I.A FRA.NCE, L'I-GLlaE ET LES ETATS PROTESTANTS. IBl
tienté le cognoîsl et phisicurs le sentent ; VoSIre Béatitude en est trcs-marrie, et faict ce ([u'elle peiit pour y remedifT; mais ses peines, ses prières, ni ses vœux n« produisent en tous lieux mesmes triiicts ni mesmes effects. C'est a telle pliye qu'il faut porter les maius et pourvoir, si l'on \eut que la paix dure; car à Vi longue la patience des plus modérés lourneroit ni iulp£^tience et fureur. Tres-Saiuct-Pere, je l'eviteray tant que je puurray, comrue j'ay faict jusques a présent, nou pour la crainte du péril que ma personne peut courre, j'y suis trop accoustumé, et chacun en aura sa part, mais pour vivre en Roy Trcs-Chreslie», bien faire au public, contenter Yostre Sainctelé et me satisfaire a moy-mesme ^ »
Vm réponse à ces représentations, le Saint-Siège ne se lassait point d'intervenir, a Le pape est l'ennemy (les divisions cliresliennes, h écrit souvent Ileuri IV, et, tout exaspérée des manœuvres do l'Espagne, son àme guerrière se laisse conduire par le Souverain Pon- ■ tife à des rapprochements, Dien des diiléreuda furent ainsi apaisés, qui semblaient ne devoir tinir que par une lutte ouverte 1 En plus d'une occasion lo pape aurait pu répéter les paroles qu'il prononçait, le 7 mai 1608, en plein consistoire : «Félicilons-noiiS,
1. Auùt 1G02, —LuUrcs iucdiles de Henri IV, TceadWic^ lar le pcincc AnsusUii GaliUin, i>. i07.
très-phepB frères!..,., ^p vous annopce la paix...,. Le roi Trèg-Cbrétiea, sap3 autre motif que la pieuse dermaude du Siège apostolique, déojare î^yoir reppQcé à l'appareil menaçant de lia guerrie ! Ce que nous proclamops comme l'jiction glorieuse d*ua &ls très-dévoué *. »
Sans doute, la lutte était inévitable. La même nécessité, Ijss mêmes circonstances qui obligeaient Hepri 1 Vi comme le reconnaissait dément VIII , à entretenir r^mitié des protestants et des Turcs, devaient amener tôt nu tard upe rupture entre ce prince et la maison d'Autriche. Mais cette rupture, le Saint- Siège contribua pour und grande part à Téloigner, comme il aurait contribué, une fois l^s hostilités en*? gagées^ à eu abr^er le ^urs et à en déterminei hs conséquences.
l« UïïSé FonUmieu^ pprt^f. 4^2. ^ibi« nat.
riENHI IV ET LKS CATIIOLIOUES D'ANGLETEFtilE
^(Torlja de Heni'i IV pour «doucir le Eoi't des cgJJiDljquiiB dvu les psjs proleBlaDlEs. — L Aciglelerre. — Çommeiit blUabelh fut ?nieij<ïE: k rompre avec Rome. — Les mc^iaCES (la Pliilippa II parvitent la liut da cette princepse eo iiitùiessanC ï son Irïompiie rindépendaiice île l'ÀDKleterrG. — Dlvisiona uea calhnliques. — Lenra déflaiicee » l'éj^ard de Heor'i IV. — Protection que Henri IV accoide aux plus modérés- — Il les reiHipmaade aa SÛnt-Si^sç en même temps qu'à Ëlieribetb. — 11 fait valoir Duprf^s ds celte prieceese leurs iientimenls de Rdjlilé envers elle. — ËatiËfacLigo que la. raiue repsiMit ds i:et di^pou* lions. — Adoiici^Eemeuls npporlfs au lort de cetlB fi-aolion des ci. ttioliquea. — Conllanne que cca ritsultati inspireal aux catboltqucR envËn Henri IV. — Il continue U mtmt politique apr.Ë» l'aiiéQeiueDt de liuiqucsl". — Au Papo il recommandB la moOàratian, aui antholique» la patienue et à Jncque» 1" la douceur. — Progre» del caltipliques .en iugle^rre. — Ecarts de Osari IV pour Ieb unir, r' La conspiralioa des poudres. — Lu perïÉculion. — Heurj iV écrit à Jacques 1" pour qu'il ue froppe gue les loup^iliics. — Ses Bïboi'- Utîou« i ce prince. — Soa attuiftiqu & lui faire copualtie les seplimeutB GoucilinDts du Pape. — 11 l'engage k ne pas écrire contre la Buprématie 'lu 6aint-S'>£^ et se lefuse à réprimer lus réponses fuite» au livre publié par ce prince. — Il vput lui unïOïer le cardinal du Perron. — Eltut» de sa poli[i(|ue rcllgiouas on Anglu-
