Amhai^s. de M.deldBoderio,t.I, p. 138. A Villeroy.2l juin
divers, selon qu'il s'adresse au Saint-Siège ou à la République, il les exhorte à un commun accord*
A renvoyé de Venise, qui sollicitait son appui, il ^' fait entendre cette réponse : a L'alliance de l'Église, '^ dont je suis le fils aisné, m'est plus précieuse et plus ;^ estroicte que toutes les aultres. Personne ne voudra '^' quitter Rome pour Venise , ny sainct Pierre pour sainct "^ Marc, et moy moins que tous, de qui les prédécesseurs ^ ont passé les Alpes tant de fois pour secourir les Papes. ^ Ne doubtez point qu'en vous roidissant contre les censures, vous ne perdiez parties de vos peuples... Les princes voisins, et surtout le roy d'Espagne, profiteront volontiers de vostre débris; car, en moindre occasion, Florence, Sienne et Pise ont perdu leur première liberté. C'est une invention de Satan qui tasche d'affoiblir les cbrestiens par leur division, lorsque leur commun ennemy tend aux abois. Tousjoursfaudra-t-îl venir à quelque composition, ou demeurer à jamais Echismatique. Enfin, je ne trouve point dans la révocation de vos décrets tant d'inconvénients que dans le divorce d'avec la chaire apostolique ^ »
Ses dépèches confirmaient ses paroles. Il pressait son ambassadeur, Fresnes-Canaye, d'exposer au Séna' les raisons qui lui conimandaient la modération. Ayant appris que la République avait chassé les jésuites el
K Malthieu> Histoire de Henri IV, liv. III, p. 766.
UEMU IV ET LA SOUVERAlNIiTÉ DU SAIiNT-SlÉGK. 21P
foblîé un manifeste contre l'autorité du Saint-Siège, il consignait ses remontrances dans cette lettre admirable* : « Je suis très marry d'entendre que les
choses entre Sa Saincteté et ce Sénat prennent le chemin de desespoir et d'irreconciliation auquel il me semble que les parties s'enfournent de gaieté de cœur et de propos délibéré. Car quelle haste avoient ces Seigneurs d'ajouster le susdict décret aux autres escripts et actes par lesquels ils avoient jà offensé et irrité Sa Saincteté?. •,•• Comme s'ils esperoient gagner beaucoup en forçant ainsi la patience de Sa Saincteté, soubs prétexte d'abréger ce schisme ! Mais je prévois qu'il en arrivera tout le contraire ; car plus les offenses sont grandes, plus elles seront difficiles à reparer et terminer; et ne faut pas que ces Seigneurs croient que les autres princes espousent leur querelle si librement etTolontiers qu'ils feroient, si, au lieu d'embrasser les expédions qui leur seront proposez pour l'apoinc* ter, ils recherchent et practiquent ceux qui y sont contraires, en foulant aux pieds ou mcsprisant tout à faictla dignité etauctorité ponctiflcale par toutes soi les d'actions, cependant qu'ils prolestent l'honorer et tjc conserver en l'obéissance du Sainct-Siége. fi Vous dictes que la suspension des dictes ccu-
1. A M. de Fresnes-Canaye. 11 juillet ICOO. — Leffrcs msmes t. VI, p. 636-642.
îid I,\ l'.\Cll'll.,\TIO> llLf.ll.IliL-SE.
sures a esté souvent offerte par !e cardinal Yicraceel par autres, s'ils eusseni voulu la demaodrr, mais (Hi'its l'ont toujours rejellée, jiigeans ne le pouvoir Ifiie sans s'obliger, au bout du terme qui serait preflgé par icelle, à donner quelque contentement n Sa Siiincleté sur quelques-uns des poincts portez par I'ëicommunication : chose qu'ils ne veulent faire en aucune sorte, et par tant qu'ils ne consenliroul jamais que leur nom y soit employé, mesme avec le mien et en ma compagnie, quand mesine je leur donnerois parolle qu'ils n'en seroient esconduits.
