Uttrcs mhsivee, (. V, p
It4 LE GOUVERNEMENT.
résistances tant de fois renouvelées, ces édits tant do fois repoussés, et qu'on se demande si c'est d'eux que se peut répéter ce qui se disait des lois présentées au sénat de Rome : qu'on les appelait indifTéremment a Sénatus-consultes et propositions du prince ^ )> Tant elles étaient d'avance acceptées ! tant étaient prompts ces vils esclaves à jeter sous les caprices du malti*e leur inépuisable bassesse I
i . Senatw^onsulttLS et oratio principùt
lE ROI ET LES SUJETS
Ûaracttra de l'époque do Henri IV. — Nul n'Était mieui fwt que Henri IV pour lui commander. — Portrpit de De prince. — Sae conseils à U. de Créqui sur la manière de ROuvcrner les hommes. — Comment il en feilTapplication. — Attention de Henri IV i s'éclairer de tous les avis. — Henri IV et Bassompierre. — La liberté des écrits.
— Les fautes de Henri IV, — Que penser de son ingratitude. — Il réunissait autour de lui les principaux: membres des partis opp usés.
— Hommes d'État de ce règne. — Henri IV et son conseil. — SuUy.
— Principales réformes opérées par Henri IV et son ministre.
Les gouvernements tempérés n'honorent pas moios les peuples que les souverains : car les peuples, autant que les souverains, ont concouru à les faire tels. On a pu déjà le reconnaître : la niodératiou de Henri IV n'était point seulement l'effet des qualités du prince, elle tenait encore au caractère de ses sujets. Les âmes étaient dignes des institutions. Epoque véritablement singulière, où les excès mêmes se revêtent d'une sorte de grandeur, où les fermes croyances enfantent
ttH LE 60mA5UE5T. 'iU
les màks cofirageSr oà respcre à tous les degrés, fttis pour domio'»' Uhk les ésarenieiits, le sentiment dî^â^ lluHmear. où lluHnme, Sonné dans les camps, agnenittï: à toutes les fortunes, habitné à rencontrer les diffical«À: tes et à les Taincre, à ne prendre conseil que de 8a.iii
propre résolution et à âe saurer du pâril par ses propresiiEi ressources, libre enfin c d*aToir le cœur haut et de le )k^
seuiir ' , i» sait demeurer debout dans la disgrâce comme i^
auprès du trône! ^
Les entraînements de la lutte et la hardiesse des ^ esprits, animant tous les sujets, s*étaient répandus i à la fois dans les lettres, la science, la politique» On ^ aTait TU les plus modérés comme Jeânnin, les plus ; indifférents comme Montaigne, poussés au combat* On yit de même Thumeur indisciplinée des hommes de guerre entretenir dans le calme de la pati le bruit des armes, et les vieux compagnons du roi de Nayarre garder contre le roi de France leurs traditions de liberté et de rénstaùce.
Quel souyerain pouvait mieut que Henri IV ôoûl«
mander à de tels hommes? Il avait associé leur destinée ;
à sa fortune; il avait partagé leurs maux, subi leurs privations, dirigé leurs triomphes; le premier d*entt^ eux partout et toujours, dans le malheur comme dans la gloire. Son génie flattait leur orgueil; sa malu,
i. LaFare.
LE ROI ET l.f,S SUJETS. liî
ferme et souple, les couteoait sans les blesser ; il mail à la fois les séduire i3l log dominer.
L'extérieur de ce prince répondait aux qualités si variées de 80u caractère. Plein de force et d'agi' lilé, propre à tous les exercices du corps dans lesquels les montagnes du Béarn avaient yu s'élever SDQ enfance, chasseur infatigable autant qu'inirépidc guerrier, il gavait en même temps, sur le Irûnc ou dans son conseil, se montrer roi. Son front vaste et comme inspiré, son regard vif et grave qu'ombrageaient d'épais sourcils, sou profil « royal ', » son Tiaage rayonnant, dont l'éclat plein de jeunesse res< sortait sur sa barbe grise u blanchie au venl des adver> silés, » tout ce mélange de douceui'et d'énergie, de gim* plicité et de grandeur, qui paraissaient dans son air, c'était lui-même, c'était l'homme tout entier. Nul ne possédait mieux l'art d'inspirer tout ensemble la confiance et le respect. Ou aime à le voir jouer et u faire le fol » avec ses enfants ; ou aime à l'entendre convenir de ses torts avec Sully et lui dire en lui touchant la joue * : « 0 ! ho! vous faites le discret, et estes encore en colère d'hier; or je n'y suis plus moy. Là, là, embrasaez-moy et vivez avec la mesme liberté que voire aviez accoustumé. Si vous faisiez autrement, ce seroit
i. Legrain. Décide, t. I, p. 4!