Eu mèQie lumps quo la l-*iipuulé s'i'lîot'i;ait de maiu-
tenir en boa iiccoril tes natious qui lui ùtaienl restées
[fidèles, Henri IV travaiilail à protéger les raiholitjiies
184 LA PACIFICATION RELIGlliUSE.
et à relever Taulorité du Saint-Siège dans les pays protestants. Deux politiques se rencontraient dès lors à la cour de Rome : Tune, qui donnait tout à la force, qui fondait sur la conquête la conversion des États séparés, et qui, allumant la guerre au cœur de tous les partis, n'arrivait en dernier résultat qu'à redoubler contre le Saint-Siège les animosités, contre les catholiques les persécutions ; l'autre, qui s'appliquait à éteindre les préjugés mutuels, qui engageait le Souverain Pontife à la modération et les gouvernements protestants à la douceur, et qui, loin de précipiter les catholiques dans des révoltes malheureuses, les conviait, pendant qu'elle-même agissait pour eux, à déconcerter leurs oppresseurs par leur patience. Cette- dernière politique, on l'a reconnu, fut celle de Henri lY. Elle se manifesta surtout en Angleterre.
Après avoir offert l'exemple des plus étranges changements, après avoir docilement revêtu les religions successives de ses divers souverains, l'Angleterre avait enfin consommé sa rupture avec Rome. L'entreprise de Henri VIII, passagèrement ensevelie sous les rigueurs funestes de Marie Tudor, se relevait pour durer, et ce qui n'avait paru chez l'ancien Défenseur de la Foi que la révolte grossière de passions contrariées, empruntait au caractère d'une femme vindicative et supérieure le trait d'un plan politique. Elisabethrégnait.
I HENRI lY ET LES CATHOLIQUES D'ANGLETERRE. ISS
I bsue d'une union qu'avait condamnée TÉglise, leoue en défiance par sa sœur, la reine Marie, et soupçoDQée d'hostilité à une croyance qu'elle protestait en ma de garder pieusement, déclarée illégitime par le fape à qui elle avait notifié son avènement, et voyant surgir des rangs des catholiques une rivale, Elisabeth, duberceau jusqu'au trône, s'était trouvée en lutte avec k Saint-Siège. Tout senlblait l'armer contre lui,rhon- Dear de sa naissance, les humiliations de sa jeunesse, rintérét de sa couronne. De ce tourment de sa ^ie elle fit l'âme de son règne. Elle brisa avec Tautorité par qui elle était exclue, et cette suprématie religieuse, an nom de laquelle son pouvoir était contesté, elle Tarrogea à ce pouvoir lui-même. Retranchée dans Forganisation anglicane comme dans une forteresse, elle mit tout en œuvre pour imprimer sa vengeance au cœur de ses sujets, et pour associer leur cause à son propre triomphe. C'était le moment où commençait à paraître après un long silence l'ambition de PhiUppe II.
Combattant, aussi bien que lui, pour un prétexte religieux; déployant, pour détruire la foi catholique, les mêmes violences que le roi d'Espagne pour la maintenir, Elisabeth ne différait de Philippe II ni dans les maximes, ni dans les procédés de sa politique. Mais plus habile que le fils de Charles-Quint, entendue aux affaires, avisée et fourbe, capable de clairvoyance
m LA PACIFICATIOiN RELIGIEUSE.
jusque dans ses passions et de ménagements jusque dans ses fureui*s, elle ralliait en sa faveur autant d'iniérêts que Philippe II en soulevait contre lui. Tandis que celui-ci, dans la diversité lointaine de ses imtnenses possessions, ne trouvait, pour ses propres desseins, qu'indifféi'ence ou hostilité, ËlisaÎDCth, resserrée sur lin étroit espace, voyait le courage de son
peuple éveillé au liioindre péril. Elle avait provoqué par de sourdes machinations les armements de Philippe tl; mais ces imprudences apparentes secondaient sa fortune ; c'était autour de son trône qjie ses sujets allaietit se grbilpër pbur conjùrei* lès daîlgèrs qu'elle àVait elie-rtiéiïie attirés sur eux.
