‹ Henri iv.: sa vie, son œuvre, ses écritsChapitre 31 sur 39 · I. — Henri de Bourbon, prince puis roi de Navarre · texte numérisé non relu

I. — Henri de Bourbon, prince puis roi de Navarre

Au Roi mon Père.

De Paris aux premiers mois de Tannée.

Henri de Bourbon, prince de Navarre, naquit dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553; au commencement de 1562, il n'avait guère que huit ans. — La présente lettre est écrite de Paris où il se trouvait avec sa mère Jeanne d'Albret et sa sœur Catherine. Son père, Antoine de Bourbon, était sâns doute à Tarmée. — L'écriture de la lettre est bonne et Torthographe assez régulière.

Mon père, quand j'ai su que Fallesche * vous allait trouver, incontinent je me suis mis à écrire la présente, et vous mander la bonne santé de ma mère, de ma sœur et la mienne. Je prie Dieu que la vôtre soit encore meilleure. — Votre très humble et très obéissant fils,

Henry.

< Sans doute Falaisché, maître d'hôtel d'Antoine de Bourbon.

274 TROSIÈME PARTIE.

A Larchant.

Jeanne d'Albret était résolument calviniste. Les catholiques de la cour de France, redoutant son influence sur Tesprit de son faible mari, Antoine de Bourbon, parvinrent, à force de cajoleries, de belles promesses, de séductions de tous genres, à le détacher d*elle, à le décidera la répudier et même à la faire arrêter. Elle se sauva vers ses États accompagnée d^une suite nombreuse de huguenots, et même de catholiques, décidés à la défendre s'il y avait lieu. C'est à un gentilhomme de cette suite, Nicolas de Gremonville, seigneur de Larchant, que le jeune prince, resté à Paris, écrit la lettre qui suit :

Larchant, écrivez-moi pour me mettre hors de peine de la reine ma mère; car j'ai si grande peur qu'il lui advienne mal de ce voyage où vous êtes, que le plus grand plaisir que Ton me puisse faire, c'est m'en mander souvent. Dieu vous veuille bien conduire et reconduire en toute sûreté : Priant Dieu vous conserver. De Paris, le vingt-deuxième ^ jour de septembre.

Henry.

A Madame ma Mère.

Le jeune prince de Navarre, sous la direction de son précepteur la Gaucherie , continuait ses études à Paris au collège de Navarre.

Ma mère, je vous retourne Ferand, avec Tétat des livres qu'il faut pour le surplus. Je vous prie y vouloir joindre quelque argent qu'il vous plaira, n'ayant plus

1 L i grande collection des Lettres missives de Henri IV, t. I,p.3. porte par erreur vint-ehisiesme. L'autographe dil vin/-rf^M«te«m<'.

Èmm DE HENRI IV. 375

que bien peu de celui que m'avez laissé, et remercier la bonne Tignonville * de son présent. Mais ne m'en peux servir ici, se devant effaroucher les Romains * à telle artillerie; et, me recommandant à votre bonne grâce et amour, je prie Dieu, ma mère, qu'il vous tienne en telle bonne santé et contentement qu'est présentement.

Votre très humble, obéissant et affectionné fils,

Henry.

19* DE L'aGB.

A Monsieur d'Arros

Mon lieutenant g^énéral en mon royaume et souveraineté de Béarn.

Le mariage du prince de Navarre avec Marguerite de Valoif*, sœur du roi de France, était arrêté. — Jeanne d'Albret 8*occup^t À Paris des préparatifs de ia noce. — Le prince de Navarre s^y rendait de son côté avec une suite nombreuse de huguenots. — U était arrivé à Gtiaunai, en Poitou, lorsqu^il reçut la nouvelle de la mort de sa mère, arrivée le 9 juin i572. Reviendra-t-il sur ses pas, poursuivra-t-il sa route?

Monsieur d'Arros, j'ai reçu en ce lieu la plus triste nouvelle qui m'eut sçu advenir en ce monde, qui est la perte de la reine ma mère, que Dieu a appelée à soi ces jours passés , étant morte d'un mal de pleurésie qui lui a duré cinq jours et quatre heures. Je ne vous saurais dire. Monsieur d'Arros, en quel deuil et angoisse je suis réduit, qui est si extrême que m'est bien

^ Gouvernante de Catherine de Bourbon, sœur du jeune prince. * f 40 présent consistait sans doute en livres propres à effaroucbf r les catholiques.

malaisé de le supporter. Toutefois , je loue Dieu du tout. Or, puisque, après la mort de ladite reine ma mère, j'ai succédé à son lieu et place, il m'est donc de besoin que je prenne le soin de tout ce qui était de sa charge et domination ; qui me fait vous prier bien fort. Monsieur d'Arros , de continuer comme vous avez fait en son vivant la charge qu'elle vous avait baillée , en son absence, en ses pays de delà, de la même fidélité et affection que vous avez toujours montrée, et tenir principalement la main à ce que les édits et ordonnances faites par Sa Majesté soient à l'avenir, comme je désire, gardés et observés inviolablement, de sorte qu'il ne soit rien attenté ni- innové au contraire; à quoi je m'assure * , que vous vous emploierez de tout votre pouvoir ; et vous, croyez qu'en récompense je n'oublierai jamais tous vos bons offices, pour vous les reconnaître, là où j'en aurai lé moyen, d'aussi bon cœur que je prie Dieu, monsieur d'Arros, vous tenir en sa sainte garde. De Chaunoy, le treizième jour de juin mil cinq cent septante-deux.

Votre bon maître et ami,

Heîhry.

Je vous prie tenir la main surtout à la observation des ordonnances ecclésiastiques ; car la dite feue reine ma mère m'en a chargé particulièrement par sou testament *.

> Je suis assuré.

< Sentiment rare chez les nouveaux rois que ce respect pour les volontés de leurs prédécesseurs.

tOBS DC BCIKl [T.

33* DK L'^aa.

A aou Cocsci. Xo^sim de Miossos

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BU ffhamhrB. jfuuwBBiir et aim fimtBmt gûml •■ bms pays dk Bum âC

Oa moû de jaaTÎer.

On sait que les fêtes des noas aUèfoit se podre dans les massacres de la Saint-Barthélemj. et que le roi de NaTarre resta pendant piasienrs années en captîTîté à la coor de France. — Sans perdift rien de ses grandes qvialités ce roi, jeone homme de Yingt ans, sliaJbitoa jusqu'à on certain pointa la Tie de cette coor et fît, comme les antresy ses passe-temps de la cbasse, du jen et des femmes. — n se lia arec le doc d^Alençon^ frère du roiy tenu comme loi en captîTitê. — D'AIençon s'étant échappé, le rcn de NaTarre affecta poor loi nn grand éloignement afin de mieux cacher son propre dessein d^éTason. — Les amis da dac s*y trompèrent et se montrerait ses Tîolents ennemis.

