‹ Henri iv.: sa vie, son œuvre, ses écritsChapitre 6 sur 39 · II. — Navarre et Béarn · texte numérisé non relu

II. — Navarre et Béarn

La Navarre et le Béarn formaient un petit, un trèspetit État, mais un état bien autrement gouverné que celui de France.

Jusqu'au commencement du xvi* siècle , le royaume de Navarre couvrait les deux versants des Pyrénées, et s'étendait surtout du côté de l'Espagne ; il avait Pampelune pour capitale. Mais en 1512, Ferdinand d'Aragon, avec l'approbation du Pape, usurpa toute la partie située au nord des montagnes et ne laissa au roi de Navarre que ce qui regarde la France ; c'està-dire que, des six provinces ou merindades du royaume primitif, ses légitimes souverains n'en conservèrent qu'une, la Basse-Navarre, pays de huit lieues de long seulement, sur cinq lieues de large, avec Saint-Jean-Pied-de-Port pour ville principale. C'était un pays d'États ayant ses coutumes particulières. Ces États se composaient de trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers. Lorsque deux des trois ordres émettaient un avis, cet avis prévalait; mais en fait de finances, chose remarquable pour ces temps-là , le tiers l'emportait sur les deux ordres réunis. Deux familles s'élevaient en Basse-Navarre au-dessus de toutes les autres, celle des seigneurs de Gramont et Bidache , et celle des seigneurs de Luxe et Ostabat.

En Béarn, il y avait douze baronies anciennes, savoir : les évêchés de Lescar et d'OlojPon et les

seigneuries de Navailles, d'Andoins, de Lescun, de Coaraze, de Miossens, d'Arros, etc., auxquelles il en fut ajouté une nouvelle , celle de Lons. Le Béarn était aussi pays d'États, mais ces États ne se composaient que de deux ordres , le clergé et la noblesse n'en formant qu'un. Le clergé était représenté par les titulaires des deux évêchés et par trois abbés; la noblesse comptait un grand nombre de seigneurs possesseurs de terres et de fiefs nobles, le Tiers fournissait les députés de quarante-deux \illes , bourgs et communes. Les États de Béarn se réunissaient tous les ans pour régler les affaires concernant les finances et l'administration économique du pays ; dans l'intervalle d'une session à l'autre , douze commissaires de la noblesse et douze du tiers état réglaient tout ce qui survenait. — Le Béarn avait, comme la Navarre , ses coutumes propres ; il avait une cour major ou grand conseil qui jugeait en dernier ressort; cette cour se composait des évoques d'Oloron et de Lcscar et de douze jurats choisis par le peuple. Le Béarn avait seize lieues de long sur quinze de large.

Les deux pays réunis équivalaient à peu près à notre département actuel des Basses-Pyrénées. Ils formaient uii royaume indépendant, ne reconnaissant d'autre autorité que celle de ses souverains. Les femmes succédaient à la couronne et, même mariées, c'est à elles, et non à leur mari, qu'appartenait l'autorité royale *.

* Voir Bordonhave. Histoire de Béarn el de Navare.

Mais, outre ses pays souverains, la maison de Navarre possédait un grand nombre de seigneuries tenues de la couronne de France, comme les comtés de Foix, d'Armagnac et de Bigorre, comme le duché d'Albret , qui comprenait une grande partie de la Gascogne avec Nérac pour ville principale ; et pour toutes ces possessions elle relevait des rois de France ; cette distinction est importante à faire.

Le roi de France et le roi de Navarre , François î" et Henri d'Albret, nourrissaient une égale aversion pour le roi d'Espagne : François I" comme pour un rival , Henri d'Albret comme pour l'usurpateur de ses États ; ils réunirent leurs armes. Mais on sait ce qui advint à Pavie où tout fut perdu fors l'honneur. Le duc d'Alençon, mari de Marguerite, sœur de François l" , y commandait une division ; il abandonna son beau-frère au fort de la mêlée et se sauva jusqu'à Lyon , où se trouvaient alors la mère et la sœur du roi. Ces deux femmes, la reine-mère surtout, l'accablèrent de tels reproches , qu'au dire de quelques auteurs, le malheureux en mourut de confusion.

Peu de temps après , le jeune roi de Navarre, Henri d'Albret qui , celui-là , avait jusqu'au bout partagé le sort de François I*"", vint à son tour apporter à Marguerite des nouvelles de son frère, lui raconter ses faits d'armes et ses malheurs. Le cœur aimant de Marguerite s'attendrit sans doute à ses récits, peut-être même s'ouvrit-il à un tendre intérêt pour le compagnon d'infortune d'un frère qu'elle chérissait, car plus tard malgré une différence d'âge no-

table, elle consentit à lui donner sa main. Jamais peut-être mariage ne vit plus vives acclamations et plus unanimes concerts d'allégresse; manifestations du reste bien dues au talent , aux vertus aimables de cette femme excellente, au délicat et courageux appui qu'avaient toujours trouvé près d'elle les malheureuses victimes des persécutions religieuses.

Reine de Navarre, ceux qu'elle avait protégés à Paris , Marguerite les recueillit à Nérac et à Pau ; et sa maison devint le refuge de tous ceux que poursuivaient en France l'intolérance et la fureur. De même elle conserva toujours le goût des lettres et l'habitude de les cultiver , témoins plusieurs écrits, en prose et en vers, qu'elle composa à cette époque, et entre autres celui qu'elle appela : Le miroir de l'âme pécheresse^ lequel lui valut de la part de la Sorbonne une accusation d'hérésie, non qu'on lui reprochât des propositions mal sonnantes , mais parce qu'elle n'avait parlé ni des saints ni du purgatoire, preuve certaine, disait-on, qu'elle n'y croyait pas.

Le roi et la reine de Navarre s'attachèrent à rendre leurs États prospères et leurs sujets heureux; ils ouvrirent des routes, ils continrent les rivières dans leur lit , ils fortifièrent les frontières , ils embellirent les villes ; ils bâtirent le château de Pau qu'ils entourèrent de jardins magnifiques ; ils promulguèrent en même temps des lois douces et sages; et Marguerite, en particulier, se donna la douce mission de secourir les malheureux et de fonder des hôpitaux. Henri et Marguerite changèrent complètement la face

du pays ; aussi leur nom resta-t-il longtemps cher aux peuples de ces contrées.

Ils n'avaient qu'une fille, Jeanne d'Albret, qui si elle n'égala pas sa mère en 'grâce et en beauté, fut loin cependant d'être sans beauté comme sans grâce , qui certainement surpassa Marguerite en haute intelligence et en résolution. Arrivée à l'âge de seize ans, Jeanne d'Albret fut recherchée par de nombreux et illustres prétendants, et entre autres par Charles-Quint pour son fils Philippe, recherche d'autant mieux accueillie par le roi et la reine de Navarre qu'il était dit qu'avant le mariage ils seraient remis en possession de la Navarre espagnole. Mais Jeanne ne cacha point sa préférence pour Antoine de Bourbon, mis en avant par le roi de France H6nri II. Antoine avait les qualités d'un homme de guerre, mais aussi un grand penchant à la dissipation ; son esprit était peu étendu, sa mollesse excessive ; mais tel quel il plaisait, et cette alliance prévalut, bien que peu goûtée à la cour de' Navarre. Le mariage se fit le 20 octobre 1548.

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