‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 37 sur 181 · L'ÉGLISE ET LA TOLÉRANCE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LA TOLÉRANCE

io\flu, (^t Sully , aie faire absolument refuser, afin qu'il »nU de sujet pour rejeter la France dans les malheurs des euerres civiles * , » se consument stérilement dans leurs intrigues. Ils rêvent, au sein de leurs synodes, d( se bâtir des républiques éparses, tandis que l'unité nationale se relève avec la royauté; ils invoquent la protection de TAngleterre ou de l'Espagne elle-même, et on voit le duc de Bouillon concerter avec le roi persécuteur de ses croyances le renversement du prince qui leur a rendu la liberté. Bien plus, à Nîmes, dans le Béarn, là où ils dominent, ils refusent cette liberté aux catholiques, et il faut, pour les contraindre,

les instances réitérées et Timpérieuse volonté de ! Henri IV K

Cps excès demeuraient isolés et impuissants : comme l'avait prévu Henri IV, il ne devait plus y .'ivoir de guerres religieuses, mais seulement « des guerres d'Estat, » La plupart des protestants embrassèrent la paix avec transport, et trouvant la liberté à l'ombre du catholicisme, un grand nombre, sous Vintluence des prédications, des exemples, des con-

\. Œc. roynlrfi, t. Uï, p. 2.91.

2. Lettrfii misfiires, t. V, pp. 148, 159, 423. «Le prf'sidont de P >Tît vousdi'clnrera mon intontion sur lo i'étal)lîssoinpnt do la ^liL'ion ciitholiquo en Béarn. Je trouve fort mauvais quo, coulx i\f^ mon conseil y apportent telles longueurs, puisque par vous y- l'.Mir avois'faict entendre ma volonté. Quoique ce soit, je vf-ux estre obéi, sans rien retrancher de mon esdit. »"(P. KSO.)

s> LES AFl iltlK* RKMCIECSKS,

lioïcisps, de ces ripprocbemenls de chaque jour oii Ips préjugés se dissipent au contact de l'expérience, laissa peu à peu tomber ses croyanr«s et ses haines, r.' était, parmi ceux qui revenaient à l'Église . Harlay de Sanci, habile et ferme négocialeur; c'était de Fresnes- Canaye, ébranlé par ces conférences de Fontainebleau et d'} Nîmes, où il avait entendu l'êvèque d'Evreuxet le P. Colton. et qui devait, comme ambassadeur, seconder l'admirable conduite de son roi dans le démêlé du pape et de Venise; c'était Palma Cayet, mioistre dans les camps du roi de Navarre, et qui, à l'âge de soixante-dix ans, entrait dans les ordres sacrés et se faisait recevoir docteur en théologie. « Sous Henri IT, dit un historien protestant, les réformés se virent cernés el mis en danger par l'activité aussi énergique qn'étenduedesopioionscatholiques; ils commencèrent à ne plus faire de progrès, puis ils ne tardèrent pas à éprouver des pertes ; ils se plaignaient, dès le règne de Hi;uri IV, de la défection qui se manifestait dans leurs rangs '. » Ilenri IV encourageait ce mouvement par tous ses efforts ; il ne dépendait pas de lui et de ses vives instances que Sully ne se convertît ', et retirant d'entre les mains des huguenots le jeune prince de Condé, il rendait à l'Iïglise de France une race lie héros.

l.Rfinkft, Hisloire de la FapauU, t. IV,p.fH,

S. (£4. roaaks, t. Vil. p. 336. ,

L'ÈviLlSV: tT LA TOLÉRANCE. Ii3

Quelque? mois après la conférence de Foutuincbloau, ra grand événement semblait justifier les pressenti- Bttnls du roi : le pape Clément VIII avait accordé teindulgences du jubilé de 1600 à ceux qui, au lieu i'aller à Rome , visiteraient la cathédrale d'Orléans. Coeaffluence prodigieuse s'y rendit : dans cette église, rainée par les huguenots, et que devait, l'année suinnte, rebâtir Henri IV, cinq cent mille hommes, confessant le dogme de la présence réelle, s'approchèrent de la table sainte.