Mon cousin i. j*ai été bien aise d'entendre de vos nouvelles et de savoir comme toutes choses vont. J'espère , avec l'aide de Dieu , qu'elles iront toujours de mieux en mieux. La cour est la plus étrange que vous l'ayez jamais vue. Nous sommes presque toujours prêts à nous couper la goi^e les uns aux autres. Nous portons dagues, jaques de mailles et bien souvent la cuirassine sous la cape. Severac * vous en dira les occasions. Le roi ^ est aussi bien menacé que moi ; il m'aime beaucoup plus que jamais. Monsieur de Guise

i Jeand^Albret, baron de Miossens et de Coaraze était parent du roi de Nayarre par son père et par sa mère. GeUe-ci avait été goa- Yemante du jeune prince dont les premières années se passèrent au ch&teau de Coaraze au mitieu des Pyrénées.

> Charles, baron d^Arpajon et de Sévèrac, chambeUan du duc d^Alençon.

> Henri III.

et monsieur du Maine * ne bougent d'avec moi. Lavardin , votre frère et Sainte-Colombe * sont les chefs de mon Conseil. Vous ne vites jamais comme je suis fort. En cette cour d'amis je brave tout le monde. Toute la ligue que savez me veut mal à mort pour l'amour de Monsieur; et ont fait défendre, pour la troisième fois , à ma maltresse de parler à moi , et la tiennent de si court qu'elle n'oserait m'avoir re* gardé '. Je n'attends que l'heure de donner une petite bataille, car ils disent qu'ils me tueront, et je veux gagner les devants. J'ai instruit bien au long Severac de tout.

Votre bien bon cousin et ami et bon maître,

et assurez-tôus-en,

Henry.

24* DB L^AOB.

A Monsieur de Batz

Vers les premiers jours de Tannée.

Le roi de Navarre est rentré dans ses états. Il a près de lui des huguenots et des catholiques, et parmi ces derniers Manaud de Batz d'une très grande famiUe, lequel lui rendit des services signalés. — La viUe d'Eause était du patrimoine du roi ; il s'y

' Mayenne.

3 Jean de Beaumanoir, seigneur de Lavardin^ avait été élevé avec le prince de Navarre et avait été forcé, comme lui, lors de la Saint-Barthélémy, de se faire catholique. — Sainte-Colombe, baron de Faget, devint plus tard gentilhomme de la chambre du roi et lieutenant de sa compagnie de gendarmes.

3 Charlotte de Beaune de Semblançay, dame de Sauve, dame d^atour de Catherine de Médicis, qui fut courtisée en même temps ou servie, comme on disait alors, par le roi de Navarre et par le duc d'Alençon, sans préjudice de quelques autres.

présenta un Jour, les magistrats Tinrent au-deyant de lui et lui ofiOnrent les clefs de la Tille ; mais à peine y futr-il entré, lui cinquième dont de Batz, que la sentinelle placée dans la tour de la porte couiia la corde de la berse, et le sépara ainsi du reste de sa suite ; puis le tocsin sonnai le peuple courut aux armes en criant tue^ tue^ se ruant à dîTerses reprises sur la petite troupe, qui eut certainement été tuée ou prise malgré sa vigoureuse résistance, si, par une autre porte, n'eut pu Tenir à son secours le reste de Fescorte. Jamais le roi de Navarre ne fut en plus grand périL — Il fit de Batz gouTemeur de la place.

Monsieur de Batz, j'ai entendu avecque plaisir les services que vous et monsieur de Roquelaure avez fait à ceux de la religion, et la sauveté que vous particulièrement avez donnée en votre château de Suberbie à ceux de mon pays de Béarn , et aussi Toffre que je accepte pour ce temps de votre dit château. De quoi je vous veux bien remercier, et prier de croire que combien que soyez de ceux-là du pape , je ne avais . comme le cuidiez, méfiance de vous dessus ces choses. Ceux qui suivent tout droit leur conscience sont de ma religion, et moi je suis de celle de tous ceux-là qui sont braves et bons ^ Sur ce, je ne ferai la présente plus longue, sinon pour vous recommander la place qu'avez en main, et d'être sur vos gardes, pour ce que ne peut faillir que ne avez bientôt du bruit aux oreilles. Mais de cela je m'en repose sur vous comme le devez faire sur

Votre plus assuré et meilleur ami . Hory.

1 II fallait chez le roi de Navarre une grande babileté et un grand esprit de tolérance pour tenir en bonne intelligence catholiques et huguenots, presque aassi nombreux près de lui les uns que les autres. Les catholiques comptaient LaTardin, Miossens^ Gramoot, Duras, Roquelaure, Saint&Colombe, Begoles, Podins et autres; les huguenots Rosny, Turenne, Montgommery, Guitry, Lesignan, FaTas» d^Aubigné, PardaiUan. et^:.. qui plusieurs fois faillirent en Tenir aux maini^.

A Monsieur de Batz.

Vers les premiers jours de TaiiDée.

Monsieur de Batz, c'est vrai qu'un gros vilain homme m'a voulu mettre en suspicion votre fidélité et aCTection. Or, à tel que me faut entendre est bien mon oreille ouverte, mais lui sont bouchés mon cœur et ma croyance , comme en telle occasion. Et n'en faites plus de compte que moi. En quel autre que vous pourrais-je tenir ma confiance pour la conservation de ma ville d'Eiize , là où je ne puis donner d'autre modèle que le brave exemple de vous-même ? Et tant qu'il vous * souviendra du miracle de ma conservation que daigna Dieu y opérer principalement par votre valeur et bonne résolution , ne pouvez oublier votre devoir. Par quoi vous prié-je de vous en souvenir chaque jour. Sur ce n'ai autre exprès commandement à vous bailler que de faire très certain état de l'amitié

Du bien vôtre, Henry.

26" DE l'âge.

A Monsieur de Scorbiac

Conseiller en la cour du parlement de Toulouse.

La présente lettre montre bien que déjà le roi de Navarre attribuait une grande influence à la presse.

Monsieur de Scorbiac, je vous envoie le discours

' La grande collection des Lettres missives de Henri IV porte ; « Tant qu'il me souviendra >», ce qui n'a pas de sens. Je suis d'autant plus autorisé à faire la correction que le premier éditeur de Ja lettre, Musset-Pathay, qui avait eu communication de l'autographe a écrit nous.

ci-endos, queje vous prie de recevoir et douner ordre, devant que de partir, qu'il soit mis sur la presse, en donner la charge à quelque homme avisé et prudent de le recueillir, et m'en envoyer une grande partie, et faire publier l'autre partie au loin, sans savoir d'où il vient *, de sorte qu'il semble n'être point né ne ifcini là où vous êtes ; parce que ce faisant on en tirera et fruit et utilité, à quoi on tend pour le repos des gens de bien. M'assurant que vous suivrez en cela mon intention, et y ferez ce qui se peut et doit, je ne vous en dirai pas davantage , si ce n'est pour prier Dieu vous tenir. Monsieur de Scorbiac, en sa sainte et digne garde. De Pamiers ce xj* mai 1579.

Votre bien bon et assuré ami,

Henry.

A Monsieur de Saint-Geniés.

Fin de février.

Armand de Gontaut, seigneur de Saint-Geniés, sénéchal de Bèarn en 1564, gouverneur et lieutenant général pour le roi de Navarre en ses pays souverains.

Monsieur de Saint-Geniés, j'ai approuvé le parti que vous avez pris sur les poudres*, et vous donne charge d'entendre ce porteur. Mandez-moi des nouvelles et ce que vous en pensez. Je n'ai reçu votre dépêche des six mille écus; il faut qu'elle ait été prise par les che-

^ Sans qu'on sache.