Du jour où elle put montrer à rArigletérre, derrière là sUpréttiatie de la Papauté, le joug espagnol ; du jour où l'Àrlriàda catholique s^ébrdnlant enfin dans son fortttidable appdi*eil menaça tout ensemble iïndé^ pëiidàtitië ndiiotide et TÉglise établie, de ce jôiil' Elisabeth aVaît triomphé! Dé ce jout, elle pouvait tout oser, violer tous les droits, usurper tous les pouvtlit*s, et, les malins déjà souillées dii sang de MdKe StUart, pousser son œuvre à travers les spoliations, les mensonges, la corruption et la mort. Bien qtie les catholiques se fussent levés cdiitre l'Espagne, l'Espagne semblait atteinte de tous les coups qui leur étaient portés, et pour le génie britannique moins soucieux des lois de là conscience que de l*intéi'cl national, tant
I BENRl IV Et LES CATHOLIQUES D'ANGLETERRE. 187
d*eieëd ijui cHefdnt jusqu'au dernier jour contre la gtandeùr dô ce rè^é, semblent encore, à trois siècles de distance, utie Vktdire du patriotisme.
tîta autre tiiailiétif , plus grave peut-être, pesait sur ks catholiques, tis étaient divisés. La révolution aecoiîiplië au ÂUgletërrè les aVait mis à la fois en dehors de 1& lui Uiôbai^cliique et de la religion consti* idée : sublsôdtit leurs souftrances avec d'autant plus d'imtiatiëtiCë qU^ilë se sentaient fidèles aux vieilles b'oyattCëâ de l'ëUf pàfs^ ils tournaient leurs regards teistetil^ cUf(;lîgidniiàires étrang;ers, vers le Saint* Siège, et lé 8filiât-âtégë leur apparaissant, dans les ti«tal)tes de la t^MUcë, dëMèrè l^épée de TËspagne, É*êlail l*Ë6pagfJë qU^UH èfaiid nomÎDre invoquait. Influence déplorable qui, ftiôlàut leur intérêt avec le rticcès d'Uilë puissance ennemie, les posait malgré eiiî en adiret^sàil*es de l*indépendance nationale, et les re&dait IfOp soUVent Victimes d*entreprises dont ils tl'avaiedt pas été les (Complices!
Une partiel des catholiques répudiait cette influence. Résolus, dortime lés autres, à ne prêter auciin serment contraire à leurs croyances, ils cherchaient quelque fortnUlë qui, sans blesser la foi, pût satisfaire la réinfe. lie ces dissidenfces étaient nées des luttes entre frères également persécutés, des accusations mutuelles, sans doute exagérées des deux parts, et datis ces divisions les souffrances communes avaient grandi.
188 LA PACIFICATION UELIGIEU
Qjelles difficultés ces conjonclures n'oppo^aientelles pas à la politique française! Henri lY \oulait protéger les catholiques, et beaucoup d'entre eux se défiaient de ses intentions. Il avait besoin de chercher en Angleterre un appui contre l'Espagne, et il lui fal lait, en dénonçant les intrigues de la cour de Madrid, mettre à l'abri ceux dont elle prétendait venger la cause. Il tentait de se mêler des affaires intérieures d'Elisabeth, et il était tenu envers cette princesse toujours soupçonneuse à d'autant plus de ménagements qu'il ne la laissait pas intervenir dans les embarras de son propre royaume. Ainsi s'expUquent dans sa conduite des précautions, des incertitudes, des détours, sous l'apparente variation desquels une même pensée s'avance et fait son chemin.
