Mathieu, Ilistoire de Henri n% p
2. Mémoires et Journal de Lestoile, — Collection Michaud et Pûujoulal, 1. XV, p. Ssa, note.
1S8 LK GOUVERNEMeHT.
angoisses dfi la guerre, il écrÎTait au connétable de Moutmorenpy : u Je me plains de vous, mon compère, de ce qu'uyaDl veu mes bastimens e*. jardins de Paris et de Sainct-Germain , vous ne m'en a\és rien mandés, non plus en quel eslat vous avés trouvés vostre maison de Chantilly, vos promenoirs, VM jardins, vostre forcf* . et vos eei-fs. Je n'ay pas faict comme vous; car je m'en suis enquis fort particulièrement à M. le Grand (M. île Bellegarde, grand écuyer de France) vt à quoy vous passés le temps tout le long du jour. Fjicore que nous soyons accablés d'affaires, sy ne faut j'i s'y laisser Buccomber et quelques fois recréer nostre esprit à noua ' enquérir du ménage*. » A la marquise de Verneuil,
I lu contraire, il racontait ses efforts pour restaurer le
I royaume : « La France m'est bien obligée; car je
I travaille bien pour elle '. * Il pouvait tenir ce langage
!' devant la marquise de Verneuil elle-même; car elle
avait éprouvé que, dans les choses du gouvernement, ses caprices avaient moins d'empire que les avis de Sully, et que la première affection de Henri IV, c'était- Lie bien de l'État.
On a parlé de son ingratitude. Ce serait une triste pensée que d'ériger l'ingratitude en système politique : système misérablement intéressé et presque toujours
del
re, I ris 1
(. letlre? fiissivcs, t. lY, p. ^71 'V, p. 321.
LE ItOI ET LES SUJETS. m
funeste, qui consterne les fiJèlos, sans rendrt; l'iioiineur aux parjures, qui n'est pas habile et qui est ÎDique! Cependant, à supposer que Henri IV ail mal reconnu les services de ses anciens amis et b-op donné à ses adversaires, sa situation suffirait à expliquer sa conduite. La révolution dont il venait de triompher n'avait pas eu cet effet de mettre d'un côté tous les droits, de l'autre côté toutes les fautes ; d'un côté les innocents, de l'autre côté les coupables. Lu loi politique était derrière Henri IV; mais la vérité religieuse, alors intimement unie à la loipolilique, n'était-elle point avec la Ligue, et ne fallut-il pas que Henri lY, faisant lu premièraavance, se proclamât roi très-cbrélien pour être reconnu roi de France? Comment donc aurait-îl pu repousser les ligueurs au moment où il embrassait leurs croyances? Comment réserver le pouvoir à ceux dont il répudiait les doctrines?
Et maintenant, si l'on examine les faits, qu'on est loin de cette ingratitude! Le prince qui a promulgué l'édit de Nantes, qui choisit et garde pour son premier ministi'e un huguenot, qui, malgré les protestations, élève aux plus grandes dignités Lesdiguières, la Force, Bongars, qui sert en cachette et sur spri propres deniers des pensions aux protestants*, qui
1. (Ec. i-oyales, t. \U, p. 32. Sully iticonte qu'en 1595 a il Gvoit mis cinquante mil escus il part pour les meoiis plsisirs du roy (sur les fonds obtenus par suite de son eiamen des gé-
enfin, comme il Técrit lui-même, peuple sa maison d'officiers de la religion réformée *, ce prince peut-ii être accusé d'avoir oublié les prolestants? D'Aubigné, l'éternel boudeur, d'Aubigné, nommé maréchal de camp, gouverneur d'Oléron et de Maillezais, viceamiral de Guyenne et Bretagne, d'Aubigné Ta pré- ; tendu : déjà, pendant les guerres civiles, lorsque Henri de Navarre se trouvait dans le dernier dénùment, avec son pourpoint déchiré et ses troupes à solder, ne se plaignait-il pas de l'avarice du roi? Cependant il a fini, même dans ses Mémoires, par lui rendre justice; ses entretiens avec son prince, cette pâleur émue de Henri toutes les fois qu'on lui parle d'amitié, cette patience à entendre les gronderies de son vieux serviteur, ces scènes d'affection si touchantes et si vraies, voilà autant de témoignages irrécusables; Qu'on ajoute à ces témoignages les lettres de Henri lY: cellçs-ci où respire sa fidélité à tenir ses promesses de récompense et d'avancement, celles-là où il se rappelle au souvenir de Grillon qu'il ne voit plus, où il remercie de leur dévouement ceux qui l'ont bien servi , où il console ses amis, du Plessis-Mornay, Montmo-
néralités), qui ne s'estenâoient guères lors qu'en gratifications particulières à de vieux capitaines, soldats et serviteurs siens, dmt il ne voulut que Von sceust rien, à cause que la plus grande partie estoient de la religion, »
i. Lettres missives, t. YI, p. 680,