‹ Henri le préténdantChapitre 9 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

j^eitri-dRuatre rt JFlomte.

Depuis rapparition de Petit-Plaid-Vert, Ketty Mac-Grëgor avait complètement oublié ses engagemens avec le cousin Francis. Il est vrai que la nature n'en était point telle qu'une rupture dût être consi-

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dérée comme un crime de lèse-amour ou de lèse -fiançailles. Gomme nous l'avons déjà dit, Ketty n'aimait Francis que dune façon toute tranquille, comme un honnête garçon et bon parent qu'il était. Elle Peut épouse sans peine , mais sans plaisir ; par devoir autant que par curiosité ; pour avoir un mari enfin, comme les autres. Mais de l'amour!... La pauvre enfant ne savait ce que c'était. Personne dans les montagnes ne lui en avait dit un mot , parce que tout le monde connaissait les intentions de sa famille , et que dans les mœurs naïves des montagnards , il est défendu d'aller sur les brisées de quelqu'un.

Ketty vivait calme et paisible donc avec ses joies et ses chagrins d'enfant ; jamais encore les battemens de son cœur ne l'avaient effrayée ; ses rêves ne lui parlaient que de fêtes et de robes neuves ; elle était

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heurguse de toute rinsouciance de son âge , quand la figure enchanteresse du lutin Tint la séduire sur la montagne. De ce moment, la pauvre Ketty fut toute changée : son cœur hattit à lui briser la poitrine ; ses rêves lui montrèrent incessamment Petit-Plaid-Vert à ses CQies , Petit- Plaid-Vert à ses genoux , Petit-Plaid-Vert lui disant des mots charmans , inconnus , qu'elle répétait avec lui. Elle s'aperçut bien qu'il y avait en elle quelque chose de plus qu^avant cette rencontre divine ; elle se rappela , inquiète et pensive , des paroles mystérieuses que sa mère et ses compagnes avaient dites à propos d'amour et de mariage : elle se mit a baiser la bague que le lutin lui avait donnée... , et puis, après l'avoir baisée mille fois , elle se dit : — « C'est cela ! Il m'aime et je l'aime ! •> Cette découverte fut-elle un bonheur

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pour la jeune Ecossaise? Oui. Car Aie ne voulut point réfléchir; car elle eut peur de détruire le charme en Texpliquant.... Elle adora Petit-Plaid- Vert comme un dieu, sans penser que ce dieu pouvait n'être qu'un homme ; elle Paima comme un homme , s'ïins penser que cet homme était peut-être un dieu... Elle n'osa confier son amour à personne , parce qu'on se serait moqué d^elle, et que sa mère l'aurait grondée. Elle garda tout en elle-même, comme font la plupart des jeunes filles.

Ce qui la tourmentait, c'était de savoir comment elle reverrait le lutin ; car enfin , puisqu'il lui donnait une bague , c'est qu'il

devait revenir Mais quand? Pendant

deux jours la jeune fille courut la montagne ; pendant deux nuits elle pria Dieu , sa patrone et tous les Saints, de lui montrer encore une fois l'ange , et de la prendre

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ensuite... Elle pleurait, la pauvre enfant; elle devenait malade , et le lutin n'avait point de pitié...; il aimait mieux jouer et danser en l'air avec les sylphides que de revenir à la pauvre fille désolée, qui croyait aux sylphides comme aux lutins. Sa grand'mère lui avait montré à lire dans les vieilles légendes du pays.

Le soir du troisième jour, comme elle retournait toute triste au logis , sans avoir trouvé le lutin, l'idée lui vint d'aller faire sa prière à l'endroit même pii Petit-Plaid- Vert lui était apparu. — «Peut-être, se ditelle, l'ange m'entendra-t-il mieux la.» Ce n'était pas loin; elle y fut bientôt, et, s'agenouillant tremblante d'espérance et de crainte , elle appela : — ((Petit-Plaid-Vert, où es-tu? viens , que je te voie encore î »

A peine avait-elle fini cette évocation si tendre que le lutin se montra. Dirons-

nous combien d'émotions saisirent à la fois le cœur de la jeune fille ? Elle eut peur. . . , elle cria... , elle voulut s'enfuir. L'ange la retint avec des paroles qui la rassurèrent.... Il la fit revenir à lui... auprès de lui, docile, confiante, écoutant et croyant tout ce qu'il lui disait. Il n'y eut qu'un point sur lequel il ne put la convaincre : Ketty voulait un lutin, il fallut que Petit- Plaid-Vert restât lutin malgré lui.

Le lutin donc s'informa de la famille de Ketty, et reçut en rougissant les témoignages naïfs de reconnaissance dont la jeune fille le combla pour elle et pour ses parens; elle lui dit que la grand' mère avait ajouté aux prières du soir une oraison en mémoire du bienfait inespéré dont il avait été le porteur. Henri exprima le désir que la prière ajoutée ïûxpour les exi" /es (rHolj-Jiond. Ketty répondit que son

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désir était un ordre ; et le soir même, après qu*elle eut raconté à ses parens inquiets la nouvelle rencontre du lutin, ils prièrent tous avec ferveur pour les exilés d'Holj- Roo(L

Ces amours enfantins duraient depuis un mois, au grand bonheur de Ketty, au grand désespoir de Francis, quand arrivèrent les incidens et les visites que nous venons de rapporter.

