II. — Hbnri IV, Roi de France (Huguenot
3G« DE L'aQB.
A Madame la Comtesse de *Gr amont.
Après la mort de Henri III, Henri IV ayant fait serment de maintenir la religion catholique, et promis de se Caire instruire, fut reconnu pour roi de France dans une assemblée des principaux seigneurs français. Mais trop faible pour continuer le siège de Paris, il quitta Saint-Cloud et se dirigea vers la Normandie. Mayenne Ty suivit à la tête d'une nombreuse armée. Henri IV Tattendit entre Dieppe et Arques, et l'on sait ce qui en advint.
Mon cœur, c'est merveille de quoi je vis au travail que j'ai. Dieu ait pitié de moi et me fasse miséricorde.
béûissant mes labeurs, comme il fait en dépit de beaucoup de gens ! Je me porte bien , et mes affaires vont bien , au prix de ce que pensaient beaucoup de gens. J'ai prins Eu. Les ennemis, qui sont forts au double de moi asteure, m'y pensaient attrapper. Ayant fait mon entreprise, je me suis rapproché de Dieppe et les attends à un camp que je fortifie. Ce sera demain que je les verrai, et espère avec l'aide de mon Dieu, que, s'ils m'attaquent, ils s'en trouveront mauvais marchands. Ce porteur part par mer : le vent et mes affaires me font finir, en vous baisant un million de fois. Ce 9" septembre, dans la tranchée d'Arqués.
A Madame là Duchesse de Nevers.
Henriette de Clèves, fUIe de François de Clèves et de Marguerite de Bourbon, mariée à Louis de Gonzague, prince de Mantoue, que Henri IV avait grand intérêt à rattacher à sa cause, et qui, en effet, lui rendit de grands services dans la suite.
Ma cousine, j'ai toujours eu cette opinion de votre bonne volonté et affection en mon endroit, comme je connais même par la lettre que m'avez écrite par ce porteur que j'en ai grande occasion. Vous ne pouviez faire paraître cette affection à personne qui vous aime plus que moi , et qui désire plus votre contentement et celui de mon cousin le duc de Nevers, votre mari. Vous le connaîtrez toujours par effet : aussi veux-je croire qu'en tout ce que je puis espérer de secours et d'avancement en mes affaires par le moyen de mon dit cousin et de vous, j'en recevrai contentement. Je vous prie faire état de mon amitié , et tout Ainsi que
VOUS m'assurez que mon dit cousin sera toujours tel en mon endroit qu'il a été et qu'il doit être, et que j'aurai occasion d'être content de lui, je vous prie aussi lui dire qu'il n'a jamais eu roi qui l'ait aimé plus que moi , et qui ait eu plus de volonté de reconnaître ses services et le traiter selon ses mérites, que j'ai, comme il connaîtra en tout ce qui s'offrira pour son contentement. Conservez-lui donc cette bonne volonté, et me continuez la vôtre , et vous trouverez tous deux en moi toute l'amitié que vous sauriez désirer. Sur cette vérité , je prie Dieu , ma cousine , vous avoir en sa sainte garde.
Écrit à Laval, le 16 décembre ^ . Henry.
Ma cousine, si vous êtes honnête femme, vous viendrez à Tours ^ voir votre cousin, pour y passer une partie de l'hiver; et là nous rirons à bon escient, et passerons bien le tenips. Faites cela, je vous prie.
37» DE L'aGB.
A Monsieur de la Court
Conseiller en mon Conseil d'État et premier président en ma cour de parlement
de Caen.
Monsieur le Président, j'ai fait prendre présentement un petit cordelier qui s'est trouvé en mon armée , habillé en soldat, lequel dit être sorti du couvent parce
1 Henri IV était né le 13 décembre; le 16 décembre 1586; il entrait donc dans sa 37* année. * Tours était alors le siège du gouvernement royal.
qu'où Ta fouetté , d'autant qu'il soutenait mon parti ; et ayant demandé d'être envoyé par-devant vous pour se justifier et faire connaître qu'il a toujours été mon bon serviteur ; à cette occasion je le vous envoie , afin que, si cela se trouve véritable, vous le fassiez remettre au couvent, et commander au prieur qu'on ne le maltraite plus. Et sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur le Présideht, en sa sainte et digne garde. Au camp de Lisieux, le xij" jour de janvier 1590.