* On fabriquait beaucoup de poudre en Bèarn à cette époque.

mins ; mais j'ai su les pilleries et butins que font les soldais. Vive Dieu ! * donnez-y ordre ; vous m'en répondez sur l'amitié que je vous porte ; et qu'il ne paraisse que le maître n'est en sa maison. Monsieur de Saint-Geniés, qui s'en prend à mon peuple s'en prend à moi. A Dieu, aimez toujours.

Votre très affectionné maître et parfait ami,

Henry.

A Monsieur de Noé.

Vers la fin daman.

La position du roi de Navarre était très singulière : Entant que roi il était tout à fait indépendant en Nararre et en Béam; comme duc d'Albret et seigneur d^autres terres^ il relevait du roï de France; et, de plus, il était gouverneur pour ce roi, du duché de Guienne.

Monsieur de Noé, je pensais que vous me tinssiez de vos meilleurs amis pour m'employer en tout ce qui vous toucherait, étant bien marri que vous ne m'avez averti de l'assemblée que vous faites, afin d'y apporter mes moyens. Si j'eusse été en France, comme lieutenant de roi, je vous l'eusse envoyé défendre; mais étant en mon pays souverain, je vous offre tout ce qui dépend de moi comme prince étranger, ma personne , de tous mes amis et serviteurs, dont vous disposerez aussi librement que des vôtres , ainsi que ce porteur vous dira. Et à Dieu : Je suis

Votre meilleur et plus assuré ami,

Henry.

' On trouve assez souvent Vive Dieu dans les lettres de Henri IV: jamais Venlre-Saint^GHs,

30* DB L*AOB.

A Monsieur de Saint-Geniés

GooTtraettr et litnleBant-géBéral en bob royaume et pays ■oaTerain.

Monsieur de Saint-Génies, j'ai été bien marri d'entendre votre maladie par le porteur de la présente, et vous prie, pour Tamour de moi, de ne vous forcer point à venir ici ; car j'aurais trop de déplaisir d'être occasion d'accroître votre mal ou de retarder votre guérison. Mais bien suis-je délibéré de vous aller voir moi-même, pour vous aider à revenir en santé; et serai , aidant Dieu , mardi au soir à Navarreins ; qui sera pour dîner mercredi chez vous ^ où je ne vous mènerai que deux ou trois de nos bons amis. Ce pendant reposez-vous , afin que je vous trouve en bon état. Et sur ce je prierai Dieu, Monsieur de Saint- Geniés, vous avoir en sa sainte garde. De Pau, ce xiiq* janvier, au soir, 1583.

Votre bien affectionné maître et assuré ami.

Henry.

A HoN Cousin, Monsieur l'Archevêque de Rouen.

Le destinataire de cette lettre est Charles de Bourbon, fUs de Louis de Bourbon, prince de Condé, par conséquent le cousin germain du roi de Navarre. Il n^était pas encore -archevêque de Rouen mais simplement coadjuteur de Tarchevéque son oncle, de ce cardinal de Bourbon que la Ligue déclara roi de France, sous Id titre de Charles X. Charles de Bourbon n'avait pas vingt-un

1 On dînait alors à dix heures du matin.

ans lorsqu'il écrivit la lettre à laquelle répond le roi de Navarre. Cette réponse fut préparée sous rinspirationdu roi parDuplessis Mornay, Tua de ses secrétaires.

Mon cousin, j'ai reçu votre lettre et crois volontiers que raflféction que me portez et à la grandeur de notre maison vous fait parler. Le bruit que vous dites de mon intention d'aller à la cour est très vrai. Toutes les fois que je verrai plus d'utilité , pour le service du roi, à y aller qu'à demeurer ici, je serai prêt à partir; et les choses , grâces à Dieu , s'acheminent tellement en ces quartiers , que j'espère que ce sera bientôt. Mais sur ce que vous ajoutez, qu^ pour être agréable à la noblesse et au peuple il faudrait que je changeasse de religion, et me représentez des inconvénients si je suis autrement, j'estime, mon cousin, que les gens de bien de la noblesse et du peuple, auxquels je désire approuver mes actions, m'aimeront trop mieux, affectionnant une. religion que n'en ayant du tout point. Et ils auraient occasion de croire que je n'en eusse point, si, sans considération autre que mondaine (car autre ne m'alléguez en vos lettres), ils me voyaient passer d'une à l'autre. Dites, mon cousin, à ceux qui vous mettent telles choses en avant, que la religion, s'ils ont jamais su que c'est, ne se dépouille pas comme une chemise ; car elle est au cœur, et grâces à Dieu, si avant imprimée au mien, qu'il est aussi peu à moi de m'en départir, comme il était au commencement d'y entrer , étant cette grâce de Dieu seul et non d'ailleurs. Vous m'alléguez qu'il peut mésavenir ^ au roi et à Monsieur. Je ne permets jamais

' Arriver mal.

ÉCRITS DE HENRI lY. 285

à mon esprit de pourvoir de si loin à choses qu'il ne m'est bienséant ni de prévenir, ni de prévoir; et n'assignai oncq ma grandeur sur la mort de ceux auxquels je dois mon service et ma vie. Mais quand Dieu en aurait ainsi ordonné (ce que n'advienne), celui qiii aurait ouvert cette porte, par la même providence et puissance, nous saurait bien applanir la voie ; car c'est lui par qui les rois régnent, et qui a en sa main le cœur des peuples. Croyez-moi, mon cousin, que le cours de votre vie vous apprendra qu'il n'est que de se remettre en Dieu qui conduit toutes choses, et qui ne punit jamais rien plus sévèrement que l'abus du nom de religion. Voilà, mon cousin, mon intention, en laquelle j'espère que Dieu me maintiendra, etc. De

Nérac le vj® mars 1583.

Henry.

A MON Cousin, Monsieur de Matignon, Maréchal de Frange.

Mon cousin * Je vous avise que j'ai commencé

de faire la diette % étant délibéré de la continuer trois semaines, si je puis. Cependant pour m'exciter à la faire avec quelque plaisir , je désirerais bien de pouvoir recouvrer des canaris, dont je trouve le chant récréatif. On m'a dit qu'il s'en trouvait à Bordeaux,

^ Mati^on était lieutenant général de Guienne dont le roi de Navarre était gouverneur. Mais les lieutenauits généraux en Guienne étaient des agents établis par le roi de France, plutôt comme des surveillants du gouverneur, que comme des subordonnés.

< Les eaux minérales, les médecines, les diètes, étaient tout à fait dans les habitudes de ces temps-là, surtout du roi de Navarre.

qui me fait vous prier d'avoir ce soin de commander à

quelques-uns des vôtres d'en rechercher pour me les

envoyer incontinent. Je ne vous écris point de ma

main, pour ce que je suis tout confit en diette. Et pour

ce, je vous prie de m'en excuser, et le Créateur, mon

cousin, vous avoir en sa sainte garde. De Nérac, ce

xxvij de mars 1583.

HraRY.

A Monsieur d'Agos.

Do 7 aTTil 1589.

U s^agit ici de François de Noailies, éYêqué de Dax, conseiller du roi de France en son conseil d*État et privé.

