‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 52 sur 181 · LA MONARCHIE APRÈS LA LIGUE · texte numérisé non relu

LA MONARCHIE APRÈS LA LIGUE

Comme il entreprenait successivement la ruine des aLus qu'il n'aurait pu renverser d'un seul coup, Henri IV traçait la voie aux réformes mêmes qu'il ne pouvait donner.

Le devoir des souverains n'est pas de devancer prématurément les besoins de leurs peuples, mais de n'en point contrarier le cours; il n'est pas de jeter une nation dans des expériences qu'elle serait incapable de soutenir, mais de favoriser son élaïi, d'ouvrir devant elle les grands espaces, et de développer de concert ses forces et ses institutions. Telle fut la conduite de Henri IV. Sa pensée, tout occupée du bien de ses sujets, s'élançait au delà de ses actes, et son règne n'est pas moins grand par les œuvres qu'il a préparées que par celles qu'il a accomplies. Il ne se contentait pas de pacifier la France. Comme il voulait pour elle tous les progrès, il la mit en état de les désirer et de les pointer tous.

C'est la réflexion qui se présente au sujet des Étals généraux.

Les États généraux. — Tristes conséquences que leur interruption en* traîna pour la monarchie. — Le règne 4e Henri IV n'en est pas res» ponsable. — Henri IV avait avant tout à rétablir l'administration et l'exercice des libertés locales. — Assemblée des aotabies. -^LMm* pôt ne dépasse pas le chiffre qu'elle avait fixé. — Toute la poli tique de Henri IV préparait le retour des États. — Instructions de ce prince pour faire recueillir les vœux des provinces, villes et communautés. — Députations envoyées annuellement au roi par les assemblées du clergé^ les synodes protestants^ les provinces et les villes. — Nature de l'ancien régime^ particulièremept gâus Henri IV. — A côté d'abus immenses, les privilèges Içs plus diven s'y soutenant les uns les autres, y entretenaient uo esprit public.

Les États généraux manquent au règne de Henri IV. Réunis quelques années avant son avènement» convofqués de nouveau, mais illégalement, par la Ligue, ils ne reparaissent que quatre années après ce prince, en 1614, et, depuis ce jour, hormis quelques réclamations isolées ou factieuses, il ne se parle plus d'eux jusqu'en 1789. Qui pourrait nier le malheur d'une si longue interruption? Les États généraux

LES ftTÀTS GÉNÉRAUX. 17

aclipvaifiiit la constitiilioD do la France; également iililes à la royauté et à la nation, tiont ils représentaient et dont ils eussent perpétué l'alliance, Si l'hérédité de la couronne, fixant dans l'immutabilité du ■ puToir les destinées des peuples, les préservait des bouleversements, les lîtats devaient à leur tour proléger la royauté contre l'incertitude des successions et maintenir, à travers les hésitalions d'un règne nouveau, la politique uationale. Ainsi ils offraient à la royauté un soutien qu'il lui fallut, même contre son gré, accepter de ses ministres. Hichelleu et Mazarin parurent quand les États furent tombés. Grands ministres assurément, de qui les services justifièrent avec celai l'influence. Et pourtant la souveraineté souffrit 4 celte influence. L'autorité, dont ils exerçaient les iilltibuts sans en revèlir le principe, s'altérait entra leurs mains, et, dans ces extrémités auxquelles les réduisait une puissance précaire quoique immense, dans ces efforts précipités pour conjurer une disgrâce en même temps que pour briser une faction, dans ce déploiement de violences ou de ruses mêlant ensemble le Lien du pays et la défense d'une fortune sans cessa menacée, l'esprit de la monarchie ne se reconnaissait pas.

