I. — Naissance
On a raconté bien souvent les circonstances singulières, je ne voudrais pas dire bizarres, qui accom- .pagnèrent la naissance de Henri IV ; mais le récit naïf du vieil historien de Navarre pourra peut-être offrir encore quelque intérêt.
« Henri d'Albret avait fait son testament, que sa fille désirait voir, parce qu'on lui avait rapporté qu'il était conçu à son préjudice et en faveur d'une dame qui gouvernait son père. Il le portait dans une petite boîte suspendue à son cou par une chaîne d'or. Jeanne, peu de jours avant ses couches, demanda au roi cette boîte: « cette boîte sera à toi, répondit le père, et ce qui est dedans, si en enfantant tu me chantes une chanson gasconne ou béarnaise ; et quand tu enfanteras , j'y veux être. »
Quand vinrent les douleurs , on avertit le roi ; et sa fille, l'entendant venir, commença de chanter en béarnais : Nostre dame deou cap deou poun, ajouda me a d'aqueste hore, etc. ; c'est-à-dire :
Noire-Dame da bout du pont Venez à mon aide en cette heure !
Priez le Dieu du Ciel
Qu'il me délivre vite ;
Qu'il me donne un garçon.
Tout, jusqu'au haut des monts, vous implore.
Notre-Dame du bout du ponX
Venez à mon aide ea cette beure.
A peine le chant avait cessé que Tenfantement eut lieu. C'était dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553.
« Le roi rempli d'une indicible joie , mît la chaîne d'or et la boîte dans la main de Jeanne , lui disant : « voilà qui est à vous , ma fille ; mais ceci est à moi ; » et prenant l'enfant dans sa grande robe , il l'emporta dans sa chambre où il le fit accommoder. Ce petit prince vint au monde sans crier ni pleurer , et la première nourriture qu'il reçut fut de la main de son grand-père, lequel ayant pris une dosse (gousse) d'ail, lui en frotta ses petites lèvres, qui sucèrent de ce thériàque de Gascogne ; et prenant sa coupe d'or, il lui présenta du vin à l'odeur duquel le petit prince ayant levé la tête , il lui en mit une goutte dans la bouche qu'il avala fort bien. * »