Monsieur d'Acqs, j'ai entendu que vous avez été si fort ému de dévotion , quand vous avez su réreclion et les beaux statuts et ordonnances de la confrérie nouvelle * , et que vous avez été piqué d'un si grand remors de conscience de vos jeunesses passées, qu'on ne vous peut divertir d'aller à Paris pour vous mettre de cette confrérie ; ce qui me fait vous prier de ne vous hâter point tant que vous ne venez encore me voir avec mon cousin, monsieur le maréchal *, parce qu'il y en aura encore assez pour vous. Je m'y attendrai donc, et vous prierai cependant * de croire que je veux demeurer toujours

Votre meilleur et plus affectionné ami ,

Henry.

^ La confréne des Pénitents, instituée par Henri III au mois de mars 1583.

* Sans doute le maréchal de Matignon.

' Pendant ce temp», en attendant.

32* DB L*AGB.

A MOif Cousnf, Monsieur le Maréchal de Matignon.

Vcn 1« 10 iTril 1585.

Mon cousin, il me semble que le temps et l'opportunité n'est point maintenant de s'amuser à dresser des querelles d'Allemagne. J'appelle querelle d'AUema!^e ce qu'avez dit à Lambert touchant les plaintes et les propos que je tenais de vous. Je ne sais qui vous peut avoir écrit ni fait tels rapports; mais je sais que je ne me suis point plaint de vous à personne, pour ce qu'il n'eut su m'en faire raison. Or, à présent, laissant toutes ces choses en arrière et voyant l'ennemi si librement et sans opposition continuer ses desseins, c'est à nous de regarder ensemble à ce qui est besoin pour le service du roi et, d'une commune main, y apporter le remède. Je vous prie donc, mon cousin, que nous prenions en ces affaires une bonne et mutuelle iotelligence, pour laquelle j'avais désiré vous * entrevoir, et me mander ce qu'êtes d'avis que je fasse.

Votre plus affectionné cousin et meilleur ami,

Henry.

1 II me semble qu'il y aurait lieu de lire nous, les n et les v dans les manuscrits pouvant très-bien être pris Tun pour

r<mir«;.

A Monsieur de Lestelle

Gentilhomme ordinaire de ma chambre.

Monsieur de Lestelle, je suis bien aise que soyez achevé de guérir. Je vous prie faire passer vos compagnies le plus tôt que pourrez vers Gastelmoron ; et quant à vous me venir trouver demain à Tonneins ou à Clairac. Car il faut que nous nous avancions et rejoignions ensemble pour quelque bel effet. Outre ce, j'ai des choses à vous dire que je ne vous puis écrire, et quanta l'argent vous aurez toujours part à celui que j'aurai. Venez et nous partagerons. Vous savez combien je désire vous gratifier , et rendre témoignage de mon amitié. Et sur ce, je prie Dieu vous avoir, Monsieur de Lestelle, en sa sainte et digne garde. Écrit au Mas d'Agenais, le viii* jour de novembre 1585.

Votre bon maître et assuré ami,

Henry.

A Madame la Comtesse de Gr amont.

Diane d'Andouins, dite la Belle Gorisande, fut mariée en 1567, à Philibert de Gramont, comte de Guicheet devint veuve en 1580. EUe ne pouvait guère avoir alors moins de trente ans, c'est-à-

, dire que son âge dépassait très probablement celui du roi de Navarre. On ignore en quelle année eurent lieu les premières relations entre eux. Voici la plus ancienne lettre que nous connaissions du jeune roi à sa maîtresse, mais nous savons que leur commerce intime durait déjà depuis longtemps. Voy. p. 66.

Il n'est rien de si vrai qu'ils m'apprêtent tout ce qu'ils peuvent. Ils pensaient que j'allasse de Grenade vous voir; il y avait au moulin de Montgaillart,- cinquante arquebusiers qui prirent mon laquais et le re-

tinrent jusqu'à ce qu'ils eussent su que j'étais parti de Grenade pour venir ici *. Ne craignez rien mon âme. Quand cette armée , qui est à Nogaro , m'aura montré son dessein, je vous irai voir, et passerai sur les ailes d'amour, hors de la connaissance de ces misérables terriens, après avoir pourvu, avec l'aide de Dieu, à ce que ce vieux renard n'exécute son dessein *. Il est venu un homme, de la part de la dame aux chameaux^me demander passe-port pour passer cinq cents tonneaux de vin * , sans payer taxe , pour sa bouche ; et ainsi est écrit en une patente. C'est se déclarer ivroignesse en parchemin. De peur qu'elle ne tombât de si haut que le dos de ses bêtes , je le lui ai refusé. C'est êtKe gargouille à toute outrance ; la reine de Tarvasset n'en fit jamais tant. Si je me croyais, toute cette feuille serait remplie de bons contes ; mais la crainte que j'ai que ceux de Saint-Sever y participassent me fait finir, en vous suppliant croire que je vous serai fidèle jusques au tombeau. Sur cette vérité, ma chère maîtresse, je vous baise un million de fois les mains. Ce 7% à dix heures du soir ».

i A Saint-Sever, cToù est écrite la lettre.

* Quel est ce vieux renard?

3 Évidemment la reine Marguerite alors enfermée à Usson. *' Ou deux mille pièces.

<^ Le 7 décembre 1685 selon le grande collection des Lettres missives.

33* DB L'AGB.

A Monsieur de Batz.

GonTeraear de la rille d'Eaate en Armagiiae»

D'Hagetmau, le 11 mars 1586.

Les deux lettres qui suivent demanderaient, pour être bien comprises, un long commentaire; voici du moins quelques expli- . cations indispensables.

En 1586, Miyenne commandait en Guienne, contre le roi de Navarre, une nombreuse armée; Matignon disposait, de son côté, des forces royales réunies en Guienne, Le roi de Navarre était retiré à Bergerac, à la tête d'une petite troupe de huguenots et paraissait peu s'inquiéter du grçs duc, comme il rappelait ; « monsieur du Maine, disait-il, n^est pas si mauvais garçon, ni si dispos, qu'il m'empêche de me promener par la Guienne, » et il résolut d^aller faire un voyage en Béarn pour donner ordre à quelques affaires; puis il revint à Nérac. Mais là il apprit que les forces de Mayenne et de Matignon s'étaient jointes, bordaient toute la Garonne, et en occupaient les principaux passages pour l'empêcher de rejoindre les siens; c'est alors, sans doute, qu'il écrivit ses lettres ; et alors aussi que Mayenne écrivit à Henri III, que le roi de Navarre ne pouvait lui échapper. Mais le futur Henri IV était moins facile à prendre que ne le supposait Mayenne. Il partit de Nérac, le matin k l'aube du jour, feignant d'aller à Lectoure, « n'ayant pour toutes gens de guerre, dit Sully qui était de l'expédition, qu'environ cent hommes armés et autant d'arquebusiers achevai de ses deux gardes. Il arriva à Damasan; là il choisit vingt gentilshommes des mieux montés et armés, et qu'il tenait comme les plus résolus, autant de soldats de ses gardes sans bagage, et fort peu de valets, et prit son chemin comme s'il eut voulu tirer vers Gastel Jaloux, mirchant à travers des lièges et des landes dont la chasse lui avait enseigné tous les sentiers, tours et détours, puis tourna tout court vers Caumont, où il reput et dormit environ trois heures, p issa la rivière comme le jour se fermait, et marcha toute la nuit, quasi à travers de tous les quartiers de l'armée ennemie, voire alla passer tur le boid des contrescarpes de Marmande, entendant partout force qui va là des sentinelles, Puis, prenant son chemin par la Sauvetat, Aimet et Duras, fit si bonne diligence qu'il arriva à deux heures de jour à Sainte- Foy. De quoi M. du Maine ayant eu avis certain, il fut en colère extrême, n

ÈCSMJS DE HEMU IV. 291

Monsieur de Batz, ils m*ont entouré comme la bête, et croient qu'on me prend aux filets. Moi Je leur veux passer à travers, ou dessus le ventre. J'ai élu mes bons; et mon faucheur en est \ Grand damné je te veux bien garder le secret de ton cotillon d'Auch à ma cousine; mais que mon faucheur ne me faille (manque ) en si bonne partie, et ne s'aille amuser à la paille quand je l'attends sur le pré.

