MOT«(SIEUR DE ROSNY
Vers la mi-octobre.
Rosny était intendant des iinances et grand maître de Partillerie.
Mon ami, autant que je loue votre zèle à mon se^ vice , autant je blâme votre inconsidération à vous jeter aux périls sans besoin. Cela serait supportable à un jeune homme qui n'aurait jamais rendu preuve éb son courage, et qui désirerait commencer sa fortune. Mais la vôtre étant déjà si avancée, que vous possédez les deux plus importantes et utiles charges da royaume, vos actions passées vous ayant acquis eovers moi toute confiance de valeur, et ayant plusieurs braves hommes en l'armée où vous commandez maintenant, vous leur deviez commettre ces choses si remplies de tant de dangers. Par tant avisez à vous mieux ménager à l'avenir, car si vous' m'êtes utile en h charge de l'artillerie, j'ai encore plus besoin de vous en celle des finances. Que^si par vanité vous vous te rendiez incompatibles, vous me donneriez sujet dp ne vous laisser que la dernière. A Dieu, mon ami« qpe j'aime bien ; continuez à me bien servir, mais non p»$ à faire le fol et le simple soldat.
HB.NRY.
ÉGRftfl HB BUfiti nr. 347
48* DB L'AOB.
À LA Reine.
Ma mie, j'attendais d'heure à autre votre lettre ; je rai baisée en la lisant. Je vous réponds en mer, où j'ai voulu courre une bordée par le doux temps. Vive Dieu ! vous ne m'auriez seu rien mander qui me fut plus agréable que la nouvelle du plaisir de lectures qui vous a prins. Plutarque me sourit toujours d'une fraîche nouveauté ; l'aimer c'est m'aimer , car il a été l'instituteur de mou bas âge. Ma bonne mère , à laquelle je dois tout et qui avait une affection si grande de veiller à mes bons déportements , et ne vouloir pas , ce disait-elle, voir en son fils un illustre ignorant, me mit ce livre entre les mains, encore que je ne fusse à peine plus un enfant de mamelle. II m'a été comme ma conscience, et m'a dicté à l'oreille beaucoup de bonnes honnêtetés, et maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement des affaires ^ Adieu, mon cœur, je vous baise cent mille fois. Ce nj* septembre, à Calais.
* Vauteur des Lettres intimes de Henri /Fa voulu jeter du doute sur l'authenticité de celle-ci; mais les raisons qu'il donne ne me paraissent nullement suffisantes pour la faire repousser. D'ailleurs, elle est imprimée dans le grand recueil des Lettres missives de Henri IV, d'après un autographe.
348 TIlQISl]^ .PAftTUE,
À Monsieur de Rosny.
Deux jours avaut la date de eettelettrèf la reine venait d*accoacher d'un fils qui fut Louis XIII.
Mon ami, il est impossible de croire comme ma femme se porte bien, vu le mal qu'elle a eu. Elle se coiffQ d'elle-même et parle déjà de se lever ; même elle va. jusqu'à sa garde-robe. Elle a ua naturel terriblemeat robuste et fort. Mon fils se porte bien aussi,
Dieu merci ; qui sont les meilleures nouvelles que je puis mander à un serviteur fidèle et affecticoné et que j'aime.. Vous savez comme ma femme a gagné Monceaux ^ puisqu'elle m'a fait un fils. C'est pourquoi je vous prie envoyer quérir le président Forget et conférer avec lui de cet affaire-là , et aviser des moyens et de la sûreté qu'il y faut tenir pour, mes enfants % donnant ordre que la somme pour laquelle je le prends leur soit bien assurée. .
Comme j'achevais celle-ci, j'ai reçu la vôtre. Je crois comme vous ce que vous me mandez de la faveur que Dieu m'a faite de me donner un fils ; et que vous et tous les gens de bien de mon royaume et qui m'aiment s'en réjouissent avec moi. Hier revenant de courre un cerf, que je. faillis, j'ouïs tirer le canon de Paris. A Dieu, mon ami. Ce xxix* septembre,
à Fontainebleau.
Henry.
^ Henri IV avait j^romis à sa femme dd'lul dbnnef Monceaax si elle accouchait d'un filâf. Cette terre appartenait aux enfieaits de Gabrielle desquels il Tacheta pour en faire cad^ati à la reine.
2 Les enfants de Gabrielle;
ÉCRITS DE HENRI iV. 349
49« DE L*âGE.
Au Prince dé Joinville. -
Claude dei Lorraine, prince de Joinville, ûls de. Henri de Guise, était neveu de Henri IV à la mode de Bretagne. Il s'était mêlé à de nombreuses intrigues, et, dans les derniers temps, en avait même noué une avec la marquise de Vemeuil.
Mon neveu, vous avez raison d'avouer votre faute, car elle ne pourrait être plus grande , eu égard à moi et à celle à qui elle importait. Puisque vous avez regret de m'avoir offensé et me suppliez de vous pardonner, je le veux, à la charge que vous serez plus sage à l'avenir ; et pour le vous témoigner , préparezvous pour aller en Hongrie , a> ec M. le duc de Mercœur, lorsqu'il y retournera. Et quand il sera prêt à partir pour le dit voyage, je trouve bon que vous me veniez trouver, pour être près de moi trois ou quatre jours, afin que, avant votre partement, je fasse reconnaître à tout le monde et à vous aussi, que mon naturel est d'aimer mes parents, quand ils sont gens de bien et sages. A Dieu, mon neveu. Ce dernier février 1602, à Fontainebleau.
Henry.
A Madame de Montglat.
Madame de Montglat, vous m'avez fait plaisir de me mander des nouvelles de mon fils le dauphin et de mes autres enfants. Continuez, je vous prie, et fort souvent, car vous ne me sauriez faire service plus
agréable. S'il aime à sortir hors de la chambre et prendre l'air lorsqu'il fait beau, il a de qui en tenir. En attendant que je le verrai , je le vous recommande et d'en avoir bien du soin, comme je m'en repose sur vous. A Dieu, Madame de Montglat,ce xiiij*mai,àTours.
Au Maréchal de Biron.
