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core de moi , dit la pauvre fille en pleurant a chaudes larmes ; ce n'est pas vrai cela ! Si vous étiez le prince Henri , est-ce que vous perdriez votre temps à causer pendant des heures entières avec une petite fdle des montagnes?... Il vaut bien mieux me dire que vous ne m'aimez plus et vous en aller , sans me faire un mensonge comme celui-là... Savez-vous que c'est bien mal de mentir? »
— (( Je ne mens jamais , dit Henri avec vivacité. Tenez, mademoiselle Ketty, puisque vous ne me croyez pas... regardez. »
Le prince avait tiré de son sein une petite peinture , au bas de laquelle était écrit : TTenrj\, the duke of Bordeaux, Il y était représenté en uniforme de colonel de cuirassiers.
Ketty regarda ce portrait dont la ressemblance était frappante. Son coeur se
serra... Elle promena quelque temps en silence ses regards désespérés de la peinture à Toriginal et de l'original à la peinture... Puis, tremblante et pâle, elle poussa un profond soupir , laissa tomber le portrait et s'évanouit, brisée d'amour et de douleur.
Le prince , effrayé de la voir ainsi , se jeta sur elle... appelant à voix basse: Ketty î Ketty ! ... Il lui prenait les mains , il les baisait, il les frottait dans les siennes... La pauvre fdle restait immobile, les joues décolorées , les yeux fermés , comme une morte. Henri eut peur de l'avoir tuée. . . Il se mit à crier... il se tordit les bras... Il parlait à Ketty toutbaut, en lui demandant pardon, en s'accusant de sa mort... Ketty ne répondait pas; et ses mains étaient froides, en dépit des larmes brûlantes dont Hcmi les baignait. D('solé, hors de lui , le
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jeune prince se précipite hors du bocage, résolu d'implorer les secours de la première personne qu'il rencontrera.
Ses cris avaient attiré deux hommes qui tout à l'heure étaient sortis du château pour le chercher. Le capitaine de La Villatte et Francis More accouraient, lorsqu'ils rencontrèrent le prince égaré , défait, les yeux hagards. Il les reconnut a peine : «. Venez ! venez ! s^écria-t-il... Pour l'amour de Dieu, venez avec moi... ou je suis perdu ! »
Le capitaine et son compagnon suivirent avec anxiété le prince au pied de l'arbre oii la jeune fille était toujours, privée de sentiment.
— (( Va chercher de l'eau ! dit le capitaine à Francis, qui partit confondu. ))
— « Vous commencez de bonne heure, mon prince! dit-^il ensuite, ne pouvant
contenir sa mauvaise humeur. » Et il se mit à desserrer les vêtemens de Ketty. Henri l'aidait comme il pouvait. — « Ce diable de Franck , murmurait le capitaine , comme il a été bien inspiré de venir avec moi î. . . la jolie surprise pour un amoureux ! — Allons, ce ne sera rien... le cœur bat... Un peud^eau à la figure, et tout sera fini...»
Ces paroles d'espérance calmèrent le pauvre Henri. Franck revenait avec de l'eau. Ils en arrosèrent le visage de Ketty... Henri jeta un cri de joie en voyant la jeune fille rouvrir les yeux.
— « Elle n'est pas morte, mon bon La Villatte ! je ne l'ai pas tuée î s'écria-t-il en sautant au cou du capitaine. »
— « Non ; mais vous me tuerez , moi , si vous continuez, cruel enfant que vous ctcs î répondit le capitaine , riant et grondant tout à la fois. Voyons, il faut r ce on-
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duire cette pauvre fille chez elle à présent... Franck s'en chargera.... n'est-ce pas , mon garçon ? »
Le pauvre cousin ne répondit pas. Il restait là, désolé, stupide, les bras tombans.
Ketty avait repris connaissance. Henri était à genoux auprès d'elle. Son premier regard fut pour lui... Le second rencontra lamine triste et fâchée de Francis More. A cette vue, Ketty frissonna; ce qui venait de se passer lui revint à l'esprit, et ses larmes recommencèrent à couler abondamment... — « Jamais! jamais! dit-elle avec désespoir. Henri! Ange ou prince..., je suis à toi ! emmène-moi ! je te suivrai où tu iras ! emmène-moi ! »
— «Elle a perdu la tête , dit le capitaihe. Henri, je m'en rapporte à votre parole : promettez-moi de rentrer au château ii
l'instani même... ; partez..., etlaissez-nous avec Ketty. »
Henri fit un signe d'obéissance..., et, bien à regret, il reprit le chemin du château, en tournant la tête à tout moment ; tandis que le bon capitaine épuisait avec le pauvre Franck tout ce que la logique pouvait leur fournir de consolateur pour Ketty, qu'ils réussirent enfin à ramener chez elle, après Ta voir un peu calmée.
Le prince était rentré au château par la porte secrète. Il gagna vite sa chambre, et, le coeur gros de soupirs, il quitta son costume de montagnard, décidé à ne jamais le reprendre. Ses habits d'étude étaient sur un meuble; il les mit, et tâchant de faire bonne contenance, il entra dans le salon de travail, où personne ne se trouvait heureusement. Monsieur de Barande était en ce moment auprès de la duchesse,