Écrit à Hagetmau, ce matin à dix heures *

Henry.

A Monsieur de Batz.

Du 12 mars 1586.

"Mon faucheur, mets des ailes à ta meilleure bête; i'ai dit à Montespan de crever la sienne. Pourquoi? tu le sauras de moi à Nérac ; hâte , cours , viens , vole ; c'est l'çrdre de ton maître et la prière de ton ami.

Henry,

34* DB L^AGB.

A Monsieur de Lubersac.

Vers le 10 avril 1587.

Monsieur de Lubersac, j'ai entendu par Boîsse des nouvelles de votre blessure; qui m'est un extrême

1 Sobriquet que le roi de Navarre donna à de Batz depuis la prise d'Eause où de Bitz tit des prodiges de valeur.

« Le 11 mars 1586, date supposée par M. Berger de Xivray qui donne à la suivante celle du 12.

deuil dans ces nécessités. Un bras comme le vôtre n'est de trop dans la balance du bon droit ; hâtez donc de l'y venir mettre et de m'envoyer le plus de vos bons parents que vous pourrez. D'Ambrujac m'est venu joindre avecques tous les siens, châteaux en croupe s*il eut pu, je m'assure que vous ne serez des derniers à vous mettre de la partie ; il n'y manquera pas d'honneur à acquérir, et je sais votre façon de besogner en tel affaire * . A Dieu donc et ne tardez , voici l'heure de faire merveilles.

Votre plus assuré ami.

Henry.

A MON Cousin, Monsieur le Maréchal de Matignon.

La bataiUe de Goulras est célèbre danô rhistoire de noi» gaertbs civiles ; eUe se donna le 20 octobre lu87. Le roi de Navarre y obtint, comme on sait, une victoire complète sur les troupes royales commandées par le duc de Joyeuse qui y fut tué ainsi que son frère.

Mon cousin, avant que partir de Coutras, j'avais donné ordre pour faire conduire les corps de feu monsieur de Joyeuse et de. son frère à Libourne , ainsi que Maron, son secrétaire, auquel j'ai permis d'y aller, vous pourra dire. Auparavant je commandai que leurs entrailles fussent enterrées avec leurs cérémonies % à quoi les seigneurs et gentilshommes qui sont ici et aucuns des miens assistèrent aussi. Je suis bien marri

* Au temps de Henri IV on faisait généralement ^ffairt du masculin.

* Selon les rites du culte catholique.

ÉaUTS DE HENRI lY. 293

qu'en cette journée je ne pus faire différence des bons et naturels français d'avec les partisans et adhérents de la ligue, mais pour le moins ceux qui sont restés en mes mains témoignent la courtoisie qu'ils ont trouvée en moi et en mes serviteurs qui les ont pris * . Croyez, mon cousin, qu'il me fâche fort du sang qui se répand, et qu'il ne tiendra point à moi qu'il ne

s'étancbe

Votre très aflectionné cousin et parfait ami.

Henry.

' Écrit à Puis Normant ( Puynormand ) , le xxiij* octobre 1587.

A MoNSiEnR DE Batz.

Monsieur de Batz, je suis bien marri que vous ne soyez encore rétabli de ^otre blessure de Coutras» laquelle me fait véritablement plaie au cœur ' et aussi de ne vous ^ avoir pas trouvé à Nerac d'où je pars

1 De Thou, après avoir parlé de la générosité dont le roi de Navarre fit preuve en revenant victorieux sur le champ de bataille, ajoute qu'on avait servi son repas dans une salle où les corps de Joyeuse et de son frère étaient exposés et où chacun allait les considérer; mais, dit-il, le prince eut horreur de ce spectacle et se retira dans une chambre au-dessus Pendant son dîner on lui amena encore des prisonniers et on vint lui présenter à Tenvi des drapeaux enlevés à Tennemi sans qu'on put remarquer en lui aucun signe de fierté.

* Comme cela est plus vrai et mieux senti que ce que disait à sa flHe enrhumée, madame de Sévigné : J'ai mal à votre poitrine. Chez le roi de Navarre c'est la nature, chez madame de Sévigné, raffec.terie.

> La grande coUection dit nous; mais comme au xyi* siècle le n et le V s'écrivaient de même, ainsi que je l'ai dit page 280, ci-» dessus, on est libre de choisir entre nous et vous je préfère ce dernier. — La grande collection ne dit pas pourquoi elle a adopté la date du 2 novembre 1587.

demain, bien fâché que ce ne soit avec vous ; et bien me manquera mon faucheur par le chemin où je vas; mais avant de quitter le pays je vous le veux bien recommander. Je me méfie de ceux de Saint- Justin. Vous m'avez bien purgé ceux d'Euze, mais ceux de Gazères et de Barcelonne sont de vilains remuans ; et je n'ai nulle «assurance au capitaine la Barthe, qui a par là une bonne troupe , et qui m'a cependant juré son âme. Beaucoup m'ont trahi vilainement, mais peu m'ont trompé. Celui-ci me trompera s'il ne me trahit bientôt. De plus ces misérables que j'ai déchassés d'Aire tiennent les champs. De tout ce serai-je tout inquiet jusqu'à tant je vous sache sur pied avec votre troupe, éclairant le pays, Mon ami, je vous laisse en main ces affaires ; et quoi que soit en vous ma plus sûre con- Ôance pour ce pays, toutefois vous aimerait bien mieux là où il va et près de lui.

Votre aCTectionné ami,

Henry.

A Madame la Comtesse de Gramont.

Depuis que le laquais de ma sœur partit hier, il m'est venu avis de Textrémité en laquelle est une ville du haut Languedoc , nommée Burgueroles ^ qui est assiégée par le grand-prieur de Toulouse, qui est frère du duc de Joyeuse. Les églises de monsieur de

> Burguerolles, à deux lieues de Limoux, qui fui prise et jrasëe.