A la vérité, il sortit bientôt do son ombre et se dévoila dans les splendeurs du dix-septième siècle. Mais, lorsqu' eut pâUce grand épanouissement, lorsque

se furent approchées les tristes et dernières années va d'un glorieux règne, le pouvoir des ministres signala ? son retour par des fautes malheureuses. Ce que ce ,^ * pouvoir devint dans la suite, ce qui se traîna derrière .y lui d'abus et de hontes, et tout ce que mirent entre le -^ trône et les sujets ces lamentables triomphes de la .. corruption ou de rincapacilé, on le sait. Les peuples, , écartés de l'œuvre nationale et ne sentant plus la „ royauté, s'isolaient en eux-mêmes. Ils demandaient aux chimères ce que la pratique des affaires n'était plus là pour leur apprendre, et on devait voir, au moment où se levaient de plus favorables présages, au moment où le meilleur des rois tentait de renouer l'antique union, cette inexpérience étonnée et hardie d'une nation qui , se retrouvant après de longues années appelée à délibérer sur son sort, veut refaire en un jour le travail d'un siècle, et croit venger l'oubli de ses institutions en consommant leur ruine.

Le règne de Henri IV demeure innocent de ces calamités. Que ce prince n*ait pas convoqué les États, qu'il n'ait point donné à ses peuples, comme l'aurait voulu Burke, une constitution régulière, c'est là un sujet de regret plus que de blâme. Ce fut moins la faute du roi que le malheur du temps. « Les faits historiques, ajoute, par un équitable retour, le grand orateur que nous venons de citer, ne m'ont pas fourni les moyens

LES ÈT.\T5 RÈNÈilAUX.

."décider d'une manière suffisante pour moi s'il s'est iamais trouvé en position de pouvoir mériter cette gloire '. » C'était, à bien dire, toute la question. Deux choses justifient Henri IV : la brièveté de son rèjne et l'étendue de sa tâche. Tout ce tpie supposaieut lesÉtatsgénéraux,tout ce qu'une constitution, à l'entendre dans son \rai sens, comme le fruit d'une longue histoire et non comme une théorie vainement aventurée dans le cours des événements, tout ce qu'une constilution eût été destinée à consacrer et à couronner, tout cela était bouleversé ou renversé. En présence d'une administration tout entière à créer, devant les menaces d'une féodalité renaissante, au milieu des difficultés soulevées de toutes parts par des espiits plus accoutumés ai: feu des combats qu'à l'ordre des délibérations, la ligne de Henri lY était tracée. Les réformes administratives devaient précéder les réformes poliliques. L'exercice libre et réglé des franchises et des institutions locales devait préparer les peuples aux institutions générales et aux grandes assemblées. A ce litre, ce qu'il faut considérer dans le gouvernement de Henri IV, c'est moins ce qu'il a fait que l'esprit dans lequel il a agi; ce sont moins ses réformes que ses tendances.

Henri IV tenta à diverses reprises de convoquer ]c.=

^^/leïi

iximis sur ia rùvoMinn de Fi-ance. Lettre au traHuetem:

États, C est de son camp qu'était parti, après la mort*''' de Henri lil, le premier appel aux États, et, dans oe$'*-'? conjonctures voisines du désespoir où il se retrouw''^après la réduction de Paris, il proposait à SuUy, wn'i^ pas dans une proclamation publique , mais dans If^ '^^ lettre fameuse où il lui racontait sa détresse , de coih ''«a sulter la nation ^ Quelques mois plus tard, les qot%« '*r^ l)les étaient réunis. Ce que le roi leur dem^ndaiti -' a nous l'eussions volontiers, disait-il, faict représenter '<£ en une pleine assemblée d'Estats généraus^ de ce ^ royaume, si ces armées et efforts de nos ennemys pei^ ' mettoient que Ton peust différer plus longuement de pourveoir et remédier au mal qui nous presse si vio« lemment *. X'

Les trois ordres se trouvaient représentés dans cette réunion. La célèbre harangue que leur adresse^ Henri IV fit bien voir qu'il ne se croyait pas mattr^ de leurs décisions. Il en avait lui-même écrit le texte, il en avait calculé toutes les expressions, et, lorsqu*oQ retrouve ce discours corrigé et raturé de sa propre main ^, on se figure, non sans étonnement, ce grand capitaine laissant là le glaive pour la plume, et méditant, entre deux campagnes, sur la façon dont il

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