Ses premières démarches sont pour les catholiques contraires à TEspagne. Ceux-ci venaient d'envoyer à Rome quelques prêtres chargés d'exposer au Souverain Pontife leurs plaintes et leurs vœux : Henri IV recommande ces députés à son propre ambassadeur. Il fait valoir auprès du Saint-Père la nécessité de donner quelque satisfaction à ces catholiques, qui s'effoi'çaient de concilier avec leurs croyances la soumission aux lois de leur pays *. Clément YIII ayant déféré à ses
\ . LeUre du roi à Harlay de Beaumont, son ambassadeur en Angleterre. 23 mars 4C02. Mss. ?uppl. franc., f^, t. I, f» 271.
lilïNBI IV ET LES CATHOLIQUES D'ANGLETF.ltRE. 169
i\is, Henri IV invoque aussilôl ces premiers résullats : il signale à lïlisabelli l'accueil fait par le pape âwx députés, le blâme jelé par lui sur les imprudences Su parti contraire; il montre à la reine son pouvoir affermi par ces témoignages, et il l'exhorte à en seconder l'effet par sa douceur ' ■
n ne se pouvait point qu'Ëiisabetli se remlil ouvertement à de tels conseils. Eût-elle été convaincue de leur justesse, elle se fût gardée de le laisser voir, éga-
1, Hts. suppl. rraiiç.,t.l, pari. ii,f>39l. Le roi à Bp au mont. i% sepif mbie ) 602. \i lacoola à son ambassadeur le succès des envoyés auprès du pape, et ajoute : « Ce qui ne pourm qu'eslre DtilealadicleDameeiasooEslat; car on ne peut plus se seryir du pcetesle et zèle de la religion pour machiner et allenler contre l'une et l'antre, ces bons preslres estant résolus avec tous ceux qui sont joims a eux en mesme religion, d'honorer, servir et aimer la dicte Dume et ceux de son conseil, en quelque lieu qu'ils soyeot, et s'opposer ey après fldellemeot a tous les anl- Ires qui feront le contraire, jusques a y eiposer leurs viea comme bons el loyaux subjects et compatriotes sont obligez de faire pour la conservation et deffence de lear Prince naturel et de leur pairie, qui est le fruict flue je ra'estois promis tirer de la faveur que je leur ay deparlie envers le pape et le collège lies cardinaux; que j'estimoroys davantage si la dicts royne le reçoit et gonste, comme en vérilé il le mérite, de quoy voua me donnerés advis. Vous en parferez aussy au dict Cecyl et sonderés s'il y auroit moien d'obtenir quelque faveur de la royne pour les dicls bons catholiques, afiiu de les fotiil'fler en la résolution susdicte. et par cet exemple retirer tes aultres du parti espagnol, asseurant la dicte Dame et le iliot Cecyl que je n'uy autre veue en cofaictquede leur bien faire el apporter quelque consolation a ces pauvres gens qui endurent pour la religion... u
190 LA PAClFICATtON RELIGIEUSE.
liement soigneuse de ne pas inspirer trop de confiance ^ aux catholiques dans leiir sécurité ^ à Henri IV dàbs -} sôii influence. Elle s'était à peine relâchée de ses ri- ^ giieUi:*à dâris l'd^iJlicatiôfa dès lois teligiëiiéës, et déjà ^ le nôtiibre dès catholiques croissait : il croissait, à ïrà- vers les périls et les disgrâces, jusqu'à inquiéter cette ? Ëglise établie, si forte pourtant de toutes les tetitatibns - Qu'elle offrait à rarabitloU oii à la peut, et les déiibti- j ciatioris, au tiiîllëu deê^Uëlles ôii regbette de rëtroiJvëf la voix persévérante des protestants de France *, signalaient; en les exagérant, leurs progrès à la teine : î( jamais, tnaridait Ë. de Ëeàumont à Villëroy, l'Àtigleterre ne fust si disposée depuis trente ans à rece- i voir leur (des ptëstrës atiglbis) doctrine (Ju'elld est . aujourd'nuy. >> (13 janvier 160^) ^. il ne doutait i point; cet état de choses durant, « que lisi plus graiide ; tidrtië de ces Jjeut)les ëlisëëfat été regaigriez ^ »
D'un autre côté, le bruit des bons offices de Henri IV S'était téJislhdU i)at*nii les fcatholiiîues. « Peut estre.
i, Lëltte d6 Beàiihibnt â Vîilèroy. à iiovembre il3d2. a ie me double 4iie les lid^ilëndts de France y auront fort aidé (à une proclàniâtlbii bonttë les catholiques). Car le sieur de la foritdlne, auquel ils ont toute leur confaance, s'est pldiiict souven* devant inoy du trop de liberté qiie les catholiq^iiés y avoienj par la peiniission des mihistres de la royiife... » Suppl. tranij., fy^ 1. 1, part, n, fo ^59.
2, Jd, t t, part. II.