La conspiration du maréchal de Biron est trop connue pour que j*en rappelle les détails, mais aussi trop considérable pour n'avoir pas donné lieu h plusieurs lettres curieuses. En voici une qui se place à Torigine de cette triste affaire, et qui montre Inen dans quelle disposition d'esprit le roi y entra.
Mon ami, ayant entendu par d'Escures les faux rapports et discours qui vous ont été faits et désirant en être éclairci, et vous faire connaître les calomnies de ceux qui ont avancé de tels discours, j'ai dépêché le sieur Jeannin et le dit sieur d'Escures pour vous aller trouver. J'ai commandé au dit sieur Jeannin, après qu'il aura appris de vous les rapports qui vous ont été faits, de mander ceux qui vous en ont parlé et qui sont les auteurs, pour avérer et vous faire conndtre ^ doigt et à l'œil leurs impostures, que vous devez tenir pour telles, sachant comme je vous aime et par combien d'effets je vous ai fait paraître ma bonne volonté, laquelle continuera toujours en votre endroit; m'assurant que par la continuation de vos services et par tous vos déportements, vous m'en donnerez toutes les occasions que je me suis promises de votre fidélité et affection à mon service. Sur quoi les dits Jeannin et d'Escures vous feront particulièrement eptendre mes
KGKITS DK HRNKl IV. :i51
iotefitioQS et combien j'aurai agréable de vous voir près de moi et vous faire paraître en toutes occasions les effets de ma bonne volonté : auxquels me remettant et m'assurant que vous les croirez de tout ce qu'ils vous diront de ma part, comme vous feriez de moi-même, je prierai Dieu qu'il vous ait, mon ami , en sa sainte et digne garde. Ce xnij" mai , à Tours, 1602.
Au Duc DE Bouillon.
Le vicomte de Turenne, a ai et compagaon d'armes du roi de Navarre, était devenu grâce à ce roi, duc de .BouUlon par son mariage avec Phéritière de ce duché. II était entré dans la conspiration de Biron et du comte d^Auvergne.
Mon ami, ce jour d'hui seulement les gens de mon conseil ont achevé de recevoir les dépositions de ceux qui ont été ouïs sur la conspiration du duc de Biron, par lesquelles ayant seu être fait mention de vous, j'ai voulu, pour l'affection que je vous porte et pour le. soin que j'ai toujours eu de votre bien et honneur, vous en avertir incontinent par ce porteur, que je vous envoie exprès pour cet effet, et sur ce, vous faire savoir, encore que je n'ajoute foi à telle accusation ( spécialement quand je me représente combien je vous ai chéri et favorisé, et de quelle sorte je me suis toujours fié en vous et ai souvent aussi éprouvé votre fidélité) néanmoins importer tant au bien de mon royaume et au vôtre même, que la chose soit promptement vérifiée, que je veux et vous ordonne par la présente, que vous me veniez trouver en ce lieu, soudain que vous l'aurez reçue, pour vous justifier ; et j'ajou-
:fô2 TROISIÈME PARTIE.
terai encore que je vous conseille et prie comme votive bon maître et vrai ami (vous ressentant et tenant innocent, comme je crois que vous êtes), de n'y faire faute et n'y user d'aucune remise et longueur ; car ce faisant, vous préviendrez et étoufferez la mauvaise opinion que les bruits de ce qui se passe pourraient imprimer de votre intégrité; vous mettrez aussi tant plus mon esprit et le vôtre en repos selon mon désir, et je vous assure que je favoriserai très-volontiers votre justification et innocence, comme
Votre bon maître et ami.
De Fontainebleau^ le xviij* novembre 1602.
bÙ* DB L'AOB.
Au Roi d'Angleterre.
Vers la fin d'août.
Monsieur mon bon frère, après vous avoir envoyé un des officiers de ma couronne et de mes principaux conseillersd'État, ilfautque je vous envoie maintenant un de mes meilleurs veneurs et plus spéciaux serviteurs : C'est le sieur de Vitry, capitaine de mes gardes, qui vous a, par ma permission et par son inclination, toujours grandement honoré, et affectionné votre service. La charge que je lui ai donnée consiste en deux points : l'un, de vous saluer et congratuler de la grâce que Dieu vous a faite d'avoir si heureusement découvert et renversé les premières conspirations et entre-
prises contre votre service, depuis votre avènement à la couronne d'Angleterre, que j'ai ressentie comme m'y convie votre amitié, et l'autre, pourvous montrer notre manière de chasser, voir la vôtre et m'en informer à son retour. Et tout ainsi que par la négociation du premier nous avons formé et bâti une union inséparable, je désire encore, par l'entremise de ce dernier, en communiquant et conférant ensemble de l'art de la chasse, [que] nous dressions un exercice parfait de l'art d'icelui, pour en jouir également en plaisir, contentement et prospérité le reste de nos jours, et en laisser l'usage après nous à nos communs enfants, comme nous ferons l'exemple et le bonheur de notre parfaite amitié, afin qu'ils héritent de l'un et de l'autre avec autant de félicité que nous-mêmes. Au moyen de quoi je vous prie, mon très cher frère, de voir de bon œil et ouïr bénignement le sieur de Vitry, et lui ajouter pareille foi qu'à la personne même de
Votre bon frère, Henry.
Au Duc DE Montmorency.
Mon compère , c'est à ce coup qu'il faut que j'avoue que je suis de votre confrérie ; de quoi je vous ai bien voulu avertir par ce mot et ce laquais que je vous dépêche exprès, ce que plus tôt j'eusse fait sans que ce vous eut été trop de joie, et que je voulais être comme guéri avant que de le vous mander, j'ai eu la goutte au genou pour trois jours, si violente qui ne se peut dire
davantage, et avec de si cruelles douleurs qu'elles me contraignaient de crier; maintenant la douleur m'a donné quelque relâche, et me permet de commencer à me soutenir sur la jambe, et me promener, ayant été contraint d'aller en litière deux jours et le troisième en carrosse; et ce jourd'hui j'espère de monter à cheval et dans samedi de courre le cerf à Saint-Germain, où je vais coucher demain , Dieu aidant, et où ayant séjourné quelques jours, de là je m'en irai à Fontainebleau pour faire une diète. A Dieu, mon cousin. Ce XXIV* septembre, à Vernon.
