‹ Henri le préténdantChapitre 11 sur 23 · ET FLORETTE · texte numérisé non relu

ET FLORETTE

en conférence avec le Vendéen et monsieur Guiinard.

Henri, se voyant seul, se jeta dans un fauteuil, et rappelant les circonstances de sa liaison avec Jvetty , il s'accabla de reproches. Et cependant n^avait-il pas fait d'abord tout son possible pour détrvure l'erreur de la jeune Ecossaise? Ne lui avaitil pas répété cent fois : — «Tu te trompes , je ne suis pas un lutin?» Mais c'était en vain qu'il voulait jeter une excuse sur le mal; sa conscience naïve lui disait que l'idée de passer pour un être de nature céleste avait caressé son amour-propre, et que , doucement entraîné par le charme mystérieux de ses entretiens avec Ketty , il avait craint d^insister sérieusement sur la nécessité de rompre une illusion dont le résultat était si doux pour lui. Car enfin, le jour qu'il trouva Ketty à genoux sur le

rocher, il pouvait lui dire : — « Je suis le duc de Bordeaux. » La petite fille aurait eu du chagrin sans doute ; mais elle ne l'aimait pas tant alors, et son chagrin eût ëtë peu de chose en comparaison du désespoir dont il venait d'être la cause et le témoin.

Voulant faire trêve à ce désolant exa- È

men, le prince ramassa sur la table un " livre, le premier venu : c'était Y Histoire de Henri IV.

Ce grand homme , dont il portait le nom, et dont la destinée avait eu tant de rapports avec la sienne, était le héros de son cœur et de son imagination.

Ainsi que son illustre aïeul , Henri était élevé par sa mère; comme lui, il voyait l'injustice et la persécution s'attacher a ses jeunes années; comme le fils de Jeanne d'Albret dans les montagnes du Béarn ,

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Henri apprenait en Ecosse la vie rude et simple des villageois.

Comme Henri IV aussi... Mais ce qui va suivre, notre Henri ne le savait pas, car monsieur de Barande lui faisait toujours passer certain endroit du livre, quand ils étudiaient ensemble la vie du héros. C'était , on le devine , le touchant épisode des amours du prince de Navarre avec Flore tte.

Henri ouvrit au hasard ce livre , qu'on avait laissé là par mégarde. Ses regards tombèrent sur le passage fatal. Que cette lecture fut attachante pour lui î II y avait tant de ressemblance entre Florette et Ketty î Toutes deux jeunes, simples, belles et aimantes ! A mesure qu^il avançait , il trouvait une foule de raisons pour justifier sa conduite à l'égard de la petite Ecossaise. Il allait finir par mettre tout le tort

sur le compte de l'obstinée Ketty , lorsque, la page tournée , il lut en frémissant les détails de rhorrible catastrophe qui dénoua ce drame si doux et si triste.

Les cheveux du prince se dressèrent...

une sueur froide lui couvrit le front. . . il se leva tout tremblant, et retomba dans le fauteuil , accablé , anéanti par cette foudroyante analogie.

— (( Pauvre Ketty ! dit-il en soupirant ; elle serait morte comme Florette : morte pour avoir aimé, quel malheur î . . .Oh î j e ne veux pas ! Je ne la verrai plus.... Non.... Elle épousera Franck... C'est son cousin, lui ! Il peut se marier avec elle... Et puis , il l'aime... Mais elle ne l'aime pas, elle! C'est moi qu'elle aime... C'est par moi, pour moi qu'elle va souffrir a présent. Pauvre Ketty !... »

Et sa tête obsédée par tant d'émotions se

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