Après le dé jeûner, sujet du précédent chapitre, le jeune prince, un peu tranquillisé par les révélations du Vendéen et de monsieur Guimard , alla demander à monsieur de Barande un congé qui lui fut accordé. Il reprit les habits de Petit-Plaid- Vert, et courut trouver Ketty au lieu ordinaire de leurs rendez-vous. Ce fut en vain que monsieur de La Villatte le chercha. Henri avait trop besoin de liberté ce jour-là

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pour ne pas s'arranger de manière à ce que l'on perdît ses traces.

Car le pauvre Henri n'aimait pas le château; il y mourait de contrainte et d'ennui le plus souvent. Ce cardinal, ce duc lui déplaisaient au-delà de toute expression. Dans leurs conversations politiques, il les entendait discuter froidement des principes qui le faisaient frémir , calculer avec tranquillité ce que les souffrances du peuple français pouvaient rapporter par jour à la cause d'Holy-Rood, et bâtir Tédifice de leur fortune à renaître avec les orages qui s'amoncelaient sur leur malheureuse patrie.

Tout cela lui navrait le cœur. Il quittait ces hommes durs avec désespoir, pour aller pleurer et se plaindre dans le sein de sa mère; mais souvent encore il se reprocliait d'ajouter ses douleurs à celles de

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rinfortunëe duchesse ; c'était alors qu'il lui fallait de l'air, de la course , de la fatigue , de la liberté , et surtout une âme naïve, pure, ignorante, comme celle de Ketty, pour fondre dans sesépanchemens candides le chagrin qui tourmentait la sienne.

Ce fut donc avec tristesse qu'il aborda la jeune Ecossaise. Elle venait joyeuse au-devant de lui et s'arrêta , frappée de la pâleur et des traces de larmes qui défiguraient le visage de son bien-aimé. Il comprit son émotion et jugea que le moment était venu de la désabuser, car elle persistait encore â voir en lui un être de nature toute céleste. Une occasion pltis favorable ne pouvait se présenter.

— (( Ah , mon Dieu ! s'écria-t-elle , il a pleuré î Je ne savais pas que les anges pleuraient. »

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— (( Pauvre Ketty, les anges ne pleurent pas. Ils ne connaissent pas le chagrin, les anges ! C'est pour nous les larmes, pour nous le chagrin. Dieu l'a voulu ainsi. Encore une fois, Ketty, je ne suis qu'un enfant , un enfant comme toi ; je te le jure , ma bonne Ketty; crois-moi, et ne garde plus une erreur qui me fait de la peine. »

— « Je vous crois, mon an...., mon bon ami; mais, si vous êtes un enfant comme moi, vous avez un père? »

— « J'en avais un... Il est mort ! »

— « Et votre mère? »

— « Elle existe. »

— « Vous aime-t-elle bien? »

— « Oh I oui. »

— « Alors, quand vous lui demandez quelque chose, elle vous l'accorde? »

— (t Oui.... quand c'est quelque chose de raisonnable. »

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— (( Que je suis contente ! nous pourrons nous marier ensemble. »

— (( C'est impossible , Ketty. »

— (( Impossible ! dit la jeune fille avec ëtonnement. Pourquoi donc ? ne m'avezvous pas dit encore hier : Ketty, je t'aime de tout mon cœur... je suis heureux avec toi... je voudrais toujours te voir?... »

— u C'est vrai... Je t'aime beaucoup, et j'ai du bonheur à te voir...; mais... »

— (( Quoi ? ))

— (( Je ne peux pas me marier avec toi... »

— (( Pourquoi donc? répéta Ketty impatientée. ))

— « D'abord.... je suis trop jeune... Tu ne voudrais pas d'un mari qui n'a pas encore treize ans. »

— « Qu'est-ce que cela fait? j'attendrai bien que vous soyez plus grand, moi. ))

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— ce Et puis, ma mère ne voudrait pas de toi pour ma femme... parce que, voistu, Ketty.,.. je n'épouserai jamais qu'une femme de mon pays. »

— Ah !... De quel pays êtes-vous donc?

demanda rEcossaise,les larmes aux yeux.»

— « Je suis Français... Ne pleure pas, Ketty... je suis déjà bien triste, vois-tu... il ne faut pas m'attrister davantage . Ecoute, je te dirai tout. Ma mère et mes autres parens demeurent tout près d'ici , au château d'Holy-Rood , tu sais bien ? On t'a parlé d'un vieux roi de France qui est la... celui que Francis, ion cousin, accompagnait quelquefois à la chasse l'an dernier? »

— (( Oui... le roi Charles X, répondit Ketty. »

— (( Eh bien ! c'est mon grand-père. »

— u Voilà que vous vous moquez en-

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