Henry.
Sl« DB L^AOB.
A Monsieur de Rosny.
De Fontainebleau, le 15 avril.
Il s'agit dans la présente lettre de la conspiration de la famille d'Entraigues, que Sully avait'dévoilée étant en Angleterre.
Mon ami , j'ai déjà de longtemps quelque chose en la fantaisie, qui m'a travaillé Tesprit depuis trois jours plus qu'il n'avait encore fait, c'est touchant une déloyauté qui se commet en mes principales affaires, à laquelle je voudrais bien essayer d'apporter quelque remède ; mais ne le voulant entreprendre sans vous en avoir communiqué, pour ce que vous avez été le premier qui en avez soupçonné quelque chose lors de votre voyage en Angleterre , je vous prie ne manquer
iCUIS K HOIEI IT.
pas de me venir trouver dès le joar de Pâques , sitôt que vous aurez fait la cène à Ablon , où je donnerai ordre qu'il se trouvera des chevaux de poste tout prêts, car étant quasi tout seul en ce lieu , j'aurai plus de moyens de discourir avec vous sans être importuné de personne. A Dieu, mon ami, que j'aime bien. De Fontainebleau, ce jeudi absolu * .
Henry.
A LA Marquise de Verneiol.
Vers U mi-avril.
Si vos effets suivaient vos paroles , je ne serais pas mal satisfait de vous comme je suis. Vos lettres ne parlent qu'affection; votre procédé envers moi, qu'ingratitude. Il y a cinq ans et plus que vous continuez cette façon de vivre, trouvée étrange de tout le monde. Jugez de moi à qui elle touche tant, ce qu'elle doit être. Il vous est utile que l'on pense que je vous aime, et à moi honteux que l'on voie que je souffre que vous ne m'aimiez pas. C'est pourquoi vous m'écrivez et pourquoi je vous paye de silence. Si vous me voulez traiter comme vous devez, je serai plus à vous que jamais. Sinon, gardez cette lettre pour la dernière que vous recevrez jamais de moi , qui vous baise un million de fois les mains.
« C'est-à-dire le Jeudi-Saint. Pâques tombait cette année-là le 18 avril. Le Jeudi-Saint était donc le 15.
 Monsieur de Rosny.
De FontaîaebleaUi vers la mi-avril.
Mon amy, je vous escris ceste lettre par laquelle je vous prie, voire ordonne, de prendre le temps et roccasion si à propos pour voir Madame de Verneuil de ma part, que vous lui puissiez tout au long faire entendre mes intentions et résolutions absolues sur les choses qui se sont passées entre nous depuis sept ou huit mois en çà, et d'autant que le discours et les causes et raisons d'icelui seraient trop longs pour une lettre de ma main, et pour quelque autre sujet que je vous dirai- à notre première vue, j'ai rendu la Varenne porteur de cette lettre, avec lequel j'ai discouru de toutes les choses desquelles je veux que vous parliez avec Madame de Verneuil, vous priant de le croire comme moi-même, et en parlant à elle avec les dextérités et belles paroles desquelles vous vous servez lorsque vous me donnez des conseils que vous estimez ne m'être pas trop agréables: et sur ce je prierai Dieu, mon ami, qu'il vous conserve. De Fontainebleau, ce mardi, à six heures du matin.
Henry.
A LA Marquise de Vernevil.
Vers la fin de l'année.
Il a été parlé plus haut (p. 80) de la conspiration de la famille d'Entragues. Son procès fut commis au parlement. D'Entragues et le comte d^Auvergne furent condamnés à mort ; la marquise de Verneuil fut trouvée complice, et condamnée à une délen-
tion perpétuelle. Le roi fit grâce au père et à la ûlle, et commua la peine du comte d'Auvergne en une prison perpétuelle. C'est pendant Tinstruction du procès, qu'il écrivit la lettre suivante, monument de la plus extrême faiblesse.
Mon cher cœur, j'ai reçu trois de vos lettres, auxquelles je ne ferai qu'une réponse. Je vous permets le voyage de Boisgency, comme aussi de voir votre père, auquel j'ai faitôter ses gardes. Mais n'y demeurez qu'un jour; car sa contagion est dangereuse. Je trouve bon que partiez pour St-Germain voir nos enfants. Je vous enverrai la Guesle ; car je veux aussi que voyez le père qui vous aime et chérit trop'. L'on n'a rien su du tout de votre voyage. Aimez-moi, mon menon, car je te jure que tout le reste du monde ne m'est rien auprès de toi, que baise et rebaise un million de fois.
52" DE L'AGB.
A Monsieur de Rosny.
Mon couski, mandez-moi par le retour de ce courrier si mes affaires sont en état qu'il faille que je hâte mon retour, car selon cela je me^ conduirai. Ici il fait très beau, et y passe bien mon temps, me portant très bien. Dieu merci ; car je n'ai aucun ressentiment de rhume, de goutte ni de chose du monde. Vous le jugerez ainsi à mon visage, qui est très bon. Je me couche entre dix et onze et me lève à sept heures, dors bien et mange de mesme, qui sont les meilleures nouvelles que je vous puisse mander. Si vous en savez
quelques-unes, mandez-les moi par le retour de ce
courrier. A Dieu, mon cousin. Ce samedi xiij® mars,
à Chantilly.
Henry.
A Monsieur de Belliévre, Chancelier de France.
Il s*agit ici du poète Racan, qui fut pupille du duc de Bellegarde (Grand écuyer de France d^où la dénomination de Le Grand). Le jeune Racan fit dans cette maison la connaissance de Malherbe, ce qui décida de sa carrière.
Monsieur le chancelier, je n'ai pas moins été meu de pitié que d'équité à accorder à M. le Grand le répit de deux ans dont il m'a supplié avec grande instance pour le jeune Racan, cousin de sa femme et duquel il est tuteur. Car outre que le père de ce jeune gentilhomme est mort à mon service , après m'avoir assisté en ces dernières guerres , et que je sais la plus grande partie de ses dettes procéder à cause de mon dit service, la perte de ses père et mère au bas âge où il se retrouve, me convient à contribuer ce remède à la manutention de sa personne et maison ; et puis je désire conforter le fils en l'inclination qu'il a d'imiter et se rendre digne de continuer les services de son père, dont la mémoire m'est très fraîche et recommandée. Je vous prie donc ne différer lui dépêcher le dit répit pour ce temps-là, et vous ferez chose qui me sera très agréable. A Dieu, Monsieur le chancelier.
