Id., p
Itl LE GOUVERNEMENT.
sepmaineg par deU, j'eusse nettoyé toutes mes alfàîreé qui sont grandes, mais Dieu m'aidera comme il atou»jours faict. Je suis venu en poste sur l'advls de mes meilleurs serviteurs que ma présence estoil nécessaire, J'ay eu de l'advantage sur mes ennemys, mais la force ne vient poinct de moy, mais de Dieu seul. Vous dicte* que là où je suis, tout se porte bien. Il est vray, j'en loue Dieu, le conneslable de Castille n'a rien emporté sur moy. Je ne puis pas estre partout, voua sçavéa ce qui s'est passé en Picardie ; je vouldrois ne poinct m'en souvenir. Je ne veulx accuser personne defaulte de courage; an contraire, il y en a eu qui n'en atoient que trop. Si j'y eusse esté, cela ne fusl pas advenu, ny si l'on eust gardé l'ordre que j'y avoîs donné. Vous m'avés dict que je me bazarde trop ; je ne le fais volontiers, mais j'y suis contrainct, parce que, si je n'y vais, les aultres n'y iront poinct. Ce sont tous ■volontaires que je ne puis pas forcer. Si j'avois de quoy payer les gens de guerre, j'aurois des personnes asseurées que j'enverrois aux hazards, et je n'irois poinct; mais je n'ay personne. Force troupes me viennenttrouver, mais quand je les ay tenues quinze jours, je ne sçais qu'elles deviennent. J'espère, dans ce temps-là, veoir les ennemys, et ne laisser poinct deui milchevaulx, quiy sont, sans rien faire. Si je faismal, je ne vous en apporteray poinct de nouvelles, car j'y demeureray; si je fais bien, vous m'en aimerés da-
LES PARLEMUSTS. ii9
tantage. Mais il me fault de l'argeiil, et n'en peux avoir de plus clair que les édicts qim vous avés à pasjer dès demain ; et dictes à ceulx qui y apportent des difflcultés qu'ils sont cause de faire Iiazarder ma per* sonne. Si vous les passés, je vous en auray double obligation : l'une que vous aurés faict quelque chose pour mes prières, l'aultre que je n'iray pas tant aux Itazards; cap quand j'auray de quoy donner à mes gens de guerre, ils iront, et jeles laisseray faire. Mes Suisses m'ont promis de venir j usques à la rivière de Marne, mais ils ne passeront poinct sans argent. Faictes donc cela pour moy; faisans pour moy, vous faictes pour vous aultres. Je m'en vais mercredy. Je me porte bien, je suis venu au pas et retourne au galop. Il ne me fault rien que de l'argent. J'ay perdu mes meilleurs chevaulx; il faUlt que j'en achepte d'aullres icy pour mon voyage. Ce n'est poinct pour faire des masques et des ballelB, c'est pour chasser les enuemys on leur pays; j'espère les y mener battants ayant mes forces. l'ay six mil François; Sancy m'amène trois mil lansquenets ; les Estais m'envoyent des gens de guerre, et j'auray quelques secours d'Angleterre. Tout ira bien si j'ay de l'argent. Aidés-moi, et vous cognoiatrés que vous ne pouvés avoir un meilleur roy, qui vous aime plus et qui double moins bazarder sa vie '.
1, ieiiras missives, t. IV, p. 414.
> aime |
LE COIIVEBNEMEST.
ija même iodépeudauce se manifeste, ûu côté des Parlements, daus toute la suite de ce règoe, avec cette différence que, paraissant en pleine paix et devant un prince raffermi dans son pouvoir, elle était plus cou rageuse. Que d'ordonnances ainsi arrêtées 1 Que d'é dits fiscaux ainsi rapportés! 11 est certaines lettres de Henri IV dont le ton impérieux semble devoii* loui terminer, et on s'élonne de retrouTer, plusieurs années après, la mémo résistance continuant sur le même objet, et le roi finissant par lui donner raison ', Henri IV s'émeut parfois de ces luttes : il s'attriste de « voir, comme dit un vieil historien, qu'on le traite en jeune homme ^. n Avec la confiance, assez justifiée, qu'il désire et qu'il entend le bien de ses sujets mieux qu'aucim d'eux, il veut « estre creu absolument, suivant le mot de Pasquier, et un peu plus que ne l'a-
1. Pare][emp!e,au sujetdeslflltrespatentesda )3 avril 1501, qui séparaient du domaine de la couronne les biens de Henri ]V, le Partement de Paris résista jusqu'en juillet 1607, époque à laquelle le roi révoqua ses lettres patentes et conflciiia l'arrêt du 29 juillet l-ïOl, qui avait refnsé l'enregislrenieût. — 11 en est de même de plusieurs édits sur l'aliénation du domaine, aliénatiitn à laquelle les dettes contractées pendant la guerca civile réduisaient Henri IV, et dont l'heureuse résistance des Parlements sut empêcher l'effet. — Citons aussi, uniquemenl Qu point de vue de l'indépendance des Parlements, l'édit de Nantes, qui, promulgué en i 300, n'avait pas encore été admis, a la mort du roi, par toutes les cours souveraines, — Floquet, Histoire du parleinent de Normandie, t. IV,
I, Uiatoire de Benri lY, liv. IV, p. 838.
LES PARLEMENTS. lîl
Toiiîut fait ses prédécesseurs '. » Il est « marry, écrirat-Ului-même, que ces messieurs de la court du parlemeot ayent encore faicl les fols -. » El pourtant, à no prendre que les paroles prononcées de sang-froid et suivies d'exécution, il ne conteste pas le droit des Parlements. Qu'importe qu'il ait dit ; « Estant ce que je suis, je veux estre obey ; lorsque mon Parlement trouvera quelque difficulté dans ce que je proposeray, qu'il aye incontinent à en faire remontrance, mais sans tirer à longueur '. » Qu'importe qu'il ait dit ces choses si, sur le même édit qui les lui inspire, il cède aux remontrances du Parlement? Qu'importe qu'entraîné par cette vivacité qui se prenait facilement à un mot, il ait répondu au Parlement qui se disait son bras dexlre : « S'il est ainsi, vous me recognoissez donc pour vostre chef auquel il faut que la main dextre obeysse*? « Qu'importe si, dans la pratique, il se conduit par d'autres maximes? Faut-il juger de ses sentiments pour Sully par les paroles amères qu'il lui arrive de Uii adresser, et qu'il sait si promptement et si noblement réparer? Henri IV traitait les Parlements comme d'anciens et Ëdèles amis de la couronne. 11 les savait aussi Termement attachés à l'honneur de son trône qu'à l'ob-