« Je ne puis aucunement approuver ny louer tel conseil, car c'est proprement couper la broche à tout accommodement que de commencer par dureté fondée sur une considération dont la conséquence est Ires-légère et n'est pas nécessaire. Enfin, c'est'piuslostpoincliJler que se mettre à raison nyiiU debvoir de parvenir au bien d'un accord digne de la prudence de ce Sénat et du prince qui le regîst, lequel a, par la response qu'il vous a faîcte, montré plui d'animosilé contre la personne du Pape qu'il n'a eu d'esgard à la tranquillilé de sa patrie, ny estimé la sage remonatrance et amiable prière que vous luy avés faicte en mon nom. Car tout ce qu'il vous a dict des intentions du Pape, de son ambition insupportable, dos belles paroUes avec lesquelles il entend tromper un Sénat qui estbien aussy lin i l'entendre et descou-
HENRI IV ET LA SOUVERAINETE DU SAINT-SI Hr, c). S31
jrir comme liiy à se feindre et (Ussimiiler, avvc les Tepronhes de su conduicte en leur eudroîcl par l'exemiple de ses prédécesseurs, et les autres propos qu'il TOUS a tenus à la siiile de cela, a esté par luy alli'giié et reprcsenlé hors de temps et avec plus de passion ijiie de discrétion et utilité. Car, quand tout ce qu'il a Toulu vous dire du Pape seroil véritable, estoit-il besoin de le récapituler sur la proposition que vous Iny avés faicte de ma part, par laquelle vous luy avés seulement demandé, au cas que je puisse obtenirdu Pape la suspension de ces censures, ce que la Hepublique Youdroit faire de son costé pour le contentement de Sa Saineteté, et pour me tesmoigner et à tousles prinees chrestiens, qu'il ne tiendra jamais à ladicleRé- |)ublique que ceste affaire ne soit traictée avec toute doulceur et respect convenable entre le peru et les «nfans? Pourriés-vous leur parler plus respectueusement et équanimenl, pour les acbeminer à se mettre [en quelque debvoir do correspondre par leur prudence à l'affection et sincère intention de laquelle je Buis conduicl?
I« Quelle raison a ce prince d'attribuer à ambi'.'on la déclaration que vous lui avés faicte de la volonté que le Pape protestoit n'avoir jamais eue de blesser l'auctorité de la République, et qu'au contraire Sa .lÉJaiocteté seroit preste pluslost à l'aceroistre et aug* icntBT dp tout cti qui (Irpeud (IVlln? Vérilalilemcnl, il
me semble qu'il eust peu respondre avec plus de mo- . deration et retenue, tant pour le respect qu'il convieot ^ et déclare vouloir porter à la dignité pontificale que pour ma considération et pour Tinterest que la Repu- , blique a de sortir de l'embarrassement où elle se trouve, et, en tous cas, justifier devant Dieu et les . hommes son procéder en ceste occasion. Car il faut qu'elle croie que leur cause ne sera favorisée des autres princes et potentats chrestiens, sinon autant qu elle sera estimée juste, non-seulement au fonds, mais aussy au progrès et en la conduicte d'icelle, et d'autant plus que chacun estime avoir interest pour le bien de son Estât que ce différend soit bientost assoupy et comr posé pour les divers inconveniens et accidens qui en peuvent naistre : tellement que celle des parties qui sera recognue empescher le dict accord attirera sur elle l'ire de Dieu, le blasme et le reproche des siens, avec la haine et la malveillance de tous les autres ausquels toutes sortes de considérations et raisons m'obli* geront de me joindre, voire de servir d'exemple; car, comme Roy Tres-Chretien et premier fils de l'Eglise, je doibs espouser le bien gênerai d'icelle par préférence »
Au Souverain Pontife, Henri IV tenait un autre langage. Il le suppliait de se prêter à quelque accommodement. <c Le Pape, disait-il au cardinal Barberini, ne doit pas se rendre implacable. Le père ne doit déshc-
HENRI iV ET LA SOUYERAIN&TË DU SAINT-SltiiE. ill
nier ses enfants que la larme à ^œil^ n II écrivait à
Sud Y lui-même : «Nous prions Votre Saincleté
en contemplation de la tres-«ffeetionnée et singulière supplication que nous luy en fidsons, vouloir escuser, lemettre et oublier les &ultes que les dicts duc et République de Venise peuvent avoir commises envers Tolre Saincteté et le Saint-Siège, affin qu'ils le pui:r- WDt amender conune il convient, de quoy ils seront par nous admonestez de se mettre en tout debvoir ; estant certain, Tres-Sainct Père, que plus Votre Saincteté exercera et cstendra sa bonté et sa miséricorde en ceste action, plus elle obligera toute la Chrestienté ii hault louer et bénir son saint nom et sa prudence, au grand ccmtentement de ses vrais et affectionnés enfans, et à la confusion des ennemys de l'Église de Dieu, lesquels s'attendent déjà de proffiter extraordinairemeiit de la discorde présente '. »
Cependant les Vénitiens ne pouvaient se persuader que Henri IV se tournât jamais contre eux. Leur ambassadeur tenta un dernier effort et vint lui demander quel appui, en cas de guerre, la République aurait à allendi'e de ses armes. Henri IV ne lui laissa aucun espoir : il lui déclara nettement, raconte un vieil historien, <i en la grande galerie du Louvre, le 25 jan-
\, Matthieu, Histoire de Henn IF, liv. 111, p. 744. 1». 20 juin iCM. Lettres missives, t. VI, p. H*?:;.