Ce xvij* septembre, à St-Germain-en-Laye.
tains DE HEsou IV. 350
A LA Redœ.
Mon cœur, Bérmghen est arrivé avec son faiseur d'argent. 11 m'a baillé votre lettre, par laquelle je vois que l'on ment à Paris comme de coutume. Ceux qui font courre le bruit que nous sommes mal ensemble le désireraient peut-être, mais nous les éloigneront bien de leur compte. J'ai vu aussi ce que me mandez de cette dame jaune et maigre; ce n'est plus marchandise pour ma boutique , car je ne me fournis que de blanc et gras * . J'espère faire mon entrée demain, et vendredi partir pour m'en retourner vous voir en la plus grande diligence que je pourrai, car je vous aime de tout mon cœur. Croyez-le, et m'aimez aussi comme cela. Je te donne le bonsoir et mille baisers. Ce xix* octobre.
À LA Reine.
Du S4 octobre 1605.
Mon cœur, je pars et ai commandé à ce porteur de me voir le pied à Tétrier pour vous en assurer. Je ferai la Toussaint où je me trouverai. M. de Lodéve ' est mon confesseur; jugez si j'aurai l'absolution à bon marché. Si vous vous trouvez mal, ne venez au-devant
^ Allusion évidente à la reine qui était blanche et grasse comme on la voit dans les peintures de Rubens.
^ Plaisanterie : 11 s'agit du petit-ûls du connétable, âgé de quatre ans, nommé Tannée précédente àrévêché de Lodéve. La lettre est datée du 24 octobre dans la grande collection.
de moi ; mais si vous vous portez bien je serai bien aise de vous trouver à Fontainebleau le jour que j'y serai. Je ne le vous puis mander encore de cinq ou six jours. Bonsoir, mon cœur, je te baise cent mille fois.
A LA Reine.
Le roi revenait de Limoges où U s'était fort ennuyé, il était même dans un état de santé qui l'obligeait de vivre de régime.
Mon cœur, je m'en vais coucher à St-Germain ^ chez Beaupré, et serai, s'il plaît à Dieu, demain à Argenton. Toutes les nouvelles que je vous pourrai dorénavant mander ne seront que des chemins et du beau ou mauvais temps. Le cœur commence à relever à tout le monde de sentir le visage tourné vers la douce France ^ Ce malheureux pays et les importunités nous l'avaient tout abattu, et particulièrement à moi, qui, je vous jure fusse tombé malade, si je fusse été encore deux jours à Limoges. Je vous donne mille bonjours et autant de baisers. Ce xxiiij® octobre.
ï Bourg aujourd'hui dans le département de la Creuse, arrondissement de Ouéret.
2 Ce nom de France s'entendait pçirticulièremeut de TJle do de France,
53* DE l'âge.
A MA Cousine, la Princesse d'Orange.
Ma cousine, je dirai comme fît César : veniy vidi^ vici^ ou comme la canson :
Trois jours durèrent mes amours, Et se unirent en trois jours, Tant j'estois amoureux
De Sedan. Cependant vous pouvez maintenant dire si je suis véritable ou non, ou si je savais mieux Tétat de cette place que ceux qui me voulaient faire croire que je ne la prendrais de trois ans ^ M. de Bouillon a promis de me bien et fidèlement servir , et moi d'oublier tout le passé. Cela fait, j'espère vous voir bientôt. Dieu aidant ; car aussitôt que j'aurai été dans la place et que j'aurai pourvu à ce qu'il sera nécessaire pour mon service, je prends jà mon retour vers Paris. Bonjour ma cousine. Arsens, qui vous rendra celle-ci vous dira de mes nouvelles. Ce ij® avril 1606, à Don-
chery.
Henry.
A Monsieur mon Frère, le Roi d'Angleterre
ET d'Écosse.
Monsieur mon frère, j'affectionne tant votre contentement, que vous obtiendrez toujours de moi tout
* Le duc de Bouillon ne chercha guère à résister : il demanda tout d'abord à entrer en conférence.
962 TROISIÈME PAtRIS.
ce qui y peut servir. J'ai commandé au sieur de Vitry de le vous dire et partant de vous servir comme moimême. Si ce que nous sommes et le canal qui sépare nos royaumes ne s'opposait à mon désir, nous verrions ensemble bientôt courre nos chiens, et vous ferais connaître et avouer que pour la goutte dont je me ressens quelquefois et pour l'âge que j'ai, je suis encore bon compagnon. Cela ne pouvant être, disposez du dit Vitry et de tout ce qui dépend de moi pour votre plaisir, et croyez. Monsieur mon frère, que votre prospérité et santé me sont aussi chères et recommandées que la mienne, comme j'ai commandé au dit sieur de Vitry, vous déclarer plus particulièrement: de quoi je vous prie le croire comme si c'était.
Votre très affectionné frère et cousin,
Henry.
Ce xnij" juillet '.
A LA Marquise de Verneuil.
Mes chères amours, mes que je sois à Paris, je saurai ce que c'est que cet homme de Périgueux, et votre recommandation ne lui peut apporter que bonne fortune. J'ai reçu trois lettres de vous aujourd'hui, sans celle que j'espère recevoir encore, devant que dormir, par Naus. Croyez que c'est le seul temps où j'aie reçu du contentement; car hors de votre présence ou de vos nouvelles, je n'ai non plus de joie qu'il y a de salut hors l'Église. Soyez mardi sans faillir à Mar-
* Je suis la date adoptée par la grande collection,
coussy ; et si vous pensiez que votre dîner fut à propos à Villeroy, je vous y ferais bonne chère, et irais avec vous à Marcoussy et vous prêtant la moitié de mon carrosse , le vôtre serait déchargé , et en échange au logis, vous me prêteriez la moitié de votre lit. Bonjour, rame à moi, je te baise un million de fois. Ce xxiij'' octobre.