L(Ee. royales, t. VII, p. 211.
signe que vous ne tous soucieriez plus de mes affaires, et encore que je me fasche quelques fois, je veux que vous Tenduriez, car je ne vous en aime pas moins. » Mais s*il s'agit de soutenir l'honneur de la couronne, la dignité souveraine a tout à coup reparu sur ses ti'aits. Biron Ta reconnue, lorsque Henri IV, las d'épuiser inutilement les plus tendres accents de Tamitié, l'a quitté en lui disant : a Adieu , baron de Biron I » L'am« bassadeur d'Espagne, don Pedro, en sentira, lui aussi, la puissante impression; on le verra entrer d'abord dans la galerie de Fontainebleau avec sa mine altière et comme un homme qui veut faire connaître à tous de quelle redoutable monarchie il est l'envoyé ; puis, à l'aspect du roi, qui l'attend entouré de toute sa cour, changer de façon et soudain tomber à genoux devant cette grande majesté *.
Il existe une conversation de Henri IV, restée, croyons-nous, jusqu'ici inédite, qui représente à mer-
i . Archives curieuses de l'histoire de FrancCy première série, t. XIV, histoire des années 1605, 1606, 1607, 1608, p. 395, — Un contemporain a parfaitement rendu cette attitude à la fois familière et royale de Henri IV : « Traictant, au reste, tous ceux qui l'approchoient, dit Fontenay-Mareuil, avec tant de bonté et de douceur, qu'il ne paroissoit le maître qu'en ce qu'on ne perdoit jamais le respect avec luy, quelque bonne mine et faveur qu'il peust faire; sa seule vue, en tenant tout le monde dans le devoir, estant seulement, comme font tous les sages princes, qu*on receust la famili-aritéf mais non pas qu'on la prist. »
I,E HOl ET LES SUJETS. )*ti
veille la manière dont ce prince s'eDlendnit à gouverner ses peuples. C'est une instruction donnée do ■vive voix à « M. de Créqui, gendre de M. de Lesdiguières, » qu'il envoyait, avec la charge de lieutenant général, en Daupfainé *.
« Je vous veux un peu tanscr, lui dit Henri IV, et TOUS dire que tous estes prompt, colère, hault à la main ; vous vous en chastiez un peu, mais il faut perdre cela tout à fait. Je vous recommande donc l'humilité Eur toutes choses, de caresser, d'embrasser tout le monde et leur faire cognoistre que, comme particulier, j'entends de la noblesse, vous n'estes pas plus qu'eus, et que ma seule authorité qu'avez entre les mains vous distingue d'avec eux. Quand vous verrez Gouverner et aultres vieux cavaliers comme cela, il leur faut dire : « Mon père, c'est vous en effet qui commanderez, nonobstant l'autborité que le roy m'a mise entre les mains; je déféreray tousjours à voslre aage. « Que cela oblige tellement ces gens, qu'ils font tout ce qu'on TÇttt et sont les plus prompts à obéir... Que M. de Crequy doit user de prières lorsqu'il commandera, et que sa façon de gouverner doibt estrc différente de celle de M. Lesdiguières, lequel a comme conquis la
I. Extrait des registres de M. Forgel de Fresnes, secrélaire ffiiai, concernant la cliai'ge de liculenant général du Dauphioé, donnée par le roy k M. de Créqui, gendre de H. de I.esdi^&res, — Mss. Ftralauieu, porter, të^. irm. Bibl. nat.