Montmorency^ m^ont fort pressé de lôur assister de Hïes troupes, et pour m'y convier, m'ont assuré que Fennemi est résolu de donner plutôt une bataille que quitter le siège. Mon devoir et ce mot de bataille m'ont feit promptement résoudre à y aller. Je pars demain, ^yec trois cents chevaux et deux mille arquebusiers pour y aller en diligence ; faisant suivre le reste des troupes après. Me joignant aux troupes qu'a là monsieur de Montmorency, nous serons six ou sept cents chevaux, et cinq mille hommes de pied. Les ennemis,, sont même nombre. Dieu nous aidera, en l'endroit du cadet, comme il a fait de l'aîné *. Je n'oublierai, par Hiême commodité , de faire parler au comte de Quer- , igaing. Envoyez-moi Licerace. Je vous manderai par lui les extrêmes peines où je suis 3. Je né sais comme je les puis supporter. Croyez que votre esclave vous sera fidèle jusques au tombeau. A Dieu, mon âme. Je vous bâise un million de fois les mains. C'est le xxij* janvier.

A Madame la Comtesse de Gramont.

Dieu sait quel regret ce m'est de partir d'ici sans vous aller baiser les mains ! Certes, mon cœur, j'en suis au grabat ^ Vous trouverez étrange (et direz que j> ne me suis point trompé) ce que Licerace vous dira.

.1 C'est à-dire du Languedoc.

« Battu et tué à Coutras.

• Voyez la lettre suivante.

^ Malade, alité. D'où venait cette grande agitation, ce grand désespoir? Il serait difficile dé le dire; mais la cause devait en être bien profonde.

Le diable est déchaîne. Je suis à plaiûdre ^ et est merveille que je ne succombe sous le f^ix. Si je n'étais huguenot je me ferais Turc. Ha I les violentes épreuves par où Ton sonde ma cervelle ! Je ne puis faillir d'être bientôt ou fou ou habile homme. Cette année sera ma pierre de touche. C'est un mal bien douloureux que le domestique ! Toutes les géhennes ( tortures ) que peut recevoir un esprit sont sans cesse exercées sur le mien. Je dis toutes ensemble. Plaignez-moi, mon âme, et n'y portez point votre espèce de tourment. C'est celui que j'appréhende le plus. Je pars vendredy, et vais à Cleirac. Je retiendrai votre prècepte de me taire. Croyez que rien qu'un manquement d'amitié ne me peut faire changer la résolution que j'ai d'éfare éternellement à vous ; non toujours esclave , mais oui bien fort serf. Mon tout, aimez -moi. Votre bonne grâce est l'appui de mon esprit au choc des afflictions. Ne me refusez ce soutien. Bon soir, mon âme; je te baise les pieds un million de fois. De Nérac ce viij® mars, à minuit.

A Madame la Comtesse de Gramont.

tO mars 1588.

Le roi de Navarre écrit né connaissant pas encore tous les détails de Tempoisonnement de son cousin le prince de Gondé.

Pour achever de me peindre, il m'est arrivé l'un des plus extrêmes malheurs que je pouvais craindre, qui est la mort subite de monsieur le Prince. Je le plains comme ce qu'il me disait être, non comme ce qu'il

m'était *. Je suis asteure (à cette heure) la seule butte où visent toutes les perfidies de la messe. Ils Tout empoisonné, les traîtres ! Si est-ce que Dieu demeurera le maître, et moi par sa grâce, l'exécuteur. Ce pauvre prince (non de cœur) jeudi, ayant couru la bague, soupa se portant bien. A minuit lui print un vomissement très violent, qui lui dura jusques au matin. Tout la vendredi il demeura au lit. Le soir il soupa et, ayant bien dormi, il se leva le samedi matin, dina debout, et puis joua aux échecs. 11 se leva de sa chaise, se met à promener par sa chambre, devisant avec l'un et Tautre. Tout d'un coup il dit : « baillezmoi ma chaise, je sens une grande faiblesse. » 11 n'y fut assis qu'il perdit la parole, et soudain après il rendit l'âme, assis *. Les marques de poison sortirent soudain. 11 n'est pas croyable l'élonnement que cela a porté en ce pays-là ^ Je pars, dès l'aube du jour, pour y aller pourvoir en diligence. Je me vois en chemin d'avoir bien de la peine. Priez Dieu hardiment pour moi. Si j'en échappe il faudra bien que ce soit lui qui m'ait gardé. Jusques au tombeau, dont je suis peut-être plus près que je ne pense, je vous demeurerai fidèle esclave. Bon soir, mon âme; je vous baise un million de fois les mains.

1 Les deux cousins ne marchaient plus parfaitement d'accord.

* Le 5 mars 4588. La lettre paraît être du 10.

3 Le prince de Cundé mouBut à Saint-Jean d'Angély.

À Madame de Fonteyrault.

Vers la fia de mai.

ËQ 1584, par la mort du duc d'Anjou (précédemment d'Alençon) dernier frère du roi Henri III, le roi de Navarre devint héritier présomptif de la couronne de France, .et dès lors il fut souvent sollicité, soit par la cour, soil par des amis de se faire catholique. C'est à des sollicitations semblables de la part d'Éléonore de Bourbon, sœur de son père, qu'il répond. Cette tante était abbesse de Fonte vrault depuis 1550.

Ma tante , il ne saurait rien venir de votre part que je ne reçoive comme de ma propre mère. Je sais que les avertissements que me donnez procèdent d'une entière et parfaite amitié que me portez ; mais vous savez quelle est ma résolution, de laquelle il me semble que je ne dois me départir, et que vous-même ne me le devez conseiller ; connaissant ( comme je vous ai toujours dit) que ce n'est à la religion qu'on en veut, ains, à l'État ; ainsi que vous peut assez témoigner ce qui est naguère advenu à Paris, et l'entreprinse que la ligue a voulu, ces jours passés \ faire sur le roi , qui est plus catholique que pas un d'icelle. Toutefois vous voyez si on a laissé de le traiter en huguenot. Croyez, ma tante, que ceux qui ont les armes en la main ne manquent jamais de prétexte ; et quant à moi aussi, je ne m'arrête point là, mais je me remets en la bonté de Dieu, qui connaît la justice de ma cause et qui la saura discerner des pernicieux desseins des méchants. Celui qui donne et conserve les

1 La journée des Bnrricides est du 12 mai 1588; et la présente lettre est datée dans la grande collection de la fln de mai.

ÉCRITS DB HENRI lY. 299

couronnes conservera , s'il lui plaît , à noire roi celle qu^'il lui a donnée. Il se faut résoudre à sa volonté et obéir à ses jugements ', selon que j'écris à monsieur le président Barjot pour vous faire entendre. Croyez que je vous aime et honore comme ma propre mère , et que n'aurez jamais plus de part , en parent ou ami que vous ayez, qu'en celui qui est.

Votre plus affectionné neveu, à vous obéir,

Henry.

A Monsieur de Launay, baron d'Antraigues

GouTernenr de VÎTarez et de GévaudaD.

Monsieur de Launay d'Antraigues , Dieu aidant, j'espère que vous êtes, à l'heure qu'il est, rétabli de la blessure que vous reçûtes à Coutras , combattant si vaillamment à mon côté ; et si ce est, comme je le espère, ne faites faute (car. Dieu aidant, dans peu nous aurons à découdre, et ainsi grand besoin de vos services) de partir aussitôt pour me venir joindre. Sans doute vous n'aurez manqué , ainsi que vous l'avez annoncé à Mornay ' , de vendre vos bois de Mezilac et

* Bossuet n'avait pas dit encore : « Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et rindépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner quand il lui plaît de grandes et terribles leçons. » Otez Temphase et la redoudance, jusliûées peut être par Taudiloire devant lequel parlait Bossuet, et vous aurez l'équivalent de ce qu'écrivait le roi de Navarre au courant de la plume. Voyez page 270.