Henry.
A MON Cousin le Duc de Longueville.
Cette lettre fut écrite le jour même de la bataille d'Ivry. Le roi en écrivit une à peu près semblable à La Noue le même jour.
Mon cousin^ nous avons à louer Dieu : il nous a donné une belle victoire. La bataille s'est donnée, les choses ont été en branle ; Dieu a déterminé selon son équité : toute l'armée ennemie en roule , l'infanterie tant étrangère que française rendue , les réitres pour la plupart défaits , les Bourguignons bien écartés , la cornette blanche et le canon pris, la poursuite jusques aux portes de Mantes ^ Je puis dire que j'ai été très bien servi , mais surtout évidemment assisté de Dieu , qui a montré à mes ennemis qu'il lui est égal de vaincre en petit ou grand nombre. Sur les particularités, je vous dépêcherai au premier jour; mais pour ce qui est question d'user de la victoire , je vous
i La lettre à de la Noue ajoute après les mots : la poursuite jusqu'aux portes de Mantes ; « On a varié si on recevrait M. de Mayenne ; au moins n'y ont-ils point reçu les reîtres. »
312 TROISliME PARTIE.
prie , incontinent la présente reçue , de vous avancer avec toutes vos forces sur la rivière de Seine, vers Pontoise ou Meulan, ou tel autre lieu que jugerez propre, pour vous joindre avec moi; et croyez, mon cousin , que c'est la paix de ce royaume et la ruine de la Ligue, à laquelle il faut convier tous les bons français à courir sus. Venez donc, je vous prie, et amenez, avec vous vos étrangers, que je pense vous être joints à cette heure. Je prie Dieu, mon cousin, vous avoir en sa garde. De Rosny, à une lieue de Mantes, le xuij* mars 1590.
Henry.
Votre frère a fait] paraître qu'il craignait aussi peu les Espagnols que moi ; il a très bien fait. Ils ne s'en retourneront pas tous. Nous avons presque tous les drapeaux et ceux des reîtres ; il est demeuré douze ou quinze cents hommes de cheval. Messieurs de Humières et de Mony sont arrivés à la première volée de canon. Dedans deux jours je vous enverrai les particularités.
Le courrier rapporte que le duc de Mayenne s'est sauvé dedans Mantes.
A Madame la Comtesse de Gramont.
Henri IV assiégeait Paris ; cette ville élait réduite à la dernière extrémité, mais elle résistait avec une incomparable énergie. Mayenne était aux environs de Soissons.
Vous aurez bientôt de mes nouvelles par La Vye, pour qui j'ai fait en votre faveur chose de quoi il est content. Saint-Denis et Dammartin se sont rendus; Paris
ÉCUIS DE nSCRI IT. 313
est aux abois , de telle façon que cette semaine il lui faut une bataille ou des députés. Les Espagnols se joindront mardi prochain au gros duc * ; nous y oirrons s'il aura du sang au bout des ongles. Je mène tons les jours votre fils aux coups, et le fais tenir fort sujet auprès de moi ; je crois que j'y aurai de Thonneur. Gastille enrage que son régiment ne vient. Je vis hier des dames qui venaient de Paris, qui me contèrent bien des nouvelles de leurs misères. Je me porte très bien, Dieu merci, n'aimant rien au monde comme vous : c'est chose de quoi je m'assure * que ne douterez jamais. Sur cette vérité je vous baise, mon âme, un million de fois ces beaux yeux que je tiendrai toute ma vie plus chers que chose du monde. Ce 15* juillet.
A LÀ Marquise de Guercheville , Comtesse de là