Péréfixe, troisième partie
Celte institution des Parlements, l'ancienne monarchie peut s'en glorifier tout entière, et, comme faisaient les rois aux souverains des autres nations, elle peut la montrer, pour son honneur, aux regards de l'histoire.
C'est aux Parlements qu'elle doit une grande p.ii I de sa modération; c'est à eux surtout, c'est à leur résistance qu'elle doit de n'avoir point connu, dans l'ordre politique, les procédés déréglés et prompts des gouvernements despotiques, Quelque origine que les Parlements aient assignée àleurs droits, qu'ils les aient reçus de la libéralité des rois ou usurpés dans lestrou-
Ples rois les reconnurent. Les rois les avaient in- Eb pour défendre leur autorité ; les Parlements les tinrent pour la contenir. Soumettant à leurvérification les édits, les écartant de leurs refus ou les tenant en suspens, se relevant après toutes les chutes, triomphant de toutes les disgrâces, se retranchant contre la volonté royale dans des remontrances hardies ou dans une ahstention plus redoutable encore, ils offrirent l'exemple d'une institution se soutenant elle-mcme par l'effort constant de son indépendance. Les guerres de religion, comme les luttes de la Fronde, grandirent leur influence. Médiateurs entre les juridictions diverses, recevant les plaintes de toutes les classes, environnés du respect que commandaient en eux d'austères et fortes traditions, ils apparaissaient
comme les déreoeeurs suprêmes deg droits liieDBC&. Ls peuple n'accordait de valeur aux lois qu'autant qu'eUei: avaient reçu leur enregislvemeut j n'ayant plua les États généraux, il s'accoutumait à voir dans les Parlementi ses représentants.
Ce n'est pas qu'ils soient parvenus à remplaoei avantageusement les États. Aucune inslitutioo ne pou» vait combler le vide laissé par ces grandes assemblées i aucune assemblée ne pouvait parler au ûom de 1(: nation qu'élue par la nation elle-même. Ce qu'il fallu constituer en face de la royauté, c'était ud pooiç voir mobile se renouvelant avec les besoins du paya sk: s'iaspirant de ses \œux : les Parlements étaient héré^ ditaires, et cette hérédité, en assurant la liberté da leurs délibérations, risquait de l'égarer. Ils savaient déployer contre le trône une résistance courageusfli. mais ils la portaient trop souvent sur des mesures qui ne la réclamaient pas, et souvent aussi ne l'oppoeaielit point là où elle eût été le plus nécessaire. Par là mémsi qu'ils avaient liérité de quelques-unes des attributions des Étals généraux, ils leur étaient bosliles. Par U même qu'ils demeuraient immuables dans leurs cha^ ges, ils repoussaient les innovations; ainsi un les'^ lutter, sous Henri IV, contre le rappel des jésuiles Ht, l'édit de Nantes, et, tout aux approclies de la Révolu*, lion, refuser l'état civil aux protestants.
Assurément, ce furent là de graves et funestes
LES PARLEMENTS. m
reUP», et l'on peut aîee i-aisoQ les reprocher aux PartemenU; mais il n'en est pas moins vrai de dire qu'en l'absence des Etals généraux leur intervention fut, ttjH^t tout, un bienfait pour la royauté comme pour Itt France.
ta politique de Henri lY à l'égard dee institutione élabliei eemble se résumer dans ties rapports avGC les PaPlemeot». A ce litre, il importe de iuivre ces grands oorpe dans les diverses phases du régne. C'est une occMon de faire connaître, avec les eiïorts du roi pour ^^Ba^er des réeietaQces, les accents de son êlo'-
Qte 1994, Henri IV avait admis la prérogative deB Parlements : « Il faut, écrivait-il, que les taxes eoyent approuvées et autorizëcs par mes courts du parlement pouf, suivant les fonnes du royaume, les mieux foùe reeepvoir et valoir'. » Dis ang plus tard, rencontrant ropposition du Parlement de Paris A une de ces melures qui ae ressentaient des anciens abus : « Vous JiréB à ma court, répondait-il au président Forget, quej'ay trouvé fort bon qu'elle se soyt monstrée roide lors de la présentation des lettres d'abolition (accordées au sieur de Saint-Géran) et que je trouve fort bon qu'elieaytprisla voie des remontrances^. »
CjBê remontrances, lors même qu'il cherchait à les
1, Lettres missives, t. iV, p, 223.
î. M-, t. VI, p. 27. 1(J03. — CKc. royales, t. VII, p. 2,13.
lie Li; GOUVERNEMIîNT.
écarter, il n'en méconoaissait pas l'utilité. Il écrit lu Flèche au Parlement de Paris : <i Peadaut que vous TOUS arrestés à des formalités qui ■peuUestre seraient bonnes et considérables en toute auUre saison, nostré nécessité devient d'heure en heure plus grande et les occasions d'y remédier perdent '. »
C'était en 1593, à l'une des époques les plus périlleuses de son règne. Qu'on se représente ce princeau camp de la Fère ou de Cambrai, commandant à des troupes que le manque d'argent débande, ayant en face de lui un ennemi considérable, s'adressant aux villes, aux cours pour obtenir des ressources, et no rencontrant que des refus. Au moment de quitter Paris, il avait dit au Parlement :
a. Je m'en vais dans mon armée le plus mal accom* mode que peut estre prince. Vous m'avés, par vo8 longueurs, tenuicy trois mois : vous verres le tort qui a esté fait à mes affaires, quatre mois vous le feront voir. J'iiy trois armées dans le royaulme, je les iray trouver : j'espère en avoir la raison ; j'y porteray ma vie et l'eïposeray librement. Dieu ne me délaissem point. 11 m'a miraculeusement appelle à la couronne et m'a assisté jusquesicy; il m'assistera toujours: ses icuvres ne seront point imparfaites. Je vous ai remis en vos maisons ; vous n'esliés que dans des sales et
Lettres mimm, t. IV, p. 377.
Ï.ÉS PAHLEMENTP.
pelitefs chambres; je vous ai remis dans mon paiai Je vous recommande le debvoÎF de vos charges : soyés aussi soigneux de ce qui est du public que de tout en qui TOUS touche en particulier. Gardés que le veniu de la passion n'entre dans le cœur. Je vous aime autant qne roy peut aimer; mes paroles ne sontpointdedenx couleurs : ce que j'ay à la bouche, je l'ay au cœur. Le oaturei des François est de n'aimer point ce qu'ils Toyent : ne me voyant plus, vous m'aimerés, et, quand voua m'aurés perdu, vous me regrelterés. Je vous recommande encore le debvoir de vos charges, et empeschés que le poison n'arrive jusques au cœur. La France est l'homme, Paris est le cœur. J'ay trois armées estrangères dans mon royaume ; Dieu me fera la grâce de les chasser, et lors j'iray tenir mon lit de justice*. »
En vain il adresse et réitère, de son camp, ses demandes au Parlement ; on vain il lui ordonne de vérifier ses édils « sans attendre, écrit-il, aucune leltre de « jussion que les soixante-dix canons qui batlent Cam~ u brai et vous appellent à son secours ^, »
U lui faut venir en personne, et le 1" octobre, il adresse au Parlement ces belles paroles :
M J'ai faict un long voyage, mais non pas si long due j'eusse désiré; car, si j'eusse peu estre encoressix