province par armes et par son aage, mesme pour user *!d'authorité absolue, et que les vieillards parlent tous- '3 jours en grondant... qu'il devoit se rendre neutre et ". mesme à l'endroit de ses parents ; qu'il devoit prendre •■ peine d'accorder la noblesse ; qu'estant roy de Navarre •? il prenoit la peine de faire dix lieues et vingt pour . mettre ordre aux querelles, que cela luy attiroît le ! cœur de sa noblesse. Que mesme, aux procès, il devoit tascher de les appointer par voyes amiables, et ne solliciter le parlement ny pour les uns ny pour les
aultres qu'il devoit honorer ceux du parlement et
bien vivre avec eux ; que Sa Majesté faisoit plus avec sa douceur que les aultres princes et que le roy d'Espagne et l'empereur, lesquels, faisant les dieux, ne se monstroient à leur peuple qu'une fois l'année. » — Dict à M. le comte de Soissons, à M. le garde des sceaux et à M. de Fresnes : « Je viens de parler à Crequy, qui est ma créature et que j'ay nourry. J'ay parlé à luy comme un père à son enfant. Crequy, quand je me mettrayen colère, souvenez-vous que c'est un père qui se met en colère contre son enfant. »
Voilà qui peint, comme eût dit Saint-Simon. Le Béarnais respire et dans les conseils qu'il donne et dans la façon même dont il les donne. C'est toute sa politique et tout son caractère. Sans illusion comme sans vains ombrages, n'ayant des hommes ni une trop haute ni une trop basse idée, il n'est extrême
LE IlOI ET LES SUJETS, 131
ni dans ses détlaDces ni dans son abandon. Il aimait Sully, il lui témoignait une affection que nulle résistance ne put vaincre. Maïs il tenait sa fidélité • à l'abri de toute tentation : il lui promettait « le premier lieu de faveur et de crédit au maniement des affaires! « mais il ajoutait : a Ne vous attendez poini que je vous baille de grandes villes et de fortes places, parle moyen desquelles, vousjoignanl ou aux huguenots ou à d'autres factions, vous puissiez vous passer de moi, voire troubler le repos de mon esprit et la paix de mon royaulme quand bon vous eembleroil '. » Il caressait le duc d'Épernon, dont il redoutait les violences; il ménageait ses susceptibilités, tout en sachant les arrêter à temps, comme en ce jour où il lui écrivait : « Vostre lettre est d'homme en colère ; ne m'y mettes pas '. » Mais il cachait ses précautions sous ses prévenances, et il avait soin d'opposer à cet orgueilleux personnage, soit le duc de Guise, son rival, en Provence, soit le sieur de Montigny, à Metz, où d'Épernon avait les grands honneurs, et où Montigny, dévoué au roi, tenait la puissance '.
Son attention s'étendait sur loutee choses. Il n'était pas de sujet qui le trouvât indifférent, pas d'opinion,
1. OEc. recales, t. IV, p. teO; voyez aussi l'irfflïe, ilistoin de Benvile Graiiâ, trois, .me yariie,
2, Lettres missives, t. VI, p. 432,
182 Liù GÛUVËRNKMËNT.
si opposée qu*elle fût à la sienne, dont il ne se plût, quand elle était bien déduite , à écouter les raisons. Il allait lui-même rendre visite, non-seulement aux grands de sa cour, mais encore aux personnes considérables de toute profession : c'était là une prévenance à laquelle nul ne résistait; c'était aussi pour le roi un moyen de s'éclairer. Il les entretenait de la partie qui leur était à chacun familière, a s'estant estudié, dès sa jeunesse, a sçavoir un peu de tout pour s'empescher d'estre trompé *, » et il sortait de ces conversations mieux instruit et plus aimé.
Cette curiosité sérieuse était tellement éveillée en lui que même à travers les divertissements de la cour on la voyait paraître. Bassompierre en donne une preuve remarquable.
Le roi se promenait un jour avec quelques seigneurs dans sa galerie de Fontainebleau, lorsqu'on vint à parler de la guerre de Hollande. Le duc de Bouillon, qui était présent, prit feu à ce sujet, et développa avec une grande vigueur les motifs qui devaient déterminer la France à seconder la cause des Provinces-Unies. Henri IV goûta fort ses arguments : ils avaient été exposés en un si beau langage que chacun en était charmé. Bassompierre s'avise alors do prétendre que, si l'on voulait s'en donner la peine, on
i, Fontenay-Mareuil, p. 47.