A Monsieur d'Alincourt, Ambassadeur a Rome.
Il s'agit dans la présente lettre du futur cardinal de Richelieu, et c'est en cela qu'elle est curieuse. Henri IV avait bien jugé le jeune Armand du Plessis.
Monsieur d'Halincourt, j'ai naguère nommé à Notre Très Saint-Père le Pape, M. Armand Jehan du Plessis, diacredudiocese.de Paris, frère du sieur de Richelieu, pour être pourvu de Tévêché de Luçon en Poitou, par la démission et la résignation qu'en a fait à son profit M. François Hyver, dernier titulaire d'icelui ; et parce que le dit du Plessis, qui est déjà dans les ordres, n'a encore du tout * atteint l'âge requis par les saints décrets et constitutions canoniques pour tenir le dit évêché, et que je suis très assuré que son mérite et suffisance peuvent aisément suppléer à ce défaut % je vous écris cette lettre, afin que vous fassiez instance de ma part à Se Sainteté pour lui en moyenner la dispense nécessaire et vous y employez avec mon cousin le cardinal de Joyeuse, à qui j'en écris ^ dételle
1 Tout à fait, entièrement.
s II n'avait que vingt et un ans.
3 J^a lettre au c$irdinal de Joyeuse porte ; « M Armand- an du
sorte que cette grâce ne lui soit refusée , parce qu^il
est du tout capable de servir en TÉglise de Dieu et que
je sais qu'il ne donne pas peu d'espérance d'y être
grandement utile , comme Sa Sainteté connaîtra par
effet; priant Dieu, Monsieur d'Halincourt, qu'il vous ait
en sa sainte et digne garde. Écrit à Paris, le.... jour
de décembre 1606.
Henry.
54* DB L'aGB.
Au Duc DE Sully.
Mon ami, j'ai reçu votre lettre par la Fons et vu le menu des parties de l'ameublement de...., sur quoi je vous dirai qu'il n'y a rien de trop extraordinaire et que je n'aie commandé , et outre cela, que jamais je n'ai eu de si belle marchandise ni à aussi bon marché. C'est pourquoi je vous prie faire payer le dit ameublement et l'employer dans le premier comptant que vous ferez au trésorier de mon épargne. Ici les fermiers des aides me sont venus trouver pour me faire quelques propositions; mais quand je ne vous ai point près de moi je me défie que leurs propositions sont pour me surprendre. J'ai remis à les ouïr cette après dinnée, puis demain je les vous renverrai. Mandez-moi des nouvelles de la santé de la ville. Je me porte bien en ce lieu, Dieiî merci, comme aussi fait ma femme et
Plessis, diacre du diocèse de Paris est de soi si recomman-
dabîe, pour les bonnes vertus, qualités et mérites qui sont en lui, que Tavant naguères nommé à uotre très saint père le pape, etc.»
mon fils et mes autres enfants, qui sont les plus jolis du monde et me donnent force plaisirs. Adieu mon ami. Ce dimanche, premier avril, à Fontainebleau.
Au Duc DE Sully.
Mon ami, je ne suis point en doute que vous n'aurez pas oublié (si vous ne Tavez fait exprès, car j'ai trop reconnu votre bonne mémoire en chose de moindre importance ) les discours que je vous tins une aprèsdinée dans le cabinet des Livres et que je vous fis des prières comme un ami fait à l'autre de vous entromettre avec affection (usant de vos belles paroles lorsque vous me voulez persuader des choses que j'ai aversion) de deux affaires envers deux personnes qwG vous savez assez sans que je vous les nomme ^ et pour ce qu'il s'est passé quinze jours sans que vous y ayez travaillé ayant usé de remises sur remises, j'ai bien connu que les prières d'ami n'ayant été suffisantes pour vous persuader, il me fallait user de commandement de roi et de maître pour vous y disposer. A quoi vous ne manquerez pas si vous m'aimez et désirez que je vous aime ; car je suis résolu de me débarrasser l'esprit de toutes ces intrigues qui récidivent trop souvent, comme vous me le savez si bien dire, et suis résolu d'y mettre une fin à quelque prix que ce soit. Je vous aime bien, mais aimez-moi aussi, ce que je croirai si vous me rendez ce service comme je le désire. A Dieu, mon ami. De Verneuil , ce 15 avril.
Henry.
ï La reine et la marquise de Verneuil.
 LA Marquise de Verpïeuil.
Je ne pensais point, en vous mandant que vous seule pouviez changer mon humeur mélancolique en joie, vous offenser; aussi peu en vous témoignant le désir de vous chérir et le déplaisir d'en être privé. Ce n'a jamais été mon intention ni ne l'est encore devons empêcher de prier Dieu, tant s'en faut: je l'approuve extrêmement. Vous dites que ma mélancolie ne procède de vous; je ne vous en ai pas. accusée; et n'en ayant sujet du monde, il est tout évident qu'elle procède de la rate ; pour à quoi pourvoir , je viens de prendre médecine. Vous me mandez que vous voulez vivre autrement que de coutume ; j'ai trouvé ce style bien rude, pour ne vous en avoir donné occasion. Si vous continuez, vous me ferez résoudre à ce qu'il vous plaira. Je vous baise en toute humilité les mains.
Ce xviij" octobre.
A Madame de Montglat.
Je me plains de vous, de ce que vous ne m'avez
pas mandé que vous aviez fouetté mon fils ; car je veux et vous commande de le fouetter toutes les fois qu'il fera l'opiniâtre ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-même qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela ; ce que je reconnais par expérience m'avoir profité ; car, étant de son âge, j'ai été fort fouetté. C'est pourquoi je veux que vous le fassiez et que vous lui fassiez entendre. A Dieu, Madame de Montglat. Ce xiiij® novembre, à Fontainebleau.
Henry.
A Monsieur du Vair *.
Monsieur dii Vair, désirant faire venir avec les autres ouvriers qui sont à la manufacture que j'ai fait établir à Paris, un Espagnol et deux de ses serviteurs, que j'ai su être retourné de Constantinople et se trouver à présent en ma ville de Marseille, au logis d'un nommé Ostagier, d'autant que ce sont personnes qui ont la réputation de travailler bien en or et en soie, façon du Levant, je vous écris cette lettre afin que vous les disposiez à me venir trouver en ma dite ville de Paris et leur donniez adresse pour cet effet ; ou bien ayez soin de les y faire conduire au plus tôt, et vous me ferez service très agréable, priant Dieu, Monsieur du Vair, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Au Pape.
