoire même de l'Église? L'iïglise a connu le péril les faveurs humaines. On Ta entendue déplorer des honneurs qui altéraient son caractère sans garantir sa liberté. On l'a entendue, inquiète d'une protecfon oppressive, s'écrier avec «n grand évêque ' : i L'empereur ne proscrit pas nos tètes, mais il nous enrichit pour nous perdre ; il ne nous pousse pas à la liberté chrétienne par des cachots ; mais il nous honore dans son palais pour nous asservir. » La kitle a-t-elle I pu jamais lui inspirer ces craintes? Qanl combat n'a I pas été pour elle une victoire? C'est quand elle est I seule en face de l'erreur, n'ayant d'autre arme que sa |,parole et d'autro appui que sa doctrine, c'est alors fqu'elle éclate. Alors elle déploie en un instant toutes Bes ressources, ses docteurs, ses saints, ses apôtres, et, s'il le faut, ses martyrs : ses vertus rendent témoignage aux vérités qu'elle enseigne, et ses œuvres siir-
I. Suint nilaive. Tableau (te l'éloquence chrétienne, par H. Vil- " iniftin.
humaines sont comme la révélation du Dieu qui rin»| spire.
• Il semble que des faits, déjà remarqués, aient rendu \' sensible cette divine économie. Saint Augustin naît le même jour que Pelage, et saint Ignace de Loyola est \ blessé à Pampelune au moment où Luther se lève contre la Papauté : comme pour rappeler au monde. ; comment TKglise doit combattre et vaincre.
Henri IV avait éprouvé cette puissance incomparable lorsqu'il était roi de Navarre ; il avait vu les effets de la tolérance accordée par Henri III et il disait au président Jeannin « que la guerre ouverte n'avait jamais fait tant de mal aux protestants que cette paix *. » Le mal fut bien plus grand après Tédit de Nantes. Ce qw^ affaiblissait l'Église faisait la force du protestantisme • Celui-ci n'était à craindre qu'à la condition de restée un parti; du moment où la lutte devenait purement re-^ ligieuse, il était vaincu. L'édit de Nantes, par ses privi^ léges, laissait, il est vrai, des armes aux protestants; mais, comme il assurait leur liberté, il leur ôtait toute raison de les prendre. Dès lors, les protestants se divisent dans leur conduite comme dans leurs croyances. Les plus emportés, qui, après avoir réclamé toutes les garanties contenues dans l'édit de Nantes, eussent
i. Mémoire de Jeannin, consulté par Louis XUI : S*il est plus expédient de faire la paix avec ceux de la religion prétendue ré" formée que de contiwjier la guerre.