Ainsi Henri IV trouvait dans les progrès mêmes de lï^se la meilleure apologie de l'édit de Nantes. Il De manquait pas de les invoquer, à ce titre, auprès du Siint-Siége. En 1605, il chargeait son nouvel amhas- Mdeur à Rome d'exposer au pape Paul V les raisons

\. La cathédrale de Sainte-Croix garde encore rinscription ■:i:i iierpétue ce souvenir : « L'an 1600 de notre salut par N. S. J. C, le 10 novembre, dit cette inscription dont nous traduiv.'.js une partie, les restes des guerres civiles étant ensevelis, ;■;? îi'irtis éteints, la paix affermie dans tout le royanme, grâce :ii tK-s-glorieux roi Henri IV, Clément VIll, souverain pontife, l^Më de ia chrétienté, et les délices des Français, pour attirer .X çiàce do Dieu, détruire les hérésies et raffermir les colonnes '\h i'E'^lise, ordonna dans cette ville d'Orléans un jubilé de trois iiiois, auquel, de tous les points de la France et des autres par- •.iia du monde, se rendit une si grande alïluence de peuple, que la ville ne put contenir ses hôtes innombrablOvS, et quo noq cent mille hommes, cliose à peine croyable, reçurent, i'a.imiration universelle, la très-sointe eucharistie. » Le resto «!♦.• l'inscription raconte la munificence du roi, qui ordonna la >*t..iiratinri de l'églis^o.

B4 LES AFFAIRES RELmiEUSES.

et les avantages de sa politique religieuse. « La reli gion catholique, devait dire d'Halincourt au Saint Père, étant favorisée comme elle est de Tauthorité e solicitude de Sa Majesté, reprend et gaigne à veui ffl d'oeil sa première force et splendeur. En quoy «7 e* notoire à tous qu^ellea plus advancé depuis six ou sept ans que la dicte paix dure par les bons moyens que Sài'û Majesté a employés qu'elle n*avoit fait par les arme$^ durant le règne des roys Charles et Henry dernier, la France ayant esprouvé à ses despens que les maux qni ' proceddent de la diversité des opinions en la religion^ r quand ils ont pris racines en un pays^ veullent esire iraictés et pansés plustost par douceur et modérati(m que par violence et rigueur *. »

Les esprits étaient d'autant plus emportés vers la foi catholique qu'elle leur apparaissait dégagée des exc>ès ., dont les guerres civiles l'avaient obscurcie. L*Égli86 , préludait, par sa propre réforme, à la conversion des âmes.

1. Instruction à M. d'Halincourt^ s'en allant résider ambos* sadeur ordinaire à Rome au mois de juin i605. Mss. anc» fonds, 8964, p. 43. Bibl. nat

I^ES BëFORMES du CLERGi

t^ê^Jinibles résuHdis que les guerres civiles avaient eus pour TÈ^Iise. — désordre des diocèses. — Aveux et plaintes du clergé. — Etforts &e fleuri IV pour favoriser la réforme intérieure de TÉgiise et pour ■jtef, par là mème^ un prétexte aux protestants. — Accord du pape; du roi et du elergé pour amener cette réforme. — Les assemblées ia clergé et Henri IV. — Ordonnance de 1602. — Le concile de Trente. — Les évèques nommés par Henri IV. — Les établissements itUgieux. — Henri IV et saint François de Sales.

Les maux de TÉglise étaient grands t ce n*étaient pa5 seulement ses temples profanés, ses ministres persécutés, ses biens dilapidés; à ces triomphes partiels de la Réforme s'étaient joints les malheurs delà guerre. L'esprit de révolte, soulevé contre le trône, avait en- ^ilii le sanctuaire : la chaire avait retenti de déclamailous factieuses; l'autorité des évèques, compromise par des choix indignes, ou méconnue par ceux qui pi't'tendaient s'armer de l'autorité lointaine et souvent méconnue, elle aussi, du Souverain Pontife, avait soufkri comme la royauté.

Ou ne peut, pour peindre une situation si déplora-

IG LES AFKAi'RES UELIGIEUSES.

ble, qu'emprunter la voix du clergé lui-même, porlai dans l'aveu de ses misères le gage de leur répara lion. 11 Nous sommes venus pour nous accuser et no pour nous justifier,)! dit au roi l'évèque duMaus; au nom de l'assemblée de 1595, il représente a qui les trois quarts de l'Eglise de France sont dépoui'VU! de vrais et légitimes pasteurs : de quatorze archevêchés, il y en a six ou sept sans pasteurs, et d'ei viron cent évéchés, il y en a trente à quarante sai titulaires, et, parmi les tiiulaires, en y regardanl de prés, on en trouve plusieurs parvenus à cette dignité par voies illicites. Le désordie est encore plua grand aux abbayes; dans l'étendue de vingt-cinq dio* cÈses, il y a cent vingt abbayes sans abbés. Il coaciut de là la nécessité de renouveler les éleclionB et d'autoriser les bulles de Pic V et do Sixte V contre les f ontidences; il conjure le roi, à l'exemple des Machabées, de neltoyerile temple, de rétablir l'autel et do remettre les sacrifices que les guerres avaientabolis'.» Nui spectacle n'était mieux l'ait pour entretenii' la division des croyances. Le roi, comme le clergé, eut à cœur de le faire cesser. Il répondit à l'évéquo du Mans : « qu'il ne vouioit plus nommer aux évêchés « que peiïonnes capables qui sussent prescher et « s'acquitter de leurs charges; comme aussi il vou-