Très Saint-Père, comme nous n'avons jamais eu en si particulière recommandation que de voir rétablir et fleurir en notre royaume la gloire de Dieu, spécialement parmi les personnes ecclésiastiques, qui doivent servir d'exemple de probité et religion, aussi ne désirons-nous épargner pour cet effet aucune chose qui dépendra de nous. C'est pourquoi, reconnaissant le besoin qu'a le monastère de Ste-Glossine de Metz d'être
* Premier président du parlement de Provence.
réformé, pour la mauvaise vie que mènent les abbesse* et religieuses d'icelui, nous avons commandé au sieur d'Halincourt, notre ambassadeur, de requérir Votre Sainteté, en notre nom, d*y vouloir pourvoir, et, à ce faire, commettre frère Laurent Bernard, religieux de Saint -Etienne de Nevers, docteur en théologie et prieur du collège de Cluny de notre ville de Paris, lequel étant autorisé à ce faire par Votre dite Sainteté, s'acquittera de ladite visite et réformation selon leur institution et ancien ordre, à son contentement et au nôtre, ainsi qu'EUe entendra plus amplement de notre dit ambassadeur. A tant, nous prions Dieu, Très Saint-Père, qu'icelle Votre dite Sainteté il veuille maintenir, garder et préserver au bon régime et administration de notre mère sainte TÉglise.
Votre dévot fils, Henry.
A LA Marquise de Verneuil.
Du 22 mai.
Mon cher cœur, votre mère et votre sœur sont chez Beaumont, où je suis convié de dîner demain ; je vous en manderai des nouvelles. Un lièvre m'a mené jusqu'aux rochers devant Malesherbes, où j'ai éprouvé
Que des plaisirs passez doulce est la souvenance.
* L'abbesse était fille bâtarde du duc d'Épernon. Celte réforme réclamée par Henri IV n'était pas encore accomplie au temps de Bossuet, lequel fut chargé de mettre fin aux désordres qui avaient persisté jusque-là d'abbesse en abbesse.
DS HEMU IV. 369
Je vous ai souhaitée entre mes bras comme je vous y ai vue. Souvenez-vous-en, en lisant ma lettre; je m'assure que cette mémoire du passé vous fera mépriser tout ce qui vous sera présent; pour le moins en feriez ainsi en traversant les chemins où j ai tant passé, vous allant voir. J'ai parlé à la Guesle, il est toujours obéissant et fidèle. Mes chères amours, si je dors, mes songes sont de vous ; si je veille, mes pensées sont de même. Recevez, ainsi disposée, un million de baisers de moi.
[A LA Marquise de VER5EnL.
Ven la mi-feptembre.
Mon cher coeur, je montrai arsoir votre lettre à ma femme, lui demandant avis de ce que je vous répondrais ; je la regardai au visage si je verrais de l'émotion quand elle lisait votre lettre, comme d'autres fois j'avais vu quand l'on parlait de vous ; elle me répondit sans aucune altération que j'étais le maître, que je pouvais ce que je voulais, mais qu'il lui semblait que je devais vous contenter en cela. Tout le reste du soir elle fut fort joyeuse, et parlâmes par reprises de vous et me dit, riant, que si la princesse de Conti * M avait vu lire votre lettre, elle serait bien en peine, car elle se tourmentait tellement de tout, qu'elle ne s'esbahissait point si elle était aussi raai^e; Envoyez donc votre carrosse et ce qu'il faut pour les mener, ils seront
1 Fille du duc de Guise et nièce du duc de Mayenne, célèbre pour ses galanteries.
mercredi à Chaillot,n'ayantvoulu qu'ils demeurassent, à Paris, pour les flux de sang qui y courent. J'envairrai quelqu'un de mes gentilshommes avec eux. Le duc de Mantoue nous vient voir incognit avec quarante chevaux de poste ; il sera le xxi* de ce mois ici. Comme nous retournerons à Paris, je ne vous manderai pour renvoyer nos marmots à Saint-Germain. Aimez-moi bien, mon cher cœur, et je vous jure que vous rêt«s de moi autant que vous le fûtes jamais. Je vous donne le bon soir et un million de baisers.
A LA Marquise de Verneuil.
Ce n'est pas paresse qui vous prive de mes nouvelles; mais la créance que cinq années m'ont comme par force imprimé que vous ne m'aimez pas. Vos effets ont durant ce temps-là été si contraires à vos paroles et à vos écrits et, disons plus, à l'amour que vous me devez, qu'enfin votre ingratitude a accablé ma passion, qui a plus résisté que n'eut su faire dans tout autre. Vous ressouvenant combien de peines j'en ai portées, s'il vous reste tant soit peu d'affection, vous devez en avoir du regret. Je tiens en une chose de la divinité, que je ne demande que la convei^ion, non la mort. C'est à vous à parler français là-dessus; que j'entendrai toujours fort volontiers, étant ma langue d'inclination. Si vous avez le diable au corps, attendez là; si quelque bon diable vous possède, venez à Marcoussis, où étant plus près, les effets s'en connaîtront mieux.
56« DB L^AGB.
A Monsieur de Brèves,
Conseiller en mon conseil d'État et mon ambassadeur à Rome.