2ii LA PACinCATlON RELIGIEUSE.
vier 1G07, qu'il seroit tousjours pour le Pape, mais;^;^ qu'il feroit tout ce qu'il pourroit pour ne réduire les ;*, affaires en ces exUemitez; que si les Vénitiens reftt-.. soient les conditions que Ton jugeoit raisonnables, on ^, les verroit dans peu de temps la proye de leurs voi ., . sins *. » ^
Cette politique, patiemment suivie, devait porter ses ^; fruits. Les dispositions de Henri IV avaient d'abord, à , Rome comme à Venise, paru trop réservées. On eût , voulu qu'il prît ouvertement parti, et Fresnes-Canaye, , fatigué des sollicitations contraires qui lui étaient . adressées, invitait le roi à leur imposer silence en se décidant^. Henri IV s'y était fermement refusé. Il prévoyait que la première ardeur une fois tombée, une nécessité mutuelle provoquerait des deux côtés un retour vers la paix. Les autres puissances, par leurs conseils violents, avaient rendu d'avance, pour le jour où il serait question d'un accord, leur médiation impossible. Henri IV préparait la sienne par sa modération.
Lorsqu'on vit son ascendant grandir et ses efforts près de triompher, les pacificateur se présentèrent en foule. L'Espagne, l'empereur, le duc de Savoie vinrent successivement s'offrir au Saint-Siège, s'engageant à lui obtenir des conditions bien plus favorables
I . Mallliieu, Histoire de Henri IF, liv. UI, p. 744, *J. Ambass. du Fros^nrs-Canaye, t. Ml, p. 27.
HENRI IV ET LA SOUVERAINETÉ DU SAlxNT-SIÉGi:. i^j
([ue celles dans lesquelles Henri IV l'exhorta it à se renfermer*. Ces tentatives retardèrent le déuoiiment sans Tempêcher. Le Pape se tourna un moment vers la cour de Madrid; il parut écouter ses propositions. Henri respecta ces incertitudes; il savait que les promesses de l'Espagne n'étaient qu'un leurre, et il comptait que les hésitations du Souverain Pontife seraient courtes. PaulV, éclairé bientôt sur des espérances dont on ne l'avait bercé que pour écarter le rm, revint à lui et le pria de ne point cesser son entremise.
Henri IV reprit l'œuvre. Secondé par ses habiles ambassadeurs, le cardinal du Perron et le cardinal de Joyeuse, qui, tantôt à Rome, tantôt à Venise, portaient, rehaussée par Tautorité de leur rang et par récîat de leur renommée, la sagesse de leurs conseils, il pousse activement la négociation. Plus elle approchait du terme, plus il semblait préoccupé. Jamais sa gloire ne s'était mieux confondue avec l'intérêt de la chrétienté. Il insista longtemps dans ses instructions pour qu'une dernière clause, le rappel des jésuites, fût ajoutée à l'accommodement. Il accusait a Topiniastreté » des Vénitiens, qui se refusaient à ce cette juste demande. » Ne pouvant les convaincre, il engagea le
\. Amhass. de Fresnes-Canaye, t. ilï, p. 473, au cardinal do
Joyeuse, mars 1007.
Pape à se relâcher de cette exigence, lui représentant^ ; par la voix du cardinal du Perron, que, prolongée sur r ce seul point, la résistance de l'Eglise perdrait son grand caractère. Le prince qui avait établi les jésuites à Constantinople, ajoutait le cardinal, saurait bien d'ailleurs les ramener tôt ou tard à Venise. La mesure, en effet, ne fut qu'ajournée, mais ajournée bien au delà du règne de Henri IV. Les jésuites rentrèrent à Venise sous le pontificat d'Alexandre VIII.