Lt:S IVÊVORMES DU CLI£KGË. M

ikit aviser de pourvoir dignement aux autres bénc-

tfices*. y) Et il ajoutait : « qu'il les exhortait à faire

«ce qui était de leui' charge, se réformant entre eux,

« el montrant les premiers l'exemple de bien faire, in-

■- struisant le peuple d'exemple et de paroles ; que

«c'était le vrai naoyen d'apaiser l'ire de Dieu, d'ap-

I porter un bon succès aux affaires, et de réduire un

«chacun à la vraie religion catholique, apostolique et

« romaine ; qu'étant les ecclésiastiques bien réformés

«et s acquittant exactement de leurs devoirs, il ferait

• hien revenir les huguenots à Tunion de l'Eglise ^. »

C'est toujours la politique de la lettre à d'Epernon :

maintenir l'Eglise dans sa sphère, mais la lui laisser

tout entière, et favoriser son triomphe, sans qu'aucune

autre force y paraisse que la vérité.

11 priait le pape, qui, du reste, l'avait devancé ^,

d'iuûr sa voix à la sienne : c( Je vous assure, écrit-il au

•Midinal de Joyeuse, que c'est aujourd'hui toute mon

ttude^la restauration de l'Eglise) et espère y advancer,

t;t proffiter beaucoup plus par la voye de la paix que par

toute aultre, pourveu que les prélats et ecclésiastiques

m'y assistent, en s'acquittant de leurs charges, coninio

iU sont tenus de faire : dont il sera très h propos i|ulls

.-oyent quelquefois excitez el admonestez par leurs su-

\. Id.f t. î, p. o77.

1'. /(/., t. J, p. oi<i.

\ Bref de Cluuieiit vni aux évoques de i'mnce, 17 août i^>i>^

perieurs et mesmes par Sa Saincteté, comme je vous prie luy dire de ma part ^ » Il renouveUit, dans le même sens, et avec un zèle qui aurait eu plus d'autorité s'il y avait joint l'exemple de sa propre vie, ses exhortations au clergé. Il écrivait de Villers-Cotterets à rassemblée de 1606 :

« Nos amés et féaux... nous avons bien voulu, mus du zèle de la gloire de Dieu et de la prospérité de son Eglise très saincte, vous exhorter et prier, ainsi que nous faisons par la présente, de toute notre affection, de redoubler votre soin, vigilance et devoir en vos charges et fonctions, afin que les loups n'entrent dans vos bergeries, etne surprennent et ravissent les ouailles que Dieu vous a baillées en garde et par compte, pour en répondre à la Majesté divine. Et, comme l'œil ordinaire du pasteur peut plus servir que toute aultre chose à soutenir et faire prospérer son troupeau, nous vous recommandons aussi la résidence de vos diocèses, à laquelle vous estes étroictement obligés.

« Davantage, nous vous admonétons, et prions très instamment de faire les visites de vos dits diocèses eu persoime, du moins en trois ans une fois; et par vos vicaires et officiers chacune année, afin de mieux reconnaître et sçavoir au vrai ce qui se passe, pour pourvoir, comme il convient, aux défauts et nécessités que

4, 1/ittres missives f t. V, p. i^O*

LES IIËFUIIMES [iU CLERC.K. sy

TOUS y ronconlperez ; à ce que mou peuple et sujet9 en reçoivent étUficatioD et as^istanoe, pour leur entière coDËolation , que nous leur souhaitoas et que tous leur devez.

' « Et afin que noua sachions et reconnoissionB aussi Hux qui s'acquitteront de ce devoir exactemeul et fidèlement, nous desirons que vous nous envoyiez un è)ub)e ou un extrait bien particulier des proc&s-verb&ux que vous dresserez desdites visites, tant de celles que vous ferez en personne, que des autres que voua eommettrez à vos dits vicaires et officiers, lesquels partout vous adresserez à nous-métneg, où nous serons pour seconder et fortifier vos diligences de notre autorité, selon notre désir el le besoin que nous apprendrons par iceux que vous en aurez.