Henri IV prit une grande part au mariage du prince de Gondé, son parent, avec la jeune princesse de Montmorency, ce qui donna lieu à de graves suppositions. Indépendamment de la lettre envoyée ,à de Brèves, il en écrivit une au cardinal de fiorghèse, et^deux jours plus tard, une autre à son ambassadeur à Rome, lui disant : « Vous parlerez incontinent de la dispense à sa Sainteté avec toute Tardeur qu'il vous sera possible, et m'enverrez au plutôt ladite dispense; et d'autant qu'elle pourrait être retardée, à cause du carême où nous entrons, pendant lequel il n'est pas permis de se marier, vous me faudrez aussi à en obtenir l'indulgence afin qu'aussitôt ladite dispense me sera rendue, je puisse faire passer outre sans difficulté aucune. »
Monsieur de Brèves, ayant naguère résolu le mariage de mon neveu lé prince de Condé, avec ma cousine, la demoiselle de Montmorency, maintenant qu'ils ont besoin de la bénédiction et dispense de Sa Sainteté, étant parents du second au tiers, et du tiers au quart degré de consanguinité , j'en écris présentement à sa Sainteté la lettre que je vous envoie, suivant laquelle vous lui en ferez toute l'instance nécessaire pour obtenir la dite dispense, vous étendant sur les considérations qui me font affectionner cette grâce et y employant aussi toute l'entremise qui dépendra de mes serviteurs qui sont par delà, vous assurant que comme c'est chose que j'ai fort à cœur, pour le repos des deux futurs époux et le contentement qu'en attendent ces deux maisons, outre la proximité de sang dont ils m'attouchent, j'en tiendrai l'effet à plaisir
très grand de Sa Sainteté, et de vous à service très agréable : priant Dieu, Monsieur de Brèves, qu'il vous ait en sa très sainte et digne garde. Écrit à Paris, le xnj* jour de mars 1609.
Henry.
À LA Reine.
Du 32 mars.
Mon cœur, je ne passerai plus que cette journée sans vous voir; le temps m'a plus duré qu'à vous. Le chevalier ^ faillit arsoir à être fouetté. Tous ses parents vinrent pleurant à moi pour avoir sa grâce, si pitoyablement, que Frontenac et le vieux Baranton se mirent à pleurer si fort, qu'ils nous en firent faire de même de rire. Je m'en vais courre le cerf. Il fait si beau que je crois que, si le temps continue, vous viendrez à Chantilly. Bonjour, mon cœur, je vous baise un
million de fois.
Henry.
Au Duc DE Sully.
Mon ami, Monsieur le prince est ici qui fait le diable. Vous seriez en colère et auriez honte des choses qu'il dit de moi ; enfin la patience m'échappera, et je me résous de bien parler à lui. Cependant si on ne lui a pas encore payé le quartier d'avril de sa pen-
^ Le ôhevalier de Vendôme, fils de Gabrielle.. — Arsoir : hier soir.
sion, défendez qu'on ne le paye sans parler à vous ; et si quelques-uns des siens y vont pour cet effet , vous leur direz que vous ne pouvez que vous n'en ayez commandement de moi, comme aussi à son pourvoyeur et autres qui vous iront trouver pour être payés de leurs dettes sur ce que je lui ai donné [Jour son mariage, et qu'il tient des langages de moi fort étranges. Si Ton ne le retient par ce moyen là, il en faudra prendre quelque autre, car il est honteux d'ouïr ce qu'il dit, et nous aviserons ensemblement lorsque vous serez auprès de moi. A Dieu, mon ami. Ce
xj® juin , à Fontainebleau .
Henry.
Au Roi d'Angleterre.
Très haut, très puissant et très excellent prince, notre cher et très aimé bon frère , cousin et ancien allié, j'ai reçu le xxp de ce mois une lettre du xv" du passé par les mains de votre anabassadeur, lequel m'a présenté aussi le livre dont il est fait mention en icelle, et m'a déduit les raisons qui vous ont mu de l'écrire. Je suis marri qu'il ait fallu que vous ayez pris cette peine, car je n'ai pas opinion que vous en retiriez la consolation et les avantages que vous en espérez. Véritablement les actions des rois sont sujettes à détraction comme les autres, et quelquefois plus que celles des moindres, d'autant qu'elles importent et attouchent à plus de gens et servent souvent de règle comme d'exemple à leurs sujets. C'est pourquoi elles ne peuvent être trop justes ni trop éclaircies
et justifiées entre les hommes. Néanmoins comme Penvie et la calomnie ont , en ce siècle dépravé , plus de vogue souvent et d'authenticité que la vérité même, il est périlleux de soumettre au jugement public ce dont Ton n'est responsable qu'à Dieu seul et à sa conscience; et une trop curieuse justification aussi engendre souvent des effets contraires à notre expectation. Mais celui qui en tel cas s'est contenté soi-même a obtenu la meilleure partie de son désir. Je veux croire qu'il vous en est ainsi advenu, de façon que je ne vous en dirai davantage; mais vous prierai toujours d'attendre de la continuation de mon amitié fraternelle tous vrai et sincères effets. A tant je prie Dieu, très haut, très excellent et très puissant prince, notre très cher et très aimé bon frère, cousin et ancien allié, qu'il vous ait en sa sainte garde. Écrit à Fontainebleau,
lexxvij'juin 1609.
Henry.
A Monsieur du Pesché, Gouverneur de Guise.
Monsieur du Pesché * , tout présentement j'ai été averti que mon neveu le prince de Condé est parti de sa maison de Muret pour se retirer aux Pays-Bas avec sa femme, sans ma permission et contre la parole qu'il m'avait donnée de me venir trouver. De quoi je suis à bon gré très offensé. Et d'autant que j'ai sçu qu'il doit passer auprès de Guise, et peut-être dans la ville, pour la commodité du passage, je vous com-
* Et mieux du Peschier.
mande , sur tant que vous désirez m'obéir et servir ,,
que vous le fassiez arrêter en quelque lieu qu'il soit ,
où vous aurez pouvoir de le faire , employant à cette
fin les forces de votre garnison et toutes les autres
que vous pourrez avoir loisir d'assembler prompte-
ment pour cet effet, car le principal est d'user de
diligence ; et quand vous l'aurez entre les mains et
en pourrez disposer, vous le logerez au château, avec
bonne et sûre garde; pour en être fait ce que j'ordon-
nerai , prenant garde qu'il ne soit fait aucun déplaisir
à sa personne ni à sa femme. Mais vous retiendrez
aussi tous ceux qui l'accompagnent. Je vous envoie la
présente par le capitaine la Chaussée , exempt de mes
gardes , auquel vous ajouterez foi , et m'avertirez en
diligence de ce que vous aurez fait, et sur ce, Dieu
vous ait, monsieur du Pesché, en sa sainte et digne
garde. Écrit à Paris, ce xxix' de novembre 1609, au
soir.
