‹ Henri IV et sa politiqueChapitre 56 sur 181 · LES PROVINCES ET LES VILLES · texte numérisé non relu

LES PROVINCES ET LES VILLES

Les provinces. — Assemblées provinciales tenues sous ce règne. — Liberté que leur laisse Henri IV. — Écrits publiés au moment des élections. — Les franchises municipales. — Droits et privilèges des villes. — Comment Henri IV répond à leurs résistances. — L'élec- . tion d'un maire à Poitiers. — Répugnance de Henri IV pour les mesures de rigueur. — Il ne veut pas confier la justice à des commissions. — Il la maintient aux mains des Parlements. — Ce qu'on pensait à l'étranger de ces scrupules. — Le duc de Biron.

Nous avons nommé les provinces. On voit leurs assemblées se réunir sous le gouvernement de Henri IV et témoigner par les difficultés qu elles lui opposent de l'indépendance de leurs délibérations.

Henri lY éprouvait, dans les commencements de son règne, quelque hésitation à les convoquer. Mais il faut voir dans quels termes il exprimait ses incertitudes :

(( Il m'a semblé à propos, écrit-il au maréchal de Matignon, de ne leur (aux députés de Bordeaux) re-

r.r5 PROVINCES ET LES VILLES. ICI

fuser ny accorder la tenue des Eslals de mon pays de Guyenne, dont ils m'ont faict instances, jusqvnsàce pe j'en eusse voaireadvis; carj'ay reconnu qu'ils l'affectionnent grandement, et toutesfois il me semble que le temps n'est pas propre pour faire telles assemblées, lesquelles ordinairement tendent plus à descharger mes subjects de despenses qu'à me fortifier et assister en mes affaires ; car chacun ne regarde phis loin maintenant que à sa commodité particulière, de sorte que je -yeuix que vous vous passiés de la dicte assemblée, s'i7 est possible, et quV//e soit remise en temps plvs opportun, si vous ne me mandés d'aiiUres raisons que celles quej'ay colligées de l'instance que les dicfs jurats m'en ont faicte, desquelles, en tout cas, je désire estre esclaircy devant que vous passer es outre*. »

Au moment où il écrivait celte lettre, Henri n'avait pas encore reçu l'absolution du pape : il trouvait réunis contre lui l'Espagne, les huguenots el les derniers ligueurs. Cependant il ne lui venait pas à l'esprit de supprimer les États des provinces; il se demandait seulement s'il ne vaudrait pas mieux les différer, et attestait par la crainte qu'il exprimait de ces assemblées la liberté qu'il leur laissait. Ces incertitudes d'ailleurs ne durèrent pas. L'avis de convocation des États de Guyenne parut dans l'année même qui sui-

i. 18 avril 1b9y. Lellre$ missives, t. IV, p. 343.

vit la lettre de Henri lY au maréchal de Matignon *• Il serait trop long d'énumérer les lettres de convocation adressées aux assemblées des pays d'États. En 1593, les États de Provence sont réunis et refusent au roi des subsides ^. En 1598, Henri convoque leg États de Bretagne, estimant, dit-il, € la tenue des dicts Estats nécessaire pour establir Tordre gui est requis pour le bien de mon service et le repos de mea subjects du dict pays ^ )> Ainsi se réunissent les États de Normandie, de Bourgogne, d'Auvergne, du Rouergue, du Périgord, du Quercy, du Languedoc*. Et ces assemblées n'étaient point de vaines formes couvrant les entreprises d'une autorité toute-puissante et laissant les peuples indifférents ou dupes. Elles préoccupaient les esprits; les écrits se multipliaient pour diriger le choix des électeurs et les délibérations des

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