Quant aux autres conditions, Henri IV en surveilla avec soin le rigoureux accomplissement. Les ecclésiastiques prisonniers furent remis, comme il avait été convenu, aux commissaires du Pape; le cardinal de Joyeuse donna, au nom du Saint-Siège, l'absolution & laRépubUque. Cependant quelques formalités n'avaient pas été observées. La cour de Rome se plaignait que le Sénat de Venise n'eût pas révoqué dans les termes prescrits son . manifeste contre l'autorité pontificale; elle lui reprochait en outre d'avoir excepté quelques religieux de Ta mesure qui devait, sauf les jésuites, les autoriser tous à rentrer. Aussitôt. Henri IV, avant même d'avoir vérifié l'exactitude de ces accusations, écrit au cardinal de Joyeuse pour qu'il soit fait droit aux réclamations du Saint-Siège : « Je souhaite d'en-
4 . Lettre du cardinal du Perron au roi, 5 avril i 607, — Mss, Fontanleu, portef. 452, — BibL nat.
HENRI IV ET LA SOUVERAINETÉ DU SAlNT-SII'Gli. 2i7
ti»« affection, lui dit-il, que Sa Sainclelé soit satisfiûcle de Tacte autenliqùe que luy avés envoyé pour coofirmer et fortifier le premier, et qu'Elle reçoive bien la revocation sincère que ces Seigneurs annonçait avoir faicte par iceluy; mais en cas qu'il en arrive aultrement e1 qu'Elle continue et insiste que sur cest article il luy soit donné par la Republique le contentement que je me suis engagé de parole a luy procurer, je veux et entends que vous faciès office envers ce Sénat tel que jugerés convenable, à ce qu'il satis-
fcce à quoy il m'est obb'gé, et moy à Sa Sainteté pour ce regard; car je ne puis ny doibs souffrir que
ma dicte parole, que je tiens si chère, y demeure embarquée*. »
Ainsi se termina, au grand déplaisir de l'Angleterre et à la confusion de l'Espagne ^, une lutte qui avait failli embraser l'Europe.
Cette négociation mit en leur vrai jour les intentions de Henri lY; elle montra quelles difïé-
\, 49 jnîn t(>07. Lettres missives^ t. VII, p. 279.
2. Ambass, de M. de la Boderie, 1. II, p. 185. 20 avril iG07. tVrai est, m'ajouta-t-il (Jacqucsl'"'), qu-'il y avoit trois ou quatre clioses qui lui donnoient de Toûibrage : la 'première, cette grande ardeur avec laquelle Votre Majesté avoit entrepris Vacmd d'entre Je Tape et la Seigneurie de Venise. )> De son coté, Fresnes Canaye écrivait : « Nos Espagnols en (de la paix) sont U confus, qu'il y a plaisir à observer leur contenance, » Ambass.,
m, p. ms. 7 avril 1607, à M. d'AIincourt,
g?3 l\ PACinCATlON UKLIGIEUSE.
ronces séparaient la cause de la maison d'Autriche de la cause de l'Église, les desseins des protestants des vues du roi de France. Elle rapprocha à la fois de Henri IV la Chaire apostolique et la Répubhque de Venise, et, par elles, l'Italie tout entière. La Seigneurie voyait en lui, disait le doge en plein sénat, « le vrai appui du repos et du bonheur de la chrétienté * , » et, sous le portique de Saint-Jean de Latran, une statue s'élevait à Rome en l'honneur du roi, du défenseur de l'Église, Propugnatori Ecclesiœ^.
Telle fut au dehors la politique reUgieuse de Henri IV. C'est pour l'avoir laissée dans l'ombre qu'on est arrivé à se former sur les desseins de ce prince une opinion si contraire à l'idée que son siècle en avait conçue. Ne tenant compte ni de son zèle pour les catholiques persécutés, ni de son dévouement envers Je Saint-Siège, on n'a reconnu en lui que l'allié des puissances protestantes et l'adversaire de la maison d'Autriche; et, par une autre errreur, on a personnifié dans les puissances protestantes la liberté de con* science, dans la maison d'Autriche l'Église cathoUque. On peut voir maintenant ce qu'il faut penser de ces confusions; on peut voir si ce grand ennemi de la t:olitique espagnole fut en même temps l'ennemi de