LE ROI HT LES SUJIiïir. lïJ
fle loauquerait pas de raisons pour réfuter M. de Bouillon, Le propos est rupporlé ait roi : « Ayons-en le plaisir, » dit-i! aiissitùt, et il invite Bassompierre à justifier son assurance; vainement celui-ci s'excuse; il faut qu'il parle, et voilà cet adversaire improvisé des Hollandais qui prend parti pour l'Espagne et qui combat les Provinces-Unies. Si l'on en croit l'orateur, qui n'a pas coutume, il est vrai, de médire de sa personne, il réussit au delà de toute espérance. « Il faut avouer, s'écria Henri lY, que M. de Bouillon a raison, mais que Bassompierre u'a pas tort. » H semblait que tout fût terminé, et qu'il n'y eût là qu'un simple passetempB. Mais le roi ne l'entendait pas de la sorte. Il avait remarqué dans ce qu'il venait d'entendre des vues utiles pour sa politique, il voulut qu'il en restât quelque chose; il ordonna à Bassompierre démettre sa réponse sur le papier; il ne lui laissa pas de repos qu'il ne l'eût fait; et, le discours écrit, il le donna au ministre qui dirigeait sous ses ordres les affaires étrangères, àM. de Yilleroy '.
Autour de lui la plus "grande liberté régnait. Des pamphlets se publiaient où tous les détails du gouvernement étaient passés en revue et dans lesquels la critique ne s'arrêtait même pas aus pieds du trône.
1. Mcmnircs de Basson ipiei'i'e. — tolk-eiïon Micliautl et f'ou- ^t, l. XX.
131 LE iJOUVliRiNEMKNi'.
Henri IV n'y prenait pas garde, il savait que l'attachement ne se mesure point à la docilité;' il tirait profit des plaintes, et les traits qui y étaient mèïét excitaient sa gaieté plus que son courroux. Cette patience ne convenait pas autant à l'humeur de ses conseillers. « La licence d'imprimer est trop grande eoca royaume, mandait l'un d'eux àBeaumont; car chascun escrit et publie ce qui luy plaist quasi impunément, en quoy l'on espargne souvent le nom duroy aussy peu que celuy des aultres. >fais noslre maislre ne s'en soucie et ne donne pas tant de peine qu'il devroit : car aatureilemeut il mesprise telles vanitez et s'attache aux choses essentielles. Toutes fois, je dis que l'on peut faire les deux ensemble commodément '. »
Il n'auraitrien manqué à ce prince, et, comme parle Bossuet, sa gloire eût été accomplie, si l'on pouvait oublier ses mœurs. Une critique facile trouverait sans doute à les lui pardonner. Elle ne résisterait pas au charme de ces lettres dont elle voudrait seulement changer l'adresse, et, derrière tant de dérèglements elle ferait ressortir, pour les atténuer peut-être, cette vivacité de sentiment qui ne se conserve guère dans l'abus des passions, et qui tombe d'ordinaire avec les jeunes
L pait.i
I. LEtire de M. de ViUsroy à H. de Beaumoatj ambassadeur Angleterre, G août )60b, — Mas. Bupp!. ftaug. %', t. IV, Bibl. nat.
LE ROI ET LES SUJETS. ISt
et pures années. L'histoire n'a pas de ces complaisances. Elle peut d'autant moins g'y prêter que les de cette vie d'ailleurs si grande gardèrent de mesure, ^qui convient mieux à sa dignité e E à sa j ustice , c'est d'écouter Henri IV iui-même, c'est de l'entendre condamner ses faiblesses, c'est de chercher avec lui, dans Bon éducation, dans les exemples au milieu desquels il s'était formé, dans les séductions qu'une politique immorale avait, pour le gagner, multipliées sous ses pas, dans cette licence des armes commune aux deux camps ennemis, la seule excuse qui put leur être dounée ; c'est de le voir enfin demander à la grâce divine la force de se vaincre ', et, malgré les excitations conli-aires, approuver les véhénaentes réprobations que la chaire chrétienne, avec une liberté dont la reine Elisabeth ne laissait pas l'usage à ses prédicateurs, prononçait en sa présencç contre ses fautes ^
Si déploraliles qu'elles fussent, ces fautes n'exer cèrent pas du moins leur influence sur la politique do Henri FV. il mêlait à bien d'autres soins le soiu des affaires publiques ; mais, qu'elles le suivissent dans la vie intime ou que la vie intime les envahit elles-mêmes, les affaires publiques dominaient tout. Au milieu des