2 Du Plessis-Mornay. Rarement trouve-t-on Mornay tout court dans, la^ coirespondance de Henri IV, qui dit ordinairement du PkssU.

300 TROISIÊMB PARTIE.

Guze, et ils auront produit quelques mille pistoles. Si ce est, ne faites faute de m'en appertep tout ce que vous pourrez; car de ma vie je ne fus en pareille disconvenue, et je ne sais quand, ni d'où, si jamais, je pourrai vous les rendre ; mais je vous promets force honneur et gloire : et argent n'est pas pâture pour des gentilshommes comme vous et moi.

La Rochelle, ce xxv octobre 1588.

Votre aflTectionné, Henry.

A Monsieur de Ségur.

De Saint-Jean, ce 25 décemltre ^

Je ne vous ferai que ce mot. Il n'est rien survenu de nouveau. Vous savez que je pensais partir de ce lieu lundi ; ce sera mardi , Dieu aidant. J'ai vu des lettres qu'un courrier portait, par lesquelles celui qui écrivait mandait qu'il avait laissé la reine-mère qui se mourait. Je parlerai en chrétien : Dieu en fasse sa volonté. De St-Jean, ce dimanche matin jour de Noël. C'est

Votre très affectionné maître et plus assuré ami,

Henry.

^ Henri IV étant né lu 13 décembre 1553, entra dès le 44 dé* cembre 1 588 dans sa Irente-sixième année.

36* DB L*AOB.

A Madame la Comtesse de Gramont.

Du I "janvier.

C!>8l le 23 décembre .1588 que Henri III avait fait assassiner à Blois le duc de Guise et le lendemain son frère le cardinal de I/)rraine. La lettre du roi de Navarre est du 1" janvier 1589 et il n^vait encore que des informations incomplètes.

Ne vous manderai-je jamais que prinses de ville et forts? Aûuit ( aujourd'hui ) se sont rendus à moi St- Maixent et Maillesaye , et espère , devant la fin de ce mois, que vous oirez parler de moi. Le roi triomphe; il a fait garrotter en prison-te cardinal de Guise, puis montrer sur la place, vingt-quatre heures, le président de Neuilly et le prévôt des marchands *, pendus, et le secrétaire de feu monsieur de Guise, et trois autres *. La reine-mère lui dit : Mon fils, octroyez-moi une requête que je vous veux faire. — Selon que ce sera, Madame. — C'est que vous me donniez monsieur âe Nemours et le prince de Genville. Ils sont jeunes , Ils vous feront un jour service. — Je le veux bien (dit-il). Madame. Je vous donne les corps et en retiendrai les tètes ^ ». 11 a envoyé à Lyon pour attraper le .

1 Etienne de Nully, premier président de la cour des aides, et La GhapeUe -Marteau, son gendre.

< Information inexacte. Aucun de ceux qui furent arrêtés ne fuit mis à mort.

s La mort des Guises avait été résolue à Tinsu de Catherine de Ifédicis qui relevait d'une grande maladie: — Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, était frère utérin du duc de Guise, et

duc du Maine. L'on ne sait ce qu'il en est réussi. L'on se bal à Orléans , et encore plus près d'ici , à Poitiers, d'où je ne serai demain qu'à sept lieues. Si le roi le voulait je les mettrais bien d'accord. Je vous plains, s'il fait tel temps où vous êtes qu'ici , car ri y a dix jours qu'il ne dégèle point. Je n'attends que l'heure de ouïr dire que l'on aura envoyer étrangler la feue reine de Navarre. Cela, avec la mort de sa mère, me ferait bien chanter le cantique de Siméon *. C'est une trop longue lettre pour un homme de guerre. Bon soir, mon âme; je te baise cent millions de fois. Aimez-moi comme vous en avez sujet. C'est le premier de l'an.

Le pauvre Harambure est borgne, et Fleurimont s'en va mourir.

A Madame là Comtesse de Gramont.

Vers la mi-janvier,

Jère n'a pu être dépêché à cause de ma maladie, d'où je m'en vais dehors. Dieu merci. Vous oirez parler bientôt de moi, à d'aussi bonnes enseignes que Niort. Si vous voulez dire vrai , cette dame, qui était venue, était bien fâcheuse ; je crois qu'elle vous a bien importunée. Je ne puis guère écrire. Certes, mon cœur, j'ai vu les cieux ouverts ; mais je n'ai été assez homme

Charles de Lorraine, prince de J jin villrî, (Ils de Henri duc do Guise l le premier était dans sa 19'' année, le seond dans sa 17% ni Tun ni Vautre ne périt ; ils furent seulement renfermés.

1 Le ton dont celi est dit ne permet pas d'y voir autre chose qu'une boutade^ et certainement si le roi de Navarre avait vu quelr qu'un étrangler la reine de Navarre il eut couru à son secours.

de bien pour y entrer. Dieu se veut servir de moi encore. En deux fois vingt -quatre heures, je fus réduit à être tourné avec les linceuls. Je vous eusse fait pitié. Si ma crise eut demeuré deux heures à venir, les vers auraient fait grand chère de moi * . Sur ce point me vient d'arriver nouvelles de Blois. Il était sorti deux mille cinq cents hommes de Paris pour secourir Orléans , menés par Saint-PoP. Les troupes du roi les ont taillés en pièces, de façon que Ton ci*oit qu'Orléans sera prins pas le roi dans douze jours. M. du Mayne ne s'émeut guère. Il est en Bourgogne. Je finis parce que je me trouve mal. Bon jour, mon &me.

A Madame là Comtesse de Grâmont»

Mon cœur, Dieu me continue ses bénédictions.

Depuis la prise de Châtellerault j'ai prins l'Isle-Bouchard, passage sur la Vienne et la Creuse, bonne ville et aisée'à fortifier. Nous sommes à Montbazon, six lieues près de Tours , où est le roi. Son armée est logée jusques à deux lieues de la nôtre, sans que nous "nous demandions rien; nos gens de guerre se rencontrent et s'embrassent, au lieu de se frapper

I Le roi de Navarre fit une forte maladie dont Du PlessisMomay a dit : « Le roi de Navarre s'acheminant à la Garnache le 9 do ce înois, tomba mal ide d'une foi te pleurésie au côté gauche, sans médecin, en un village. Nous le fîmes saigner; et deux jours après, y arriva M. Orlhoman, qui Ta fort bien pansé. Nous Tavons vu en un danger extrême. »

- « François d'Orléans comte de Saint-Paul qui devint duc de Fronsac»

sans qu'il y ait trêve ni commaademe&t exprès diB ce faire. Force de ceux du roi se viennent rendre à nous; et des miens nul ne veut changer de maître. Je crois que Sa Majesté se servira de moi : autrement il est mal , et sa perte nous est un préjugé dommag^te. Je m'en revais à Ghàtellerault prendre quelques maisons qui font la guerre. Dites à Gastille qu'il se hâte de se mettre aux champs. C'est à ce coup qu'il faut que tous mes serviteurs fassent merveilles. Car, par raisoii naturelle , avril et mai prépareront la ruine d'un des partis ; ce ne sera pas du mien , car c'est celui âe Dieu. Mon âme, le plus grand regret que j'aie en rftme^ c'est de me voir si éloigné de vous, et que je ne vous puis rendre témoignage que par écrit de l'amour que j'ai et aurai toute ma vie pour vous. Ce viij^mars, de Monbaron. Je vous prie^ envoyezwattoi votre fils *.