K Et d'autant qu'il est nécessaire , pour mieux faire û'iiclirier la semence de vos bonnes œuvres, que le champ public de notre royaume soit arrosé des bénédictions qui naissent de la paix, union ci coucorile générale de nos sujets , nous vous commandons l'observation de nos édits, en ce qui vous concerne, comme nous reconiuKindons à vos bonnori prières noire peiïonne, celle de la reine, noire très chère compagne, et de notre très cher ûls le Daupbin, vous promettaot toute protection et faveur, avec une entière gratitude et reconnaissance du susdit bon devoir que vous ferez Uc servir Dieu et son Égliac, novis cûta-

plaire et vous montrer par vos actions vraiment dî^ '

gnes des charges que nous vous avons conférées *. » "

On aura peut-être remarqué dans cette lettre quel- -

ques expressions qui semblent léser les droits et la 11- >

berté de l'Église ^. Elles s'expliquent sans peine. C*é- ■-

tait la suite, ou, si l'on veut, le péril de ces maximes ■'

1. Procès-verbaux du clergé^ t. I, p. 185, aux pièces justifiea- ,. tives.

2. Citons, pour le même motif, ce fragment de la réponse & l'Assemblée de 1606 :

« ... L'Église est affligée, je le sçay bien; je désire apporter tout ce qui dépendra de moy pour la restaurer.

«... Je vous veux maintenant dire un mot en père. Je suis ^ offensé de la longueur de votre Assemblée et du grand nombre . de vos députés.

« L'on assemble ainsy un grand nombre de personnes quand on a envie de ne rien faire qui vaille; je m'en suis autrefois aidé. Je me suis étonné des brigues qui se font parmy vous autres; vous resjouissés par vos divisions ceux qui ne vous aiment point. Je veux à l'advenir que l'on ne face point un si grand nombre de députez; et, pour le présent, regardés d'abréger, ou autrement je vous retrancheray. Il y en a qui sont à faire bonne chère en ceste ville aux dépens des pauvres curez et qui font mesnage pour trouver plus grande espargne à leur retour. Souvenés-vous que nous allons entrer en caresme» quelles sont vos charges et que vos présences sont nécessaires en vos églises. Vous mettez par vos longueurs les pauvres curez à la faim et au désespoir. Je me veux joindre avec eux et avec les plus gens de bien de vostre compagnie (il en est bon nombre et tous en voudront estre, puisqu'il est question de gens de bien) pour faire donner ordre à la longueur du temps qu'il y a que vous estes ici; je seray le chassavant. Du reste, assurés- vous de mon affection au service de Dieu et à vostre proteciïou. » [Lettres missives, t. YI, p. u65.)

ijui faisaient du prince Vévêque extérieur, et l'expotûeotà la tenlalion de porter la main à l'autel, sous préleite de le soutenir. Tentation que les malheui*s Téoenl5,que le seizième siècle, avec son double ébranlement de la monarchie et de l'Église , rendaient plus forte encore l Henri lY estimait haut sa couronne , il Toulait la défendre à jamais des affronts que les pasdons religieuses et les ambitions politiques s'étaient unies pour lui faire. A cette résolution fermement gardée s'ajoutaient ses vivacités de langage, sa verve iamilière et cette humeur pleine d'abandon qui, jusque dans les matières les plus graves, ne le quittait pas. «Nous sommes mutins, ma sœur et moi, disait-il avec son aimable franchise, mais nous revenons vite. » Il revenait vite en effet; chez lui le premier mouvement était impatient, impétueux, plein de feu; puis, la réflexion avait son tour; la contradiction, qu il supportait à merveille, se présentait, et, dès que le vrai lui était montré, il n'hésitait pas à le suivre. Le clergé le savait; il n'oubliait point les promesses du roi : « Mes prédécesseurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat; et moy avec jaquette giise, je vous donneray les effects. Je n'ay qu'une jaquette grise; je suis gris par le dehors, mais tout doré au dedans *. » Aussi voyez comn^ml les choses se

t. U'ffrcs jïiissicdi, t. V, p. :iî.

k% LES AFFAIHfiS RELI&IKUSE8.

passent : Henry lY n'aime pas les lenteurs; il voudrait tenir rassemblée du clergé près de lui , à Gompiègne. L'assemblée résiste : Henriécrit pour lui donnerraison. Mais le clergé se souviendra que les longueurs déplaisent au roi. U le lui rappellera finement lorsque celui«ci lui enverra demander des fonds ; il s'excusera sur a rintention de Sa Majesté qui leur ayoit tant recommandé d'abréger cette assemblée, » et le priera de ti*ouyer « bon qu'ils achevassent l'ouvrage pour lequel ils étoient venus, l'assurant que la première chose qui seroit délibérée, après cela, seroit d'aviser aux moyens de lui donner tous les témoignages qu'ils pourroient de leur service et obéissance ^ i» Il en est de même avec le cardinal de Sourdis. Henri lY lui en veut de

n'avoir point suivi ses instructions au conclave. U le voit, et une conversation suffit pour rendre au prélat les bonnes grâces du prince ^.

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