Henry.
S'il avait déjà gagné le Pays-Bas et que vous ne puissiez exécuter mon commandement, vous le tiendrez secret.
57* DB L'aGB.
A Monsieur de Berny ^
Vera la mi févriei;.
Monsieur de Berny, celle-ci sera pour vous» dire comme je désire que vous donniez chargja è. voire
) Ambassadeur de France aux Pajrs^-Bs^s.
femme de voir souvent madame la Princesse, et l'assurer que vous avez ci-devant parole de moi de Fassister et lui bailler tout ce qu'elle aura besoin, comme je vous en prie, et sitôt que je saurai quoi, je vous le ferai rendre ; aussi à cause de sa jeunesse , .qu'elle s'instruise de ce qu'elle aura à faire et devra comporter voyant l'infante ; et au reste selon les occasions, faire tout ce que vous jugerez être à propos pour son bien et mon contentement. Mais surtout que ce soit de façon que ni le prince , ni pas une de ses femmes n'en sachent rien ; m'assurant que vous ferez l'office convenable , selon mon intention, avec ce que vous dira ce porteur de ma part, m'empêchera de vous faire la présente plus longue. Assurez-vous seulement que je tiendrai ce service aussi agréable que nul autre que vous me pussiez faire , et que je le reconnaîtrai aux occasions. A Dieu, Monsieur de Berny.
Henry.
Écrivez-moi amplement de toutes choses, de ce que Ton dit d'elle et que on la trouve.
A Monsieur de Préaux *.
Vers le 20 février.
Préaux, j'écris à mon bel ange : faites-lui tenir ma lettre si vous pouvez. Puisque Girard et notre hôtesse y vont, ils ne peuvent refuser de m'obliger en cela de les bailler, tous autres moyens m'étant interdits ; priez-
^ Agent du roi à Bruxelles, pour ralFaire du prince de Condé, * Girard, secrétaire du duc de Montmorency.
en Tune de ma part, et le commandez à l'autre. Renvoyez-moi celles que je lui ai écrites, que Ton ne lui a baillées. J'estime que ce porteur ne trouvera point le marquis ^ là, c'est pourquoi je ne lui écris point. Je crois que le partement de notre fou * suivra de près celui du marquis, alors vous pourrez juger des intentions des Archiducs. Les père et tante ont parlé à Pecus ^ ; ils me donnent bien de la peine, car ils sont froids plus que la saison ; mais mon feu les dégèle dès que j'en approche. Mandez-moi le plus de nouvelles que vous pourrez, principalement de la santé de notre prisonnière *. Assurez Chasteauvert et Felipote ' que je ne les abandonne point.
Henry.
D'Elbène vous mandera le reste des nouvelles. Bon soir. Je déchois si fort de mes mérangoises, que je n'ai plus que la peau et les os. Tout me déplaît; je fuis les compagnies, et si, pour observer le droit des gens, je me laisse mener en quelque assemblée, au lieu de me réjouir, elles achèvent de me tuer. A Dieu.
Henry.
1 De Cœuvres.
* Le prince de Gondé.
5 Ambassadeur des Pays-Bas, à Paris. Le père, Montmorency ; Ix tante, sa belle-sœur, la duchesse d^Àngoulême.
* Depuis la tentative d'évasion de la princesse de Gondé, elle avait été installée dans le palais de Tlnfante, à Bruxelles, pour y ôtre surveillée plus sûrement, en Tabsence de son mari.
^ Serviteurs de la princesse de Gondé.
A MON Frère, l'ârchiduc Albert d'Autriche.
Dq 19 avril.
L^archidac Albert était gouYemear des Pays-Bas pour le roi d'Espagne. Une lettre à peu près semblable à celle-ci, fut écrite à l'archiduchesse.
Mon frère, j'ai été supplié par ma sœur la duchesse d'AngouIéme et par mon cousin le duc de Montmorency, connétable de France, d'assister de ma recommandation et faveur en votre endroit la juste et paternelle requête qu'ils ont donné charge au sieur de Préaux vous présenter, touchant ma nièce la princesse de Condé , leur niëce et fille ; et comme le sujet d'icelle n'est moins accompagné de compassion que d'équité, autant pour la considération de l'âge et qualité des personnes qui vous laprésentent, que pour l'innocence de celle qu'ils réclament, je fais volontiers cet office, dû à l'affection que je leur porte et à leur propre mérite. Au moyen de quoi je vous prie autant affectueusement que je le puis faire, de leur donner la consolation en cette occasion qu'ils espèrent de votre bénignité et justice ; et vous ferez une œuvre très charitable, par laquelle vous changerez l'amertume de leur affliction en une obligation perpétuelle envers eux, qui me sera très agréable, et me conviera de m'en revancher en toutes occasions qui s'offriront de vous rendre preuve de mon amitié, comme j'ai commandé au sieur de Berny vous exposer plus particulièrement do la part de
Votre bon frère,
Henry,
A Monsieur de Brèves,
Conseiller en mon conseil d'État et mon ambassadeur à Rome.
Monsieur de Brèves, sur Tavis qui m'a été donné que le sieur de Miossans *, qui est à Borne et qui y a pris la soutane, au lieu de profiter aux bonnes lettres pour se rendre capable de quelque dignité en l'Église, se débauche, je vous fais celle-ci pour vous dire que, incontinent que vous l'aurez reçue, vous lui commandiez de ma part de s'en retourner trouver sa mère, à laquelle j'ai commandé de l'envoyer en mon collège de la Flèche, pour y continuer et parachever ses études, afin qu'ils puisse espérer de moi quelque dignité en l'Église, comme est ma volonté s'il s'en rend capable ; ce que vous lui ferez entendre : et sur ce, je prie Dieu, Monsieur de Brèves, vous tenir en prospérité. Écrit à Paris, le xiij*" jour de mai 1610.
Henry.
Monsieur de Brèves, faites ce que je vous mande, car je le veux.
Voilà peut-être la dernière lettre au bas de laquelle Henri IV ait apposé sa signature : Le lendemain , 14 mai, entre trois et quatre heures de l'après-midi , il tombait sous le couteau de Ravaillac.
1 Parent de Henri IV.