A Monsieur du Plessis.

Dos pourparlers s^étant établis entre les deux rois, il s'en suiYit d'abord une trêve qui permit au roi de Navarre de traverser la Loire pour se mettre à la poursuite des ligueurs. Puis bientôt après, repassant la rivière, il se rendit, sur Pinvitatkm de Henri III, et contre Tavis d'un grand nombre des siens, an Plessis-lès-Tours où se trouvait alors le roi de France.

Monsieur du Plessis, la glace a été rompue, non sans nombre d'avertissements que, si j'y allais, j'étais mort. Jai passé l'eau en me recommandant à Dieu, lequel par sa bonté ne m'a pas seulement préservé ,

^ Antoine de Graraont qui fut vice-roi de Navarre, gouvemeuir et maire perpétuel et héréditaire de Bayonne.

mais fait parsutre au visage du roi une joie extrême ; au peuple, un applaudissement non pareil, même criant : vivent les rois S de quoi j'étais bien marri. Il y a eu mille particularités que Ton peut dire remarquables. Envoyez-moi mon bagage, et faites avancer toutes mes troupes. Le duc de Mayenne avait assiégé Château-Renaud ; sachant ma venue, il a levé le siège, sans sonner que la sourdine , et s'en est allé à Montoire et Lavardin. Demain vous aurez plus de nouvelles, à Dieu.

Du faubourg de Tours, où est le quartier de notre armée, ce xxx* avril 1589.

Votre affectionné maître et meilleur ami.

Henry.

A Madame la Comtesse de Grâmont.

De Blois, le 18 mal 1589.

Cette lettre est conservée en autographe à ia bibliothèque dePArsenal ; et cet autographe a ceci de curieux que la comtesse de Gramont, dans un moment de dépit sans doute, a écrit dans les interlignes un petit commentaire très original. On sait, du reste, que la belle Gorisande était passablement bizarre. Autre fait à noter, c^est que Voltaire, qui le premier a imprimé celte lettre, prenant les annotations de la comtesse pour des surcharges du roi , les a intercalées dans le texte, et en a fait le plus complet imbroglio qui se soit jamais vu.

Voyei à la fin du volume cette lettre avec Vortographe de Henri IV

et les annotations interlinéaires de la comtesse de Gramont.

Mon âme, je vous écris de Blois, où il y a cinq mois

1 Voyez, sur le même sujet, P. Gayet et P. de TEstoile.

306 TROISiÈME PARTIE.

que Ton me condamnait hérétique ^ et indigne de succéder à la couronne , et j'en suis asteure le principal pilier. Voyez les œuvres de Dieu envers ceux qui se sont toujours fiés en lui I Car y avait-il rien qui eut tant apparence de force qu'un arrêt des États ? Cependant j'en appelai devant celui qui peut tout *, qui a revu le procès, a cassé les arrêts des hommes, m'a remis en mon droit, et crois que ce sera aux dépens de mes ennemis ^ Ceux qui se fient en Dieu et le servent ne sont jamais confuse Je me porte très bien, Dieu merci; vous jurant avec vérité, que je n'aime ni honore rien au monde comme vous *, et vous garderai fidélité * jusques au tombeau. Je m'en yais à Boisjency, où je crois, que vous oirez bientôt parler de moi ^. Je fais état de faire venir ma sœur bientôt. Résolvez-vous de venir avec elle *. Le roi m'a parlé de la dame d'Auvergne ^. Je crois que je lui ferai faire un mauvais saut. Bonjour, mon cœur, je te baise un million de fois. Ce 18® mai. Celui qui est lié avec vous d'un lien indissoluble.

1 Les Ëtâts de Blois Tavaient déclaré teL

* En interligne écrit par la comtesse : Ainsi font bien d'aulreê. ^ En interligne : Tant mieux pour vous,

* Voilà pourquoi vous y devriez songer, ^ Il n'y a rien qui n*y paraisse,

« La comtesse a mis devant le mot fidélité in, puis eUe a ajouté je le crois,

7 Je n'en doute point, d^une ou d'autre façon.

8 Ce sera lorsque vous m'aurez donné la maison que m'aves promise près de Paris, que je songerai d'en aller prendre possession. Voltaire trouvant trop difficile peut être de fondre cette phrase dans le texte, Ta négligée.

^ La reine de Navarre alors renfermée à Usson.

A Monsieur de Souvré.

Lorsque^ le !•' août 1589, Henri III reçut, à Saint-Cloud, le coup mortel de la main de Jacques Clément, la première opinion des médecins, et notamment de Du Portai, son premier chirurgien, fut que la blessure n'avait rien de grave, et c'est sous cette impression que le roi de Navarre écrivit sa lettre ; mais bientôt on vit plus juste, et c'est alors que fut écrit le post-scriptum.

Monsieur de Souvré, la prospérité des affaires du poi, après la reddition de Pontoise et la prinse du pont de St-Cloud, que les ligueurs ont quitté lâchement, a bien cuidé être changée par le plus malheureux acte qui fut jamais commis ; mais Dieu a préservé Sa Majesté miraculeusement, pour rendre, comme je crois, ses ennemis plus coupables et en avancer la ruine. La résolution de cet hypocrite cafard s'est exécutée ; le coup s'est donné, mais il n'a pas porté comme il espérait; tellement que nous sommes assurés de la guérison. Vous pouvez penser quel ennui ce nous a été du commencement. J'étais près les faubourgs Saint-Germain quand le roi m'a mandé que je le vinsse trouver. Étant arrivé, il m'a commandé de tenir le conseil. Cet acte, au reste, nous a tous redoublé le courage et le désir de le venger sur la tête de ses ennemis, qui, voyant leur dessein n'avoir réussi à leur gré, en crèveront de dépit, et sentiront bientôt l'horreur de leur jugement. Tenez toutes choses dans votre gouvernement en état , qu'il n'y arrive aucune altercation ; vous ayant bien voulu écrire la présente pour vous témoigner que Sa Majesté est hors de danger , et que dans six jours Elle pourra monter à

906 TROISIÈIIE PARTIE.

cheval. Assurez-vous aussi, Monsieur de Souvré, de mou amitié, et croyez que je suis.

Votre plus affectionné maitre et meilleur ami,

Henry.

A St-Gloud, ce premier d'août.

L'avis que j'ai eu de la disposition du roi , depuis la présente écrite, me fait maintenant changer de style, étant les chirurgiens en grand doute de sa guérison. S'il en avaient faute ( que Dieu ne veuille ) je te prie, mon ami , de me vouloir être tel que je me suis toujours promis. Je m'assure qu'un bon cœur n'aimera jamais la Ligue, ayant fait un si malheureux acte. Croyez Lambert de ce qu'il vous dira de ma part , et que n'aurez jamais un meilleur ami que moi.

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